HypnoseFondamentaux

L'hypnose pour les nuls : une histoire simple de Mesmer à aujourd'hui

Un résumé clair pour comprendre comment ça marche sur vos maux.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

J’ai souvent des gens qui arrident dans mon cabinet à Saintes avec une idée bien précise de ce qu’est l’hypnose. Certains imaginent un spectacle de foire avec un montreur qui fait caqueter comme une poule. D’autres croient qu’ils vont perdre le contrôle, ou pire, qu’ils vont révéler des secrets honteux. Et puis il y a ceux qui n’y comprennent rien du tout, mais qui souffrent et veulent juste que ça s’arrête.

Alors je vais vous raconter une histoire. Celle d’un médecin allemand un peu excentrique au XVIIIe siècle, d’un magnétisme controversé, et de la manière dont tout ça a fini par devenir un outil concret pour vous aider à arrêter de grignoter le soir, à mieux dormir, ou à calmer cette anxiété qui vous réveille à 3 heures du matin.

Pas de jargon. Pas de promesses magiques. Juste le fil qui relie Mesmer à votre fauteuil, chez moi, aujourd’hui.

D’où vient cette idée bizarre qu’on peut changer son cerveau en parlant ?

Pour comprendre l’hypnose, il faut remonter à la fin du XVIIIe siècle. Un médecin autrichien nommé Franz Anton Mesmer observe un phénomène étrange : certains de ses patients guérissent après avoir été touchés par des aimants. Il échafaude alors une théorie : le corps serait parcouru par un fluide invisible, une sorte de magnétisme animal, et les maladies viendraient d’un déséquilibre de ce fluide. En passant ses mains sur les patients, il prétend rétablir l’harmonie.

Ça marche. Du moins, ça marche pour certains. Mais la communauté scientifique de l’époque, menée par Benjamin Franklin (oui, celui du cerf-volant et de la clé), mène une enquête. Le verdict est cinglant : les effets observés viennent de l’imagination des patients, pas d’un fluide mystérieux. Mesmer est discrédité, et son « magnétisme animal » tombe dans les oubliettes de l’histoire.

Ce que Franklin a démontré, c’est que ce qui guérissait, ce n’était pas l’aimant, mais la croyance partagée entre le médecin et le patient. Et ça, c’est le premier secret de l’hypnose : votre cerveau est capable de produire des changements physiologiques réels à partir d’une simple suggestion.

Pourtant, l’idée ne meurt pas complètement. Au XIXe siècle, des médecins comme James Braid, un chirurgien écossais, reprennent le concept. Braid observe que lorsque les gens fixent un point lumineux ou écoutent une voix monotone, ils entrent dans un état particulier. Il le baptise « hypnose », du grec hypnos (sommeil), même s’il s’aperçoit vite que ce n’est pas du sommeil. C’est un état d’attention focalisée, de concentration intense. Le patient entend tout, il est juste hyper-réceptif.

Et c’est là que le bât blesse pendant un siècle : parce que Braid et ses successeurs (Charcot à la Salpêtrière, puis Freud avant qu’il n’invente la psychanalyse) sont des hommes de leur temps. Ils utilisent l’hypnose de façon autoritaire. Le praticien « commande », le patient obéit. « Vous allez dormir. » « Votre bras est raide comme une barre de fer. » Ça marche, mais ça crée une relation de pouvoir déséquilibrée. Et ça ne marche pas pour tout le monde, surtout pour les personnes qui n’aiment pas qu’on leur donne des ordres.

Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle qu’un psychiatre américain, Milton Erickson, va tout changer. Et c’est là que l’histoire devient intéressante pour vous.

Pourquoi l’hypnose moderne ne ressemble pas du tout à un spectacle

Milton Erickson est un personnage fascinant. Victime d’une poliomyélite sévère, il se retrouve paralysé. Pour tromper l’ennui et la douleur, il observe intensément les gens autour de lui : leurs gestes, leur respiration, la façon dont ils bougent les yeux. Il découvre que tout le monde entre naturellement dans des états de conscience modifiée plusieurs fois par jour. Quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduire sans vous souvenir du trajet, quand vous rêvassez devant votre café. Il appelle ça l’état de « transe quotidienne ».

Erickson comprend que l’hypnose n’est pas un pouvoir du praticien sur le patient, mais une compétence naturelle de chaque être humain. Son rôle n’est pas de commander, mais de créer les conditions pour que la personne accède à ses propres ressources. Il raconte des histoires, il utilise des métaphores, il valide ce que le patient ressent. Il ne dit pas « vous allez vous détendre », mais « vous pouvez remarquer que votre main gauche est un peu plus lourde que la droite, et vous n’avez pas besoin de faire quoi que ce soit pour ça, ça se produit tout seul ».

C’est une révolution silencieuse. L’hypnose devient alors un outil de collaboration, pas de soumission.

Voici comment ça se passe concrètement dans mon cabinet à Saintes. Vous arrivez avec un problème : vous voulez arrêter de fumer, vous avez des crises d’angoisse, vous n’arrivez pas à dormir. On discute d’abord. Je vous écoute vraiment. Je ne cherche pas le traumatisme originel, je cherche comment votre problème fonctionne aujourd’hui, dans votre vie. Est-ce que ça arrive à des moments précis ? Qu’est-ce qui se passe dans votre corps juste avant ? Qu’est-ce que vous vous dites dans votre tête ?

Ensuite, on installe la séance. Vous êtes confortablement assis, pas allongé (l’hypnose n’est pas un sommeil, vous restez conscient). Je commence par vous guider avec ma voix, mais toujours en suivant votre rythme. Si vous clignez des yeux, je le note. Si votre respiration s’accélère, je l’intègre. L’objectif n’est pas de vous « endormir », mais de vous aider à focaliser votre attention vers l’intérieur, à vous mettre dans cet état de rêverie éveillée où votre esprit critique se met en veille et où votre inconscient devient plus réceptif.

L’hypnose, ce n’est pas un état de sommeil. C’est un état d’hyper-conscience intérieure. Vous entendez tout ce que je dis, vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment, et vous gardez le contrôle. Simplement, vous choisissez de laisser de côté les filtres habituels de votre mental pour écouter autre chose.

Les trois ingrédients qui font vraiment la différence dans une séance

Quand on regarde ce qui se passe dans le cerveau d’une personne en état d’hypnose (grâce à l’imagerie cérébrale, parce que la science a fini par s’y intéresser sérieusement), on voit trois choses principales.

D’abord, le cortex préfrontal dorsolatéral, cette zone du cerveau qui sert à planifier, analyser, douter, se dire « oui mais si ça ne marche pas », se met au repos. C’est le « critique intérieur » qui se tait. Vous savez, cette voix qui vous dit que vous n’y arriverez pas, que c’est trop compliqué, que vous devriez faire autre chose ? Elle baisse le volume. C’est pour ça que les suggestions passent mieux : il n’y a plus de vigile à l’entrée pour les refouler.

Ensuite, les connexions entre les différentes régions du cerveau deviennent plus fluides. Le réseau du mode par défaut (celui qui s’active quand vous rêvassez) se renforce. Ça veut dire que votre cerveau devient plus créatif, plus capable de faire des liens inattendus. C’est là que les solutions nouvelles apparaissent, les « insights ».

Enfin, les zones liées à la perception du corps et des émotions (l’insula, le cortex cingulaire antérieur) deviennent plus accessibles. Vous pouvez ressentir votre anxiété non plus comme une vague qui vous submerge, mais comme une sensation localisée dans la poitrine, et vous pouvez apprendre à la modifier.

Concrètement, ça donne quoi ? Un exemple anonymisé. Un patient, appelons-le Paul, vient me voir pour des crises de panique en voiture. Il ne peut plus prendre l’autoroute. En séance, on ne lui dit pas « vous allez aimer l’autoroute ». On l’aide d’abord à se mettre dans un état de sécurité intérieure. On utilise une image de son enfance : un chemin de terre derrière chez ses grands-parents, où il se sentait libre. En état d’hypnose, on associe cette sensation de liberté à la sensations de la conduite. On crée un nouveau lien dans son cerveau. Paul reprend l’autoroute trois semaines plus tard, non pas parce qu’on lui a ordonné, mais parce que son cerveau a créé un nouveau chemin neuronal.

Ce que l’hypnose peut vraiment soigner (et ce qu’elle ne peut pas faire)

Je vais être honnête avec vous, parce que c’est important. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne guérit pas le cancer, elle ne répare pas une jambe cassée, elle ne fait pas disparaître un trouble bipolaire. Ce n’est pas une médecine alternative qui remplacerait les traitements médicaux. C’est un outil complémentaire, validé scientifiquement pour certaines indications.

L’INSERM (l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en France) a publié en 2015 une expertise collective qui reconnaît l’efficacité de l’hypnose dans plusieurs domaines.

La douleur chronique, d’abord. C’est le domaine le plus documenté. L’hypnose modifie la perception de la douleur dans le cerveau, pas en la supprimant, mais en changeant le rapport qu’on entretient avec elle. Les patients disent souvent : « La douleur est toujours là, mais elle ne me dérange plus autant, je peux faire avec. »

L’anxiété et les troubles du sommeil. C’est ce que je vois le plus souvent à Saintes. Des gens qui ruminent la nuit, qui n’arrivent pas à lâcher prise. L’hypnose leur apprend à activer le système nerveux parasympathique (le frein), celui qui calme, qui digère, qui répare. C’est un apprentissage, ça se travaille.

Les addictions (tabac, alimentation émotionnelle, grignotage). L’hypnose ne vous force pas à arrêter. Elle vous aide à retrouver du choix là où vous vous sentez coincé. Vous ne fumez plus parce qu’on vous a « enlevé » l’envie, mais parce que vous avez reconnecté avec le dégoût que la cigarette vous inspire en réalité, ou avec le plaisir de respirer librement.

Les troubles fonctionnels (syndrome du côlon irritable, acouphènes, certaines dermatoses). Quand le corps réagit de façon excessive à des signaux cérébraux, l’hypnose permet de réguler cette réponse. C’est particulièrement efficace pour le SII, avec des taux de réussite autour de 70% dans certaines études.

Ce que l’hypnose ne fait pas : elle ne vous fait pas oublier votre traumatisme, elle ne change pas votre personnalité, elle ne vous rend pas dépendant du thérapeute. Elle vous redonne les clés. Le travail, c’est vous qui le faites.

Ce qui se passe vraiment dans votre tête pendant une séance

Imaginons que vous soyez dans mon cabinet, maintenant. Vous êtes installé, vous avez fermé les yeux. Je vous parle doucement. Je commence par vous inviter à porter attention à votre respiration, à la sensation de vos pieds sur le sol, au contact de vos mains sur vos cuisses. Rien d’extraordinaire.

Puis je vous propose de visualiser un lieu de sécurité. Peut-être une plage, un jardin, un endroit que vous aimez. Je ne vous dis pas « imaginez une plage », je dis plutôt : « peut-être que vous remarquez une lumière, une couleur, une sensation de chaleur ou de fraîcheur. » Je laisse votre cerveau faire son propre film.

À ce moment-là, votre fréquence cardiaque ralentit, votre respiration s’approfondit, votre tension artérielle baisse. Vous êtes dans un état de relaxation physiologique, mais votre esprit est alerte. Vous entendez les bruits de la rue, vous sentez l’air sur votre peau. Simplement, vous avez choisi de laisser vos pensées défiler sans vous y accrocher.

C’est là que je vais introduire des suggestions. Pas des ordres. Des possibilités. « Vous pouvez remarquer que cette anxiété, cette sensation de boule dans le ventre, elle commence à se transformer. Peut-être qu’elle change de couleur, de forme, de texture. Peut-être qu’elle se dissout comme un nuage qui passe. »

Votre cerveau, en état d’hypnose, est hyper-suggestible. Mais pas à n’importe quoi. Il n’acceptera pas une suggestion qui va complètement à l’encontre de vos valeurs ou de votre survie. Personne ne peut vous faire faire quelque chose que vous ne voulez pas faire, contrairement à une idée reçue tenace. La suggestion fonctionne parce qu’elle fait écho à quelque chose qui est déjà en vous, une ressource que vous avez oubliée.

La séance dure entre 45 minutes et une heure. À la fin, je vous ramène doucement, en comptant de un à cinq, en vous proposant de retrouver pleinement vos sensations, votre présence dans la pièce. Vous ouvrez les yeux. Vous avez l’impression d’avoir fait une sieste de deux heures, ou d’avoir eu une conversation intérieure profonde. Parfois, vous ne vous souvenez pas de tout. Parfois, vous avez eu des images très nettes. Les deux sont normaux.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous (et comment choisir un praticien)

Il y a deux grandes familles de personnes qui viennent me voir. Celles qui sont très analytiques, qui ont tout essayé, qui lisent des livres de développement personnel, mais qui n’arrivent pas à appliquer ce qu’elles savent. Leur mental est une forteresse. L’hypnose leur permet de contourner le mental pour accéder au corps, à l’intuition, à ce qui sait sans avoir besoin de comprendre.

Et puis il y a celles qui ont peur de perdre le contrôle. Qui ont besoin de tout maîtriser, qui angoissent à l’idée de « lâcher prise ». Paradoxalement, ce sont souvent les meilleurs sujets. Parce que l’hypnose ericksonienne que je pratique ne demande pas de lâcher prise. Elle demande de choisir de porter son attention ailleurs. C’est une décision consciente, pas une perte de contrôle.

Pour choisir un praticien, voici quelques repères simples. Un bon hypnotherapeute ne vous promet pas des résultats en une séance. Il ne vous garantit pas un miracle. Il vous explique comment ça marche, il répond à vos questions, il vous laisse le choix. Il est formé (idéalement dans une école reconnue comme l’Institut Milton Erickson, l’ARCHE, l’IFHE). Il ne vous touche pas sans votre consentement. Il ne vous fait pas de suggestions qui vous mettent mal à l’aise.

Moi, je reçois à Saintes, dans le quartier de la gare, depuis 2014. Je travaille avec des adultes, pour des problématiques de souffrance psychologique (anxiété, dépression, stress) et de préparation mentale sportive. Je ne fais pas d’hypnose de spectacle, je ne fais pas de régression dans les vies antérieures. Je fais de l’accompagnement sérieux, validé par des études, avec des outils qui ont fait leurs preuves.

Ce que vous pouvez faire tout de suite, avant même de pousser une porte

L’hypnose ne commence pas en séance. Elle commence dans votre vie quotidienne. Voici une chose simple à essayer, ce soir.

Installez-vous quelque part, au calme, pendant cinq minutes. Posez votre main sur votre ventre. Fermez les yeux. Respirez normalement. Juste observez. Sans rien changer. Remarquez comment l’air entre, comment il sort. Si votre esprit s’évade (ce qui arrivera), c’est normal. Ramenez simplement votre attention sur votre main posée sur votre ventre, sur la sensation de chaleur, sur le mouvement qui se soulève et qui retombe.

C’est tout. C’est ça, le début de l’hypnose. C’est l’entraînement de l’attention. C’est apprendre à être présent à ce qui se passe en vous, sans jugement, sans vouloir le changer. C’est la base de tout le reste.

Si vous sentez que vous avez besoin d’aller plus loin, si vous en avez assez de ruminer, de mal dormir, de vous sentir coincé, je suis là. Vous pouvez me contacter via le formulaire sur thierrysudan.com,

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit