HypnoseFondamentaux

Mon premier pas avec l'hypnose ericksonienne : un témoignage

Sophie raconte comment elle a trouvé une écoute et des solutions inattendues.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Je l’ai vue arriver un mardi matin, en retard de dix minutes, son sac serré contre elle comme un bouclier. Sophie (j’ai changé son prénom) venait de pousser la porte de mon cabinet à Saintes, et je voyais bien qu’elle n’était pas là par hasard. Elle avait cherché sur internet « hypnose stress Saintes », cliqué sur mon site, et pris rendez-vous un soir de fatigue, entre deux lessives et une réunion d’école. Mais ce matin-là, assise face à moi, elle avait l’air de se demander ce qu’elle fichait là.

« Je ne sais pas trop comment ça marche, l’hypnose », a-t-elle commencé, les mains agrippées aux accoudoirs. « Je veux dire… est-ce que je vais perdre le contrôle ? Est-ce que vous allez me faire faire des trucs bizarres ? »

Je lui ai souri. C’est la question numéro un, celle que tout le monde se pose, et c’est normal. On a tous en tête ces shows télévisés où des gens se mettent à caqueter comme des poules. Mais l’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, ça n’a rien à voir. C’est un outil discret, respectueux, qui ne vous force à rien. Sophie allait le découvrir par elle-même.

Son histoire, elle ressemble à la vôtre peut-être. Une vie bien remplie, trop remplie. Deux enfants, un boulot à mi-temps dans la comptabilité, un mari gentil mais souvent absent, et cette sensation tenace de courir après quelque chose sans jamais l’attraper. Elle dormait mal, se réveillait à 3 heures du matin avec la liste des courses qui tournait en boucle, et depuis quelques mois, elle avait développé une petite boule dans la gorge au moment d’aller au travail. Rien de grave, disaient les médecins. « C’est le stress, madame. Reposez-vous. »

Mais se reposer, c’est plus facile à dire qu’à faire quand votre cerveau refuse de s’éteindre. Sophie était venue chercher une solution. Pas une baguette magique, mais quelque chose de concret. Et c’est exactement ce qu’elle a trouvé.

Qu’est-ce qui se cache derrière le mot « hypnose » ?

Avant de vous raconter la suite de son parcours, il faut qu’on mette les choses à plat. L’hypnose ericksonienne, c’est quoi au juste ? Imaginez que votre esprit conscient, c’est le conducteur d’une voiture. Il regarde la route, il prend les décisions, il freine quand il faut. Mais parfois, ce conducteur est tellement fatigué ou stressé qu’il conduit en mode automatique, sans vraiment voir le paysage. Il continue à rouler, mais il n’est plus vraiment présent.

L’hypnose, c’est l’invitation à laisser le conducteur faire une pause pendant cinq minutes, le temps que le passager – votre inconscient – prenne le volant sur une petite route de campagne. Vous êtes toujours là, vous entendez tout, vous pouvez même ouvrir les yeux si vous voulez. Mais vous êtes dans un état de relaxation profonde, comme juste avant de vous endormir, quand vos pensées se défont et que votre corps se détend. Et dans cet état, votre inconscient, cette partie de vous qui gère votre respiration, vos habitudes, vos émotions, peut entendre autre chose.

Milton Erickson, le père de cette approche, disait que l’inconscient est un allié puissant, pas un adversaire. Il ne s’agit pas de lui ordonner d’arrêter d’avoir peur ou de stresser. Ce serait contre-productif. Non, on va plutôt lui suggérer doucement, avec des images et des métaphores, de trouver ses propres solutions. C’est un peu comme si on plantait une graine dans un jardin. Vous ne tirez pas sur la tige pour la faire pousser plus vite ; vous arrosez, vous mettez du soleil, et vous laissez faire. L’hypnose ericksonienne, c’est cet arrosage-là.

« L’hypnose ne vous endort pas, elle vous réveille à ce que vous savez déjà. »

Sophie allait vite comprendre ça. Après notre premier échange, je lui ai proposé un petit exercice, sans même qu’elle s’allonge sur le fauteuil. Je lui ai demandé de fermer les yeux, de prendre trois respirations, et de se souvenir d’un moment où elle s’était sentie vraiment calme. Un souvenir simple : une après-midi d’été sur une plage, le bruit des vagues, le sable chaud. Elle a souri, ses épaules ont lâché prise. « C’est fou », m’a-t-elle dit en rouvrant les yeux, « j’ai senti mon corps se détendre rien qu’en y pensant. »

Ce n’était pas encore une séance d’hypnose formelle, mais c’était le premier pas. Lui montrer que son corps et son esprit pouvaient répondre à une simple intention. Que la solution n’était pas à l’extérieur d’elle, mais déjà à l’intérieur.

Pourquoi Sophie n’arrivait pas à « lâcher prise » toute seule ?

C’est la question que beaucoup de mes patients me posent, et je la comprends. « Je sais que je devrais me détendre, je fais du yoga, je médite, mais ça ne marche pas. Pourquoi ? » La réponse est simple et un peu frustrante : parce que votre conscient, ce conducteur fatigué, est trop présent. Quand vous essayez de vous détendre en vous disant « allez, détends-toi », vous ajoutez une couche de pression. Votre cerveau entend : « Je dois me détendre, sinon je suis nul. » Et plus vous forcez, plus vous serrez.

Sophie, elle, avait passé des mois à essayer de « lâcher prise ». Elle lisait des livres de développement personnel, elle cochait des listes de gratitude, elle se forçait à méditer cinq minutes par jour. Mais chaque soir, la boule dans la gorge revenait, et chaque matin, le réveil sonnait comme une alarme incendie. Pourquoi ? Parce que son conscient était en mode hypervigilance. Il voulait tellement bien faire qu’il empêchait son inconscient de respirer.

L’hypnose ericksonienne, elle ne demande pas au conscient de se taire. Elle lui propose un jeu, une distraction. On va parler de choses agréables, de souvenirs, d’images. On va utiliser des métaphores. Par exemple, je pourrais lui dire : « Vous savez, parfois, quand on marche dans la forêt, on suit un sentier bien tracé. Mais si on veut découvrir un endroit nouveau, il faut accepter de quitter le chemin. » Le conscient, lui, il aime les chemins tracés. Mais l’inconscient, il adore les sentiers secrets.

Pendant la séance, je ne vais pas lui dire « arrête de stresser ». Je vais plutôt l’emmener dans un endroit où le stress n’a pas de raison d’être. Par exemple, je vais lui demander d’imaginer une rivière. L’eau coule, elle emporte avec elle les feuilles mortes, les petites branches. Les pensées stressantes, ce sont ces feuilles. On les regarde passer, sans les retenir. On ne leur dit pas « vous n’auriez pas dû venir ». On les laisse dériver.

Sophie a adoré cette image. « C’est comme si je n’avais plus à lutter », m’a-t-elle dit après la deuxième séance. « Avant, je passais mon temps à essayer de contrôler mes pensées. Là, je les laisse juste flotter. » Et c’est ça, la clé. L’hypnose ne vous donne pas un super-pouvoir. Elle vous rend votre capacité naturelle à vous réguler, celle que vous aviez enfant, avant que la vie ne vous apprenne à tout gérer.

Les mécanismes qui ont vraiment changé son quotidien

On entre dans le concret. Sophie est venue me voir pour quatre séances, espacées d’une à deux semaines. Et voici ce qui s’est passé, étape par étape.

La première séance : l’exploration. On a parlé de son histoire, de son sommeil, de sa boule dans la gorge. Je lui ai fait la petite induction sensorielle dont je vous parlais, pour qu’elle expérimente une détente rapide. Elle est repartie avec un exercice simple : avant de dormir, poser sa main sur son ventre et visualiser une lumière chaude qui descend de son front jusqu’à ses pieds. Rien de mystique. Juste une façon de rediriger son attention ailleurs que sur ses pensées. Résultat ? Elle a dormi six heures d’affilée cette nuit-là. La première fois depuis des mois.

La deuxième séance : la métaphore. Je lui ai raconté l’histoire d’un jardinier qui avait un arbre trop grand. Il voulait le tailler, mais à chaque coup de sécateur, l’arbre poussait plus dru. Un jour, il a arrêté de tailler et a commencé à arroser les racines. L’arbre s’est calmé. Pendant que je parlais, Sophie était en état d’hypnose légère, les yeux fermés, sa respiration ralentie. Son inconscient a fait le lien tout seul : au lieu de couper ses angoisses (les tailler), elle pouvait nourrir sa sécurité (les racines). Elle est repartie avec une phrase-clé : « Je n’ai pas à tout réparer. »

La troisième séance : l’ancrage. On a créé un « bouton de calme ». En hypnose, on peut associer un geste simple – toucher son pouce et son index – à un état de détente profonde. Sophie a choisi le souvenir de la plage. Je lui ai demandé de revivre cette sensation en détail : le bruit des vagues, l’odeur de l’iode, la chaleur du sable. Puis, au moment le plus intense, de presser doucement son pouce contre son index. Quelques répétitions, et le geste est devenu un déclencheur. Aujourd’hui, quand elle sent la boule revenir dans le métro, elle touche ses doigts, et en trois respirations, la tension baisse.

La quatrième séance : l’intégration. On a travaillé sur son rapport à la performance. Sophie était une perfectionniste silencieuse. Elle voulait être une bonne mère, une bonne employée, une bonne épouse, et elle s’épuisait à tenir tous ces rôles. Je lui ai proposé une visualisation : elle imagine une scène de théâtre où elle joue tous les personnages. Mais sur le côté, il y a une chaise vide. Celle du spectateur. Et si elle pouvait, juste un instant, s’asseoir et regarder la pièce sans devoir y jouer ? Cette image l’a bouleversée. « Je n’avais jamais réalisé que j’avais le droit de ne pas être sur scène tout le temps », m’a-t-elle dit.

« Le plus grand mensonge du stress, c’est de vous faire croire que tout dépend de vous. »

Après ces quatre séances, Sophie n’a pas changé de vie. Elle n’a pas quitté son travail ni déménagé à la campagne. Mais elle a changé son rapport à sa vie. La boule dans la gorge a disparu au bout de deux semaines. Elle dort sept heures par nuit. Elle a recommencé à lire le soir, un plaisir qu’elle avait abandonné. Et surtout, elle s’est autorisée à dire « non » à une réunion supplémentaire sans se sentir coupable. Ce n’est pas un miracle, c’est un rééquilibrage. Son inconscient a trouvé son propre chemin.

Ce que l’hypnose ericksonienne n’est pas (et ce qu’elle est vraiment)

J’entends souvent des gens dire : « L’hypnose, ça ne marche pas sur moi. » Et c’est vrai, parfois. Parce que l’hypnose n’est pas une pilule magique qu’on avale passivement. C’est une collaboration active entre vous et moi. Si vous venez en vous disant « je vais voir si ça marche », vous restez en observation, et votre conscient ne lâche pas prise. Ce n’est pas un échec, c’est une posture. L’hypnose demande une curiosité, un consentement, un petit lâcher-prise. Ce n’est pas une soumission, c’est une permission.

D’ailleurs, contrairement à une idée reçue, vous n’êtes jamais inconscient pendant une séance. Vous entendez ma voix, vous pouvez parler, ouvrir les yeux, vous lever si vous le voulez. Je ne vous contrôle pas plus que je ne contrôle vos rêves. Je suis un guide, pas un chef d’orchestre. Et si une suggestion ne vous convient pas, votre inconscient la refusera tout simplement. C’est pour ça que l’hypnose ericksonienne est dite « permissive » : on suggère, on n’impose pas.

Alors, qu’est-ce qu’elle fait vraiment ? Elle crée un espace de sécurité. Un endroit où vous pouvez poser vos armures, arrêter de faire semblant, et écouter ce qui se passe en vous. C’est un peu comme si vous vidiez votre sac à dos après une longue randonnée. Vous n’avez pas changé le chemin, mais vous avez allégé la charge. Et ça change tout.

Comment faire votre premier pas aujourd’hui ?

Sophie est repartie de mon cabinet avec quelque chose de simple : un petit rituel du soir. Pas une technique compliquée, pas un protocole à suivre à la lettre. Juste trois respirations avant d’éteindre la lumière, en posant la main sur le cœur, et en se disant : « Je fais de mon mieux, et ça suffit. » C’est bête, mais ça a fonctionné.

Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans son histoire – cette fatigue qui ne passe pas, cette boule quelque part, cette impression de tourner en rond – voici ce que vous pouvez faire maintenant, tout de suite, sans rendez-vous, sans matériel :

  1. Prenez trois respirations profondes. Pas une, pas deux, trois. Inspirez par le nez en gonflant le ventre, expirez par la bouche en soufflant lentement. Pendant ce temps, regardez un point fixe devant vous. C’est tout. Ça ne règle rien sur le moment, mais ça envoie un signal à votre système nerveux : « On ralentit. »

  2. Notez une chose que vous avez faite aujourd’hui et dont vous êtes fière. Pas une liste de courses, pas un exploit. Une chose minuscule : avoir souri à un collègue, avoir bu un verre d’eau, avoir éteint votre téléphone une heure avant de dormir. Écrivez-la sur un post-it, collez-le sur votre frigo. Votre inconscient a besoin de preuves que vous prenez soin de vous.

  3. Si vous sentez que le poids est trop lourd, appelez. Pas pour prendre rendez-vous tout de suite, juste pour parler cinq minutes. Je réponds toujours au téléphone quand je ne suis pas en séance, et je préfère qu’on échange avant de fixer quoi que ce soit. L’hypnose, ça commence par une rencontre, pas par un agenda.

Sophie m’a rappelé six mois plus tard. Elle allait bien. Elle avait eu une période de stress intense au boulot, mais elle avait ressorti son « bouton de calme » et ses exercices. « Je ne suis plus la même personne », m’a-t-elle dit. « Pas parce que j’ai changé, mais parce que je me suis retrouvée. » C’est ça, le premier pas avec l’hypnose ericksonienne : un chemin vers soi-même, sans carte, mais avec une boussole intérieure qu’on avait oubliée.

Si cette histoire résonne en vous, si vous avez envie de poser votre sac à dos un instant, je suis là. À Saintes, dans mon cabinet rue du Palais, ou au téléphone pour un premier échange. On n’est pas obligé de tout résoudre tout de suite. Parfois, il suffit de faire un pas, un tout petit pas, pour que la route s’éclaire.

Prenez soin de vous. Et si vous sentez que le moment est venu, vous savez où me trouver.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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