HypnoseFondamentaux

Mythe ou réalité : peut-on hypnotiser une personne contre son gré ?

Démêlez le vrai du faux sur le consentement en hypnose.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes peut-être en train de lire cet article parce que vous vous êtes déjà posé cette question. Peut-être même que quelqu’un vous a dit : « Attention, si tu vas voir un hypnotiseur, il pourrait te faire faire n’importe quoi. » Ou alors, vous avez vu un spectacle où un praticien semble faire danser un volontaire comme une marionnette, et vous vous êtes dit : « Et si cela m’arrivait contre ma volonté ? » Cette interrogation est légitime. Elle touche à notre peur de perdre le contrôle, d’être manipulé, de devenir vulnérable sans le savoir. Et pourtant, la réalité est bien différente de ce que les mythes laissent entendre.

Dans mon cabinet à Saintes, où j’accompagne des adultes depuis 2014, cette question revient régulièrement. Pas toujours formulée ainsi, mais en filigrane. Un homme me dit : « Je veux bien essayer l’hypnose pour arrêter de fumer, mais j’ai peur de ne pas pouvoir en sortir. » Une femme, victime d’un burn-out, me confie : « Et si vous me faisiez faire des choses que je ne veux pas ? » Je les comprends. L’hypnose, surtout quand on ne la connaît pas, peut sembler mystérieuse, voire inquiétante. Aujourd’hui, je vais démêler le vrai du faux avec vous, en m’appuyant sur ce que je vois chaque jour dans mon travail, sur les mécanismes réels de l’hypnose ericksonienne, mais aussi sur l’IFS et l’Intelligence Relationnelle que j’utilise. Mon objectif n’est pas de vous vendre une méthode miracle, mais de vous donner des clés pour comprendre ce qui se joue vraiment.

Alors, mythe ou réalité : peut-on hypnotiser quelqu’un contre son gré ? La réponse courte est non. Mais pour comprendre pourquoi, il faut plonger dans ce qu’est réellement l’hypnose, comment elle fonctionne, et ce qu’elle ne peut pas faire. Accrochez-vous, on va démêler tout ça ensemble.

L’hypnose n’est pas un pouvoir, c’est une collaboration

Commençons par une image. Imaginez que vous êtes au bord d’une piscine, un jour d’été. L’eau est chaude, vous êtes allongé sur une chaise longue, les yeux mi-clos. Vous entendez les rires des enfants, le bruit de l’eau, mais votre esprit dérive. Vous pensez à votre journée, à un souvenir, à rien du tout. Vous êtes là, mais pas tout à fait. Vous pourriez ouvrir les yeux à tout moment si quelqu’un criait votre nom ou si vous sentiez une goutte froide. L’hypnose, c’est un peu ça : un état modifié de conscience, naturel, qui se produit tous les jours sans qu’on y prête attention – quand vous rêvassez dans les transports, quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet.

En hypnose ericksonienne, celle que je pratique, le thérapeute ne « fait » rien à la personne. Il crée les conditions pour qu’elle entre dans cet état, mais c’est elle qui décide d’y aller ou non. C’est une danse, pas une prise de contrôle. Milton Erickson, le fondateur de cette approche, disait que le patient a toutes les ressources en lui ; le rôle du praticien est simplement de l’aider à y accéder. Concrètement, quand vous venez me voir pour un problème de stress ou de confiance en vous, je ne vais pas vous endormir comme dans les films. Je vais vous parler d’une voix calme, vous inviter à vous concentrer sur votre respiration, sur une sensation, sur une image. Vous restez conscient, vous entendez tout ce que je dis, et vous pouvez ouvrir les yeux à n’importe quel moment. Si vous n’êtes pas d’accord avec une suggestion, votre esprit la rejette automatiquement.

Un exemple anonymisé : un jour, un homme est venu me voir pour une phobie des araignées. Il était terrorisé à l’idée de perdre le contrôle. Pendant la séance, je lui ai proposé d’imaginer une araignée dans une boîte en verre. À un moment, j’ai suggéré : « Vous pourriez peut-être vous approcher un peu plus. » Il a ouvert les yeux et m’a dit : « Non, je ne peux pas, c’est trop fort. » Et on a arrêté. On a simplement changé d’approche. Voilà la réalité : si vous ne voulez pas, vous ne faites pas. L’hypnose est un état de collaboration active, pas de soumission.

L’hypnose ne fonctionne que si vous êtes d’accord, même inconsciemment. Dès que votre esprit refuse une suggestion, elle est ignorée. Vous gardez toujours le dernier mot.

Le mythe du contrôle total : pourquoi les spectacles vous trompent

Je sais ce que vous allez me dire : « Mais alors, les hypnotiseurs de spectacle qui font chanter des gens comme des poules ou qui les font croire qu’ils sont des stars de rock ? Ce n’est pas réel ? » Si, c’est réel, mais il y a un piège. Dans un spectacle, le volontaire monte sur scène parce qu’il le veut. Il accepte de jouer le jeu, parfois même sans le savoir consciemment. Les hypnotiseurs de scène utilisent des techniques rapides pour sélectionner des personnes très suggestibles, celles qui sont déjà prêtes à entrer dans cet état et à exécuter des consignes parce qu’elles ont envie de participer, de rire, de se montrer. C’est un peu comme si vous disiez à un ami : « Tu veux qu’on fasse semblant d’être des acteurs ? » et qu’il répondait : « Oui, allons-y. » Le spectacle repose sur cette complicité.

Mais il y a une limite invisible : même sur scène, personne ne fera quelque chose qui va à l’encontre de ses valeurs profondes. Si l’hypnotiseur demandait à un volontaire de se déshabiller ou de frapper quelqu’un, la personne sortirait de l’état hypnotique instantanément. Pourquoi ? Parce que notre cerveau est programmé pour protéger notre intégrité. L’hypnose ne désactive pas notre système d’alarme moral ou physique. Elle le met en veille, mais il reste prêt à se réveiller si nécessaire.

Un exemple concret : j’ai accompagné un joueur de football, préparateur mental, qui voulait améliorer sa concentration pendant les penalties. Pendant une séance, je lui ai suggéré : « Imagine que tu es dans un stade plein, mais que le bruit devient une musique qui te porte. » Il était totalement immergé. Puis, par jeu, j’ai dit : « Et si tu te mettais à danser sur cette musique ? » Il a souri, mais n’a pas bougé. Plus tard, il m’a dit : « Je n’avais pas envie, ça ne collait pas avec mon objectif. » Voilà : même en état hypnotique, vous restez vous-même.

Le mythe du contrôle total vient aussi des films et des livres, où l’hypnose est utilisée comme une arme pour faire commettre des crimes. C’est une fiction. Dans la réalité, aucune étude sérieuse n’a montré qu’on pouvait forcer quelqu’un à agir contre sa volonté via l’hypnose. Les rares cas où des personnes ont dit avoir été « forcées » sont souvent liés à des suggestions post-hypnotiques données en accord avec leurs désirs profonds, ou à des situations de manipulation où la personne était déjà vulnérable – mais là, ce n’est pas l’hypnose le problème, c’est l’abus de confiance.

Le consentement en hypnose : un pilier non négociable

Parlons maintenant de ce qui est au cœur de mon travail : le consentement. Dans mon cabinet, je ne commence jamais une séance sans avoir expliqué clairement ce qui va se passer. Je vous demande ce qui vous amène, ce que vous voulez changer, et surtout, ce que vous ne voulez pas. L’hypnose ericksonienne, contrairement à certaines idées reçues, est une approche très respectueuse de la personne. On ne « fait » pas une suggestion qui ne correspond pas à votre objectif. On explore, on propose, on ajuste.

En IFS (Internal Family Systems), que j’utilise souvent en complément, on travaille avec les différentes parties de vous-même. Certaines parties peuvent avoir peur de l’hypnose, d’autres peuvent être curieuses. Mon rôle est de créer un espace où toutes ces parties se sentent en sécurité. Si une partie dit non, on écoute, on ne force pas. L’Intelligence Relationnelle, elle, m’apprend à être attentif à votre langage corporel, à vos hésitations, à vos silences. Ce sont des signaux que vous êtes en train de négocier avec vous-même. Je ne vais pas passer outre.

Un exemple marquant : une femme est venue me voir pour une dépression. Elle était très méfiante, elle avait peur que je « fouille dans sa tête ». Je lui ai proposé un exercice simple : fermer les yeux, et imaginer un lieu sûr. Elle a ouvert les yeux au bout de trente secondes, le visage fermé. « Je n’y arrive pas, l’image ne vient pas. » On s’est arrêté là. On a parlé, on a respiré. La séance suivante, elle m’a dit : « J’ai essayé chez moi, et j’ai trouvé un endroit. » Elle avait pris le temps. L’hypnose, c’est comme une porte : vous pouvez l’ouvrir, l’entrouvrir, ou ne pas y entrer. Le praticien n’a pas la clé, il vous montre juste où est la poignée.

Le consentement n’est pas un mot abstrait. Il se vit à chaque instant d’une séance. Si je sens une tension, je ralentis. Si vous ouvrez les yeux, on s’arrête. Certaines personnes ont peur de ne pas pouvoir « revenir », mais c’est une crainte infondée. Vous revenez naturellement, comme on sort d’une rêverie. Et si jamais vous êtes très profondément relaxé, il suffit que je vous dise que vous allez reprendre conscience en comptant de 1 à 3, et c’est fait. Vous êtes toujours aux commandes.

Peut-on être hypnotisé sans le savoir ? La vérité sur l’hypnose involontaire

C’est peut-être la question qui vous taraude le plus. « Et si quelqu’un m’hypnotisait sans que je le sache ? Dans une conversation, un regard, une voix ? » Je vais être honnête avec vous : il existe des techniques d’influence subtiles, comme la suggestion indirecte, le langage hypnotique, ou l’ancrage (comme en PNL). On peut, par exemple, vous dire : « Vous sentez peut-être déjà une certaine détente en lisant ces mots… » et votre cerveau peut effectivement commencer à se relaxer. Mais cela ne vous met pas en état hypnotique profond sans votre accord.

L’hypnose, pour être vraiment efficace, nécessite une certaine collaboration de votre part. Vous devez accepter de suivre les suggestions, de laisser votre esprit vagabonder. Si vous résistez, même inconsciemment, ça ne marche pas. Imaginez que quelqu’un essaie de vous hypnotiser dans le métro en parlant doucement. Vous êtes sur vos gardes, vous pensez à votre journée, vous regardez l’heure. Votre attention est ailleurs. L’hypnose ne peut pas s’imposer comme une intrusion. C’est un peu comme la méditation : on peut vous inviter à méditer, mais si vous ne voulez pas vous asseoir et fermer les yeux, vous ne méditez pas.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que nous sommes tous influençables à certains degrés. Les publicitaires, les politiciens, les vendeurs utilisent des techniques de persuasion qui s’appuient sur nos biais cognitifs. Mais ce n’est pas de l’hypnose au sens clinique. C’est de la manipulation, et c’est différent. L’hypnose que je pratique est un outil thérapeutique, transparent, avec un cadre éthique strict. Je ne cache pas ce que je fais. Je vous explique chaque étape. Si quelqu’un prétend pouvoir vous hypnotiser à votre insu, méfiez-vous : c’est soit un charlatan, soit une personne qui utilise des techniques d’influence non éthiques, mais ce n’est pas de l’hypnose authentique.

On ne peut pas être hypnotisé par surprise. L’état hypnotique demande une focalisation de l’attention et une acceptation, même partielle, des suggestions. Sans votre accord implicite, le processus ne démarre pas.

Ce que l’hypnose peut vraiment faire (et ce qu’elle ne fera jamais)

Maintenant que les mythes sont écartés, parlons de ce qui est possible. Dans mon travail, j’utilise l’hypnose pour aider des adultes à surmonter des blocages : anxiété, phobies, addictions, manque de confiance, douleurs chroniques, troubles du sommeil. L’idée n’est pas de vous changer contre votre gré, mais de vous aider à accéder à vos propres ressources. Par exemple, un coureur que j’accompagne en préparation mentale peut utiliser l’hypnose pour visualiser une course, gérer son stress avant le départ, ou se reconnecter à son souffle. Il ne devient pas un zombie ; il devient plus présent, plus aligné.

Avec l’IFS, on explore pourquoi une partie de vous résiste au changement. Parfois, cette partie a peur, elle protège quelque chose. L’hypnose permet de dialoguer avec elle en douceur, sans forcer. Un exemple : une femme voulait arrêter de grignoter le soir. En hypnose, on a découvert une partie d’elle qui associait la nourriture à une récompense après une journée difficile. On n’a pas supprimé cette partie, on lui a donné un autre moyen de se sentir bien. Le changement est venu d’elle, pas de moi.

Ce que l’hypnose ne fera jamais : vous faire agir contre votre morale, révéler des secrets que vous ne voulez pas partager, ou vous effacer la mémoire. Les suggestions qui violent vos valeurs sont automatiquement rejetées. Vous ne deviendrez pas un « autre » sous hypnose. Vous serez vous-même, mais dans un état de conscience élargi, plus réceptif aux possibilités. Certaines personnes craignent de « rester coincées » dans l’état hypnotique. C’est impossible. Vous en sortez naturellement, comme on se réveille d’un rêve. Si le praticien ne vous « réveille » pas, vous finirez par ouvrir les yeux vous-même après quelques minutes.

Alors, pourquoi cette peur persiste-t-elle ? Parce que l’hypnose touche à l’inconscient, et l’inconscient fait peur. On imagine qu’il cache des monstres, des pulsions incontrôlables. Mais en réalité, votre inconscient est votre allié. C’est lui qui gère votre respiration, votre digestion, vos souvenirs. Il n’est pas un ennemi à conquérir, mais un partenaire à apprivoiser.

Comment savoir si vous êtes prêt à essayer l’hypnose ?

Si après tout cela, vous vous sentez curieux ou intrigué, c’est normal. Peut-être que vous traversez une période difficile et que vous cherchez une aide. Peut-être que vous avez entendu parler de l’hypnose par un ami, ou que vous avez lu un article comme celui-ci. La question que vous devez vous poser n’est pas : « Est-ce qu’on peut m’hypnotiser contre mon gré ? » mais plutôt : « Suis-je prêt à collaborer avec un praticien pour explorer ce qui se joue en moi ? »

Il n’y a pas de honte à avoir peur. Beaucoup de personnes qui viennent me voir sont anxieuses au début. C’est humain. Ce qui compte, c’est de trouver un thérapeute avec qui vous vous sentez en confiance. Un bon praticien ne vous pressera jamais. Il prendra le temps d’écouter vos craintes, de vous expliquer, de vous laisser le contrôle. Vous pouvez même demander une séance d’essai sans hypnose, juste pour parler. Si vous sentez une pression, fuyez.

Un signe que vous êtes prêt : vous ressentez une petite étincelle de curiosité. Vous vous dites : « Et si ça pouvait m’aider ? » Cette ouverture est la clé. L’hypnose n’est pas un remède miracle, mais un outil puissant quand il est utilisé avec respect. Elle ne fonctionne pas si vous êtes fermé, sceptique à 100 %, ou forcé par quelqu’un d’autre. Mais si vous venez pour vous, avec une intention claire, même avec des doutes, elle peut vous surprendre.

Un dernier conseil pratique : si vous voulez tester votre suggestibilité, vous pouvez le faire seul. Asseyez-vous calmement, fermez les yeux, et imaginez que vous tenez un

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit