HypnoseFondamentaux

Peut-on devenir plus suggestible avec l’entraînement mental ?

Les exercices de préparation mentale qui boostent la réceptivité.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Tu te souviens de cette sensation, quand tu es complètement absorbé par un film ou un livre ? Le temps s’efface, les bruits autour de toi disparaissent, et tu vis l’histoire comme si elle était réelle. Pendant quelques minutes, tu es plus réceptif aux émotions, aux idées, aux images. Tu es, sans le savoir, dans un état de suggestibilité naturelle. Mais que se passerait-il si tu pouvais cultiver cette capacité, l’entraîner comme un muscle, pour l’utiliser consciemment dans ta vie quotidienne ?

C’est une question que beaucoup de mes patients me posent, souvent après avoir découvert l’hypnose. « Est-ce que je peux devenir plus réceptif aux suggestions ? » me demande par exemple Olivier, 42 ans, coureur amateur venu me voir pour améliorer sa concentration en compétition. Il avait l’impression que son mental le lâchait au moment crucial, qu’il n’arrivait pas à « suivre » les consignes de son entraîneur ou à se recentrer après une erreur. Derrière sa question, je sentais une autre inquiétude : « Est-ce que je peux apprendre à mieux m’écouter, à faire confiance à ce qui se passe en moi ? ».

La réponse est oui, mais pas de la manière dont on l’imagine souvent. Devenir plus suggestible ne signifie pas devenir plus faible, plus influençable ou perdre le contrôle. Au contraire, c’est un signe de flexibilité mentale et de présence à soi. Dans cet article, je vais t’expliquer comment l’entraînement mental, à travers des exercices simples mais précis, peut augmenter ta réceptivité naturelle. On verra ensemble ce qui se joue dans le cerveau, pourquoi certaines pratiques sont efficaces, et comment tu peux commencer dès aujourd’hui, sans matériel, sans préparation, juste avec ta curiosité.

Qu’est-ce que la suggestibilité, vraiment ?

Avant de parler d’entraînement, il faut défaire un malentendu. Quand on entend « suggestible », on pense souvent à quelqu’un de crédule, qui suit les autres sans réfléchir. Dans l’imaginaire collectif, l’hypnose est associée à un pouvoir magique du praticien sur un sujet passif. C’est une image qui vient du XIXe siècle, des spectacles de Mesmer ou des représentations de l’hypnose de scène. En réalité, la suggestibilité est une capacité humaine fondamentale, présente chez tout le monde à des degrés divers. C’est la capacité à accepter une idée, une sensation ou une expérience sans la filtrer constamment par le jugement critique.

Tu vois, quand tu lis un roman, tu ne te demandes pas à chaque phrase si le personnage principal existe vraiment. Tu suspends ton incrédulité, tu laisses l’histoire t’emporter. C’est exactement ce qui se passe en hypnose. La suggestibilité, c’est cette aptitude à « laisser entrer » une proposition, à l’essayer mentalement, sans la rejeter immédiatement. C’est un processus actif, pas une faiblesse. Les personnes très suggestibles ne sont pas des moutons ; ce sont souvent des individus créatifs, empathiques, capables de se projeter facilement dans des mondes imaginaires. Elles ont un accès privilégié à leur imaginaire.

D’un point de vue neurologique, la suggestibilité est liée à la flexibilité des réseaux cérébraux, notamment le réseau du mode par défaut (celui qui s’active quand tu rêvasses) et le réseau exécutif central (celui qui te permet de planifier et de contrôler). Être suggestible, c’est pouvoir passer d’un mode à l’autre avec fluidité. C’est pouvoir, à un moment, laisser le pilote automatique prendre le relais sans avoir peur de perdre le contrôle. C’est une compétence, pas un défaut. Et comme toute compétence, elle peut être développée.

Le psychologue américain Irving Kirsch, spécialiste de l’hypnose, a montré que la suggestibilité n’est pas un trait fixe. Elle varie selon le contexte, la relation avec le praticien, et surtout selon l’état d’esprit de la personne. Autrement dit, tu n’es pas « suggestible » ou « non suggestible » comme tu serais grand ou petit. Tu es plus ou moins réceptif selon ce que tu vis, ce que tu crois possible, et la manière dont tu te prépares. C’est une bonne nouvelle : cela signifie que tu peux agir dessus.

« La suggestibilité n’est pas une faiblesse, c’est une flexibilité. C’est la capacité à laisser une idée faire son chemin en toi, sans la juger trop vite. C’est un signe d’intelligence émotionnelle, pas de naïveté. »

Pourquoi l’entraînement mental modifie ta réceptivité

Alors, comment l’entraînement mental peut-il rendre plus réceptif ? Pour comprendre, il faut voir ce qui bloque la suggestibilité dans la vie quotidienne. Le principal obstacle, c’est le filtre critique. Ce petit juge intérieur qui analyse, compare, évalue tout ce que tu entends ou ressens. « Est-ce que ça a du sens ? », « Est-ce que c’est logique ? », « Est-ce que je vais avoir l’air idiot si j’essaie ? ». Ce filtre est utile pour naviguer dans le monde réel, mais il devient un frein quand tu veux accéder à ton imaginaire ou à des ressources inconscientes.

Les sportifs que j’accompagne en préparation mentale le vivent bien. Quand un footballeur rate un penalty, il se dit souvent : « Il ne fallait pas que je pense à rater ». Cette pensée parasite active le filtre critique et augmente la pression. Le joueur devient moins réceptif à son geste automatique, à son corps. Il essaie de contrôler consciemment ce qui devrait être fluide. L’entraînement mental, c’est apprendre à faire taire ce juge pendant quelques instants, pour laisser place à une expérience plus directe.

Concrètement, quand tu pratiques régulièrement des exercices de relaxation, de visualisation ou de respiration, tu modifies ton rapport à l’attention. Tu apprends à la déplacer volontairement, à la focaliser sur une sensation (la chaleur de ta main, le rythme de ton souffle) plutôt que sur une analyse mentale. Ce faisant, tu crées un état de réceptivité. C’est comme si tu entraînais ton cerveau à passer en mode « réception » plutôt qu’en mode « émission » constante de pensées.

Un exemple : imagine que tu veux te préparer à un entretien important. Tu passes des heures à répéter ton discours, à anticiper les questions. Mais tu arrives le jour J, et tu es bloqué. Pourquoi ? Parce que tu as trop activé ton filtre critique. L’entraînement mental, par des exercices de visualisation positive ou d’ancrage, t’apprend à créer un état de confiance où tu es plus réceptif à tes propres ressources. Tu deviens suggestible à l’idée que tu es compétent, capable, calme. Et cette idée, tu peux l’incarner.

Du point de vue neurophysiologique, l’entraînement régulier à des états de relaxation profonde augmente la cohérence des ondes cérébrales, notamment les ondes alpha et thêta, associées à la créativité, à la mémoire et à l’hypnose. Plus tu passes du temps dans ces états, plus ton cerveau apprend à y accéder rapidement. C’est un peu comme apprendre à faire du vélo : au début, c’est instable, puis ça devient naturel.

Les exercices concrets pour développer ta réceptivité

Tu te demandes peut-être par où commencer. Voici quelques exercices que je propose à mes patients, que ce soit pour l’hypnose, la préparation mentale ou simplement pour mieux vivre leur quotidien. Ils sont simples, mais leur efficacité repose sur la régularité. C’est comme pour le sport : une séance ne suffit pas, c’est la répétition qui crée le changement.

Le premier exercice, je l’appelle « L’ancrage sensoriel ». Il consiste à choisir une sensation agréable (la chaleur d’une tasse entre tes mains, la douceur d’un tissu, le goût d’une boisson) et à y porter toute ton attention pendant 30 secondes. Pas d’analyse, pas de commentaire. Juste la sensation. Quand tu fais cela, tu entraînes ton cerveau à se concentrer sur une expérience immédiate, sans la juger. C’est la base de la suggestibilité : être présent à ce qui est, sans filtre. Au bout de quelques jours, tu remarques que tu peux entrer dans cet état plus vite, même en situation de stress.

Le deuxième exercice vient de l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise souvent. Je l’appelle « La curiosité envers une partie de toi ». Choisis une émotion ou une réaction qui te gêne un peu (par exemple, une impatience dans les embouteillages). Au lieu de la combattre, tu la regardes avec curiosité. « Tiens, voilà cette partie impatiente. Qu’est-ce qu’elle ressent exactement ? Où est-ce que je sens ça dans mon corps ? ». Cette attitude de curiosité ouverte, sans jugement, est exactement ce qui rend suggestible. Tu deviens réceptif à ce que cette partie a à dire, sans la rejeter. C’est un entraînement puissant à l’accueil des suggestions intérieures.

Le troisième exercice est celui que j’utilise avec les sportifs : la visualisation avec un point de bascule. Avant une compétition, tu fermes les yeux et tu imagines une situation où tu as réussi, en ressentant les émotions, les sensations corporelles, les sons. Puis, tu ajoutes un geste simple (serrer le poing, toucher ton épaule) au moment où la sensation est la plus forte. Ce geste devient un déclencheur. Ensuite, en situation réelle, tu refais ce geste, et tu deviens plus réceptif à l’état de confiance que tu as entraîné. C’est un conditionnement, mais un conditionnement qui augmente ta suggestibilité à tes propres ressources.

« La clé de la suggestibilité, c’est l’attention. Là où tu mets ton attention, tu mets ta réceptivité. Si tu apprends à la poser sur une sensation, une image ou une idée sans la juger, tu deviens plus suggestible. C’est une question d’entraînement, pas de don. »

Le lien direct avec l’hypnose ericksonienne

Tu sais, quand j’ai commencé à pratiquer l’hypnose ericksonienne, j’ai été frappé par une chose : les patients qui progressent le plus vite ne sont pas ceux qui « croient » le plus à l’hypnose, mais ceux qui sont capables de lâcher prise rapidement. Ce lâcher-prise, c’est exactement ce qu’on entraîne avec les exercices précédents. Milton Erickson, le fondateur de cette approche, disait que chaque personne a en elle les ressources nécessaires pour changer. Son rôle était simplement de créer un cadre où la personne devient réceptive à ses propres ressources.

En hypnose ericksonienne, on utilise des suggestions indirectes, des métaphores, des histoires. Pourquoi ça marche ? Parce que ces formes de communication contournent le filtre critique. Quand je te raconte une histoire sur un coureur qui a appris à respirer dans l’effort, ton cerveau ne se dit pas : « Ah, il essaie de me faire une suggestion ». Il écoute l’histoire, s’identifie, et les idées passent. Ta suggestibilité est activée par le récit, sans que tu aies à faire d’effort conscient.

L’entraînement mental que je décris ici prépare le terrain. Quand tu pratiques la visualisation ou l’ancrage sensoriel, tu habitues ton cerveau à ce mode de fonctionnement. Tu deviens plus familier avec l’état de réceptivité. Du coup, quand tu viens en séance d’hypnose, tu es déjà « chaud », comme un sportif qui a fait son échauffement. La séance est plus fluide, plus profonde, et les changements s’installent plus vite.

Prenons l’exemple de Sophie, une patiente venue pour une phobie de l’avion. Au début, elle était très sur ses gardes, analysant chaque mot que je disais. On a passé les premières séances à faire des exercices de respiration et de visualisation simple, sans chercher à faire de l’hypnose formelle. Progressivement, elle a appris à se détendre, à faire confiance à son corps. Quand on est finalement entrés dans une séance d’hypnose, elle a été surprise de voir à quel point elle était réceptive. « C’était comme si mon cerveau avait appris à écouter autrement », m’a-t-elle dit. C’est exactement ça.

Ce que l’entraînement ne fait pas (et c’est important)

Je veux être honnête avec toi : l’entraînement mental ne fait pas de toi un « super suggestible » qui accepterait n’importe quelle idée sans discernement. Ce n’est pas un lavage de cerveau, ni une manière de devenir plus influençable par les autres. Au contraire, en devenant plus réceptif à toi-même, tu développes un meilleur discernement. Tu sais mieux ce qui est bon pour toi, ce qui résonne avec tes valeurs.

Certains patients me disent : « J’ai peur de perdre le contrôle si je deviens trop suggestible ». C’est une crainte légitime, mais elle repose sur une méprise. En hypnose, tu restes toujours conscient, toujours capable de refuser une suggestion qui ne te convient pas. La suggestibilité n’est pas une soumission, c’est une ouverture. C’est la différence entre laisser entrer quelqu’un chez toi parce que tu lui fais confiance, et laisser entrer n’importe qui par peur.

D’ailleurs, les exercices que je propose renforcent ton autonomie. Quand tu pratiques l’ancrage sensoriel ou la visualisation, tu apprends à réguler ton propre état. Tu n’as plus besoin d’un praticien pour entrer en réceptivité. Tu deviens ton propre guide. C’est un outil d’empowerment, pas de dépendance.

En préparation mentale sportive, je vois souvent des athlètes qui pensent que la suggestibilité est une faiblesse. « Je ne veux pas être influençable », me disent-ils. Je leur réponds : « Tu es déjà influençable par tes pensées négatives, par la pression, par le regard des autres. L’entraînement, c’est pour choisir ce qui t’influence, pas pour être influençable à tout va ». C’est une nuance cruciale.

Comment intégrer ces exercices dans ton quotidien

Tu te demandes peut-être comment faire concrètement, sans que ça devienne une contrainte de plus. Mon conseil : commence petit. Pas besoin de passer une heure par jour. Trois minutes suffisent pour un exercice d’ancrage sensoriel. Tu peux le faire le matin au réveil, ou le soir avant de dormir. L’important, c’est la régularité, pas la durée.

Voici une routine possible, que tu peux adapter :

  • Le matin : 2 minutes de respiration consciente. Tu poses ta main sur ton ventre, tu sens le mouvement de l’air. C’est tout. Tu entraînes ta capacité à être présent à une sensation.

  • Dans la journée : Choisis un moment où tu attends (la queue au supermarché, le temps que le café coule). Au lieu de prendre ton téléphone, pose ton attention sur une sensation : la texture de ton manteau, la température de l’air. 30 secondes suffisent.

  • Le soir : Avant de dormir, 3 minutes de visualisation. Imagine un lieu calme, sûr. Pas besoin de le voir parfaitement. Ressent le plus possible. Tu prépares ton cerveau à la réceptivité.

Au bout d’une semaine, tu commences à remarquer des changements. Peut-être que tu te sens plus calme, plus présent. Peut-être que tu arrives à te concentrer plus facilement. C’est le signe que ta suggestibilité naturelle s’éveille. Si tu es sportif, tu peux ajouter une visualisation spécifique avant l’entraînement ou la compétition.

« L’entraînement mental n’est pas une performance. C’est une invitation à ralentir, à écouter. Plus tu pratiques, plus tu deviens réceptif à ce qui est déjà là, en toi. »

Conclusion : une invitation à explorer

Alors, peut-on devenir plus suggestible avec l’entraînement mental ? Oui, clairement. Mais pas en forçant, pas en voulant contrôler. C’est en apprenant à lâcher prise, à être présent, à écouter sans juger. C’est en pratiquant des exercices simples, réguliers, qui modif

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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