HypnoseFondamentaux

Pourquoi certaines personnes n'entrent pas en transe ?

Les vraies causes et comment les surmonter facilement.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Il y a quelques semaines, un homme est venu me voir pour arrêter de fumer. Jean avait 42 ans, un paquet par jour depuis vingt ans, et une détermination absolue. Il avait déjà essayé les patchs, la cigarette électronique, la volonté seule. L’hypnose était son dernier espoir. Dès la première séance, je l’ai senti crispé. Il me disait « oui, je suis relaxé », mais ses épaules touchaient presque ses oreilles. Quand j’ai commencé les suggestions de transe, il a ouvert les yeux au bout de trente secondes : « Désolé, je n’y arrive pas. Je suis trop dans ma tête. » Jean n’est pas un cas isolé. C’est même la phrase que j’entends le plus souvent dans mon cabinet : « Je ne suis pas réceptif à l’hypnose. » Pourtant, après quelques ajustements, Jean est entré en transe profonde en moins de cinq minutes. Et il n’a pas touché une cigarette depuis.

Alors pourquoi certaines personnes semblent-elles bloquées ? Est-ce un don, une capacité innée ? La vérité est plus simple, et plus rassurante. Personne n’est « imperméable » à l’hypnose. Ce que je constate, ce sont des obstacles précis, identifiables, et surtout surmontables. Dans cet article, je vais te montrer les vraies causes qui empêchent la transe, et comment les dépasser – que tu sois un patient qui doute, un proche curieux, ou un praticien en herbe.

Qu’est-ce qui bloque vraiment le passage en transe ?

Quand quelqu’un me dit « je n’ai pas réussi à entrer en transe », ma première question est toujours : « Qu’est-ce qui s’est passé à ce moment-là ? » Les réponses se ressemblent souvent. « Je pensais trop. » « Je vérifiais si ça marchait. » « J’avais peur de perdre le contrôle. » Ces phrases révèlent un schéma commun : une résistance active, mais involontaire. Ce n’est pas un défaut de caractère, c’est un mécanisme de défense que le cerveau met en place quand il se sent en insécurité.

Prenons un exemple concret. Lors d’une séance, j’accompagnais une femme, appelons-la Sophie, qui voulait travailler sur son anxiété sociale. Elle était hyper-connectée à son environnement. Chaque bruit dans la rue, chaque craquement du fauteuil, chaque variation de ma voix déclenchait chez elle une micro-analyse. « Est-ce normal ? », « Que dois-je faire maintenant ? », « Est-ce que ça marche ? ». Son cerveau, habitué à tout contrôler pour se protéger, refusait de lâcher prise. Résultat : elle restait en surface, sans accéder à l’état modifié de conscience.

Le vrai blocage n’est donc pas un manque de capacité, mais un excès de vigilance. Le système nerveux, en mode survie, interprète la relaxation comme une vulnérabilité. « Si je me détends, je perds le contrôle, et si je perds le contrôle, je suis en danger. » C’est une logique ancestrale, parfaitement valable dans un contexte de menace réelle. Mais dans un cabinet d’hypnose, confortable, sécurisé, cette logique devient un frein.

Autre cause fréquente : les attentes irréalistes. Beaucoup imaginent la transe comme un état spectaculaire, une perte de conscience totale, un peu comme dans les shows télévisés. Quand cela ne se produit pas, ils concluent qu’ils sont « récalcitrants ». En réalité, la transe est un état naturel, proche de la rêverie, de l’absorption dans un film ou d’une contemplation silencieuse. Si tu t’attends à un grand plongeon, tu risques de rater le bain progressif.

La transe n’est pas quelque chose que tu « fais », c’est quelque chose que tu laisses arriver. Plus tu forces, plus elle s’éloigne.

Enfin, il y a les croyances limitantes, parfois héritées d’expériences passées. Une personne qui a déjà entendu « l’hypnose ne marche pas sur les gens intelligents » ou « il faut avoir un esprit faible » intègre inconsciemment ces messages. Quand vient le moment de la séance, ces croyances agissent comme des verrous mentaux. Le cerveau, fidèle à ses programmes, bloque l’accès à la transe pour rester cohérent avec ce qu’il croit être vrai.

La peur de perdre le contrôle : le véritable ennemi intérieur

Si je devais résumer en une phrase la raison la plus fréquente pour laquelle une personne n’entre pas en transe, ce serait : la peur de perdre le contrôle. C’est un thème que je retrouve chez des cadres stressés, des mères surmenées, des sportifs de haut niveau. Tous ont en commun une vie où le contrôle est une valeur centrale. Ils planifient, anticipent, gèrent. Leur identité est construite autour de cette maîtrise. Alors, quand on leur propose de « lâcher prise », leur système d’alarme s’active.

Un patient sportif, marathonien, est venu pour améliorer sa concentration. Pendant la séance, il gardait les yeux entrouverts, écoutant mes suggestions tout en surveillant sa respiration. Il me disait : « Je sens que je pourrais me laisser aller, mais une partie de moi résiste. » Cette partie, c’est ce que j’appelle le « manager intérieur ». C’est la voix qui dit : « Si tu lâches, qui va veiller au grain ? » Cette peur est légitime. Elle protège souvent d’une angoisse plus profonde : celle de se retrouver vulnérable, de ne plus pouvoir dire non, de se faire manipuler.

L’ironie, c’est que l’hypnose éricksonienne ne cherche pas à prendre le contrôle. Au contraire, elle invite à un lâcher-prise consentant. Le praticien n’est pas un chef d’orchestre qui dirige, mais un guide qui accompagne. La personne reste consciente, peut interrompre la séance à tout moment, et conserve son libre arbitre. Mais cette information rationnelle ne suffit pas toujours à calmer le cerveau limbique, celui qui gère les émotions primaires.

Pour surmonter cette peur, il faut d’abord la reconnaître. Pas la combattre. Quand un patient me dit « j’ai peur de perdre le contrôle », je l’invite à explorer cette peur plutôt qu’à la fuir. « D’accord, et si tu perdais le contrôle, que se passerait-il exactement ? » La plupart du temps, la réponse est vague : « Je ne sais pas, ça fait peur. » En mettant des mots sur la peur, on la désamorce. Ensuite, je propose un petit test : « Tu vas fermer les yeux, et tu vas imaginer que tu lâches prise pendant seulement trois secondes. Puis tu rouvres les yeux. » Ce petit pas en sécurité construit une confiance progressive.

Un autre outil puissant est la technique de la « double dissociation » : je demande à la personne de visualiser une partie d’elle-même qui reste vigilante, assise à côté d’elle, pendant qu’une autre partie explore la transe. Ainsi, le besoin de contrôle est respecté, et la transe devient possible. C’est un peu comme confier les clés de la voiture à un conducteur, tout en gardant un œil sur la route depuis le siège passager.

Le lâcher-prise n’est pas une perte de contrôle, c’est un changement de conducteur. Tu restes dans la voiture, tu peux reprendre le volant à tout moment.

Pourquoi les personnes « trop dans leur tête » sont en réalité des candidats parfaits

J’entends souvent : « Je suis trop rationnel, trop analytique, l’hypnose n’est pas pour moi. » C’est une croyance tenace, et pourtant, elle est fausse. Les personnes très cérébrales, celles qui pensent vite, analysent tout, et ont du mal à s’arrêter, sont souvent les meilleurs sujets d’hypnose. Pourquoi ? Parce qu’elles ont une capacité d’attention et d’imagination développée. Le problème n’est pas leur intelligence, c’est leur posture.

Prenons l’exemple d’un chef d’entreprise venu pour des insomnies. Il arrivait avec un carnet, notait mes paroles, posait des questions techniques sur le fonctionnement de l’hypnose. Il voulait comprendre avant de se laisser faire. Beaucoup de praticiens auraient vu une résistance. Moi, j’y ai vu une demande de sécurité. « Vous voulez comprendre ? Très bien, je vais vous expliquer. » Je lui ai décrit le mécanisme de la transe comme un processus neurologique : diminution de l’activité du cortex préfrontal, augmentation de la cohérence des ondes cérébrales. Une fois qu’il a eu son explication rationnelle, il a pu lâcher prise. La séance a été un succès.

Le piège pour les personnes analytiques est de confondre « comprendre » et « expérimenter ». Elles veulent rester en observation, comme un scientifique devant une expérience. Mais l’hypnose est une expérience subjective, pas un objet d’étude. Pour entrer en transe, il faut momentanément suspendre le jugement et se laisser porter. C’est contre-intuitif pour un esprit logique, mais c’est possible.

Une astuce que j’utilise souvent : la confusion créative. Je donne une instruction légèrement paradoxale, comme « vous pouvez essayer de ne pas entrer en transe, et plus vous essaierez de ne pas y entrer, plus vous y serez déjà un peu. » Ce genre de suggestion court-circuite le mental analytique. Il ne peut pas la traiter logiquement, donc il s’arrête. Et dans ce silence, la transe s’installe.

Autre point : les personnes « trop dans leur tête » ont souvent une grande capacité d’imagerie mentale. Elles visualisent spontanément des scènes, des dialogues intérieurs, des scénarios. C’est exactement le matériau de l’hypnose. Il suffit de réorienter cette énergie mentale vers des suggestions positives plutôt que vers des inquiétudes. En séance, je peux dire : « Puisque votre esprit aime analyser, analysons ensemble la sensation de relaxation qui monte dans votre main gauche. » Je transforme leur tendance naturelle en alliée.

Les esprits les plus actifs ne sont pas des obstacles à la transe, ce sont des moteurs puissants, à condition de leur donner une direction claire.

Les croyances limitantes qui sabotent la séance avant même qu’elle commence

Parfois, le blocage ne vient pas du moment présent, mais de ce que la personne a emmagasiné avant d’entrer dans le cabinet. Les croyances limitantes sur l’hypnose sont nombreuses et tenaces. En voici quelques-unes que j’entends régulièrement :

  • « L’hypnose, c’est magique, ça marche tout seul. » (Non, c’est un outil que tu utilises avec le praticien.)
  • « Si je ne me souviens pas de la séance, c’est que ça a marché. » (Faux, la mémoire peut rester intacte.)
  • « Il faut être crédule ou naïf pour être hypnotisé. » (Archifaux, la capacité de concentration est un atout.)
  • « L’hypnose ne peut pas m’aider parce que mon problème est trop complexe. » (C’est souvent le contraire.)

Ces croyances agissent comme des filtres. Avant même que la séance commence, le cerveau a déjà programmé une issue. « Je vais essayer, mais je sais que ça ne marchera pas. » C’est ce qu’on appelle une prédiction créatrice : en pensant que ça va échouer, la personne se comporte d’une manière qui rend l’échec probable. Elle ne s’investit pas pleinement, elle reste en retrait, elle juge chaque instant.

Un exemple marquant : une dame âgée, souffrant de douleurs chroniques, est venue avec son fils. Elle avait vu des reportages sur l’hypnose à la télévision. Elle était convaincue que je ferais des passes magnétiques et qu’elle tomberait endormie instantanément. Quand j’ai commencé par une simple conversation pour comprendre son vécu, elle a cru que je n’étais pas un vrai hypnothérapeute. Il m’a fallu une demi-heure pour déconstruire ses attentes. Je lui ai expliqué que l’hypnose médicale est douce, progressive, et qu’elle garde le contrôle. Une fois ses croyances recalibrées, la transe est venue naturellement.

Pour surmonter ces croyances, je propose souvent un petit exercice en début de séance : « Je vais vous demander de fermer les yeux et d’imaginer que vous tenez un citron dans votre main. Vous le pressez, vous sentez l’acidité, vous le portez à votre bouche. » La plupart des gens ont une réaction physique : salivation, grimace. Je leur demande alors : « Est-ce que vous avez vraiment eu un citron dans la main ? Non. Pourtant votre corps a réagi. C’est ça, l’hypnose. Votre imagination est assez puissante pour modifier votre physiologie. » Ce petit test concret brise le mythe de l’hypnose comme phénomène surnaturel.

Des techniques simples pour lever les blocages en séance

Quand je me retrouve face à une personne qui peine à entrer en transe, je ne force jamais. Je change d’approche. L’hypnose éricksonienne est flexible, elle s’adapte au patient, pas l’inverse. Voici quelques techniques que j’utilise régulièrement et qui fonctionnent même avec les plus récalcitrants.

La technique de la main levée. Je demande à la personne de tendre un bras devant elle, main ouverte. « Maintenant, imaginez qu’un ballon est attaché à votre poignet, et qu’il tire doucement vers le haut. Pendant ce temps, votre autre main devient lourde, comme si elle était posée sur une table. » La personne se concentre sur la sensation, et naturellement, sa main monte. Ce mouvement involontaire prouve que le corps peut répondre à des suggestions sans que la volonté intervienne. C’est une porte d’entrée vers la transe.

La confusion douce. Parfois, je parle de manière volontairement ambiguë. « Vous pouvez vous détendre maintenant, ou peut-être plus tard, ou peut-être que vous êtes déjà en train de vous détendre sans le savoir. » Le cerveau analytique cherche à comprendre, mais ne trouve pas de prise. Il finit par lâcher prise. C’est une technique que Milton Erickson utilisait beaucoup avec les patients très rationnels.

L’ancrage dans le présent. Pour les personnes hypervigilantes, je les invite à se concentrer sur des sensations physiques précises : le contact de leurs pieds sur le sol, la température de l’air sur leur peau, le battement de leur cœur. « Vous n’avez rien à faire d’autre que de remarquer. C’est tout. » Cette focalisation sensorielle ancre la personne dans l’instant présent, ce qui est déjà une forme légère de transe. De là, il est plus facile d’approfondir.

La métaphore personnalisée. Je raconte une histoire qui fait écho à leur situation. Par exemple, pour un sportif bloqué par la performance, je peux parler d’un coureur qui apprend à doser son effort, à lâcher prise pour mieux accélérer. Le mental conscient écoute l’histoire, tandis que l’inconscient capte le message. La transe vient souvent pendant ces récits.

Chaque blocage est une information. Il ne dit pas « tu ne peux pas », il dit « voici ce dont tu as besoin pour te sentir en sécurité ».

Ce que tu peux faire dès maintenant pour faciliter ta prochaine séance

Si tu lis cet article parce que tu as déjà essayé l’hypnose sans succès, ou parce que tu hésites à tenter l’expérience, voici des actions concrètes à mettre en place.

1. Réajuste tes attentes. La transe n’est pas un état spectaculaire. C’est un moment de calme intérieur, de concentration douce. Tu es peut-être déjà entré en transe sans le savoir : quand tu conduis sur une route familière et que tu arrives sans te souvenir du trajet, ou quand tu es absorbé par un film. Tu peux reproduire cet état. Avant ta prochaine séance, prends cinq minutes pour te souvenir d’un moment où tu étais complètement absorbé. Ressens-le. C’est ta référence personnelle.

2. Parle de tes craintes à ton praticien. Ne les cache pas. Dis-lui : « J’ai peur de perdre le contrôle », ou « Je suis très analytique, je ne sais pas si je vais y arriver ». Un bon hypnothérapeute saura adapter son langage et ses techniques. La transparence est une force, pas une faiblesse.

3. Fais un petit exercice seul chez toi.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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