HypnoseFondamentaux

Pourquoi la transe hypnotique ne fonctionne pas sur tout le monde ?

Les facteurs personnels qui influencent la réceptivité.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

« Si je me concentre très fort, est-ce que ça va marcher ? »

Je l’entends souvent, cette question, juste avant une première séance. Un coureur qui veut dépasser un blocage mental, un manager qui n’arrive plus à gérer son stress, une jeune femme qui lutte contre une phobie des aiguilles. Ils arrivent avec un mélange d’espoir et de doute : « Je ne suis pas sûr d’être réceptif. J’ai l’esprit trop cartésien. » Ou, plus fréquent encore : « J’ai déjà essayé l’hypnose, ça n’a rien fait. »

Et moi, Thierry, je les regarde et je leur réponds toujours la même chose : « Tant mieux si vous doutez. Le doute est un bon point de départ. La certitude, elle, peut fermer des portes. »

Car c’est une question légitime : pourquoi certaines personnes entrent-elles en transe hypnotique en quelques secondes, quand d’autres restent assises, les yeux ouverts, à se demander si “ça marche” ? Pourquoi un coureur va ressentir une lourdeur dans les jambes après une induction, alors qu’un autre ne sentira qu’une gêne ou rien du tout ?

Je vais être honnête avec vous : la transe hypnotique n’est pas un interrupteur qu’on actionne. C’est une compétence, une danse entre vous, votre histoire, votre état d’esprit du jour, et la personne qui vous accompagne. Et oui, il y a des facteurs personnels qui influencent cette réceptivité. Mais ils ne sont peut-être pas ceux que vous imaginez.

Alors, avant de vous dire « je ne suis pas hypnotisable », laissez-moi vous emmener dans les coulisses de ce qui se joue vraiment.

Qu’est-ce que la “réceptivité” hypnotique, vraiment ?

Quand on parle de “réceptivité” en hypnose, on a tendance à imaginer une personne qui se laisse complètement aller, qui abandonne tout contrôle, comme dans un spectacle de scène où quelqu’un se met à chanter comme une poule. Mais l’hypnose que je pratique, l’hypnose ericksonienne, n’a rien à voir avec ça.

La réceptivité, ce n’est pas une passivité. C’est une capacité à utiliser ce qui se présente. Vous n’êtes pas une éponge qui absorbe. Vous êtes un explorateur qui accepte de suivre un chemin, même flou, même inattendu.

Je me souviens de Marc, un footballeur de 28 ans, venu pour travailler sa concentration pendant les penalties. Il était hyperactif, toujours en mouvement. En séance, il ouvrait les yeux toutes les trente secondes, vérifiait l’heure, me disait : « Je n’y arrive pas, mon cerveau pense à tout sauf à ce que vous dites. » Je lui ai souri et j’ai changé mon approche : au lieu de lui demander de se détendre, je lui ai proposé de suivre ses pensées, de les laisser courir comme des joueurs sur un terrain. « Laissez-les faire leur match, leur ai-je dit. Vous, vous êtes juste l’arbitre. Vous observez. »

En cinq minutes, il était en transe. Pas une transe de spectacle, une transe de concentration intérieure. Il avait arrêté de lutter contre son propre fonctionnement.

La réceptivité, c’est ça : arrêter de vouloir “bien faire” pour simplement “faire avec ce qui est”. Et c’est souvent là que le bât blesse. Beaucoup de personnes viennent avec une idée préconçue de ce que doit être l’hypnose. Elles pensent qu’il faut “lâcher prise” comme on éteint une lumière. Mais le lâcher-prise n’est pas une extinction. C’est une redirection de l’attention.

« La résistance n’est pas un obstacle à la transe. Elle est l’un des chemins pour y entrer. » — Milton Erickson

Alors oui, certains facteurs personnels influencent cette réceptivité. Mais ils ne sont pas une fatalité. Ils sont une information. Un point de départ.

Pourquoi certains esprits “trop rationnels” résistent-ils ?

« Je suis trop cartésien. » « J’ai besoin de comprendre pour adhérer. » « Mon cerveau analyse tout. » Ces phrases, je les entends au moins une fois par semaine. Et à chaque fois, je réponds : « Parfait. Gardez votre esprit critique. Il va nous servir. »

Le problème n’est pas d’avoir un esprit rationnel. Le problème est de croire que la rationalité et l’hypnose sont incompatibles. C’est un mythe tenace, entretenu par les spectacles où l’on voit des gens obéir à des ordres ridicules. Mais en thérapie, l’hypnose n’est pas une obéissance. C’est une collaboration avec votre propre inconscient.

Prenons Sophie, une chef de projet de 34 ans. Elle était venue pour des crises d’angoisse inexpliquées. En début de séance, elle m’a dit : « Je vais essayer, mais je préviens, je ne me laisse pas faire. Je veux tout contrôler. » J’ai hoché la tête. « Contrôlez, alors. Contrôlez chaque mot que je dis. Analysez-le. Et si vous trouvez une incohérence, dites-le-moi. » Elle a souri, un peu déstabilisée. Pendant l’induction, je lui ai proposé de vérifier si sa respiration était “bien” contrôlée, si ses pensées étaient “bien” logiques. Elle s’est tellement concentrée à contrôler qu’elle a oublié de résister. Elle est entrée en transe par la porte du contrôle.

Les personnes “trop rationnelles” résistent souvent parce qu’elles ont une peur inconsciente de perdre le contrôle. Mais cette peur, si on l’accueille et qu’on la valide, devient un levier. L’hypnose ericksonienne ne cherche pas à contourner la résistance. Elle l’utilise. Elle dit : « OK, vous voulez garder le contrôle ? Très bien. Gardez-le. Et maintenant, que voulez-vous en faire ? »

Un esprit analytique n’est pas un problème. C’est juste un style de fonctionnement. Le vrai défi, c’est quand cette analyse devient une lutte intérieure, une voix qui juge en permanence : « Est-ce que ça marche ? Suis-je en train de faire semblant ? » Cette voix, on peut l’inviter à s’asseoir à côté de nous, dans le processus, plutôt que de la combattre.

Alors, si vous êtes de ceux qui ont besoin de tout comprendre, je vous le dis : ne changez rien. Utilisez votre analyse pour observer les sensations, les images, les changements subtils. Devenez un scientifique de votre propre expérience intérieure. Vous serez surpris de ce que vous découvrirez.

Les croyances limitantes sur l’hypnose : le vrai frein

Souvent, ce n’est pas notre esprit qui bloque, ce sont les histoires qu’on se raconte sur l’hypnose. Ces croyances sont comme des barrières invisibles. Elles ne sont pas vraies, mais elles agissent comme si elles l’étaient.

J’ai reçu un jour un rugbyman, Emmanuel, qui était venu sur les conseils de son préparateur mental. Il était très corporel, très ancré dans le réel. Il m’a dit : « L’hypnose, c’est pour les gens fragiles, non ? » Il avait une image de faiblesse associée à la transe. Je lui ai demandé : « Quand vous êtes en plein match, que vous êtes dans la zone, que vous ne voyez plus le public, que vos gestes sont fluides et instinctifs, vous appelez ça comment ? » Il a réfléchi. « La concentration ultime. » « Et bien, lui ai-je répondu, l’hypnose, c’est juste un moyen d’apprendre à entrer dans cette concentration sur commande, sans attendre un match. »

Sa croyance a changé en une minute. Il n’était plus “fragile” ; il devenait un athlète qui optimise son outil mental.

Les croyances limitantes les plus courantes sont :

  • « L’hypnose, c’est magique ou mystique. » (Non, c’est un état physiologique naturel, comme la rêverie.)
  • « Je vais perdre le contrôle et faire des choses contre ma volonté. » (En thérapie, vous gardez toujours un pied dans la conscience. Vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment.)
  • « Si je ne ressens rien de spécial, ça ne marche pas. » (La transe peut être très subtile : un simple sentiment de calme, une légère lourdeur, ou même… rien de particulier, et pourtant le changement opère.)
  • « Il faut être “doué” pour ça. » (C’est une compétence qui s’apprend, comme faire du vélo. Certains sont plus à l’aise au début, mais tout le monde peut progresser.)

Ces croyances agissent comme des filtres. Elles vous empêchent de vivre l’expérience pleinement parce que vous êtes trop occupé à vérifier si elle correspond à ce que vous imaginiez. Le vrai travail, parfois, n’est pas d’apprendre à entrer en transe, mais de déconstruire ces histoires que vous vous racontez.

Et c’est là que l’honnêteté du praticien compte. Je ne vous dirai jamais que l’hypnose va tout résoudre en une séance. Je vous dirai que c’est un outil puissant, mais qu’il nécessite une forme de lâcher-prise sur le résultat. Paradoxalement, plus vous voulez “que ça marche”, moins ça marche. Plus vous êtes curieux, ouvert à l’expérience, sans attente précise, plus la porte s’ouvre.

L’état d’esprit du jour : fatigue, stress et distraction

Vous avez passé une journée épuisante. Vous êtes venu directement du travail, la tête encore pleine de dossiers, de tensions avec un collègue, ou de cette réunion qui n’en finissait pas. Vous vous asseyez dans le fauteuil, et vous vous dites : « Bon, il faut que je me détende maintenant. » Et là, rien. Votre cerveau continue de tourner.

Est-ce que cela signifie que vous n’êtes pas réceptif ? Non. Cela signifie que vous êtes dans un état physiologique et émotionnel qui demande à être accueilli avant d’être transformé.

La fatigue, le stress chronique, la distraction sont des états qui influencent votre capacité à vous recentrer. Mais ils ne sont pas des obstacles insurmontables. Ils sont des données. Un bon praticien va adapter son induction à votre état du jour.

Si vous êtes hyperactif, une induction longue et douce ne fera que vous irriter. Je vais plutôt utiliser une induction dite “confusionnelle” ou “par distraction”, qui va occuper votre conscient avec des jeux de mots, des contradictions, des tâches mentales, jusqu’à ce qu’il s’épuise et laisse la place à l’inconscient.

Si vous êtes épuisé, une induction très douce, presque un bercement, peut vous plonger directement dans un sommeil hypnotique réparateur. Et parfois, vous allez même vous endormir vraiment. Ce n’est pas un échec. C’est votre corps qui vous dit qu’il avait besoin de repos avant tout. On travaillera le changement ensuite.

J’ai eu un jour un entrepreneur venu pour des insomnies. Il était tellement fatigué qu’il s’est endormi en deux minutes, ronflant doucement. Je l’ai laissé dormir vingt minutes. À son réveil, il était confus, puis soulagé. « Je n’ai rien vécu, a-t-il dit. » « Mais vous avez dormi, lui ai-je répondu. Et ce sommeil, c’était exactement ce dont vous aviez besoin. La prochaine fois, on ira plus loin. »

« L’hypnose ne se fait pas contre votre état. Elle se fait avec. La fatigue n’est pas un ennemi, c’est un allié qui demande à être entendu. »

Alors, avant de vous juger “pas réceptif” parce que vous êtes fatigué ou stressé, demandez-vous : est-ce que j’ai vraiment laissé une chance à mon corps d’arriver dans la pièce ? Est-ce que j’ai pris cinq minutes pour souffler avant d’entrer ? Ce simple geste, cette intention de transition, peut tout changer.

Le rôle du praticien : un facteur déterminant (parfois ignoré)

On parle beaucoup du patient, de sa réceptivité, de ses blocages. Mais on parle moins de celui qui guide. Pourtant, le praticien est un facteur clé. Et pour être tout à fait honnête avec vous, une mauvaise expérience avec un hypnothérapeute peut vous faire croire que vous n’êtes “pas fait pour l’hypnose”, alors que c’est la personne qui n’était pas adaptée à vous.

L’hypnose est une relation. Une danse. Si le praticien est trop rigide, trop dans son protocole, s’il ne s’adapte pas à votre langage, à votre rythme, à votre histoire, la transe peut ne pas se produire. Ce n’est pas votre faute. C’est un manque de connexion.

Je me souviens d’un coureur amateur, Julien, qui était venu après avoir vu un hypnothérapeute “très connu” qui utilisait une induction standardisée, la même pour tout le monde. Julien se souvenait du praticien qui parlait d’une voix monotone en disant « vos paupières sont lourdes » alors que lui, il était assis, les yeux grands ouverts, à se demander si c’était normal. Il s’était senti nul, incompétent. « L’hypnose, ce n’est pas pour moi », m’a-t-il dit.

Je lui ai proposé une approche complètement différente. Je lui ai demandé : « Quand vous courez, qu’est-ce qui vous vient en tête ? » Il m’a parlé de ses foulées, du bruit de sa respiration, du vent. Je lui ai dit : « Fermez les yeux et revivez ce moment. Sentez vos pieds qui touchent le sol. Entendez votre souffle. » En trente secondes, il était en transe, parce que j’avais utilisé son langage à lui, son expérience à lui.

Un bon praticien est un caméléon. Il sait utiliser vos métaphores, vos résistances, vos forces. Il ne cherche pas à vous faire entrer dans un moule. Il cherche à entrer dans votre monde. Si vous avez vécu une expérience où vous vous êtes senti jugé, forcé, ou incompris, sachez que ce n’est pas l’hypnose le problème. C’est peut-être simplement que vous n’avez pas rencontré la bonne personne.

N’ayez pas peur de changer de praticien. C’est votre chemin, votre bien-être. Vous avez le droit de trouver celui ou celle avec qui vous vous sentez en sécurité, écouté, respecté.

Et si “ne rien ressentir” était justement le signe que ça marche ?

Voilà le paradoxe le plus déroutant de l’hypnose. Certaines personnes viennent, vivent la séance, et en sortent en disant : « Je n’ai rien ressenti de spécial. Je suis resté conscient tout le temps. Je me souviens de tout. » Elles pensent que la séance a échoué. Pourtant, quelques jours plus tard, elles réalisent que leur angoisse a diminué, qu’elles ont arrêté de se ronger les ongles, ou qu’elles ont eu une meilleure performance sportive.

C’est ce qu’on appelle la “transe de type amnésique” ou la “transe légère”. L’inconscient a travaillé, mais la conscience n’a pas vécu de grand spectacle intérieur. Et c’est très fréquent.

En réalité, le cerveau humain n’aime pas l’absence de contrôle. Si vous vous attendez à une expérience “wow”, et que vous vivez une expérience “bof”, vous allez conclure que ça n’a pas marché. Mais le changement ne se mesure pas à l’intensité de votre expérience subjective pendant la séance. Il se mesure à ce qui change dans votre vie après.

J’ai une cliente, Anne, venue pour une phobie des araignées. Pendant la séance, elle est restée très calme, presque absente. Elle m’a dit : « Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai juste écouté votre voix. » Une semaine plus tard, elle a vu une araignée dans sa salle de bain. Au lieu de paniquer, elle a pris un verre et l’a relâchée dehors, sans trembler. Elle m’a appelé, étonnée : « Mais je n’ai rien fait de spécial en séance ! » « Si, lui ai-je répondu. Vous avez écouté. Et votre

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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