HypnoseFondamentaux

Pourquoi l'hypnose ne remplace pas un suivi médical classique

Elle est complémentaire, pas concurrente de la médecine.

TSThierry Sudan
23 avril 202612 min de lecture

« Je voudrais arrêter de fumer, mais mon médecin m’a dit que je devais d’abord traiter mon asthme. Vous pouvez me faire une séance d’hypnose pour que je n’aie plus envie de fumer, et on verra après pour le reste ? »

Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois dans mon cabinet à Saintes. Derrière, il y a une vraie demande : celle de vouloir régler vite un symptôme qui gêne, qui pèse, qui empêche de vivre comme on le souhaiterait. Et c’est tout à fait compréhensible. Quand on souffre d’une addiction, d’une douleur chronique ou d’un trouble anxieux, on cherche une solution rapide, efficace, et si possible indolore.

Mais il y a un écueil dans cette demande : elle suppose que l’hypnose peut se substituer à un diagnostic médical, à un traitement, à un suivi biologique ou physiologique. Et c’est une supposition dangereuse, non pas parce que l’hypnose serait inefficace, mais parce qu’elle n’a pas été conçue pour cela.

Alors posons les choses clairement : l’hypnose ericksonienne que je pratique, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle sont des outils puissants pour accompagner la souffrance psychique et émotionnelle. Ils peuvent faciliter des changements profonds, apaiser des symptômes, aider à retrouver une autonomie intérieure. Mais ils ne remplacent pas un bilan sanguin, un examen cardiaque, un traitement médicamenteux, ou une opération chirurgicale.

Je vais vous expliquer pourquoi, en partant de situations concrètes que je rencontre régulièrement.

Point clé : L’hypnose ne guérit pas une infection, ne réduit pas une tumeur, ne répare pas une fracture. Elle agit sur la manière dont vous vivez votre corps et votre esprit, pas sur le corps en tant qu’objet biologique.

Pourquoi l’hypnose ne peut pas diagnostiquer une maladie organique ?

Prenons un exemple fréquent : une personne arrive avec des migraines chroniques. Elle a déjà consulté plusieurs médecins, pris des traitements, sans résultat probant. Elle se tourne vers l’hypnose en dernier recours, parfois avec l’espoir que « ça va passer tout seul ».

Je ne peux pas, en tant que praticien en hypnose, poser un diagnostic médical. Je ne suis pas médecin. Si une migraine est le symptôme d’une hypertension artérielle non traitée, d’un problème vasculaire, ou d’une tumeur cérébrale, l’hypnose ne fera que masquer le signal d’alarme. Le patient se sentira mieux temporairement, mais la cause sous-jacente continuera à évoluer, parfois jusqu’à un point de non-retour.

L’hypnose peut apprendre à la personne à moduler sa perception de la douleur, à relâcher les tensions musculaires, à réduire le stress qui aggrave les crises. C’est un excellent complément. Mais si le diagnostic médical n’a pas été posé, c’est comme mettre un pansement sur une plaie qui nécessite des points de suture : ça tient un moment, mais ça ne résout rien.

Dans mon cabinet, je pose toujours la question : « Avez-vous consulté un médecin pour ce symptôme ? Avez-vous fait des examens récents ? » Si la réponse est non, je recommande de commencer par là. Ce n’est pas une défiance vis-à-vis de l’hypnose, c’est une question de responsabilité. Je préfère perdre un client qui va se faire soigner ailleurs que de l’accompagner dans une impasse médicale.

L’hypnose ne traite pas les infections, les inflammations ou les déséquilibres biologiques

Un autre cas typique : une personne souffre de troubles digestifs chroniques. Elle a des ballonnements, des douleurs, une alternance diarrhée/constipation. Elle a entendu dire que l’hypnose pouvait aider le syndrome de l’intestin irritable (SII). C’est vrai, l’hypnose est reconnue pour réduire les symptômes du SII, car elle agit sur le système nerveux autonome et la sensibilité viscérale.

Mais si les troubles digestifs sont causés par une maladie de Crohn non diagnostiquée, une intolérance au gluten sévère, ou une infection parasitaire, l’hypnose ne va pas stopper l’inflammation. Elle va juste apaiser la perception de la douleur. Le patient se sentira mieux, mais l’inflammation continuera à endommager ses tissus. C’est une illusion de mieux-être.

Dans ces cas, je travaille en collaboration avec des gastro-entérologues et des médecins traitants. Je peux recevoir une personne après son diagnostic, quand le traitement médical est en place, pour l’aider à gérer le stress lié à la maladie, à mieux vivre avec les symptômes résiduels, à retrouver une relation apaisée avec son corps. Mais jamais je ne dirai : « Arrêtez votre traitement, l’hypnose va tout régler. »

Point clé : L’hypnose est un outil de régulation émotionnelle et de modification de la perception, pas un médicament. Elle ne soigne pas une infection, elle change la relation que vous entretenez avec votre corps.

Quand l’hypnose peut-elle être dangereuse si elle remplace un suivi médical ?

Il y a des situations où le risque est encore plus élevé. Je pense aux troubles psychiatriques sévères : dépression majeure avec idées suicidaires, trouble bipolaire en phase maniaque, psychose active. L’hypnose peut déstabiliser une personne fragile si elle est pratiquée sans cadre médical.

Je ne suis pas psychiatre. Si une personne arrive dans mon cabinet avec des symptômes psychotiques (hallucinations, délire, déréalisation), je ne vais pas lui proposer une séance d’hypnose. Je vais l’orienter vers un médecin psychiatre, voire vers les urgences si le risque est immédiat. L’hypnose pourrait, dans ces cas, aggraver la confusion ou déclencher une crise.

Même pour des troubles anxieux modérés, l’hypnose doit être utilisée avec précaution. Si une personne fait des crises d’angoisse depuis des années sans jamais avoir consulté, il est possible qu’une cause médicale sous-jacente soit présente : hyperthyroïdie, trouble du rythme cardiaque, carence en vitamine B12. L’hypnose peut calmer l’anxiété, mais si la cause est biologique, le soulagement sera temporaire et le trouble reviendra.

Dans mon activité de préparateur mental pour des sportifs, je vois aussi ce risque. Un coureur qui a une douleur au genou persistant depuis plusieurs semaines me dit : « Je veux que vous m’aidiez à ne plus ressentir la douleur pour pouvoir courir mon marathon. » Je refuse. Une douleur mécanique est un signal d’alarme. Si on la supprime par hypnose, le coureur va continuer à courir, aggraver sa lésion (tendinite, fissure méniscale), et se retrouver avec une blessure bien plus grave. Dans ce cas, l’hypnose serait contre-productive, voire nocive.

L’hypnose est complémentaire : comment elle s’intègre dans un parcours de soins

Alors, à quoi sert l’hypnose si elle ne remplace pas la médecine ? Elle sert à ce que la médecine ne peut pas toujours traiter : la dimension émotionnelle, relationnelle et existentielle de la maladie.

Prenons l’exemple d’une personne atteinte d’un cancer. La médecine va proposer chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie. L’hypnose peut l’aider à gérer les effets secondaires : nausées, douleurs, anxiété avant les examens, troubles du sommeil. Elle peut l’accompagner dans la reconstruction après l’opération, ou dans l’acceptation des changements corporels. Mais elle ne remplace pas le traitement oncologique.

Autre exemple : une personne souffrant d’hypertension artérielle. Le médecin prescrit un traitement médicamenteux et recommande une hygiène de vie. L’hypnose peut aider à réduire le stress chronique, à modifier les habitudes alimentaires, à retrouver un sommeil réparateur. Mais si la personne arrête son traitement sous prétexte qu’elle se sent mieux grâce à l’hypnose, la pression artérielle remontera, avec des risques pour le cœur et les vaisseaux.

Dans mon cabinet, je reçois régulièrement des personnes qui ont déjà un suivi médical. Je travaille en complémentarité : je leur demande si leur médecin traitant est au courant de leur démarche, et je les encourage à maintenir leurs rendez-vous médicaux. Parfois, je propose même d’écrire un mot au médecin pour expliquer ce que nous travaillons ensemble, afin de créer une collaboration.

Point clé : L’hypnose ne s’oppose pas à la médecine, elle la complète. Elle agit sur ce que la médecine ne touche pas : votre rapport à la maladie, votre stress, vos croyances limitantes, votre capacité à mobiliser vos ressources intérieures.

Comment savoir si l’hypnose est adaptée à votre situation ?

C’est la question que je pose à chaque première rencontre. Je ne suis pas un distributeur automatique de séances. Mon rôle est d’évaluer si l’hypnose, l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle sont pertinents pour la personne en face de moi.

Voici les critères que j’utilise :

  • Le symptôme a-t-il été diagnostiqué médicalement ? Si non, je recommande une consultation médicale préalable. Parfois, le simple fait de consulter un médecin rassure et réduit l’anxiété.
  • Le traitement médical est-il en place ? Si oui, l’hypnose peut être un excellent complément. Si non, je ne peux pas garantir que l’hypnose suffira.
  • La personne est-elle prête à prendre soin d’elle de manière globale ? L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle demande une implication, une curiosité, une acceptation de ce qui émerge.
  • Y a-t-il un risque que l’hypnose masque un problème grave ? Si oui, je préfère orienter vers un spécialiste.

Un exemple concret : une dame de 62 ans vient me voir pour des douleurs lombaires chroniques. Elle a déjà consulté un rhumatologue, fait des radios et une IRM. Le diagnostic est clair : arthrose lombaire modérée, pas de hernie discale. Son médecin lui a prescrit des anti-inflammatoires et de la kinésithérapie. Elle vient me voir parce qu’elle a peur de bouger, qu’elle se crispe, et que la douleur empire à cause de cette peur.

Dans ce cas, l’hypnose est parfaitement adaptée. Je peux l’aider à relâcher les tensions musculaires liées à la peur, à modifier sa perception de la douleur, à retrouver une mobilité plus libre. Mais je ne remets pas en cause le diagnostic médical, et je ne lui suggère pas d’arrêter son traitement.

Ce que l’hypnose ne fera jamais (et c’est une bonne nouvelle)

Il est important de comprendre les limites de l’hypnose pour ne pas en attendre l’impossible. L’hypnose ne fera pas :

  • Disparaître une tumeur ou une infection
  • Corriger un déséquilibre hormonal
  • Réparer une fracture ou une lésion tissulaire
  • Remplacer un traitement médicamenteux nécessaire
  • Diagnostiquer une maladie
  • Vous rendre invulnérable à la douleur ou à la fatigue

Et c’est une bonne nouvelle, parce que cela signifie que l’hypnose n’est pas une promesse miracle, mais un outil précis, qui agit sur des mécanismes spécifiques : la régulation émotionnelle, la modification des croyances, l’accès aux ressources inconscientes, la transformation des patterns relationnels.

Quand une personne comprend cela, elle peut utiliser l’hypnose de manière éclairée, sans se mettre en danger. Elle ne remet pas sa santé entre les mains d’un seul outil, mais elle construit une stratégie globale, où chaque intervenant (médecin, kiné, psychologue, hypnothérapeute) joue un rôle complémentaire.

Je vois souvent des personnes qui ont été déçues par l’hypnose parce qu’elles en attendaient trop. Elles avaient arrêté leur traitement, négligé leur suivi médical, et se sont retrouvées avec une aggravation de leurs symptômes. L’hypnose n’était pas en cause, c’était l’usage qui en était fait.

Comment intégrer l’hypnose dans votre parcours de soins sans risque

Si vous lisez cet article et que vous envisagez de consulter un praticien en hypnose, voici quelques conseils pratiques pour le faire en toute sécurité :

  1. Parlez-en à votre médecin traitant. Dites-lui que vous souhaitez explorer l’hypnose pour tel ou tel symptôme. Il pourra vous donner son avis, et parfois même vous recommander un praticien.
  2. Ne stoppez jamais un traitement médical sans avis médical. Même si vous vous sentez mieux après une séance, ne prenez pas de décision seul.
  3. Choisissez un praticien qui pose des questions sur votre santé. Un bon hypnothérapeute s’intéresse à votre historique médical, à vos traitements en cours, à vos diagnostics. S’il ne le fait pas, méfiez-vous.
  4. Soyez honnête sur vos symptômes. Ne minimisez pas une douleur ou un trouble pour « faire plaisir » au praticien. L’hypnose fonctionne mieux quand elle s’appuie sur une réalité claire.
  5. Acceptez que l’hypnose ne soit pas toujours la solution. Parfois, un bilan médical plus approfondi révèle une cause qu’on ignorait. Parfois, un changement de traitement ou une opération est nécessaire. L’hypnose viendra après, ou pas.

Dans mon cabinet, j’ai déjà dit à des personnes : « Je pense que vous devriez d’abord consulter un médecin pour ce symptôme, et revenir me voir après. » Certaines sont revenues, d’autres non. Mais je n’ai jamais regretté d’avoir mis la sécurité médicale en priorité.

Point clé : La meilleure hypnose est celle qui s’inscrit dans un cadre clair, où chacun connaît ses limites et ses compétences. Le praticien n’est pas un médecin, et le médecin n’est pas un hypnotiseur. Ensemble, ils peuvent faire des merveilles.

Conclusion : l’hypnose ne remplace rien, elle ajoute

Si je devais résumer tout cela en une phrase, je dirais : l’hypnose ne remplace pas un suivi médical classique, elle l’enrichit. Elle apporte une dimension que la médecine seule ne peut pas toujours toucher : la manière dont vous vivez votre corps, votre maladie, votre histoire.

Elle ne guérit pas une infection, mais elle peut apaiser l’angoisse liée à un traitement lourd. Elle ne répare pas une fracture, mais elle peut vous aider à retrouver confiance dans votre mobilité après une opération. Elle ne soigne pas une dépression sévère, mais elle peut vous aider à sortir d’un cercle vicieux de pensées négatives, en complément d’un suivi psychiatrique.

Alors si vous souffrez, si vous cherchez une solution, commencez par consulter votre médecin. Faites le point sur votre santé physique. Et ensuite, si vous sentez qu’il y a une part émotionnelle, relationnelle ou existentielle qui n’est pas prise en compte, venez me voir. Nous verrons ensemble si l’hypnose, l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle peuvent vous aider à avancer.

Je ne vous promets pas de miracle. Je vous promets une écoute honnête, un cadre sécurisé, et un travail qui respecte à la fois votre histoire et votre corps.

Si cet article résonne avec votre situation, si vous avez des questions sur la manière dont l’hypnose pourrait s’intégrer dans votre parcours de soins, je vous invite à me contacter. Nous pourrons échanger par téléphone ou lors d’un premier rendez-vous, sans engagement. Parfois, le simple fait de poser les choses clairement permet déjà d’y voir plus clair.

Prenez soin de vous, dans votre globalité.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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