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Suggestibilité et douleur chronique : un lien méconnu

Comment la suggestibilité influence votre perception de la douleur.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous repensez à cette douleur qui vous réveille chaque nuit, à cette gêne qui vous poursuit au bureau, à cette sensation d’être prisonnier d’un corps qui ne répond plus comme avant. Depuis des années, vous avez tout essayé : les médicaments, les séances de kiné, les régimes, parfois même des médecines alternatives. Et pourtant, cette douleur reste là, comme une mélodie entêtante que vous ne parvenez pas à faire taire.

Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes, et depuis 2014, je reçois des adultes comme vous, des personnes qui vivent avec une douleur chronique. Pas celle qui passe après une nuit de sommeil ou une bonne séance d’étirements, mais celle qui s’installe, qui devient une compagne de route. Et au fil de ces années, j’ai observé un phénomène que peu de gens évoquent : le lien entre votre suggestibilité et la façon dont vous percevez votre douleur. Un lien méconnu, souvent ignoré, mais qui pourrait bien être une clé que vous n’avez jamais explorée.

Dans cet article, je vais vous parler de ce mécanisme, simplement, sans jargon inutile. Je vais vous expliquer comment votre cerveau, à force de répéter certains schémas, peut transformer une sensation passagère en un enracinement durable. Et surtout, je vais vous donner des pistes pour reprendre la main, à votre rythme.

Qu’est-ce que la suggestibilité, vraiment ?

Quand on entend le mot « suggestibilité », on pense souvent à une faiblesse, à quelqu’un de crédule, qui se laisse influencer par les autres. Mais dans le cadre de l’hypnose ericksonienne et de la douleur chronique, c’est tout le contraire. La suggestibilité, c’est la capacité de votre cerveau à se laisser guider par une idée, une image, une sensation, qu’elle vienne de l’extérieur ou de l’intérieur de vous.

Prenons un exemple concret. Imaginez que vous êtes dans une salle d’attente, et que quelqu’un à côté de vous se met à bailler. Vous avez probablement déjà ressenti cette envie irrésistible de bailler aussi. C’est une forme de suggestibilité. Votre cerveau capte un signal, et il se synchronise. Maintenant, transposez cela à la douleur : vous avez mal au dos, et votre médecin vous dit : « Attention, votre hernie discale est grave, il faudra peut-être opérer. » Cette phrase, chargée d’une intention, d’une peur, devient une suggestion. Votre cerveau l’enregistre, et la douleur peut s’intensifier, non pas parce que votre corps a changé, mais parce que votre perception s’est modifiée.

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Mon kiné m’a dit que j’avais une faiblesse musculaire, et depuis, je ressens une brûlure à chaque mouvement. » Ce n’est pas un mensonge, c’est une réalité vécue. La suggestibilité, c’est cette capacité à prendre une information et à la transformer en expérience corporelle. Et c’est là que la douleur chronique trouve un terreau fertile : votre cerveau, par habitude, devient hypersensible à certaines suggestions, notamment celles qui renforcent l’idée que vous êtes vulnérable, que votre corps est endommagé, que la douleur est inévitable.

La suggestibilité n’est pas une faiblesse, c’est une porte d’entrée. Vous l’utilisez déjà, tous les jours, sans le savoir. La question est : quelles suggestions laissez-vous entrer ?

Comment la douleur chronique transforme votre cerveau en aimant à suggestions

La douleur chronique n’est pas juste une sensation prolongée. C’est un apprentissage. Votre cerveau, pour vous protéger, se met à anticiper la douleur. Il crée des circuits neuronaux qui se renforcent à chaque fois que vous avez mal. C’est ce qu’on appelle la mémoire de la douleur. Et plus ces circuits sont solides, plus votre suggestibilité augmente, mais dans un sens précis : celui de la menace.

Voici un scénario typique. Vous êtes assis à votre bureau, et vous ressentez une légère tension dans le cou. Pour la plupart des gens, ce n’est qu’une gêne passagère. Mais pour vous, qui vivez avec une douleur chronique depuis des années, cette tension devient un signal d’alarme. Votre cerveau dit : « Attention, ça recommence. » Et immédiatement, votre corps se tend, votre respiration se bloque, et la douleur, qui n’était qu’une esquisse, devient un tableau complet. Vous venez de vous suggérer à vous-même que vous allez souffrir.

Ce mécanisme est amplifié par ce que j’appelle les « suggestions environnementales ». Les mots de votre entourage (« Tu as l’air fatigué, ça doit être dur »), les articles médicaux que vous lisez, les témoignages sur les forums : tout cela devient des suggestions qui nourrissent votre douleur. Votre cerveau n’a pas de filtre. Il ne distingue pas une information objective d’une suggestion chargée d’émotion. Il enregistre, et il crée la réalité correspondante.

Je me souviens d’un patient, un coureur amateur, qui souffrait de douleurs au genou depuis des mois. Il avait consulté plusieurs spécialistes, fait des IRM, et on lui avait parlé de « tendinite chronique ». À chaque séance, il me décrivait sa douleur avec une précision chirurgicale : « C’est une brûlure sous la rotule, ça m’empêche de poser le pied. » Un jour, je lui ai proposé un exercice simple : fermer les yeux, et imaginer son genou comme un paysage. Il a vu une plaine sèche, craquelée, sans eau. Puis, doucement, j’ai suggéré l’image d’une pluie fine. En quelques minutes, il a senti une détente. Pas une guérison, mais une modification de sa perception. La douleur était toujours là, mais elle avait changé de forme. C’est la suggestibilité à l’œuvre, mais cette fois dans un sens choisi.

Pourquoi votre douleur n’est pas seulement dans votre corps

C’est une phrase que j’entends souvent : « Mais Thierry, j’ai bien une hernie, ou une arthrose, c’est pas dans ma tête. » Vous avez raison. La douleur chronique a une origine physique, souvent. Mais ce que la science nous apprend aujourd’hui, c’est que la perception de cette douleur est construite par votre cerveau. Il n’y a pas de capteur de douleur qui envoie un signal brut. Il y a une interprétation, une mise en contexte, une histoire que votre cerveau se raconte.

Et cette histoire, vous la nourrissez de suggestions. Quand vous vous dites « Je vais avoir mal en montant les escaliers », vous activez les mêmes zones cérébrales que si vous montiez vraiment les escaliers. Votre cerveau simule la douleur, et votre corps répond. C’est pourquoi, en hypnose, on utilise cette suggestibilité pour créer des expériences alternatives. On ne supprime pas la cause physique, on change la narration.

Prenons le cas d’une patiente qui souffrait de migraines chroniques depuis quinze ans. Elle avait tout essayé, des médicaments lourds aux séances d’acupuncture. Elle était convaincue que ses migraines étaient liées à une intolérance alimentaire, et elle passait son temps à analyser chaque repas. En séance, je lui ai demandé de décrire sa migraine comme une couleur. Elle a répondu « du rouge, un rouge vif, agressif ». Puis, en utilisant des suggestions visuelles, je l’ai invitée à imaginer que ce rouge pouvait se diluer, devenir orange, puis jaune, puis blanc. Elle a souri, surprise. La migraine n’a pas disparu, mais elle a changé d’intensité. Ce n’était plus la même expérience.

Ce que je veux vous dire, c’est que votre douleur n’est pas une fatalité gravée dans le marbre. Elle est vivante, elle réagit à vos pensées, à vos émotions, à vos croyances. Et la suggestibilité est le levier qui permet d’agir sur cette réactivité.

Votre douleur chronique est comme une rivière qui a creusé son lit. Vous ne pouvez pas effacer le lit, mais vous pouvez détourner le courant.

L’IFS et l’Intelligence Relationnelle : des alliés pour déjouer la suggestibilité négative

Quand je reçois des personnes en souffrance, j’utilise souvent l’IFS (Internal Family Systems) en complément de l’hypnose. Pourquoi ? Parce que la douleur chronique n’est jamais seule. Elle s’accompagne souvent de parties de vous qui se sont mises en mode protection. Une partie qui dit : « Si tu ne fais pas attention, tu vas empirer. » Une autre qui murmure : « Tu es faible, tu ne guériras jamais. » Ces parties sont des suggestions internes, des voix qui renforcent la douleur.

L’IFS, c’est un peu comme une exploration intérieure. On ne juge pas ces parties, on les écoute. Et souvent, on découvre qu’elles essaient de vous protéger d’une peur plus ancienne : la peur de perdre le contrôle, la peur de ne pas être aimé, la peur de l’échec. Quand vous comprenez cela, vous pouvez désamorcer la suggestibilité négative. Vous n’êtes plus victime de ces voix, vous devenez leur chef d’orchestre.

Prenons un exemple. Un footballeur que j’accompagnais en préparation mentale souffrait de douleurs récurrentes aux ischio-jambiers. À chaque entraînement, il se disait : « Attention, ça va lâcher. » Cette suggestion activait une tension musculaire, et effectivement, il se blessait. En travaillant avec l’IFS, on a identifié une partie de lui qui était un « gardien de la performance », une voix qui lui rappelait sans cesse qu’il devait être parfait. Cette partie, en le protégeant de l’échec, créait en réalité la blessure. Une fois qu’il a pu dialoguer avec elle, la suggestion a changé. Il a commencé à se dire : « Je suis capable de m’adapter, mon corps sait quoi faire. » La douleur a diminué, non pas parce que son muscle était guéri, mais parce que la narration avait changé.

L’Intelligence Relationnelle, c’est la même idée, mais tournée vers l’extérieur. Combien de fois vos proches, avec les meilleures intentions du monde, vous disent : « Repose-toi, ne force pas » ? Ces phrases sont des suggestions. Elles vous enferment dans un rôle de malade. En apprenant à poser des limites, à reformuler ce que vous acceptez d’entendre, vous reprenez le contrôle de votre suggestibilité.

Des exercices concrets pour reprendre le pouvoir sur votre perception

Je ne vais pas vous promettre que tout disparaîtra en un claquement de doigts. Ce serait malhonnête. Mais je peux vous donner des outils simples, que vous pouvez commencer à utiliser dès aujourd’hui, pour modifier votre relation à la douleur.

Exercice 1 : Le changement de vocabulaire Pendant une semaine, chaque fois que vous parlez de votre douleur, remplacez les mots durs par des mots plus neutres. Au lieu de « brûlure », dites « chaleur ». Au lieu de « lancinant », dites « présent ». Vous allez voir, votre cerveau enregistre ces nuances. C’est une suggestion douce, mais répétée, qui peut faire une différence.

Exercice 2 : La respiration colorée Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux. Imaginez que votre douleur a une couleur. Inspirez en imaginant que vous attirez une autre couleur, une qui vous apaise. Par exemple, si votre douleur est rouge, inspirez du bleu. Expirez en visualisant que le rouge se mélange au bleu et devient violet. Faites cela cinq minutes. Ce n’est pas magique, mais ça entraîne votre cerveau à jouer avec les sensations.

Exercice 3 : Le dialogue avec la douleur C’est un exercice issu de l’IFS. Posez-vous la question : « Si ma douleur pouvait parler, que dirait-elle ? » Écrivez la réponse. Souvent, elle dit quelque chose comme : « Je suis là pour te protéger, pour te ralentir. » Puis, remerciez-la. Vous n’êtes pas obligé de la suivre, mais vous l’écoutez. Cela désamorce la lutte, et la suggestibilité change de camp.

Exercice 4 : Le filtre des suggestions extérieures Pendant une journée, notez toutes les phrases que vous entendez sur votre douleur, que ce soit de la part de médecins, de proches, ou de vous-même. Le soir, relisez-les. Demandez-vous : « Est-ce que cette suggestion m’aide ou me freine ? » Si elle vous freine, imaginez que vous la rangez dans un tiroir. Vous pouvez la ressortir plus tard, mais pour l’instant, elle est en pause.

Ces exercices ne remplacent pas un suivi médical, mais ils vous redonnent un rôle actif. Et c’est ça, le vrai changement : passer de victime à acteur de votre perception.

Ce que l’hypnose ericksonienne peut faire (et ne pas faire) pour vous

L’hypnose ericksonienne, c’est l’art de la suggestion indirecte. On ne vous endort pas, on ne vous fait pas perdre le contrôle. On vous guide vers un état de conscience modifié, où votre cerveau est plus réceptif aux nouvelles idées. C’est un peu comme si on ouvrait une fenêtre dans un mur que vous pensiez infranchissable.

Ce qu’elle peut faire :

  • Vous aider à modifier votre perception de la douleur, à la rendre moins intense, moins envahissante.
  • Vous apprendre à utiliser votre suggestibilité dans un sens qui vous sert, plutôt qu’il vous dessert.
  • Débloquer des ressources que vous avez en vous, mais que la douleur chronique a enfouies.

Ce qu’elle ne fait pas :

  • Elle ne guérit pas une hernie, une arthrose ou une lésion physique. Elle agit sur la perception, pas sur la cause organique.
  • Elle ne vous transforme pas en une autre personne. Vous restez vous-même, avec votre histoire, vos fragilités.
  • Elle ne fonctionne pas si vous n’êtes pas prêt à vous impliquer. L’hypnose, c’est un partenariat, pas une pilule magique.

Je vois souvent des personnes arriver avec l’espoir que je vais « effacer » leur douleur en une séance. Ce n’est pas réaliste. La douleur chronique est un système, un réseau de croyances, d’émotions, d’habitudes. Le défaire prend du temps. Mais chaque séance, chaque exercice, est une brique que vous posez pour construire un nouveau rapport à votre corps.

L’hypnose ne vous enlève pas la douleur, elle vous apprend à danser avec elle. Et parfois, la danse devient plus légère.

Conclusion : une invitation à explorer votre propre suggestibilité

Vous l’avez compris, la suggestibilité n’est pas un défaut. C’est une capacité. Et comme toute capacité, elle peut être orientée. Vous n’êtes pas condamné à subir les suggestions de la douleur, des médecins, ou de votre propre esprit. Vous pouvez choisir de les écouter, de les transformer, ou de les laisser passer.

Je ne vous propose pas une solution miracle. Je vous propose un chemin. Un chemin où vous apprenez à écouter votre corps autrement, à lui parler avec des mots qui apaisent plutôt qu’ils enflamment. Un chemin où vous reprenez le gouvernail de votre perception.

Si vous êtes à Saintes ou dans les environs, si vous sentez que cet article résonne avec ce que vous vivez, je vous invite à prendre contact. On peut se rencontrer, sans engagement, pour que je vous explique comment je travaille, et pour que vous puissiez sentir si cette approche pourrait vous convenir. Il n’y a rien de pire que de rester seul avec une douleur qui vous isole. Parfois, il suffit d’une main tendue, d’une parole qui change, pour que la musique intérieure s’allège.

Prenez soin de vous, et souvenez-vous : votre suggestibilité est une force. À vous de décider ce que vous voulez en faire.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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