HypnoseFondamentaux

Témoignage : j’ai cru ne pas être hypnotisable, et pourtant…

L'histoire d'une patiente qui a changé d'avis sur sa suggestibilité.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Je me souviens encore du jour où Julie est entrée dans mon cabinet, à Saintes. Elle avait cette posture un peu raide, les épaules légèrement remontées, et un regard qui en disait long sur son scepticisme. Avant même de s’asseoir, elle a lâché, presque comme un aveu : « Je suis venue, mais je dois vous prévenir : je ne suis pas hypnotisable. J’ai essayé une fois, chez une autre praticienne, et ça n’a rien donné. Je suis trop rationnelle, trop dans le contrôle. »

Je l’ai regardée, j’ai souri doucement, et je lui ai dit : « C’est parfait. C’est exactement le genre de personne avec qui j’aime travailler. »

Elle a haussé un sourcil, un peu déstabilisée. Et c’est là que tout a commencé. Aujourd’hui, je vais vous raconter son histoire, non pas pour vous vendre une méthode miracle, mais pour vous montrer que cette croyance – « je ne suis pas hypnotisable » – est probablement le plus grand obstacle que vous puissiez rencontrer. Et qu’il est possible de le dépasser.

Pourquoi tant de personnes pensent qu’elles ne sont pas hypnotisables ?

Julie n’est pas un cas isolé. Dans mon cabinet, j’entends cette phrase plusieurs fois par mois. Des hommes, des femmes, des cadres stressés, des sportifs de haut niveau, des mères de famille débordées. Tous disent la même chose, avec des variantes : « Je suis trop dans ma tête », « Je contrôle tout », « Je n’arrive pas à lâcher prise », « J’ai peur de ne pas entendre ce que vous dites ».

Ce qui est fascinant, c’est que cette croyance repose souvent sur une incompréhension profonde de ce qu’est vraiment l’hypnose. On imagine des spectacles de scène où quelqu’un tombe raide comme une planche, ou des yeux qui se révulsent, ou une voix monotone qui endort. On pense qu’il faut être « faible d’esprit » ou particulièrement crédule pour entrer dans cet état.

En réalité, c’est tout le contraire.

L’hypnose n’est pas un état de sommeil ou de passivité. C’est un état de conscience modifié, hyper focalisé, où votre attention est tellement concentrée sur quelque chose (une sensation, une image, un souvenir) que le reste du monde s’efface. Vous êtes plus éveillé que jamais, dans un sens. Vous entendez tout, vous pouvez bouger si vous voulez, vous pouvez même ouvrir les yeux et parler. Simplement, vous avez choisi de laisser de côté le bruit habituel de votre mental pour explorer une autre partie de vous-même.

La première chose que j’ai expliquée à Julie, c’est que l’hypnose n’est pas quelque chose que je lui fais. C’est quelque chose qu’elle fait avec moi. Je ne suis pas un magicien, je suis un guide. Mon rôle est de créer un cadre sécurisé, de lui proposer des chemins, mais c’est elle qui marche. Certaines personnes marchent vite, d’autres lentement. Certaines préfèrent les sentiers balisés, d’autres aiment couper à travers bois. Mais tout le monde peut marcher.

« L’hypnose n’est pas un pouvoir que le praticien exerce sur vous. C’est une capacité naturelle que vous possédez déjà, et que vous apprenez simplement à utiliser différemment. »

Julie avait une image très précise de ce que devrait être l’hypnose : un état de profonde relaxation, presque comateuse, où elle ne sentirait plus son corps. Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne pour tout le monde. Certaines personnes vivent l’hypnose comme une légère somnolence, d’autres comme une hypervigilance, d’autres encore comme un état de rêverie éveillée. Il n’y a pas de « bonne » façon d’être en hypnose.

Comment j’ai compris que ma résistance était en fait une force

Julie était commerciale dans une grande entreprise. Elle gérait des équipes, des budgets, des objectifs. Son cerveau était son outil de travail principal, et elle en était fière. Cette capacité à analyser, à planifier, à anticiper, c’est ce qui faisait d’elle une excellente professionnelle. Alors quand on lui demandait de « lâcher prise », son cerveau disait : « Sérieusement ? Tu veux que je mette en veille ce qui me rend performante ? »

C’est compréhensible. Et c’est même sain.

Le problème, c’est que son cerveau était aussi devenu son pire ennemi. Il tournait en boucle, la nuit, sur des scénarios d’échec. Il analysait sans cesse les interactions sociales, cherchant la faille, le risque. Il la maintenait dans un état d’alerte permanent, épuisant. Elle venait me voir pour des troubles du sommeil et une anxiété généralisée. Son mental, qui l’avait si bien servie dans sa carrière, était devenu un geôlier.

Je lui ai proposé un autre regard. Et si sa résistance, cette capacité à rester en éveil, à analyser, à contrôler, n’était pas un obstacle mais un allié ? Et si on pouvait utiliser cette même énergie, cette même concentration, pour explorer son monde intérieur ?

Je lui ai demandé : « Vous dites que vous êtes très analytique. Est-ce que vous pourriez analyser une sensation ? Par exemple, la sensation de vos pieds sur le sol, en ce moment même ? »

Elle a hésité, puis a fermé les yeux. « Oui, je sens le plancher sous mes semelles. C’est dur, un peu froid. »

« Parfait. Maintenant, analysez la différence entre la sensation sous votre pied gauche et sous votre pied droit. »

Elle a froncé les sourcils, concentrée. « Le gauche est plus... appuyé. Le droit est plus léger. »

« Vous venez d’entrer en hypnose », lui ai-je dit en ouvrant les yeux.

Elle a sursauté. « Quoi ? C’est tout ? Mais je n’ai rien ressenti de spécial ! »

C’est exactement ça. Beaucoup de gens s’attendent à un grand bouleversement, à une expérience mystique. Mais l’hypnose, c’est souvent très simple. C’est un état naturel que nous traversons plusieurs fois par jour : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière et que vous ne vous souvenez plus des derniers kilomètres, quand vous rêvassez en regardant par la fenêtre. Julie avait simplement appris à ignorer ces états, à les considérer comme du « temps perdu ». Mon travail était de l’aider à les reconnaître et à les utiliser volontairement.

Le jour où Julie a arrêté de vouloir m’impressionner

Pendant les premières séances, Julie faisait des efforts. Beaucoup trop. Elle voulait « bien faire », elle voulait « être une bonne patiente », elle voulait me montrer qu’elle pouvait y arriver. C’était épuisant pour elle, et contre-productif.

L’hypnose, c’est comme essayer de s’endormir. Plus vous voulez dormir, moins vous y arrivez. Plus vous vous dites « il faut que je dorme », plus votre cerveau s’active. C’est la même chose avec l’hypnose : la volonté, l’effort, la performance, ce sont les ennemis de l’expérience.

Un jour, je lui ai dit : « Julie, vous n’avez rien à prouver. Vous n’êtes pas là pour me montrer que vous êtes capable d’entrer en transe. Vous êtes là pour vous écouter. Si vous passez toute la séance à analyser ce que je dis, à essayer de suivre mes instructions à la lettre, vous passez à côté de l’essentiel : votre propre expérience. »

Elle a marqué un temps d’arrêt. Puis elle a ri, un rire un peu nerveux. « C’est tellement moi, ça. Toujours en mode performance, même pour me détendre. »

À partir de ce moment-là, quelque chose a changé. Elle a arrêté de lutter. Elle a accepté que son esprit vagabonde, qu’il parte dans des directions que je n’avais pas prévues. Elle a accepté que parfois, elle n’entende pas une phrase que je disais, parce qu’elle était trop absorbée par une sensation intérieure. Elle a accepté de ne pas « réussir » la séance.

Et c’est là que les choses ont vraiment commencé à bouger.

Elle m’a raconté, lors d’une séance suivante, qu’elle avait eu une image très forte : elle se voyait comme un cheval sauvage, dans un immense pré, qui courait à toute vitesse. Au début, elle avait peur de ce cheval, elle voulait le maîtriser, le dompter. Puis, dans l’hypnose, elle s’est approchée de lui, non pas pour le contrôler, mais pour le comprendre. Elle a posé sa main sur son encolure, et elle a senti sa puissance, mais aussi sa fatigue. Ce cheval, c’était son mental. Elle avait passé des années à essayer de le museler, de le faire taire. Alors qu’il avait juste besoin qu’on l’écoute, qu’on le reconnaisse, qu’on le laisse courir sans le juger.

Cette image a été un tournant. Elle a compris que sa résistance n’était pas une faiblesse, mais une énergie puissante, mal dirigée. L’hypnose ne l’a pas « endormie », elle lui a appris à canaliser cette énergie ailleurs.

« La résistance n’est pas un mur. C’est une porte. Mais il faut accepter de l’ouvrir doucement, sans forcer la serrure. »

Ce que j’ai vraiment ressenti pendant ma première vraie transe

Je vais vous livrer le récit de Julie, tel qu’elle me l’a confié après sa cinquième séance, celle où elle a eu son « déclic ».

« J’ai arrêté de me battre. J’ai juste écouté votre voix, mais sans essayer de la suivre. C’était comme si votre voix devenait un fond sonore, comme la musique dans un café. Je n’écoutais pas les mots, j’écoutais le rythme. Et à un moment, j’ai senti mes mains devenir très lourdes, mais pas comme du plomb. Comme si elles étaient posées sur un oreiller très moelleux. Et puis j’ai senti une chaleur dans mon ventre, une vague qui montait doucement. Je me suis dit « tiens, c’est agréable ». Et puis j’ai oublié que j’étais dans votre cabinet. J’ai oublié que j’avais un corps. Pendant quelques minutes, je n’étais plus rien, et en même temps, j’étais tout. C’était flou, cotonneux, mais pas endormi. C’était... présent. »

Ce qu’elle décrit, c’est ce qu’on appelle une transe légère à moyenne. Rien de spectaculaire. Pas de lévitation, pas de régression dans une vie antérieure. Juste une profondeur de présence différente. Et pourtant, c’est dans cet état que son cerveau a pu commencer à se réorganiser. Sans effort, sans volonté. Juste en laissant faire.

Après cette séance, elle m’a dit : « Je n’ai pas eu de révélation fracassante. Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas revécu un traumatisme. Mais je me suis sentie légère. Pour la première fois depuis des mois, je me suis sentie légère. »

Et c’est ça, le vrai changement. Ce n’est pas toujours spectaculaire. Parfois, c’est juste un petit glissement, une sensation de légèreté, une nuit où vous dormez mieux, une réaction moins brusque face à votre conjoint. Ces petits changements, cumulés, finissent par transformer une vie.

Les vrais changements que j’ai constatés dans ma vie depuis

Julie est venue me voir pendant environ trois mois, à raison d’une séance toutes les deux semaines. Les changements ne sont pas arrivés du jour au lendemain. Ils ont été progressifs, presque imperceptibles sur le moment.

Le premier changement, c’est qu’elle a recommencé à dormir. Pas parfaitement, non. Mais elle ne passait plus des heures à retourner des scénarios dans sa tête. Elle m’a dit : « Quand je me réveille la nuit, maintenant, je me dis juste ‘oh, je suis réveillée’, et je me rendors. Avant, je me disais ‘oh non, je suis réveillée, ça y est, la nuit est foutue’. »

Le deuxième changement, c’est qu’elle a arrêté de se juger. Elle se surprenait à avoir une pensée anxieuse, et au lieu de se dire « arrête, tu es ridicule, tu contrôles tout », elle se disait « tiens, voilà une pensée anxieuse. Bonjour. Tu veux me protéger de quoi ? » Ce simple changement de dialogue intérieur a réduit son anxiété de façon significative.

Le troisième changement, c’est qu’elle a retrouvé du plaisir. Du plaisir à manger, à marcher, à parler avec des amis. Son mental ne parasitait plus chaque instant. Elle était plus présente, plus disponible. Son mari lui a dit, un soir : « Je ne sais pas ce que tu fais chez ce type, mais tu es plus là. Avant, tu étais toujours ailleurs, même quand tu étais à la maison. Maintenant, tu es là. »

Ce sont ces retours-là qui me touchent le plus. Pas les grands discours, pas les transformations radicales. Mais ces petites phrases du quotidien, ces instants où la vie redevient plus simple, plus douce.

« Le plus grand changement n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. C’est de redevenir soi-même, mais sans le bruit. »

Ce que vous pouvez faire dès maintenant si vous doutez de votre suggestibilité

Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans le scepticisme de Julie, je voudrais vous proposer quelque chose. Un petit exercice, à faire chez vous, sans pression, sans enjeu. Juste pour expérimenter par vous-même.

Installez-vous confortablement, dans un endroit calme. Posez vos mains sur vos cuisses, paumes vers le haut. Prenez une respiration un peu plus profonde que d’habitude. Et puis, sans fermer les yeux si vous ne voulez pas, portez votre attention sur votre main droite. Regardez-la, ou sentez-la. Et dites-vous, intérieurement : « Je me demande si ma main droite va devenir plus légère ou plus lourde. Je ne sais pas. Je vais juste observer. »

Ne forcez rien. N’essayez pas de « faire » quelque chose. Laissez votre main faire ce qu’elle veut. Elle va peut-être devenir plus chaude, plus froide, plus légère, plus lourde, ou rien du tout. Ce n’est pas grave. L’important, c’est que vous ayez dirigé votre attention sur une sensation, et que vous ayez accepté de ne pas contrôler le résultat.

Si vous sentez une différence, même infime, c’est que vous venez de vivre un petit état hypnotique. Vous avez déplacé votre attention du monde extérieur vers une expérience intérieure, et vous avez accepté l’incertitude. C’est tout ce qu’il faut pour commencer.

Si vous ne sentez rien, ce n’est pas un échec. C’est juste que votre mental était trop occupé à « réussir » l’exercice. Recommencez demain, ou dans une semaine. Sans attente. Sans objectif. Juste pour voir.

L’hypnose, ce n’est pas une compétition. Ce n’est pas un test de QI ou de sensibilité. C’est une invitation à ralentir, à écouter, à laisser faire. Certaines personnes entrent en transe en une minute, d’autres ont besoin de plusieurs séances pour lâcher prise. Certaines personnes voient des images très nettes, d’autres ne sentent que des sensations vagues. Certaines personnes pleurent, d’autres rient, d’autres ne ressentent rien de particulier sur le moment.

Tout est valide. Tout est juste.

Si vous doutez encore, je vous propose un dernier changement de perspective. Au lieu de vous demander « suis-je hypnotisable ? », demandez-vous plutôt « suis-je prêt à accueillir ce qui vient, sans le juger ? ». La réponse à cette question est la seule qui compte vraiment.

Et si vous sentez que cette approche pourrait vous aider, que ce soit pour l’anxiété, le sommeil, une phobie, ou simplement pour mieux vous connaître, je serais heureux de vous rencontrer. Pas pour vous prouver quoi que ce soit, mais pour cheminer ensemble, à votre rythme, sans forcer, sans jugement.

Comme Julie, vous découvrirez peut-être que ce que vous pensiez être votre

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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