HypnoseFondamentaux

Témoignage : "Je pensais que l'hypnose était un mythe"

Récit d'une patiente sceptique devenue adepte des bienfaits.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Elle est entrée dans mon cabinet un mardi après-midi, le sac serré contre elle comme un bouclier. Avant même de s’asseoir, elle a lâché : « Je ne crois pas à l’hypnose, hein. Je viens parce que ma sœur m’a forcée. Mais je préfère prévenir : si vous sortez une montre à pendule, je me casse. »

J’ai souri. Ce n’était pas la première fois que j’entendais ça. Elle s’appelle Claire – c’est un prénom d’emprunt, mais son histoire est vraie. Elle avait 38 ans, deux enfants, un job dans le commerce qui la vidait, et des insomnies qui duraient depuis trois ans. Elle avait tout essayé : les tisanes, les applis de méditation, les somnifères légers, un suivi psychologique classique. Rien n’avait tenu. Alors sa sœur, qui avait travaillé avec moi sur son anxiété sociale, lui avait offert une séance. Claire était venue à reculons, prête à remballer le charlatan.

Aujourd’hui, six mois plus tard, elle dort six heures d’affilée sans réveil, elle a arrêté les somnifères, et elle dit que l’hypnose lui a « rendu sa nuit ». Mais le plus intéressant, c’est son chemin : comment une sceptique acharnée est devenue une ambassadrice convaincue. Pas parce que je suis un magicien. Parce que l’hypnose ericksonienne n’a rien de magique.

Je vais vous raconter son parcours, décortiquer les mécanismes qui ont opéré, et vous montrer pourquoi tant de gens – même les plus cartésiens – finissent par dire : « J’ai changé d’avis. »


Pourquoi tant de personnes pensent que l’hypnose est une arnaque ?

Avant de venir, Claire avait une image bien précise de l’hypnose : un type en costume sombre qui fait « vous avez sommeil » à la télé, un participant qui se met à danser comme une poule, une manipulation mentale digne d’un film d’espionnage. Elle n’était pas seule. Dans mon métier, je croise au moins un sceptique par semaine. Et franchement, c’est sain.

Le problème, c’est que l’hypnose de spectacle a tout gâché. Ce qu’on voit sur scène, c’est une performance conçue pour épater. Le participant accepte consciemment de jouer le jeu, souvent pour rigoler, parfois parce qu’il est suggestible ou qu’il veut être le centre de l’attention. Ça n’a rien à voir avec ce qui se passe dans un cabinet. En thérapie, personne ne vous fera aboyer comme un chien ou oublier votre prénom. Ce serait contraire à l’éthique, et surtout inutile.

Claire avait aussi peur de perdre le contrôle. C’est la crainte numéro un que j’entends : « Et si je ne me réveille pas ? » « Et si vous lisez dans mes pensées ? » « Et si je dis des choses que je regrette ? » Alors je lui ai posé une question simple : « Est-ce que vous avez déjà été tellement absorbée par un film que vous avez oublié l’heure, votre corps, la réalité autour ? » Elle a dit oui. « C’est ça, l’hypnose. Un état de concentration naturelle, un peu plus profond que d’habitude. Vous n’êtes pas endormie, vous n’êtes pas inconsciente. Vous êtes juste très, très focalisée. »

Cette analogie l’a rassurée. Parce que tout le monde a déjà vécu ça : conduire sur une route familière et ne pas se souvenir des cinq dernières minutes, être plongé dans un livre au point de ne pas entendre son téléphone, rêvasser en regardant par la fenêtre. Ce sont des états hypnotiques légers, spontanés. L’hypnose thérapeutique ne fait qu’y accéder volontairement pour travailler sur une problématique spécifique.

Le vrai blocage pour les sceptiques, c’est la croyance que l’hypnose est un pouvoir exercé par le praticien sur le patient. En réalité, c’est l’inverse. C’est le patient qui explore son propre fonctionnement, avec un guide qui lui tend des clés. Si vous ne voulez pas entrer dans une pièce, personne ne peut vous y forcer. Et Claire, elle ne voulait pas. Du moins pas au début.


La première séance : un dialogue entre une sceptique et son inconscient

Je ne fais pas de « spectacle » en séance. Pas de pendule, pas de « vous êtes de plus en plus endormi » d’une voix monotone. Mon approche, l’hypnose ericksonienne, est conversationnelle. On parle normalement, assis confortablement, les yeux ouverts ou fermés selon ce qui est confortable pour la personne. On commence par un échange sur ce qui l’amène, ses attentes, ses peurs. Pour Claire, c’était clair : « Je veux dormir, mais je ne crois pas que vous puissiez m’aider. »

J’ai accueilli son scepticisme. C’est important. Si j’avais essayé de le combattre, j’aurais renforcé sa résistance. Au lieu de ça, je l’ai remercié. « C’est bien que vous soyez prudente. Ça veut dire que vous ne vous laissez pas embobiner. Et cette prudence, on va l’utiliser. » J’ai validé son expérience. Elle s’est sentie entendue, pas jugée.

Puis je lui ai proposé un petit exercice : « Imaginez que vous tenez un citron dans votre main. Vous le pressez, vous sentez l’acidité, vous le portez à votre bouche et vous croquez dedans. » Elle a grimacé, sa bouche s’est serrée, elle a eu un mouvement de recul. « Vous voyez ? Votre corps a réagi à une simple pensée. C’est ça, l’hypnose. Votre imagination parle directement à votre système nerveux. »

C’est la première leçon. L’hypnose n’est pas un état exotique. C’est une compétence d’autorégulation que nous possédons tous, mais que nous n’utilisons pas toujours consciemment. Quand vous visualisez un endroit calme et que votre respiration ralentit, vous faites de l’auto-hypnose. Quand vous répétez une scène stressante dans votre tête et que votre cœur s’emballe, aussi. La différence, c’est l’intention.

Claire a accepté d’essayer une induction légère. Je lui ai proposé de se concentrer sur sa respiration, puis sur les sensations dans ses pieds, puis dans ses mains. Rien d’étrange. Juste une invitation à porter son attention à l’intérieur. Au bout de quelques minutes, ses paupières sont devenues lourdes, sa mâchoire s’est détendue. Elle était en transe légère. Elle pouvait parler, bouger, ouvrir les yeux si elle voulait. Mais elle a choisi de rester dans cet espace.

« Vous êtes en train de vivre ce que vous pensiez impossible, lui ai-je dit doucement. Et vous le faites vous-même. Je ne fais que vous accompagner. »

« L’hypnose ne se fait pas sur vous. Elle se fait avec vous. Vous êtes aux commandes. Moi, je suis juste le copilote qui vous montre une route que vous n’aviez pas encore empruntée. »

À la fin de cette première séance, Claire avait les yeux un peu humides. Pas de tristesse. De la surprise. « Je ne pensais pas que ça marcherait. Je me sens… calme. Pour la première fois depuis des mois, mon cerveau s’est tu. » Je lui ai dit que ce calme allait peut-être durer quelques heures, peut-être une journée. Que ce n’était pas un miracle, mais une première brèche dans le mur de l’insomnie.

Elle est repartie avec une piste audio d’auto-hypnose que j’avais enregistrée pour elle. Juste une voix qui l’aidait à retrouver ce calme seule, chez elle. Elle m’a dit plus tard qu’elle l’avait écoutée quatre fois avant de s’endormir. La première fois, elle s’était endormie au milieu. La deuxième, elle avait tenu jusqu’au bout. La troisième, elle avait réussi à reproduire l’état sans l’audio. La quatrième, elle avait dormi six heures d’affilée. Ça ne s’est pas reproduit tout de suite tous les soirs. Mais le chemin était ouvert.


Les mécanismes concrets qui ont changé son sommeil (et sa vie)

Ce qui a vraiment fait la différence pour Claire, ce n’est pas un « truc » d’hypnose. C’est la compréhension de ce qui se passait dans son cerveau. Et ça, ça parle à tout le monde, sceptique ou pas.

Son insomnie n’était pas un dysfonctionnement. C’était une solution. Je m’explique. Son cerveau était en hypervigilance constante : elle gérait une équipe sous pression, des enfants qui réclamaient, un conjoint qui traversait une période difficile, et ses propres exigences de perfection. Le soir, quand elle se posait, son système nerveux ne savait pas comment « descendre ». Il restait en mode alerte, parce que c’était le seul mode qu’il connaissait. Alors il fabriquait de l’anxiété : des pensées qui tournent en boucle sur les mails non envoyés, les devoirs non signés, l’angoisse de ne pas dormir.

Les somnifères traitaient le symptôme, pas la cause. Ils endormaient le cerveau, mais ne lui apprenaient pas à se détendre naturellement. Dès qu’elle les arrêtait, l’hypervigilance revenait en force, souvent amplifiée.

L’hypnose a travaillé sur deux plans :

  1. Le corps d’abord. On ne peut pas forcer l’esprit à se calmer si le corps est en tension. Les inductions hypnotiques commencent par des sensations physiques : la respiration, le poids du corps, la chaleur des mains. En focalisant son attention là-dessus, Claire a appris à son système nerveux parasympathique (le frein) à reprendre le dessus sur le sympathique (l’accélérateur). C’est concret, mesurable. Votre fréquence cardiaque baisse, votre cortisol diminue, votre digestion s’active. C’est la base de toute relaxation profonde.

  2. Le sens des pensées ensuite. L’hypnose ne supprime pas les pensées anxieuses. Elle change le rapport qu’on entretient avec elles. Au lieu de lutter contre « je n’arrive pas à dormir », on apprend à dire « tiens, voilà une pensée. Je la regarde passer comme un nuage, je ne monte pas dedans. » C’est ce qu’on appelle la dissociation thérapeutique. En séance, j’ai proposé à Claire d’imaginer ses soucis écrits sur des feuilles qui flottaient sur une rivière. Elle pouvait les voir, mais elle n’avait pas à les attraper. Cette métaphore, intégrée en état hypnotique, est devenue un réflexe le soir dans son lit.

Et puis il y a eu la partie la plus émouvante. En séance, Claire a pris conscience qu’elle avait peur de lâcher prise. Pas seulement pour dormir. Dans la vie. Elle contrôlait tout, parce qu’elle avait appris très jeune que sinon, les choses se cassaient. L’insomnie était une extension de ce contrôle : si elle ne dormait pas, au moins elle restait aux commandes. L’hypnose lui a offert une expérience de lâcher-prise sécurisée. Elle a pu sentir ce que ça faisait de se laisser aller, dans un cadre où elle savait qu’elle pouvait revenir à tout moment. Cette expérience, répétée, a désamorcé la peur viscérale de perdre le contrôle.

En trois séances, son sommeil est passé de 3-4 heures hachées à 6-7 heures continues. Pas tous les soirs. Mais assez pour qu’elle retrouve de l’énergie, de la patience avec ses enfants, et une forme de joie qu’elle avait oubliée.


Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important d’être honnête)

Claire a changé d’avis sur l’hypnose. Mais elle n’a pas changé d’avis sur tout. Et je trouve ça sain. Parce que l’hypnose ne guérit pas tout, ne convient pas à tout le monde, et n’est pas une baguette magique.

Voici ce qu’elle n’a pas fait pour elle :

  • Elle n’a pas effacé les causes de son stress. Son job est resté exigeant, ses enfants ont continué à se disputer, son conjoint a eu besoin de soutien.
  • Elle n’a pas supprimé toutes ses nuits difficiles. Il lui arrive encore de se réveiller à 3h du matin, une fois par semaine environ. Mais elle se rendort en 10-15 minutes au lieu de 2 heures.
  • Elle n’a pas changé sa personnalité. Elle reste une personne qui aime contrôler, planifier, anticiper. Elle a juste appris à poser ce contrôle quand il n’est pas utile.

Et c’est exactement ce que je lui avais promis. Pas un miracle. Un outil. Un processus qui lui a redonné du pouvoir sur sa propre vie, sans que je prenne le pouvoir sur elle.

Je dis souvent aux sceptiques : l’hypnose, c’est comme un vélo. Je peux vous tenir la selle, vous montrer comment pédaler, vous rassurer quand vous vacillez. Mais c’est vous qui pédalez. C’est vous qui apprenez à garder l’équilibre. Et une fois que vous savez, personne ne peut vous l’enlever.

Ce qui a vraiment convaincu Claire, c’est que ça a fonctionné sur des choses qu’elle n’avait pas prévues. Elle est venue pour le sommeil. Mais elle a aussi constaté qu’elle était moins irritable avec ses collègues, qu’elle avait arrêté de se ronger les ongles (une habitude depuis l’adolescence), et qu’elle se sentait plus présente avec ses enfants. L’hypnose a des effets de bord positifs, parce qu’elle travaille sur le système nerveux global, pas sur un symptôme isolé.


Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous (même si vous êtes sceptique)

Vous lisez ce témoignage et vous vous demandez peut-être : « Est-ce que ça pourrait marcher pour moi ? » La réponse honnête, c’est : peut-être. L’hypnose n’est pas une religion. C’est une méthode. Certaines personnes y sont très réceptives, d’autres moins. Et ce n’est pas une question de « croire » ou pas. J’ai accompagné des athlètes de haut niveau, des managers cartésiens, des ingénieurs, des médecins. Les plus sceptiques sont souvent ceux qui obtiennent les meilleurs résultats, parce qu’ils analysent, expérimentent, et finissent par constater par eux-mêmes.

Voici quelques questions à vous poser pour savoir si l’hypnose pourrait vous aider :

  • Avez-vous une problématique liée au stress, à l’anxiété, au sommeil, à une habitude (tabac, grignotage, ongles) ou à une douleur chronique ? Ce sont les domaines où l’hypnose a le plus de preuves d’efficacité.
  • Êtes-vous prêt à vous engager dans un processus de 3 à 6 séances ? L’hypnose n’est pas une solution unique. C’est un apprentissage. Il faut du temps pour que le cerveau intègre de nouveaux schémas.
  • Acceptez-vous l’idée que vous êtes acteur de votre changement ? Si vous attendez que le praticien « fasse le travail » à votre place, vous serez déçu. L’hypnose est une collaboration.
  • Pouvez-vous tolérer l’incertitude ? Parfois, les changements surviennent entre les séances, de façon inattendue. Parfois, rien ne se passe pendant une ou deux séances, puis un déclic se produit. C’est normal.

Si vous répondez oui à ces questions, même avec un scepticisme de fer, ça vaut le coup d’essayer. Et si vous répondez non, c’est très bien aussi. L’hypnose n’est pas une obligation. Il existe d’autres chemins.

Ce que j’ai appris avec Claire, c’est que le scepticisme n’est pas un obstacle. C’est une force. Il vous protège des illusions et des promesses trop belles. Mais il peut aussi vous fermer des portes que vous n’avez jamais poussées. Le secret, c’est de garder l’esprit ouvert tout en restant exigeant. De tester par vous-même, sans préjugés, avec un

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit