3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Le lien entre état modifié et accès aux souvenirs enfouis.
Tu t’es déjà demandé pourquoi, en hypnose, des souvenirs que tu pensais avoir oubliés depuis longtemps refont surface ? Pas ceux de ton anniversaire à huit ans, non, plutôt des moments précis, des sensations oubliées, des émotions que tu croyais enterrées. Je vois ça régulièrement dans mon cabinet à Saintes. Un homme vient pour une phobie des araignées. Il ferme les yeux, respire, et soudain, il revoit le visage de son grand-père, l’odeur de son garage, un après-midi d’été où il a marché sur une toile. Il n’avait pas pensé à cette scène depuis trente ans. Et pourtant, elle est là, vivante, comme si elle datait d’hier.
Ce n’est pas de la magie. C’est un mécanisme précis, lié à la façon dont ton cerveau archive et réactive les souvenirs. L’état de transe modifie temporairement les filtres de ta conscience. Et ce changement ouvre une porte vers des recoins de ta mémoire que tu n’exploites pas en temps normal. Mais attention : ce n’est pas une machine à remonter le temps infaillible. Tout ce qui remonte n’est pas un documentaire objectif. Certains souvenirs sont reconstruits, d’autres symboliques. Mon rôle, en tant que praticien, est de t’accompagner pour que cette exploration reste utile et sécurisée.
Dans cet article, je vais t’expliquer comment et pourquoi la transe facilite l’accès à des souvenirs enfouis. Je vais te parler des mécanismes neurologiques et psychologiques, des pièges à éviter, et de ce que tu peux en faire concrètement, que tu sois en séance ou simplement curieux.
Pour comprendre le lien entre transe et mémoire, il faut d’abord saisir ce qui se passe dans ton cerveau quand tu es en état modifié de conscience. En hypnose ericksonienne, on ne cherche pas à t’endormir ni à te faire perdre le contrôle. On t’invite à focaliser ton attention vers l’intérieur, à laisser de côté les stimuli extérieurs, à ralentir le rythme de tes pensées. Cela ressemble à l’état qui précède le sommeil, ou à celui que tu atteins quand tu es absorbé par un film, une musique, une route familière.
Dans cet état, ton cortex préfrontal – la partie rationnelle, critique, organisatrice de ton cerveau – réduit temporairement son activité. C’est lui qui, en temps normal, filtre les informations, les classe, les juge, et décide ce qui est pertinent ou non. Quand il se met en veille relative, d’autres régions prennent le relais. Notamment le système limbique, lié aux émotions, et l’hippocampe, central pour la mémoire épisodique – celle des événements vécus.
Concrètement, cela signifie que les barrières que ton cerveau érige habituellement pour t’éviter d’être submergé par des souvenirs inutiles ou douloureux s’abaissent. Des fragments d’expériences anciennes, qui étaient stockés mais non indexés comme prioritaires, deviennent soudain accessibles. C’est un peu comme si tu ouvrais un tiroir que tu n’avais pas ouvert depuis des années : tu ne sais pas exactement ce que tu vas y trouver, mais tu sais que ça existe.
Un exemple fréquent dans mon cabinet : une femme qui souffre d’anxiété sociale. En transe, elle revoit une scène de son adolescence où elle a été moquée devant toute la classe. Elle n’y pensait plus consciemment, mais son corps, lui, n’avait pas oublié. La honte, la chaleur au visage, le souffle court – tout revient. La transe n’a pas créé ce souvenir, elle a simplement levé l’inhibition qui empêchait d’y accéder.
La transe ne crée pas de faux souvenirs, mais elle abaisse les défenses qui les maintiennent hors de ta conscience. Ce qui remonte est souvent chargé d’émotion, parce que l’émotion est le ciment qui a fixé ce souvenir dans ta mémoire.
Tu pourrais te demander : si ces souvenirs sont là, pourquoi ne sont-ils pas disponibles en pleine conscience ? La réponse est double : protection et économie.
D’abord, la protection. Ton cerveau a un mécanisme de survie puissant : il évacue ou verrouille les expériences trop douloureuses, trop menaçantes, trop incompatibles avec l’image que tu as de toi-même ou du monde. C’est ce qu’on appelle le refoulement ou la dissociation, selon les cas. Ce n’est pas un choix conscient, c’est une adaptation automatique. Si un événement a été vécu comme traumatique, ton système nerveux peut décider qu’il est trop coûteux de le garder en mémoire active. Il le range dans un coin, étiqueté « accès restreint ».
Ensuite, l’économie. Ta mémoire n’est pas une bibliothèque parfaitement organisée. C’est un réseau dynamique, où les souvenirs sont reliés par des associations. En temps normal, tu utilises des chemins habituels : tu penses à ton travail, à tes courses, à un film vu récemment. Les souvenirs anciens, non sollicités, s’effacent progressivement de l’accès rapide. Ils existent encore, mais leur seuil d’activation est plus élevé. Il faut un déclencheur fort – une odeur, un son, une sensation corporelle – pour les réveiller.
La transe abaisse ce seuil. En réduisant le bruit de fond mental et en focalisant l’attention sur des sensations internes, elle crée les conditions pour que des connexions inhabituelles se fassent. Un mouvement de doigt, une image mentale, une phrase prononcée par le praticien peut agir comme une clé. Et soudain, la porte s’ouvre.
Je me souviens d’un patient, coureur amateur, qui venait pour améliorer sa gestion de l’effort. En transe, il a revu une course d’école primaire où il était tombé devant tout le monde. Il n’avait jamais fait le lien avec sa tendance à ralentir dans les moments où il se sentait observé. Le souvenir n’était pas traumatique au sens clinique, mais il avait été mis de côté, jugé sans importance. Pourtant, il influençait encore son comportement.
C’est une question cruciale, et je veux être très clair là-dessus. Non, tout ce qui remonte en transe n’est pas un enregistrement exact de la réalité. La mémoire humaine est reconstructive, pas reproductive. Chaque fois que tu te souviens de quelque chose, tu le reconstruis à partir de fragments, en comblant les trous avec des inférences, des émotions actuelles, des croyances. En transe, ce processus est amplifié.
Plusieurs chercheurs, comme Elizabeth Loftus, ont montré que la mémoire est malléable. On peut suggérer des souvenirs faux à des personnes en état de conscience ordinaire, alors en transe, où la suggestibilité est accrue, le risque existe. C’est pourquoi un praticien éthique ne cherche jamais à « retrouver » un souvenir précis. Il ne pose pas de questions orientées du type « N’aurais-tu pas vécu cela ? ». Il accompagne ce qui vient, sans le forcer.
Ce qui remonte peut être :
Par exemple, une personne peut « voir » une porte fermée dans une cave sombre. Ce n’est pas forcément un souvenir réel, mais l’image peut représenter un accès bloqué à une partie d’elle-même. L’important n’est pas la vérité factuelle, mais le sens que cela prend pour elle, et ce que cela permet de transformer.
Mon approche, avec l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle, est de considérer ce qui émerge comme une partie de toi, avec une intention positive. Même si le souvenir est partiellement reconstruit, l’émotion qui l’accompagne est réelle. Et c’est sur cette émotion que nous travaillons.
Ce qui compte, ce n’est pas la précision historique du souvenir, mais l’impact émotionnel qu’il a encore sur toi aujourd’hui. La transe te permet d’accéder à cet impact pour le transformer.
Si tu es du genre curieux, tu veux peut-être savoir ce qui se passe dans le crâne pendant une transe qui fait remonter des souvenirs. Voici l’essentiel, sans jargon superflu.
Le cerveau fonctionne avec des ondes électriques. En état de veille active, tu es en ondes bêta : rapides, focalisées sur l’extérieur. En transe légère à moyenne, tu passes en ondes alpha, puis thêta. Les ondes thêta sont caractéristiques des états de relaxation profonde, de méditation, et des phases de sommeil léger. Or, ces ondes thêta sont aussi associées à la mémoire épisodique et à l’imagerie mentale.
Des études en neuro-imagerie montrent qu’en hypnose, l’hippocampe – cette structure en forme d’hippocampe, d’où son nom – devient plus actif dans certaines conditions. L’hippocampe est le chef d’orchestre de la consolidation et de la récupération des souvenirs. Quand il est stimulé, il peut reconnecter des fragments épars.
Parallèlement, l’amygdale, qui traite les émotions, reste active. C’est pourquoi les souvenirs qui remontent sont souvent chargés affectivement. La transe ne désactive pas l’émotion, elle la rend plus accessible, sans la censure du cortex préfrontal.
Un autre acteur clé est le réseau du mode par défaut. C’est un ensemble de régions cérébrales qui s’activent quand tu ne fais rien de spécifique, quand tu laisses vagabonder ton esprit. En transe, ce réseau est particulièrement actif. Il est impliqué dans la rumination, la réflexion sur soi, et la navigation dans les souvenirs personnels. En l’activant, tu favorises l’émergence de contenus autobiographiques.
Enfin, il y a la question des neuromédiateurs. La transe modifie les niveaux de dopamine, de sérotonine et de noradrénaline. Ces molécules influencent l’attention, la motivation et la mémoire. Un environnement chimique différent peut rendre certains souvenirs plus saillants.
Tout cela pour dire que ce n’est pas mystique. C’est une neurobiologie que l’on commence à comprendre, même s’il reste beaucoup à explorer.
C’est là que le travail d’accompagnement prend tout son sens. Faire remonter un souvenir n’est pas une fin en soi. Ce qui importe, c’est ce que tu en fais. Sinon, tu risques de revivre une émotion douloureuse sans cadre pour la transformer. C’est comme ouvrir une vieille plaie sans avoir de quoi la nettoyer et la refermer.
Dans ma pratique, je suis plusieurs principes :
La sécurisation avant l’exploration. Avant d’aller chercher quoi que ce soit, je m’assure que la personne a des ressources internes solides. Un lieu sûr, une figure protectrice, une respiration stable. Si un souvenir difficile émerge, on peut toujours y revenir plus tard, ou le regarder de loin, comme un film, sans s’y plonger.
L’accueil sans jugement. Ce qui remonte n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est une partie de toi qui se manifeste. En IFS, on dirait que c’est une partie qui porte une charge émotionnelle, souvent pour te protéger. L’attitude est de la remercier, de l’écouter, de comprendre ce qu’elle a besoin de dire. Pas de la combattre.
La transformation du sens. Une fois le souvenir accessible, on peut le revisiter. Pas pour le changer (tu ne peux pas effacer le passé), mais pour changer le sens que tu lui donnes aujourd’hui. Par exemple, un patient a revu une scène où son père l’a humilié. Au lieu de rester dans la honte, il a pu voir que son père agissait ainsi parce qu’il était lui-même débordé, maladroit. Cela n’excuse pas, mais cela allège le poids.
La réintégration douce. Après avoir exploré, on revient progressivement à l’état ordinaire. On prend le temps de « digérer » ce qui vient de se passer. On peut noter, dessiner, verbaliser. Le but est d’intégrer l’expérience sans être submergé.
Un exemple concret : une femme de 45 ans, cadre, stressée. En transe, elle revoit une scène où sa mère lui disait « tu n’y arriveras jamais » alors qu’elle préparait un examen à 16 ans. La douleur est vive. On ne va pas rester là. On va d’abord reconnaître la jeune fille qu’elle était, lui donner la parole, lui dire ce dont elle avait besoin à ce moment-là. Puis on va regarder la femme d’aujourd’hui, ses réussites, ses compétences. Le souvenir n’a pas disparu, mais il a perdu son pouvoir.
Je vais être honnête avec toi : explorer sa mémoire en transe n’est pas anodin. Il y a des risques, surtout si tu le fais seul ou avec un praticien peu formé. Voici les principaux écueils.
Le piège de la suggestibilité. En transe, tu es plus réceptif aux suggestions. Un praticien maladroit pourrait involontairement induire un souvenir qui n’existe pas. C’est pourquoi je ne pose jamais de questions du type « Est-ce que tu as été abusé ? ». Je préfère dire : « Laisse venir ce qui a besoin de venir, sans forcer. »
Le piège de la reviviscence non accompagnée. Revivre un traumatisme en transe, c’est comme rejouer la scène sans filet. Cela peut retraumatiser. C’est pourquoi je travaille toujours avec des techniques de dissociation : observer la scène comme un spectateur, ou la projeter sur un écran. On garde une distance.
Le piège de la généralisation. Un souvenir qui remonte n’est pas toute la vérité sur ta vie. Par exemple, tu revois une dispute avec un parent. Cela ne signifie pas que toute ton enfance a été toxique. Le cerveau a tendance à sur-généraliser à partir d’un exemple. Le travail consiste à remettre le souvenir dans son contexte.
Le piège de la quête obsessionnelle. Certaines personnes veulent à tout prix retrouver un souvenir précis, pensant que cela résoudra tout. C’est une illusion. La mémoire n’est pas un disque dur. Chercher absolument un souvenir peut créer de la frustration et de la tension. Mieux vaut laisser émerger ce qui vient, sans forcer.
Le piège de l’interprétation sauvage. Un souvenir symbolique – un couloir sombre, une porte verrouillée – n’est pas forcément la preuve d’un événement réel. Il peut représenter une émotion, un blocage, une peur. L’interpréter littéralement peut mener à des conclusions erronées.
En tant que praticien, ma responsabilité est de créer un cadre où ces pièges sont évités. Je ne suis pas là pour « révéler » des secrets enfouis, mais pour t’aider à mieux te connaître et à alléger ce qui pèse.
Oui, bien sûr. L’hypnose n’est pas la seule porte d’entrée vers la mémoire implicite. D’autres états modifiés de conscience peuvent produire des effets similaires : la méditation profonde, le rêve éveillé, certaines pratiques de respiration, le flux en pleine activité sportive, ou même des moments de rêverie spontanée.
Les sportifs que j’accompagne en préparation mentale me disent souvent qu’en courant, en pleine endurance, des souvenirs leur reviennent sans prévenir. Le cerveau, libéré de la gestion consciente de la course, se met à vagabonder. C’est un état de transe léger, naturel.
De même, une séance de yoga nidra, une promenade en forêt sans musique, un bain chaud : tout cela peut favoriser l’émergence de souvenirs. Ce qui est commun, c’est la réduction du contrôle cortical et l’activation du réseau du mode par défaut.
Cependant, l’hypnose a un avantage : elle est dirigée et sécurisée.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Reconnaître les indices d'un passé qui refait surface.
Des outils concrets pour des échanges plus sereins.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.