Transe et mémoire : pourquoi des souvenirs remontent sous hypnose
Pourquoi l’état de transe donne accès à des souvenirs oubliés, ce que montre l’imagerie, la fiabilité de ce qui remonte et comment l’accueillir sans se laisser submerger.

Un homme vient me voir à Saintes pour une peur des araignées. Il ferme les yeux, respire, et soudain revoit le garage de son grand-père, un après-midi d’été, l’odeur de l’huile et une toile tendue dans un coin. Il n’y avait pas pensé depuis trente ans. Pourtant, la scène est là, vivante, avec ses couleurs et ses émotions.
Ce phénomène est fréquent en hypnose : des souvenirs que l’on croyait oubliés refont surface, souvent des sensations ou des émotions plus que des récits complets. Il intrigue, parfois il inquiète. Voici ce qui se passe, ce qu’il faut en penser, et comment l’accueillir.
La mémoire n’est pas un disque dur
On imagine souvent la mémoire comme une bibliothèque où chaque souvenir serait rangé intact, prêt à être consulté. La réalité est plus vivante. Un souvenir est reconstruit à chaque fois qu’on le rappelle, à partir de fragments : des images, des sensations, des émotions, des mots. Il dépend du contexte dans lequel on le rappelle, et il se modifie un peu à chaque rappel.
Certains souvenirs sont peu accessibles en temps ordinaire, non parce qu’ils ont disparu, mais parce que rien ne les réactive. D’autres sont tenus à distance parce qu’ils sont associés à des émotions difficiles : l’esprit se protège.
Pourquoi la transe ouvre d’autres portes
L’état hypnotique modifie la façon dont on accède à ses souvenirs, pour plusieurs raisons :
- L’attention se tourne vers l’intérieur. Moins occupée par l’extérieur, elle remarque des images et des sensations qui passent habituellement inaperçues.
- Le filtre critique se relâche. On ne trie plus aussi vite ce qui est « important » ou « logique », ce qui laisse émerger des fragments inattendus.
- Le corps et les émotions deviennent des portes d’entrée. Une sensation, une émotion, une odeur imaginée peuvent réactiver un souvenir qui leur est associé, un peu comme une madeleine.
- La sécurité ressentie permet parfois de laisser approcher ce qui était tenu à distance.
Ce que montre l’imagerie cérébrale
Les études d’imagerie montrent que l’hypnose modifie l’activité de réseaux impliqués dans l’attention, l’imagerie mentale et le rapport à soi. Les régions associées à la vigilance se mettent en retrait, tandis que celles de l’imagerie et de l’émotion restent très actives. C’est cohérent avec ce que vivent les personnes : un accès plus direct aux images et aux émotions, avec une moindre censure.
Il faut cependant rester prudent : l’imagerie ne permet pas de distinguer un souvenir exact d’un souvenir reconstruit.
Tous les souvenirs qui remontent sont-ils fiables ?
C’est une question essentielle, et la réponse est non. Sous hypnose comme en dehors, la mémoire reconstruit. Un souvenir peut être fidèle dans son émotion et inexact dans ses détails, ou mélanger plusieurs moments. La recherche a aussi montré que des suggestions insistantes peuvent conduire à créer de faux souvenirs, avec une grande conviction.
C’est pourquoi un praticien sérieux :
- ne suggère jamais un souvenir (« vous avez sûrement vécu ceci… ») ;
- ne cherche pas à « retrouver la vérité » sur des événements passés ;
- considère ce qui remonte comme une expérience à accueillir et à travailler, pas comme une preuve.
L’hypnose ne doit jamais servir à établir des faits, par exemple dans un contexte judiciaire ou de soupçon d’abus. Ce n’est pas son rôle, et ce serait dangereux.
Pourquoi c’est utile malgré tout
Si le souvenir n’est pas une preuve, il est une information précieuse. L’émotion qu’il porte, la croyance qui s’y est attachée (« je suis en danger », « je ne suis pas à la hauteur »), la sensation corporelle qui l’accompagne : tout cela parle de ce qui agit encore aujourd’hui. Le travail consiste alors à apaiser cette charge et à offrir une nouvelle expérience, avec les ressources de l’adulte. Dans l’exemple de la phobie, ce n’est pas l’exactitude de la scène du garage qui compte, c’est la peur de l’enfant qu’elle a permis de rencontrer.
Accueillir ce qui remonte sans se laisser submerger
En séance, plusieurs repères protègent :
- Une base de sécurité est installée avant tout travail sur la mémoire : un lieu ressource, un ancrage.
- La distance est réglable : on peut regarder la scène de loin, comme sur un écran, en noir et blanc, ou depuis le point de vue de l’adulte d’aujourd’hui.
- Le rythme vous appartient : vous pouvez arrêter, revenir au lieu sûr, ouvrir les yeux.
- Le travail se poursuit après : un temps d’échange permet de donner du sens à ce qui a émergé.
Si un souvenir pénible remonte en dehors d’une séance, en autohypnose ou spontanément, revenez au présent : posez les pieds au sol, nommez cinq choses que vous voyez, respirez lentement. Et parlez-en à un professionnel plutôt que de l’explorer seul.
Les pièges à éviter
- Chercher activement des souvenirs traumatiques en autohypnose, seul.
- Prendre pour acquis tout ce qui remonte.
- Suivre un praticien qui oriente vos souvenirs ou affirme savoir ce que vous avez vécu.
- Forcer : si rien ne remonte, ce n’est pas un échec. Le travail peut se faire sans souvenir précis.
Peut-on accéder à ces souvenirs sans hypnose ?
Oui. La rêverie, l’écriture, certaines musiques ou odeurs, les approches corporelles et l’IFS permettent aussi de rencontrer ce que portent nos souvenirs. L’hypnose est une voie parmi d’autres, particulièrement intéressante parce qu’elle combine accès et sécurité.
Et maintenant ?
Si des souvenirs ont émergé lors d’une séance ou d’une pratique d’autohypnose et vous laissent perplexe, ce n’est pas anormal. Notez-les sans chercher à les interpréter seul, et parlez-en à votre praticien. Pour mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau, voyez aussi ce que l’IRM montre de l’hypnose. Je vous accompagne en cabinet à Saintes ou à distance.
Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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