HypnoseFondamentaux

Un protocole d'hypnose ericksonienne pour gérer la colère

Un outil pratique pour transformer votre énergie en force positive.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous avez sans doute déjà vécu cette sensation : la mâchoire qui se serre, les poings qui se ferment, cette chaleur qui monte dans la poitrine comme un raz-de-marée. Et puis, les mots qui sortent, ceux que vous regrettez une heure plus tard. Ou bien, à l'inverse, ce silence lourd, cette colère rentrée qui vous ronge de l'intérieur pendant des jours.

Je vois régulièrement des personnes comme vous dans mon cabinet à Saintes. Des cadres qui explosent en réunion, des parents qui crient après leurs enfants avant de s'en vouloir, des sportifs qui laissent la frustration gâcher une performance. Tous me disent la même chose : « Je n'arrive pas à contrôler ma colère. »

Et si je vous disais que le problème n'est pas la colère elle-même ?

La colère n'est pas une erreur de votre système nerveux. C'est une alarme. Un signal puissant qui vous indique qu'une limite a été franchie, qu'un besoin n'est pas respecté, que quelque chose d'important pour vous est menacé. Le problème, ce n'est pas l'alarme. C'est que vous n'avez jamais appris à l'écouter avant qu'elle ne devienne assourdissante.

Dans cet article, je vais vous partager un protocole d'hypnose ericksonienne que j'utilise avec mes patients. Ce n'est pas une formule magique qui efface la colère – ce serait dangereux et contre-productif. C'est une méthode pour transformer cette énergie brute en force consciente, pour passer du réactif au responsable.

Pourquoi la colère vous échappe-t-elle ? Le mécanisme sous-estimé

Avant de parler de protocole, comprenons ce qui se joue dans votre cerveau quand la colère vous submerge.

Imaginez votre système nerveux comme un orchestre. Le chef d'orchestre, c'est votre cortex préfrontal – la partie rationnelle, celle qui réfléchit, planifie, décide. Les musiciens, ce sont vos émotions, vos instincts, vos mémoires. Dans un état calme, le chef dirige. Mais quand un stimulus déclencheur apparaît – une remarque blessante, une injustice, une frustration – l'amygdale, cette petite structure en forme d'amande dans votre cerveau, prend le contrôle. Elle actionne l'alarme. Et tout l'orchestre joue en solo, fort, sans partition.

C'est ce qu'on appelle le détournement émotionnel. En moins d'une seconde, votre sang quitte votre cortex préfrontal pour irriguer vos muscles. Votre cœur s'emballe. Votre vision se rétrécit. Vous n'êtes plus en mode réflexion, vous êtes en mode survie.

« La colère est comme un cheval sauvage : si vous essayez de le dompter par la force, il vous épuise. Si vous apprenez à monter avec lui, il vous porte là où vous devez aller. »

L'hypnose ericksonienne ne cherche pas à supprimer ce mécanisme. Il est trop rapide, trop profondément ancré dans notre biologie. Elle va plutôt créer une brèche, un espace entre le stimulus et la réponse. Un espace où vous pouvez choisir.

Cette approche doit son nom à Milton Erickson, un psychiatre américain du XXe siècle qui a révolutionné l'hypnose. Là où l'hypnose classique imposait des suggestions directes et autoritaires, Erickson a développé une méthode indirecte, permissive, qui utilise le langage naturel de l'inconscient. Il partait du principe que chaque personne possède déjà en elle les ressources nécessaires pour guérir et s'adapter. Le rôle du thérapeute n'est pas d'imposer un changement, mais de créer les conditions pour que ces ressources émergent.

Concrètement, dans le cadre de la colère, cela signifie que nous n'allons pas vous ordonner de « rester calme » – ce qui ne marche jamais, d'ailleurs. Nous allons plutôt explorer avec votre inconscient comment il peut ajuster le volume de l'alarme, comment il peut intégrer l'information apportée par la colère sans se laisser submerger.

Le signal d'alerte : comment repérer la colère avant qu'elle ne vous submerge

La première étape du protocole que j'enseigne à mes patients est la plus simple en apparence, et la plus difficile en pratique : repérer la colère tôt.

J'ai reçu il y a quelques mois un patient, appelons-le Julien, un commercial de 42 ans. Il venait me voir parce qu'il avait failli perdre son poste après avoir insulté un client au téléphone. « Je ne l'ai pas vu venir, me disait-il. En une seconde, j'étais passé de professionnel à furieux. »

Je lui ai demandé : « Et juste avant cette seconde, que s'est-il passé dans votre corps ? »

Il a réfléchi. « Rien. Enfin... peut-être que ma nuque s'est tendue. Et j'ai senti une chaleur dans ma poitrine. »

C'est là que tout commence. La colère n'arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle envoie des signaux précoces : une tension dans la mâchoire, une respiration qui devient courte, des épaules qui remontent, une sensation de chaleur ou de pression dans la poitrine.

Le problème, c'est que nous vivons dans une culture qui nous apprend à ignorer ces signaux. On nous dit de « prendre sur soi », de « rester professionnel », de « ne pas faire d'histoire ». Alors on serre les dents, on contracte, on refoule. Et à force de refouler, on finit par ne plus entendre les signaux d'alarme jusqu'à ce qu'ils deviennent assourdissants.

Le protocole commence donc par un exercice de cartographie corporelle. Prenez un moment, maintenant, si vous le voulez. Fermez les yeux. Portez votre attention à l'intérieur de votre corps. Où se trouve la colère chez vous ? Est-ce dans vos poings ? Votre mâchoire ? Votre ventre ? Quelle sensation précise : chaleur, pression, picotement, lourdeur ?

Notez-la. Pas pour la juger, pas pour la chasser. Juste pour la connaître.

Dans mon cabinet, je guide les personnes à travers cette exploration. Nous prenons le temps de reconnaître les premiers signes, ceux qui apparaissent quand l'alarme est encore faible, quand la porte du choix est encore ouverte. Et nous créons un signal d'ancrage : un mot, un geste, une respiration qui dit « Attention, la colère arrive. »

Pour Julien, ce fut le mot « nuque ». Quand il sentait sa nuque se tendre, il savait qu'il avait environ 30 secondes avant que la tempête ne se déchaîne. 30 secondes, c'est énorme. C'est le temps de faire une respiration, de changer de perspective, d'activer le protocole.

Le protocole en 4 étapes : de l'émotion réactive à l'action choisie

Voici maintenant le cœur de l'article : le protocole que j'utilise avec mes patients. Je l'ai construit à partir des principes de l'hypnose ericksonienne, en l'adaptant pour qu'il soit utilisable en pleine conscience, sans avoir besoin d'être en transe formelle.

Étape 1 : La reconnaissance sans jugement

Quand vous sentez les premiers signaux, arrêtez-vous. Littéralement. Si vous êtes en train de parler, faites une pause. Si vous marchez, ralentissez. Si vous tapez sur un clavier, levez les doigts.

Puis, dites-vous intérieurement : « Je reconnais que de la colère est présente. »

Pas « Je suis en colère ». Cette formulation identifie votre être tout entier à l'émotion. Plutôt : « De la colère est présente. » Comme si vous regardiez un nuage passer dans le ciel. Le nuage n'est pas le ciel. La colère n'est pas vous.

Cette étape est cruciale car elle active le cortex préfrontal. En nommant l'émotion, vous sortez du mode survie et vous ramenez une partie de votre conscience rationnelle en ligne. C'est un petit geste neurobiologique puissant.

Étape 2 : La respiration en triangle

Une fois la colère reconnue, utilisez la respiration pour créer un espace. Je propose à mes patients la respiration en triangle :

Inspirez lentement par le nez pendant 4 secondes. Retenez votre souffle pendant 4 secondes. Expirez doucement par la bouche pendant 4 secondes.

Répétez trois fois.

Pendant que vous respirez, portez votre attention sur la sensation de l'air qui entre et sort. Pas pour vous calmer – c'est un effet secondaire, pas l'objectif. L'objectif est de vous ancrer dans le présent, dans votre corps, dans la sensation physique. La colère veut vous projeter dans le passé (la cause) ou dans le futur (la vengeance). La respiration vous ramène ici et maintenant.

« La respiration est le pont entre le corps et l'esprit. Quand la colère coupe la communication, la respiration rétablit la connexion. »

Étape 3 : L'exploration curieuse

Maintenant que vous avez créé un espace, explorez la colère avec curiosité. Posez-vous ces questions, pas avec votre mental analytique, mais avec une intention d'écoute :

– Où est exactement cette colère dans mon corps ? – Quelle est sa forme ? Sa couleur ? Sa texture ? – Si elle pouvait parler, que dirait-elle ?

Cette étape peut sembler étrange, mais elle est au cœur de l'approche ericksonienne. Erickson considérait que l'inconscient communique à travers des images, des sensations, des métaphores. En explorant la colère comme une présence, vous entrez en dialogue avec elle.

Souvent, ce qui émerge est surprenant. J'ai eu une patiente, Sophie, qui décrivait sa colère comme « une boule rouge brûlante dans le ventre ». Quand je lui ai demandé ce qu'elle dirait si elle pouvait parler, la réponse a été : « Je te protège. » Cette boule rouge n'était pas une ennemie. C'était une gardienne, une partie d'elle qui avait appris à se défendre après des années de critiques familiales.

En explorant, vous découvrez que la colère a toujours une intention positive. Elle veut protéger quelque chose : votre dignité, votre intégrité, votre justice, votre sécurité. Le problème n'est pas l'intention, c'est l'expression. La colère veut vous aider, mais elle utilise des méthodes qui vous nuisent.

Étape 4 : La transformation par l'intention

Une fois que vous avez identifié ce que la colère veut protéger, vous pouvez lui donner un nouveau rôle. C'est l'étape de transformation.

Demandez-vous : « Quelle action choisie puis-je poser qui respecte à la fois ce que la colère veut protéger et qui est alignée avec qui je veux être ? »

Si la colère veut protéger votre dignité face à une injustice, peut-être que l'action choisie est d'exprimer calmement votre désaccord, sans attaque personnelle. Si elle veut protéger votre besoin de respect, peut-être que l'action est de poser une limite claire. Si elle veut protéger votre énergie face à une situation frustrante, peut-être que l'action est de prendre du recul et de revenir plus tard.

Visualisez cette action. Imaginez-vous la poser. Ressentez dans votre corps ce que ça fait d'agir depuis ce lieu de choix, pas depuis la réaction.

Julien, le commercial, a découvert que sa colère protégeait son besoin de reconnaissance professionnelle. Quand un client le remettait en cause, sa colère s'activait pour défendre son expertise. L'action choisie qu'il a identifiée : reformuler calmement les propos du client, montrer qu'il comprend son point de vue, puis proposer une solution. Pas d'attaque, pas de défense agressive. Juste une affirmation posée.

Intégrer le protocole dans votre quotidien : les pièges à éviter

Un protocole, aussi bon soit-il, ne sert à rien s'il reste sur le papier. L'intégration dans la vie réelle est le véritable défi. Voici les pièges les plus fréquents que je vois chez mes patients, et comment les éviter.

Piège n°1 : Vouloir être parfait du premier coup

Votre inconscient a passé des années, parfois des décennies, à programmer des réponses de colère automatiques. Vous ne les réécrirez pas en une semaine. Si vous échouez à appliquer le protocole une fois, deux fois, dix fois, ce n'est pas un échec. C'est de l'entraînement. Chaque fois que vous reprenez conscience en cours de route, c'est une victoire.

Piège n°2 : Utiliser le protocole pour réprimer

Le but n'est pas de ne plus ressentir la colère. Le but est de la ressentir pleinement, sans être contrôlé par elle. Si vous utilisez ce protocole pour « faire taire » la colère, vous allez juste la renforcer à long terme. La colère veut être entendue. Si vous l'écoutez vraiment, elle s'apaise d'elle-même.

Piège n°3 : Négliger la pratique en dehors des crises

Le protocole fonctionne mieux quand vous l'avez pratiqué dans des moments calmes. C'est comme un sportif qui s'entraîne avant la compétition. Prenez 5 minutes par jour pour vous asseoir tranquillement et parcourir les 4 étapes sur une colère passée ou imaginaire. Vous créez ainsi des chemins neuronaux qui seront disponibles quand la tempête arrivera.

Piège n°4 : Oublier le contexte

La colère n'arrive pas dans le vide. Elle est souvent liée à des schémas plus profonds : des croyances sur vous-même, des blessures du passé, des besoins non satisfaits. Le protocole vous aide à gérer la crise. Pour explorer les racines, un accompagnement plus long peut être nécessaire. C'est là que l'hypnose ericksonienne, couplée à l'IFS (Internal Family Systems) que j'utilise, peut aller plus loin.

Quand la colère devient une alliée : le témoignage d'un patient

Je voudrais vous partager l'histoire de Marc, un footballeur amateur que j'accompagne en préparation mentale. Marc avait un problème : sur le terrain, il était connu pour ses coups de sang. Un mauvais tacle, une décision arbitrale discutable, et il explosait. Résultat : cartons jaunes, suspensions, et une réputation qui lui fermait les portes de clubs plus ambitieux.

Quand nous avons commencé à travailler ensemble, Marc croyait que son problème était « trop d'émotion ». Il voulait devenir « un robot », disait-il. « Je veux ne rien ressentir. »

Je lui ai proposé autre chose : faire de sa colère une alliée.

Nous avons utilisé une version adaptée de ce protocole. Marc a appris à reconnaître les premiers signes : sa respiration devenait courte, ses épaules montaient vers ses oreilles. À ce signal, il avait un déclencheur : toucher son brassard de capitaine. Ce geste l'ancrait dans le moment présent.

Puis, plutôt que de combattre la colère, il l'a invitée. « Qu'est-ce que tu veux me dire ? » demandait-il intérieurement. La réponse était toujours la même : « Ce match compte pour toi. Tu veux gagner. Tu veux qu'on respecte ton équipe. »

Au lieu de se laisser emporter par cette énergie, il l'a canalisée. Il a appris à transformer l'adrénaline de la colère en concentration accrue, en détermination. Ses tacles sont devenus plus précis, ses passes plus tranchantes, son leadership plus affirmé.

Six mois plus tard, il n'avait pas reçu un seul carton jaune pour comportement antisportif. Il était devenu le joueur que ses coéquipiers cherchaient des yeux dans les moments difficiles. « Je ne suis plus en guerre contre moi-même », m'a-t-il dit lors de notre dernière séance. « Je suis en équipe avec toutes mes émotions. »

Votre prochaine étape : un geste simple pour commencer

Vous n'avez pas besoin d'attendre d'être dans une crise pour commencer à travailler avec ce protocole. Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant, en lisant ces lignes.

Prenez une respiration. Portez votre attention sur votre corps. Rappelez-vous une situation récente où la colère est montée – pas forcément une grosse colère, juste un agacement, une irritation.

Parcourez les 4 étapes mentalement :

  1. Reconnaissez : « De la colère était présente. »
  2. Respirez en triangle.
  3. Explorez : où dans le corps ? Quelle forme ? Que voulait-elle protéger ?
  4. Transformez : quelle action choisie auriez-vous pu poser ?

Ne cherchez pas à être parfait. Observez simplement ce qui se passe. Peut-être que rien ne se passe, et c'est très bien. Peut-être que vous ressentez un léger changement, une ouverture. Peut-être que vous réalisez quelque chose sur vous-même. Tout est bon à prendre.

La colère n'est pas votre ennemie.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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