HypnoseFondamentaux

Vaincre l'anxiété : l'approche ericksonienne pas à pas

Un protocole concret pour apaiser votre esprit sans forcer le calme.

TSThierry Sudan
23 avril 202612 min de lecture

J’aimerais vous raconter l’histoire de Marc. La quarantaine, cadre commercial, il est venu me voir un mardi matin, les épaules remontées jusqu’aux oreilles. « Thierry, je n’en peux plus. Dès que je pose le pied dans la salle de réunion, mon cœur s’emballe, ma voix tremble, et je sens que tout le monde le voit. Pourtant, je connais mon sujet sur le bout des doigts. » Marc avait déjà tout essayé : la respiration profonde, la cohérence cardiaque, les applications de méditation. « Le problème, c’est que plus j’essaie de me calmer, plus ça s’aggrave », m’a-t-il confié.

Cette phrase, je l’entends quasi quotidiennement dans mon cabinet à Saintes. Elle révèle le paradoxe central de l’anxiété : on ne peut pas forcer le calme. C’est comme essayer de s’endormir en se répétant « dors, dors, dors ». Ça ne marche pas, et ça rend même les choses pires. L’approche ericksonienne, que j’utilise depuis mon installation en 2014, propose une tout autre voie. Une voie qui ne lutte pas contre l’anxiété, mais qui l’accueille, la contourne, et finalement la dissout.

Dans cet article, je vais vous dévoiler le protocole pas à pas que j’utilise avec mes patients. Pas de recette magique, mais un chemin concret, éprouvé, qui a aidé des centaines de personnes à retrouver une paix intérieure durable.

Pourquoi votre cerveau refuse-t-il de se calmer quand vous le lui demandez ?

Commençons par une vérité qui dérange : votre anxiété n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. Votre cerveau, et plus précisément votre amygdala, cette petite structure en forme d’amande nichée au cœur de votre système limbique, a pour mission première de vous protéger. Depuis des centaines de milliers d’années, elle scanne en permanence votre environnement à la recherche de dangers. Quand elle en détecte un – un tigre aux dents de sabre à l’époque, une présentation importante ou un appel téléphonique aujourd’hui – elle déclenche une cascade d’hormones de stress : adrénaline, cortisol, noradrénaline.

Votre cœur s’accélère pour pomper plus de sang vers vos muscles. Votre respiration devient courte et rapide pour oxygéner votre corps. Vos mains tremblent légèrement, prêtes à l’action. C’est ce qu’on appelle la réponse « combat-fuite ». C’est parfaitement adapté face à un danger réel. Le problème, c’est que votre amygdala ne fait pas bien la différence entre un tigre et un email stressant. Elle réagit de la même façon.

Quand vous dites à votre cerveau « calme-toi », vous envoyez un signal contradictoire. D’un côté, votre amygdala perçoit un danger et active l’alarme. De l’autre, votre cortex préfrontal – la partie rationnelle et consciente – essaie de désactiver cette alarme. Mais dans un système de survie, qui écoute-t-on ? Le gardien qui crie « danger ! » ou le philosophe qui murmure « tout va bien » ? Exactement. Le gardien gagne à tous les coups. Plus vous insistez pour vous calmer, plus votre amygdala se dit : « Il doit y avoir un sacré danger pour que mon propriétaire soit si paniqué à l’idée de se calmer. » Et elle renforce son signal d’alarme.

C’est le piège classique de l’anxiété. Vous entrez dans une boucle de rétroaction négative : plus vous luttez, plus vous renforcez ce contre quoi vous luttez.

L’anxiété est comme un interrupteur qui se bloque en position « marche ». La pire chose à faire est d’appuyer encore plus fort. L’approche ericksonienne consiste à appuyer doucement sur le côté, pour le décoincer sans le forcer.

L’hypnose ericksonienne, nommée d’après le psychiatre Milton Erickson, part de ce constat. Erickson, qui a surmonté la polio et vécu des douleurs chroniques toute sa vie, a développé une approche profondément respectueuse du fonctionnement naturel de l’esprit. Il ne cherchait pas à supprimer les symptômes, mais à les utiliser comme des alliés. Il ne combattait pas la résistance, il l’accompagnait. Et surtout, il ne dictait jamais au patient ce qu’il devait ressentir. Il créait les conditions pour que le changement émerge de l’intérieur, comme une plante qui pousse à son propre rythme.

Étape 1 : Accueillir l’anxiété sans la juger (la voie de la permission)

La première étape du protocole est contre-intuitive. Au lieu de vouloir chasser l’anxiété, on l’invite à rester. Je sais, ça semble fou. Mais c’est exactement ce que j’ai proposé à Sophie, une enseignante de 35 ans qui venait de vivre une crise d’angoisse en pleine classe. « Sophie, je ne vais pas vous demander de vous détendre. Au contraire, je vais vous demander de ressentir votre anxiété le plus précisément possible. Où est-elle dans votre corps ? Quelle forme a-t-elle ? Quelle couleur ? Quelle texture ? »

Sophie m’a regardé comme si j’étais tombé sur la tête. Mais elle a joué le jeu. « C’est comme une boule chaude dans ma poitrine. Elle est rouge, dure, et elle pulse. » Je lui ai demandé de ne rien changer. Juste de l’observer, comme on regarde un nuage passer dans le ciel. Sans essayer de le dissiper, sans le juger. Juste le regarder.

Ce simple geste d’accueil crée un déplacement subtil mais puissant. Vous n’êtes plus votre anxiété. Vous êtes celui ou celle qui observe l’anxiété. Il y a une distance, un espace. Et dans cet espace, quelque chose de magique se produit : l’anxiété, n’étant plus combattue, commence naturellement à se dissiper. Elle n’a plus de raison d’être. Son carburant, c’est votre résistance. Sans résistance, elle s’éteint comme un feu sans bois.

Je vous propose un exercice simple à faire maintenant, là où vous êtes. Prenez une respiration, pas forcément profonde, juste une inspiration normale. Et pendant que vous expirez, dites-vous intérieurement : « C’est OK d’être anxieux. Je peux ressentir cela. » Pas pour vous en débarrasser, mais pour vous donner la permission d’être exactement comme vous êtes. Remarquez ce qui se passe dans votre corps. Peut-être une légère détente, peut-être rien. L’important n’est pas le résultat, mais l’intention.

Étape 2 : Utiliser la respiration comme un levier indirect (la technique du souffle qui n’oblige pas)

On nous a tous appris à respirer profondément pour nous calmer. « Inspirez par le nez, expirez par la bouche, comptez jusqu’à quatre… » C’est une excellente technique, mais elle a un défaut majeur : elle demande un effort conscient. Et l’effort conscient, dans l’anxiété, est souvent perçu comme une contrainte supplémentaire. « Je dois me calmer, donc je dois respirer correctement. » Et si je ne le fais pas bien, j’échoue. Et l’échec nourrit l’anxiété.

L’approche ericksonienne propose une respiration indirecte. Au lieu de vous demander de contrôler votre souffle, je vous invite à le suivre. Observez votre respiration naturelle, sans rien changer. Sentez l’air qui entre par vos narines, qui remplit vos poumons, qui ressort. Peut-être un peu plus frais à l’inspiration, un peu plus chaud à l’expiration. Peut-être un léger mouvement dans votre ventre ou dans votre poitrine.

Maintenant, sans forcer, imaginez que votre expiration est un peu plus longue que votre inspiration. Pas besoin de compter. Juste une petite intention, un désir léger. Comme si vous laissiez l’air s’écouler doucement, sans le retenir. Et à chaque expiration, vous pouvez laisser aller un peu plus de tension, un peu plus de poids.

Cette approche est puissante parce qu’elle contourne la résistance consciente. Vous ne faites rien. Vous laissez faire. Et dans ce laisser-faire, le système nerveux parasympathique – celui de la détente et de la récupération – s’active naturellement. C’est comme si vous ouvriez une porte sans la pousser. Elle s’ouvre d’elle-même.

La respiration n’est pas un outil de contrôle, mais un instrument d’écoute. Quand vous écoutez votre souffle, il vous écoute en retour.

Étape 3 : Transformer l’anxiété en alliée (le détournement de symptôme)

C’est là que l’approche ericksonienne devient vraiment intéressante. Milton Erickson avait une phrase célèbre : « Utilisez la résistance. » Si un patient arrive avec un symptôme, ne le combattez pas. Utilisez-le. C’est ce que j’appelle le détournement de symptôme.

Prenons l’exemple de Julien, un footballeur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Avant chaque match, il ressentait des tremblements dans les jambes. Il les interprétait comme de la peur, et cette peur le paralysait. Je lui ai proposé un recadrage simple : « Julien, ces tremblements, ce n’est pas de la peur. C’est l’énergie de votre corps qui se prépare à l’action. Vos muscles se mettent en tension pour être prêts à sprinter, à tacler, à marquer. C’est exactement ce qu’il faut pour un bon match. »

Julien a commencé à voir ses tremblements différemment. Au lieu de les redouter, il les accueillait comme un signe que son corps était prêt. Il ne s’est pas débarrassé des tremblements, mais leur sens a changé. Et ce changement de sens a suffi à dissoudre l’anxiété.

Comment appliquer cela dans votre vie ? Prenez un symptôme qui vous gêne – mains moites, cœur qui bat vite, gorge serrée. Demandez-vous : « Si ce symptôme était un message de mon corps, que pourrait-il essayer de me dire ? » Pas pour trouver une réponse définitive, mais pour ouvrir un dialogue. Peut-être que votre cœur qui bat vite est votre corps qui vous dit : « Je suis prêt à relever ce défi. » Peut-être que votre gorge serrée est une invitation à ralentir, à prendre le temps de formuler vos mots. Le symptôme n’est pas l’ennemi. Il est un messager.

Étape 4 : Créer un espace de sécurité intérieure (le lieu ressource)

Notre esprit a une capacité extraordinaire : il peut voyager dans le temps et l’espace. Vous pouvez vous souvenir d’un moment de paix intense, et votre corps réagira comme si vous y étiez. C’est le principe des ressources internes. En hypnose ericksonienne, on utilise cette capacité pour créer un lieu de sécurité intérieure – un refuge mental où vous pouvez vous retirer à tout moment.

Voici comment procéder. Fermez les yeux, si vous le pouvez. Sinon, fixez un point devant vous. Laissez votre respiration s’installer, sans la forcer. Et laissez émerger un lieu, réel ou imaginaire, où vous vous sentez parfaitement en sécurité. Ce peut être une plage au coucher du soleil, une forêt silencieuse, un coin de votre maison, ou même un endroit qui n’existe que dans votre imagination.

Prenez le temps de le construire dans votre esprit. Quelles couleurs voyez-vous ? Quels sons entendez-vous ? Y a-t-il une odeur particulière ? Sentez-vous la texture de l’air sur votre peau ? Peut-être un léger vent, la chaleur du soleil, la fraîcheur de l’ombre. Laissez tous vos sens s’imprégner de ce lieu.

Quand vous vous sentez suffisamment immergé, associez ce lieu à un geste simple – un mot que vous pouvez vous dire, un mouvement de votre main, une pression de vos doigts. Ce geste deviendra votre ancre. À tout moment, dans une situation stressante, vous pourrez reproduire ce geste et, comme par magie, votre esprit se reconnectera à ce lieu de sécurité. Pas pour fuir la réalité, mais pour y revenir avec plus de calme et de clarté.

Étape 5 : Laisser le changement opérer dans l’inconscient (le travail nocturne)

L’une des grandes forces de l’hypnose ericksonienne est de reconnaître que la majeure partie du changement se produit en dehors de notre conscience. Vous n’avez pas besoin de tout comprendre, de tout analyser, de tout contrôler. Votre inconscient – cette partie de vous qui gère votre respiration, votre digestion, la cicatrisation de vos blessures – sait exactement quoi faire.

Je propose souvent à mes patients un rituel simple avant le coucher. Avant de vous endormir, posez une intention. Pas un ordre, pas une injonction. Juste une question ouverte, une invitation. Par exemple : « Je me demande comment mon inconscient va m’aider à me sentir plus calme demain. » Ou : « Je suis curieux de voir comment ma relation à l’anxiété va évoluer pendant mon sommeil. »

Ne cherchez pas de réponse immédiate. Laissez tomber. Votre inconscient travaille pendant la nuit, pendant vos rêves, pendant les moments de rêverie. Il fait des connexions que votre esprit conscient ne peut même pas imaginer. Et un matin, vous vous réveillerez et vous constaterez que quelque chose a changé. Sans savoir exactement quand ni comment. C’est la beauté de cette approche : elle respecte le rythme naturel de chacun.

Le changement profond ne se force pas. Il s’invite. Comme un chat qui finit par venir s’installer sur vos genoux si vous restez immobile et patient.

Conclusion : Un chemin qui vous appartient

Nous avons parcouru ensemble les cinq étapes du protocole ericksonien pour vaincre l’anxiété : accueillir sans juger, respirer sans forcer, transformer le symptôme en allié, créer un lieu de sécurité intérieure, et laisser le changement opérer dans l’inconscient. Ce n’est pas une méthode à appliquer mécaniquement. C’est une philosophie, une manière d’être en relation avec vous-même.

Marc, dont je vous parlais au début, a suivi ce chemin. Il ne s’est pas débarrassé de son anxiété du jour au lendemain. Mais il a appris à la connaître, à l’apprivoiser, à l’utiliser. Aujourd’hui, il entre dans ses réunions avec une sensation de préparation plutôt que de peur. Il tremble encore parfois, mais il se dit : « C’est mon corps qui se réchauffe pour l’action. » Et sa voix ne tremble plus.

Je ne vous promets pas que votre anxiété disparaîtra complètement. Elle fait partie de la condition humaine. Mais je vous promets que vous pouvez changer votre relation à elle. Vous pouvez passer de la lutte à l’accueil, de la résistance à la curiosité, de la peur à la confiance.

Si vous sentez que ce chemin vous parle, si vous avez envie d’être accompagné dans cette exploration, je suis là. Mon cabinet à Saintes est un espace de douceur et de respect, où vous pouvez venir tel que vous êtes, avec votre anxiété, sans avoir à la cacher ni à la combattre. On peut travailler ensemble en face à face, ou à distance si vous êtes loin. L’important, c’est que vous fassiez le premier pas – même un tout petit pas.

Prenez soin de vous. Et souvenez-vous : vous n’avez pas à guérir seul.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit