HypnoseHabitudes Et Comportements

Comment l'hypnose agit sur l'anxiété qui déclenche vos répétitions

Traitez la cause, pas seulement le symptôme.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous avez déjà essayé d’arrêter de vous ronger les ongles, de grignoter entre les repas, de vérifier votre téléphone toutes les deux minutes ou de repasser en boucle les mêmes scénarios anxieux dans votre tête. Et vous avez probablement essayé la volonté. Vous vous êtes dit : « Cette fois, c’est décidé, j’arrête. » Vous avez tenu trois jours, peut-être une semaine. Et puis, sans vraiment comprendre pourquoi, vous avez craqué. Ce n’est pas un manque de motivation. Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est un mécanisme que votre cerveau a mis en place pour gérer quelque chose de plus profond : l’anxiété.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et je vois ça tous les jours dans mon cabinet. Des adultes intelligents, conscients, qui viennent me voir en disant : « Je sais que c’est idiot, je sais que ça ne me fait pas de bien, mais je n’arrive pas à m’arrêter. » La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont raison sur un point : ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de mécanisme. Et l’hypnose ericksonienne, combinée à d’autres approches comme l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle, permet d’agir sur la cause, pas seulement sur le symptôme.

Dans cet article, je vais vous expliquer comment l’anxiété alimente vos répétitions, pourquoi votre cerveau les maintient, et comment l’hypnose peut vous aider à sortir de ce cercle. Pas de magie, pas de promesses irréalistes. Juste des mécanismes clairs et des pistes concrètes.

Pourquoi votre cerveau répète-t-il des comportements qui vous font du mal ?

On a tous une image un peu simpliste de notre cerveau : on pense qu’il est logique, qu’il cherche notre bien-être, qu’il devrait comprendre tout seul qu’arrêter de fumer ou de se gratter la peau est une bonne idée. Mais ce n’est pas comme ça qu’il fonctionne. Votre cerveau est une machine à survie, pas une machine à bonheur. Son job numéro un, c’est de vous maintenir en vie et de réduire les tensions immédiates.

Prenons un exemple. Un patient, appelons-le Marc, vient me voir parce qu’il se ronge les ongles jusqu’au sang depuis vingt-cinq ans. Il a tout essayé : vernis amer, gants la nuit, promesses solennelles. Rien n’a fonctionné. Quand je lui demande ce qu’il ressent juste avant de porter ses doigts à sa bouche, il me dit : « Une espèce de boule dans le ventre. Comme si quelque chose allait exploser si je ne le fais pas. » Ce n’est pas un tic. C’est une réponse à une montée d’anxiété.

Voici ce qui se passe dans votre cerveau : vous ressentez une tension intérieure, une gêne diffuse. Cette tension, c’est de l’anxiété qui n’a pas trouvé d’exutoire. Votre cerveau cherche une solution rapide pour faire baisser cette tension. Il se souvient qu’une fois, dans le passé, ce comportement (grignoter, fumer, scroller) a provoqué une micro-sensation de soulagement. Pas un grand soulagement, juste une petite baisse de la pression. Alors il enregistre : « Ce comportement réduit l’anxiété. » Et il le répète.

C’est un conditionnement. Votre cerveau ne juge pas si le comportement est bon ou mauvais pour votre santé à long terme. Il juge seulement : est-ce que ça réduit la tension maintenant ? Si oui, il le réutilise. C’est pour ça que la volonté ne suffit pas. Quand vous essayez d’arrêter par la force, vous privez votre cerveau de son unique stratégie anti-anxiété. Résultat : la tension monte, monte, et vous craquez. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la biologie.

L’hypnose ericksonienne, elle, ne va pas attaquer le symptôme. Elle va s’intéresser à la source de cette tension. Et c’est là que la différence se fait.

Comment l’anxiété se cache derrière vos répétitions quotidiennes

L’anxiété est une experte du camouflage. Elle se déguise en habitude, en ennui, en fatigue, en « j’ai besoin d’une pause ». Très peu de personnes viennent me consulter en disant : « Je suis anxieux, aidez-moi. » La plupart disent : « Je n’arrive pas à arrêter de… » et ils listent leur répétition. L’anxiété, c’est l’invité invisible qui mène la danse.

Prenons un autre cas. Une patiente, Claire, vient pour une addiction au sucre. Elle mange du chocolat tous les soirs devant la télé, sans faim, sans plaisir parfois. Elle dit : « C’est plus fort que moi. » En discutant, on découvre que le soir est le moment où elle se retrouve seule avec ses pensées. C’est le moment où les ruminations sur sa journée, son couple, son travail remontent. Le sucre agit comme un sédatif chimique rapide. Il calme l’inconfort mental. Son cerveau a appris que le chocolat = moins d’anxiété. Le problème, c’est que ce soulagement dure vingt minutes, et qu’ensuite la culpabilité s’ajoute à l’anxiété. Le cercle vicieux s’installe.

Ce que l’hypnose permet, c’est de repérer à quel moment précis l’anxiété s’active. Pas l’anxiété de surface, celle qu’on ressent dans la poitrine, mais l’anxiété profonde, celle qui est liée à des croyances, des souvenirs, des peurs anciennes. Parce que souvent, la répétition n’est qu’une solution de fortune pour ne pas ressentir quelque chose de plus douloureux : un sentiment d’impuissance, une peur de l’échec, une colère inexprimée.

L’hypnose ericksonienne, avec son langage indirect et ses métaphores, va permettre d’aller dialoguer avec cette partie anxieuse. Pas pour la combattre, mais pour comprendre ce qu’elle essaie de protéger. Et c’est là que l’approche IFS (Internal Family Systems) que j’utilise souvent devient précieuse : elle considère que chaque répétition est portée par une « partie » de nous qui a une intention positive, même si ses méthodes sont contre-productives.

« Ce que vous appelez une mauvaise habitude est souvent une tentative de votre cerveau de prendre soin de vous avec les outils dont il dispose. L’hypnose ne juge pas cette tentative. Elle propose des outils plus efficaces. »

L’hypnose ericksonienne : un langage qui contourne la résistance consciente

Vous êtes peut-être déjà allé voir un hypnotiseur de spectacle. Vous avez vu des gens faire des choses étranges sur scène. L’hypnose thérapeutique, celle que je pratique, n’a rien à voir. Il ne s’agit pas de perdre le contrôle, mais au contraire de le retrouver là où vous l’avez perdu. L’hypnose ericksonienne, nommée d’après le psychiatre Milton Erickson, est une forme d’hypnose permissive, indirecte, qui utilise le langage de façon très précise pour contourner les résistances conscientes.

Pourquoi contourner le conscient ? Parce que le conscient, c’est la partie de vous qui dit « Je devrais arrêter », « C’est idiot », « Pourquoi je recommence ? ». C’est la partie qui juge, qui analyse, qui lutte. Et c’est justement cette partie qui est en échec depuis des mois ou des années. Si vous continuez à lui parler, vous allez continuer à tourner en rond. Le changement ne se fait pas en vous répétant les mêmes choses. Il se fait en accédant à la partie de votre cerveau qui a créé la répétition : l’inconscient.

L’inconscient, en hypnose, ce n’est pas un concept freudien mystérieux. C’est simplement l’ensemble de vos apprentissages automatiques, de vos mémoires, de vos réflexes. C’est lui qui sait conduire sans que vous ayez à penser à chaque geste. C’est lui qui a enregistré que grignoter soulage l’anxiété. Et c’est lui qu’on va rééduquer.

En séance, je ne vais pas vous dire : « Vous allez arrêter de fumer. » Je vais plutôt vous emmener dans un état de relaxation profonde, où votre conscient se met en veille, et où je peux communiquer directement avec votre inconscient. Je vais utiliser des métaphores, des histoires, des suggestions indirectes. Par exemple, pour une personne qui se ronge les ongles, je peux raconter l’histoire d’un jardinier qui arrache une mauvaise herbe encore et encore, sans comprendre qu’elle repousse parce que la racine est profonde. Et un jour, il décide de suivre la racine, de creuser doucement, et il découvre que cette herbe protégeait en fait une petite fleur fragile. Une fois la fleur déplacée ailleurs, l’herbe n’a plus de raison d’être.

Votre inconscient comprend ce langage. Il fait le lien tout seul. Et il commence à envisager d’autres solutions que la répétition.

Ce que l’hypnose fait concrètement sur votre anxiété (et ce qu’elle ne fait pas)

Soyons clairs : l’hypnose n’efface pas l’anxiété. Elle ne la fait pas disparaître comme par magie. Ce serait mentir que de le prétendre. En revanche, elle change votre relation à l’anxiété. Et c’est ce changement qui permet d’arrêter les répétitions.

Voici ce qui se passe concrètement. Quand vous êtes en état d’hypnose, votre fréquence cérébrale ralentit. Vous passez en ondes alpha ou thêta, un état de relaxation profonde où le cortex préfrontal (votre contrôleur conscient) lâche un peu prise. C’est le même état que vous expérimentez juste avant de vous endormir, ou quand vous êtes tellement absorbé par un film que vous en oubliez l’heure. Dans cet état, votre cerveau est plus réceptif aux nouvelles suggestions, parce que les défenses critiques sont abaissées.

L’anxiété, elle, est souvent liée à une hyperactivité de l’amygdale, cette petite structure dans votre cerveau qui détecte les dangers. Elle est en alerte permanente, même quand il n’y a pas de danger réel. L’hypnose permet de calmer cette amygdale, de lui signaler qu’elle peut baisser la garde. Pas pour toujours, mais pour créer une fenêtre de sécurité dans laquelle votre inconscient peut apprendre une nouvelle réponse.

Prenons l’exemple de ce que je fais avec des sportifs que j’accompagne en préparation mentale. Un coureur qui a des crises d’anxiété avant les compétitions ne va pas arrêter d’avoir peur du jour au lendemain. Mais on va travailler sur un ancrage : un geste, une respiration, une image mentale qui, associée à l’état hypnotique, va devenir un déclencheur de calme. En course, quand l’anxiété monte, il peut utiliser cet ancrage pour redescendre. La répétition anxieuse (se dire « je vais échouer », hyperventiler) est remplacée par une autre répétition, plus utile.

C’est la même logique pour vos répétitions quotidiennes. L’hypnose ne va pas supprimer l’envie de grignoter ou de vérifier votre téléphone. Elle va vous apprendre à reconnaître le signal d’anxiété qui précède l’envie, et à lui répondre différemment. Elle va désactiver le lien automatique entre « tension » et « comportement ».

Ce qu’elle ne fait pas, c’est vous transformer en zombie obéissant. Vous restez conscient, vous pouvez sortir de l’état hypnotique à tout moment, et vous ne ferez rien contre votre volonté. L’hypnose n’est pas un outil de contrôle, c’est un outil de libération.

L’IFS et l’Intelligence Relationnelle : deux alliées puissantes de l’hypnose

Depuis quelques années, j’ai intégré deux approches qui complètent magnifiquement l’hypnose ericksonienne : l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle. Elles ne remplacent pas l’hypnose, elles lui donnent une profondeur supplémentaire.

L’IFS, développé par Richard Schwartz, part du principe que notre psychisme est composé de multiples « parties ». Certaines sont protectrices, d’autres sont blessées. La répétition que vous essayez d’arrêter est souvent portée par une partie protectrice qui a une bonne intention : vous protéger d’une émotion trop douloureuse. Par exemple, une partie qui vous pousse à grignoter le soir protège peut-être une partie plus jeune qui se sent seule ou triste. L’hypnose permet d’entrer en contact avec ces parties, de dialoguer avec elles, de les rassurer. On ne les combat pas, on les écoute. Et quand elles se sentent entendues, elles acceptent de lâcher leur comportement.

L’Intelligence Relationnelle, que j’ai découverte via la méthode de Thomas d’Ansembourg et d’autres, ajoute une couche supplémentaire : elle travaille sur la qualité de la relation à soi-même. Souvent, les répétitions sont maintenues par un dialogue intérieur violent : « Tu es nul de recommencer », « Tu n’as aucune volonté », « Tu ne changeras jamais ». Ce discours augmente l’anxiété, qui renforce la répétition. L’Intelligence Relationnelle apprend à se parler avec bienveillance, à accueillir ses émotions sans les juger. Combinée à l’hypnose, elle permet de créer un état intérieur de sécurité, condition indispensable pour que l’inconscient accepte de changer.

Concrètement, en séance, on peut passer par une phase d’hypnose pour accéder à la partie protectrice, puis utiliser les principes de l’IFS pour négocier avec elle, et enfin renforcer la nouvelle dynamique avec des outils d’Intelligence Relationnelle à pratiquer au quotidien. C’est ce que j’appelle une approche intégrative : on ne se contente pas de traiter le symptôme, on remonte à la cause.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous

L’hypnose n’est pas une baguette magique, mais elle est particulièrement efficace pour les répétitions liées à l’anxiété. Si vous vous reconnaissez dans l’un des cas suivants, elle peut être une piste sérieuse :

  • Vous avez déjà essayé d’arrêter plusieurs fois, sans succès durable.
  • Vous ressentez une tension physique ou émotionnelle juste avant le comportement.
  • Le comportement vous apporte un soulagement temporaire, suivi de culpabilité.
  • Vous avez l’impression que c’est « plus fort que vous ».
  • Vous savez que c’est irrationnel, mais vous le faites quand même.

Si c’est votre cas, sachez que vous n’êtes pas faible. Vous êtes simplement prisonnier d’un mécanisme que votre cerveau a appris pour survivre à l’anxiété. L’hypnose, couplée à l’IFS et à l’Intelligence Relationnelle, permet de désapprendre ce mécanisme et d’en apprendre un nouveau.

Ce n’est pas un processus passif. Vous aurez un rôle actif : entre les séances, je vous proposerai des exercices d’auto-hypnose, des ancrages, des petits gestes à intégrer dans votre quotidien. Le changement se fait dans la durée, pas en une séance. Mais contrairement à la volonté seule, il s’ancre vraiment, parce qu’il ne lutte pas contre votre cerveau, il travaille avec lui.

Conclusion : vous n’avez pas à lutter seul contre vos répétitions

Si vous lisez ces lignes, c’est probablement que vous en avez assez de tourner en rond. Assez de vous promettre que c’est la dernière fois. Assez de culpabiliser. Assez de vous sentir impuissant face à ce mécanisme qui semble vous dépasser.

Je veux que vous sachiez une chose : ce n’est pas parce que vous n’avez pas réussi par la volonté que vous ne pouvez pas réussir autrement. Votre cerveau n’est pas cassé. Il a juste appris une stratégie de survie qui n’est plus adaptée. Et il peut en apprendre une nouvelle. L’hypnose, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle sont des chemins pour y parvenir, doucement, profondément, sans violence.

Vous méritez de vivre sans être gouverné par une répétition qui vous épuise. Vous méritez de ressentir la liberté de choisir, vraiment, ce que vous faites de votre corps et de votre

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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