3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Plongez dans le mécanisme neuronal qui dissout la peur.
Vous êtes au volant, sur le pont de l’île d’Oléron. C’est l’été, il fait beau, mais vous ne voyez rien. Vos mains sont crispées sur le volant, votre respiration est courte, votre cœur tambourine contre vos côtes. Vous fixez le bitume devant vous, vous priez pour que ça se termine. Pourtant, vous avez pris ce pont des centaines de fois. Rien n’a changé dans le décor. Ce qui a changé, c’est votre cerveau. Il a appris à avoir peur. Et aujourd’hui, vous vous demandez si vous allez pouvoir faire le trajet pour aller voir vos petits-enfants sans passer par quatre heures de route secondaire.
Je reçois des personnes comme vous presque chaque semaine à Saintes. Des hommes et des femmes qui ont développé une peur irrationnelle de prendre la voiture, le train, l’avion, ou même le bus. On pense souvent que ces peurs sont un défaut de caractère, un manque de volonté ou une faiblesse. Ce n’est pas ça du tout. C’est un mécanisme neuronal. Et comme tout mécanisme neuronal, il peut être déprogrammé.
Dans cet article, je vais vous expliquer ce qui se passe dans votre cerveau quand la peur des transports s’installe, et surtout comment l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’intelligence relationnelle peuvent vous aider à remettre votre système nerveux au repos. Pas de magie, pas de promesses miracles. Juste de la neurobiologie appliquée, et des outils qui marchent si vous êtes prêt à les utiliser.
Commençons par le début. La peur des transports n’est pas une peur du véhicule en lui-même. Personne n’a peur d’un siège en tissu ou d’une roue en caoutchouc. Ce qui déclenche la panique, c’est l’association que votre cerveau a créée entre un contexte (être dans un train, sur une autoroute, dans un avion) et un signal d’alarme.
Votre cerveau possède une structure minuscule mais extrêmement puissante : l’amygdale. C’est le gardien de votre survie. Son boulot, c’est de détecter les dangers potentiels et de déclencher une réponse de stress avant même que vous ayez le temps de réfléchir. C’est pour ça que vous retirez votre main d’une plaque brûlante avant même de ressentir la douleur. L’amygdale a déjà envoyé l’ordre.
Dans le cas des phobies de transport, l’amygdale a été « conditionnée ». Elle a associé un événement spécifique – un bruit de moteur, une sensation de vitesse, un tunnel, un pont, une foule dans un wagon – à un danger. Ce conditionnement peut venir d’un incident réel (un accident, une panne, une attaque de panique dans le métro), mais il peut aussi venir d’une information indirecte (un reportage, une histoire entendue, une image mentale répétée).
Une fois que ce lien est créé, l’amygdale ne fait plus la différence entre une menace réelle et une menace imaginée. Pour elle, une image mentale d’un accident d’avion active exactement les mêmes circuits neuronaux qu’un accident réel. Résultat : votre corps se met en mode survie alors que vous êtes tranquillement assis dans un salon d’aéroport.
Ce qui est intéressant, c’est que cette réponse est totalement involontaire. Vous ne décidez pas d’avoir peur. Votre cortex préfrontal, la partie rationnelle de votre cerveau, vous dit : « C’est statistiquement très sûr, il n’y a aucune raison d’avoir peur. » Mais l’amygdale est plus rapide que le cortex. Elle a déjà lancé l’alarme. Vous êtes alors pris dans un conflit intérieur : vous savez que c’est irrationnel, mais vous ne pouvez pas vous arrêter.
« La peur des transports n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un circuit neuronal qui tourne en boucle. Et ce qui a été appris peut être désappris. »
C’est là que l’hypnose entre en jeu. Parce qu’elle ne s’adresse pas au cortex rationnel – celui qui vous dit « calme-toi » et qui ne sert à rien – mais directement à l’amygdale et aux circuits émotionnels.
J’ai souvent entendu des personnes me dire : « Je me suis répété cent fois que l’avion est plus sûr que la voiture, ça n’a rien changé. » Bien sûr que non. Vous essayez de raisonner une partie de votre cerveau qui ne comprend pas le langage. L’amygdale ne parle pas français. Elle ne comprend pas les statistiques, les probabilités, ni les arguments logiques. Elle parle le langage des sensations, des images, des sons, des odeurs et des souvenirs.
Quand vous êtes dans un état de stress, votre cerveau bascule en mode « survie ». Le cortex préfrontal, celui qui vous permet de planifier, de raisonner et de prendre des décisions réfléchies, se met en veille partielle. C’est un mécanisme évolutif : face à un prédateur, vous n’avez pas besoin de réfléchir à la meilleure stratégie, vous devez courir ou vous battre immédiatement.
Le problème, c’est que ce mécanisme, conçu pour les dangers réels et immédiats, s’active pour des dangers anticipés ou imaginaires. Vous êtes dans votre voiture, à l’arrêt, et vous commencez à anticiper le pont que vous allez devoir traverser dans dix minutes. Votre amygdale s’active, votre corps se prépare au combat ou à la fuite, et votre cortex préfrontal devient incapable de vous dire : « Tu n’as pas encore traversé le pont, tout va bien. »
C’est pour ça que les conseils du type « respire profondément » ou « pense à autre chose » ont une efficacité limitée. Ils s’adressent à un cerveau qui est déjà en mode survie. C’est comme essayer de parler calmement à quelqu’un qui est en train de se noyer. Il ne vous entend pas.
L’hypnose, elle, ne cherche pas à raisonner la peur. Elle va directement travailler sur le niveau où la peur est stockée : les mémoires implicites, les sensations corporelles, les images mentales. Elle va permettre de « reconsolider » ces souvenirs, c’est-à-dire de les modifier en douceur pendant qu’ils sont réactivés.
L’hypnose ericksonienne, du nom du psychiatre américain Milton Erickson, est une approche très douce et permissive. Elle ne vous endort pas, elle ne vous fait pas perdre le contrôle. Elle vous accompagne dans un état de conscience modifié, un peu comme quand vous êtes absorbé par un film ou que vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet.
Dans cet état, votre cerveau devient plus réceptif aux suggestions, parce que le cortex préfrontal critique est moins actif. C’est une fenêtre d’opportunité pour accéder aux circuits émotionnels et les reprogrammer.
Concrètement, comment ça se passe pour la peur des transports ?
D’abord, on ne va pas vous forcer à revivre votre peur. On va plutôt créer un espace de sécurité. En hypnose, on utilise souvent l’image d’un « lieu sûr », un endroit réel ou imaginaire où vous vous sentez totalement en paix. C’est votre base. À partir de là, on va pouvoir aborder la situation de transport, mais de manière très progressive et indirecte.
On peut, par exemple, vous inviter à imaginer que vous regardez un écran sur lequel est projeté un film de vous-même en train de prendre les transports. Vous êtes dans la salle de cinéma, confortablement installé, en sécurité. Vous observez la scène sans y être plongé. C’est ce qu’on appelle la dissociation thérapeutique. Elle permet à votre amygdale de rester calme, parce qu’elle n’a pas l’impression que le danger est réel.
Ensuite, on peut commencer à modifier les éléments du film. On change la bande-son, on ralentit l’image, on ajoute des éléments rassurants. Peu à peu, votre cerveau crée de nouvelles associations. Au lieu de lier le train à la panique, il commence à le lier à la détente, à la curiosité, à la maîtrise.
« L’hypnose ne supprime pas le souvenir de la peur. Elle ajoute de nouvelles couches d’expérience qui rendent l’ancienne association moins puissante. »
Ce processus s’appelle la reconsolidation mnésique. Quand un souvenir est réactivé, il devient temporairement « malléable ». Pendant cette fenêtre de quelques heures, on peut y ajouter des informations nouvelles. Si, en état d’hypnose, vous revivez un souvenir de peur dans un train tout en ressentant une profonde détente corporelle, votre cerveau va intégrer ces deux informations contradictoires. La prochaine fois que vous serez dans un train, le souvenir de peur sera « contaminé » par la détente. Le lien se dissout.
J’ai accompagné un coureur de fond, un marathonien aguerri, qui s’est mis à paniquer dès qu’il montait dans une voiture pour se rendre sur un lieu de course. Le simple fait de savoir qu’il allait devoir prendre l’autoroute le mettait en sueur. On a travaillé en hypnose sur son ressenti corporel. On a identifié que la sensation de vitesse sur l’autoroute activait chez lui une mémoire non traitée d’un accident de vélo qu’il avait eu enfant. En hypnose, on a revisité cette scène, non pas en la revivant douloureusement, mais en la regardant depuis un point de sécurité, et en y ajoutant des ressources de force et de contrôle qu’il avait aujourd’hui. Après trois séances, il prenait l’autoroute sans anxiété.
L’hypnose est puissante, mais elle peut être encore plus efficace quand on l’associe à une compréhension fine de ce qui se joue à l’intérieur de vous. C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) entre en jeu.
L’IFS part d’une idée simple : votre esprit n’est pas une entité unique. Il est composé de nombreuses « parties », des sous-personnalités qui ont chacune leur propre rôle, leur propre histoire, leurs propres émotions. Vous avez peut-être une partie qui veut prendre l’avion pour partir en vacances, et une autre partie qui hurle « non » dès que vous évoquez l’aéroport.
La partie qui a peur des transports n’est pas votre ennemie. Elle n’est pas là pour vous gâcher la vie. Elle est là pour vous protéger. Elle a pris le rôle de gardienne après un événement qui l’a convaincue que les transports sont dangereux. Elle fait son boulot du mieux qu’elle peut, avec les moyens qu’elle a. Le problème, c’est qu’elle utilise des stratégies qui datent et qui ne sont plus adaptées à la situation actuelle.
En IFS, on ne cherche pas à faire taire cette partie. On cherche à entrer en dialogue avec elle. En état d’hypnose, on peut contacter cette partie et lui demander : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? Qu’est-ce qui se passerait si tu laissais la personne monter dans ce train ? »
Souvent, la réponse est surprenante. La partie ne craint pas l’accident de train. Elle craint de perdre le contrôle, de s’effondrer, d’être vulnérable, de revivre une humiliation ou un abandon. La peur des transports n’est souvent qu’un symptôme. La vraie peur est ailleurs.
J’ai travaillé avec une femme qui ne pouvait plus prendre le bus. Chaque fois qu’elle montait, elle était prise de nausées et de vertiges. En IFS, on a découvert une partie d’elle qui avait été terriblement humiliée à l’adolescence dans un bus scolaire. Cette partie s’était juré de ne plus jamais se retrouver dans une situation où elle ne pourrait pas s’enfuir. Le bus était devenu un piège. Une fois que cette partie a été entendue, reconnue et remerciée pour sa protection, elle a accepté de lâcher prise. La peur du bus a disparu.
L’IFS permet de passer d’une lutte intérieure (« je dois combattre ma peur ») à une collaboration intérieure (« je comprends pourquoi tu as peur, et je vais prendre soin de toi »). C’est un changement de posture radical. Et l’hypnose est le véhicule idéal pour faciliter ce dialogue en douceur.
Votre peur des transports n’existe pas en vase clos. Elle est constamment influencée par vos relations. Le conjoint qui vous dit « Allez, ce n’est rien, dépêche-toi » et qui vous met encore plus de pression. Le parent qui vous raconte ses propres angoisses de conduite. L’ami qui vous envoie des vidéos d’accidents de train. Tout cela alimente le circuit de la peur.
L’intelligence relationnelle, c’est la capacité à comprendre comment vos interactions avec les autres impactent votre système nerveux, et à utiliser cette compréhension pour vous apaiser.
Quand vous êtes en proie à la peur, vous avez tendance à vous isoler ou à vous accrocher à quelqu’un. Les deux stratégies peuvent être problématiques. L’isolement renforce le sentiment de danger (« je suis seul face à ça »). L’accrochage peut maintenir la peur si l’autre personne est elle-même anxieuse ou si elle vous infantilise.
L’idée est d’apprendre à réguler votre système nerveux en présence de l’autre, sans dépendre de l’autre. C’est une compétence qui se travaille. En consultation, on peut simuler des situations relationnelles : comment dire à votre conjoint que vous avez besoin de silence dans la voiture sans vous sentir coupable ? Comment refuser une invitation qui vous oblige à prendre un transport que vous ne maîtrisez pas encore ?
L’intelligence relationnelle, c’est aussi apprendre à reconnaître les « contagions émotionnelles ». Si vous montez dans un train et que le passager à côté de vous est visiblement stressé, votre amygdale peut capter ce stress et l’amplifier. Savoir que ce mécanisme existe vous permet de ne pas le prendre personnellement et de mettre en place des stratégies de protection : écouter de la musique, fermer les yeux, vous concentrer sur votre respiration.
« Votre peur n’est pas seulement dans votre tête. Elle se nourrit aussi des regards, des paroles et des silences des autres. Apprendre à gérer ces relations, c’est couper une source d’alimentation de la peur. »
L’hypnose peut vous aider à renforcer votre « moi » central, ce que l’IFS appelle le Self. C’est cette partie de vous qui est calme, confiante, curieuse et compatissante. Plus vous êtes connecté à votre Self, moins vous êtes affecté par les stress relationnels. Vous devenez un rocher dans la tempête, au lieu d’être un bateau qui tangue au moindre coup de vent.
Je veux être honnête avec vous. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer votre peur en une séance comme on efface une ardoise. Ce n’est pas un « reset » du cerveau. Ceux qui vous promettent une guérison miraculeuse en une heure vous mentent, ou alors ils travaillent sur des peurs très légères et très récentes.
L’hypnose est un outil d’apprentissage. Elle permet à votre cerveau de créer de nouveaux chemins neuronaux. Mais ces chemins, il faut les emprunter. Il faut les renforcer par l’expérience. Si vous faites une séance d’hypnose et que vous ne vous exposez jamais à la situation de transport, le nouveau circuit va s’affaiblir et l’ancien circuit de peur va reprendre le dessus.
C’est pour ça que je travaille toujours avec des « devoirs » entre les séances. Ce sont des micro-expositions, très progressives, que vous pouvez réaliser sans déclencher de panique. Par exemple, si vous avez peur de l’avion, on va commencer par regarder des vidéos d’avions en ligne, puis aller à l’aéroport sans prendre l’avion, puis monter dans un avion stationné, puis faire un vol court. Chaque étape est l’occasion de consolider le nouveau circuit neuronal.
L’hypnose ne vous rendra pas non plus « invul
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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