HypnosePhobies

Pourquoi la claustrophobie s'aggrave avec le temps

Les mécanismes d'évitement qui renforcent la peur.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes dans l’ascenseur, les portes viennent de se refermer. Votre respiration s’accélère, la sueur perle sur votre front, et cette pensée s’impose : « Et si ça s’arrêtait entre deux étages ? » Vous regardez le plafond, les parois, et chaque seconde vous semble une minute. Puis, les portes s’ouvrent, vous sortez précipitamment, le cœur battant, soulagé. Vous vous dites que ce n’était « pas si grave », que vous avez géré. Sauf que la prochaine fois, vous éviterez cet ascenseur. Vous prendrez les escaliers. Vous planifierez vos trajets pour ne plus avoir à y entrer. Et ce choix, en apparence anodin, est en train de creuser un peu plus la cage dans laquelle vous vous enfermez.

Je vois régulièrement des personnes qui viennent me consulter à Saintes pour une claustrophobie qu’elles décrivent comme « soudaine » ou « qui a toujours été là, mais qui empire ». Presque toutes me racontent la même chose : au début, ce n’était qu’une gêne dans un métro bondé ou une préférence pour les couloirs larges. Puis, avec le temps, cette gêne s’est transformée en une peur qui colonise des pans entiers de leur vie quotidienne. L’ironie, c’est que ce n’est pas la claustrophobie elle-même qui s’aggrave. C’est votre réponse à elle. Et cette réponse, vous la construisez patiemment, jour après jour, sans même vous en rendre compte.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné un patient, appelons-le Marc, qui était commercial. Son métier l’obligeait à prendre l’autoroute régulièrement. Un jour, dans un tunnel, il a ressenti une panique violente : bouffée de chaleur, impression d’étouffement, envie irrépressible de sortir de la voiture. Il s’est arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence, est sorti, a marché dix minutes. À partir de là, il a commencé à éviter les tunnels. Il prenait des itinéraires bis, rallongeait ses trajets de quarante minutes, arrivait en retard à ses rendez-vous. Son responsable s’est plaint. Marc s’est senti piégé : soit il affrontait la peur et risquait une crise, soit il aménageait sa vie autour d’elle. Il a choisi l’aménagement. Six mois plus tard, il ne pouvait plus prendre l’autoroute du tout. Il a fini par demander une mutation vers un poste sédentaire. La claustrophobie avait gagné.

Quand vous évitez, vous obtenez un soulagement immédiat. C’est un réflexe puissant : votre cerveau apprend que « éviter = sécurité ». Mais ce soulagement a un coût caché. Chaque fois que vous évitez une situation close, vous envoyez un message à votre système limbique – cette partie ancienne de votre cerveau qui gère la peur : « Attention, cette situation est vraiment dangereuse, puisque nous avons dû la fuir. » Vous renforcez la connexion neuronale entre « espace clos » et « danger mortel ». Le problème, c’est que votre cerveau ne fait pas la différence entre un vrai danger (un lion dans la pièce) et un danger perçu (un ascenseur qui pourrait tomber). Pour lui, l’émotion est la même. Et plus vous évitez, plus le réseau de la peur s’épaissit.

Au début, vous évitez peut-être juste les ascenseurs. Puis, les petites salles de réunion sans fenêtre. Ensuite, les transports en commun aux heures de pointe. Puis, certains magasins avec des plafonds bas. Puis, les sous-sols, les caves, les greniers. Et un jour, vous réalisez que vous avez construit une carte mentale de votre ville avec des zones rouges infranchissables. Votre monde rétrécit. Vous ne faites plus certaines activités, vous refusez des invitations, vous trouvez des excuses. Vos proches commencent à s’inquiéter ou à s’impatienter, ce qui ajoute une couche de honte ou de frustration. Vous vous sentez incompris. La peur initiale s’est transformée en un système complexe de contraintes.

La claustrophobie n’est jamais une peur de l’espace lui-même. C’est une peur de ce qui pourrait arriver dans cet espace. Le plus souvent, c’est la peur de perdre le contrôle : de votre respiration, de votre corps, de votre capacité à fuir. C’est aussi la peur d’étouffer, de manquer d’air, ou d’être piégé. Votre esprit projette un scénario catastrophe : « Et si je fais une crise cardiaque ici ? Et si personne ne peut m’aider ? Et si je deviens fou ? » Ces pensées ne sont pas la claustrophobie, elles en sont le carburant. Plus vous les écoutez, plus vous leur donnez de la crédibilité, et plus votre corps réagit avec des symptômes physiques réels : cœur qui s’emballe, oppression thoracique, sueurs, vertiges. Ce cercle vicieux, c’est ce que les thérapeutes appellent le « cycle de la peur ». Et il s’auto-alimente.

Ce qui fait grandir la claustrophobie, ce n’est pas l’espace clos. C’est la certitude que vous allez y vivre quelque chose d’insupportable.

Je vais être honnête avec vous : éviter est une stratégie parfaitement logique à court terme. Votre cerveau cherche à vous protéger, il fait son boulot. Le problème, c’est que cette stratégie ne traite pas la cause. Elle traite le symptôme en le contournant. C’est comme si vous aviez une fuite d’eau dans votre salon et que vous décidiez de ne plus entrer dans cette pièce. L’eau continue de couler, les dégâts s’aggravent, et vous perdez l’usage de votre salon. L’évitement, c’est ça : vous sacrifiez des parties de votre vie pour éviter de ressentir une émotion inconfortable pendant quelques minutes.

Un autre mécanisme qui aggrave la claustrophobie avec le temps, c’est ce que j’appelle « l’anticipation anxieuse ». Vous ne souffrez pas seulement dans la situation redoutée. Vous souffrez avant. Vous passez des heures, parfois des jours, à scénariser ce qui pourrait arriver. Vous repérez tous les ascenseurs sur votre trajet, vous calculez mentalement la distance jusqu’à la sortie la plus proche, vous vérifiez la météo pour éviter les espaces confinés sous la pluie. Cette vigilance constante est épuisante. Elle maintient votre système nerveux en état d’alerte permanent, ce qui abaisse votre seuil de tolérance. Résultat : vous réagissez de plus en plus fort à des stimuli de moins en moins intenses.

Prenons un exemple que j’entends souvent. Une jeune femme, appelons-la Sarah, vient me voir parce qu’elle ne peut plus prendre le train. Au début, c’était juste une gêne dans les TGV bondés. Puis, elle a commencé à choisir des places côté couloir, près des portes. Ensuite, elle ne prenait plus que des trains avec des wagons ouverts, jamais les compartiments fermés. Puis, elle ne prenait plus le train que pour des trajets de moins d’une heure. Finalement, elle a arrêté complètement. Elle préférait prendre sa voiture, même pour des trajets de quatre heures, avec le stress de la conduite et la fatigue. Son monde s’était rétréci à ce qu’elle pouvait atteindre en voiture. Et elle se sentait prisonnière de sa propre liberté.

Ce que Sarah n’avait pas vu, c’est que le problème n’était pas le train. C’était l’idée qu’elle se faisait du train. Dans son esprit, être dans un wagon sans possibilité de sortir immédiatement équivalait à être piégée. Son système de survie s’activait comme si elle était enfermée dans un coffre. Or, un train n’est pas un coffre. Il a des fenêtres, des issues de secours, des agents de bord, et la probabilité qu’il reste bloqué sans aucune possibilité de sortie est infime. Mais la peur n’est pas rationnelle. Elle est émotionnelle. Et l’émotion ne se raisonne pas. Elle se régule.

C’est là que des approches comme l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle peuvent faire une vraie différence. Je ne vais pas vous vendre une baguette magique. Ce que ces approches font, c’est qu’elles travaillent non pas sur la peur elle-même, mais sur la relation que vous entretenez avec elle. Elles vous aident à arrêter de combattre la peur, parce que la combattre la renforce. Elles vous apprennent à l’accueillir, à la comprendre, à lui offrir une place sans la laisser diriger votre vie.

Avec l’hypnose ericksonienne, par exemple, je ne vais pas vous « enlever » la claustrophobie comme on retire une épine. Je vais plutôt vous aider à entrer dans un état de conscience modifié où votre esprit peut reconsidérer l’association entre « espace clos » et « danger ». L’hypnose ne vous endort pas, elle vous éveille à de nouvelles possibilités. Elle permet de faire des liens que votre esprit conscient ne peut pas faire, parce qu’il est trop occupé à se défendre. Concrètement, une personne qui a peur des ascenseurs peut, sous hypnose, revisiter une expérience d’enfermement ancienne, parfois oubliée, et la transformer. Pas en effaçant le souvenir, mais en changeant la charge émotionnelle qui lui est attachée.

L’IFS, quant à lui, part d’une idée simple mais puissante : vous n’êtes pas un bloc homogène. Vous êtes composé de différentes « parties », comme des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leur protection. La claustrophobie n’est pas un défaut en vous. C’est une partie de vous qui a pris la mission de vous protéger, souvent après un événement où vous vous êtes senti piégé ou en danger. Cette partie est peut-être une enfant qui a été enfermée dans un placard par jeu, ou un adolescent qui a eu une crise d’angoisse dans un métro. Elle a décidé que pour votre sécurité, il fallait à tout prix éviter les espaces clos. Le problème, c’est qu’elle utilise des méthodes du passé pour un présent qui a changé. En IFS, on ne combat pas cette partie. On entre en dialogue avec elle. On la remercie pour son travail, on lui montre que vous êtes maintenant un adulte capable, et on lui propose un nouveau rôle. Quand cette partie se sent entendue et rassurée, elle lâche prise. La peur s’éteint d’elle-même.

J’ai accompagné un patient, appelons-le Julien, qui avait une claustrophobie sévère liée à un souvenir d’enfance : ses parents l’avaient laissé seul dans une voiture fermée par une chaude journée, « juste cinq minutes », qui avaient duré vingt. Il avait eu très chaud, très peur. En IFS, nous avons rencontré la partie de lui qui avait gardé cette panique. C’était un petit garçon terrorisé. Julien, en tant qu’adulte, a pu lui parler, lui dire qu’il n’était plus seul, qu’il pouvait ouvrir la portière à tout moment, qu’il avait le contrôle. Cette partie a accepté de lui faire confiance. Aujourd’hui, Julien prend l’avion sans problème. Il ne dit pas qu’il aime ça, mais il n’a plus peur.

L’Intelligence Relationnelle, enfin, vous aide à comprendre comment vos relations avec les autres peuvent nourrir ou apaiser votre claustrophobie. Par exemple, si vous avez un conjoint qui s’inquiète pour vous et qui vous évite les situations difficiles, cela peut renforcer votre dépendance et votre sentiment d’impuissance. Inversement, si vous avez un ami qui vous accompagne sans vous surprotéger, qui reste calme à côté de vous dans un ascenseur, cela peut devenir une ressource puissante. L’Intelligence Relationnelle vous apprend à identifier ces dynamiques et à les ajuster.

Guérir d’une phobie, ce n’est pas ne plus jamais avoir peur. C’est ne plus avoir peur d’avoir peur.

Vous vous demandez peut-être : « Est-ce que je vais devoir me confronter à ma peur ? » La réponse est oui, mais pas de la manière brutale qu’on imagine souvent. Il ne s’agit pas de vous jeter dans un ascenseur en criant. Il s’agit d’un processus progressif, respectueux, où vous apprenez à élargir votre zone de confort centimètre par centimètre. En hypnose, on peut commencer par imaginer la situation redoutée, en toute sécurité, dans mon cabinet. Puis, on peut l’approcher en réalité, avec des ressources nouvelles. On peut faire des exercices de respiration et de recentrage qui changent la réponse physiologique de votre corps. On peut reprogrammer les automatismes qui déclenchent la panique.

Ce qui m’a frappé en dix ans de pratique à Saintes, c’est à quel point les personnes qui viennent me voir pour une claustrophobie ont déjà tout essayé : la volonté, la raison, l’évitement, la médication parfois. Et pourtant, elles restent coincées. Pourquoi ? Parce qu’elles ont essayé de changer la peur avec les outils de la peur. C’est comme essayer d’éteindre un feu avec de l’essence. La peur ne se combat pas, elle se transforme. Et pour la transformer, il faut un cadre différent, un regard différent, une approche qui ne la juge pas, qui ne la pathologise pas, mais qui la comprend.

Je ne dis pas que c’est facile. Je dis que c’est possible. J’ai vu des personnes qui ne pouvaient plus monter au premier étage sans angoisse se mettre à voyager en métro à Tokyo. J’ai vu des gens qui évitaient les cinémas depuis vingt ans retourner voir un film en salle. J’ai vu une mère de famille qui ne pouvait plus accompagner ses enfants à la piscine parce que le couloir des vestiaires était trop étroit, finir par y aller en souriant. Ce ne sont pas des miracles. Ce sont des processus. Ils prennent du temps, de la régularité, et une dose de confiance en soi que vous avez peut-être perdue, mais qui est encore là, enfouie.

Ce qui est crucial, c’est de ne pas attendre que la claustrophobie ait rétréci votre vie au point de ne plus rien reconnaître. Plus tôt vous intervenez, plus le chemin est court. Mais même si vous avez l’impression d’être au fond du trou, même si vous avez tout évité depuis des années, il n’est jamais trop tard. Votre cerveau reste plastique, capable de changer, jusqu’à la fin de votre vie. Les connexions neuronales que vous avez renforcées par des années d’évitement peuvent être démantelées et remplacées par de nouvelles, plus apaisées. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité, et c’est une excellente nouvelle.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, si vous sentez que la claustrophobie est en train de grignoter votre liberté, je vous invite à ne pas rester seul avec ça. Parlez-en à quelqu’un de proche, à un médecin, ou venez me rencontrer. Je ne promets pas de résultats en trois séances comme on en voit sur Internet. Je promets un accompagnement sérieux, respectueux, et qui tient compte de qui vous êtes, pas d’un protocole standardisé. Je ne vous demanderai pas de faire des choses qui vous terrorisent. Nous irons à votre rythme, avec des outils que vous pourrez réutiliser seul chez vous. Mon objectif, c’est que vous puissiez un jour vous retrouver dans un espace qui vous faisait peur, et ressentir non pas de la panique, mais une forme de paix intérieure, ou au moins une neutralité bienveillante.

La claustrophobie n’est pas une fatalité. C’est une habitude de pensée et de réaction qui s’est installée, et qui peut se désinstaller. Vous n’êtes pas votre peur. Vous êtes bien plus large, bien plus capable que ce que cette partie de vous voudrait vous faire croire. Alors, si cet article résonne en vous, prenez une grande respiration. Et demandez-vous : « Qu’est-ce que je veux vraiment pour ma vie ? » La réponse est probablement plus grande que la peur. Et cette réponse mérite d’être entendue.

Je suis Thierry Sudan, installé à Saintes depuis 2014. Si vous avez envie

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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