3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Comprenez le réflexe phobique pour mieux l’éteindre.
Vous êtes là, dans la salle d’attente du dentiste. Vous avez pris rendez-vous vous-même, vous êtes venu en pleine conscience, vous avez même souri à la secrétaire en arrivant. Rien à voir avec une urgence, juste un contrôle de routine. Et pourtant, au moment où l’assistante prononce votre nom, votre cœur s’emballe. Vos paumes deviennent moites. Vous sentez une boule se former au creux de votre ventre, et vos jambes semblent peser une tonne. Votre tête, elle, est claire : « Ce n’est que le dentiste. Rien de dangereux. Je suis en sécurité. » Mais votre corps n’écoute pas. Il a déjà pris les devants, comme s’il avait activé une alarme intérieure que vous ne pouvez pas désactiver par la simple volonté.
Cette scène, je la vois presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Que ce soit pour une phobie des araignées, de l’avion, des piqûres ou des espaces clos. Ce qui frappe toujours, c’est le décalage : la raison sait, mais le corps agit en dépit de la raison. Beaucoup de personnes que j’accompagne me disent : « Je sais que c’est irrationnel, mais je ne peux pas m’en empêcher. » Et c’est exactement là que se joue le piège. Parce que vous avez peut-être essayé de vous raisonner, de vous exposer progressivement, de vous préparer mentalement. Pourtant, au moment fatidique, le corps vous trahit.
Alors, pourquoi votre corps réagit-il avant votre tête ? Et surtout, comment l’hypnose ericksonienne, l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle peuvent-elles vous aider à éteindre ce réflexe qui semble si ancré ? C’est ce que nous allons décomposer ensemble. Pas de théorie abstraite, mais des mécanismes concrets que vous allez reconnaître dans votre quotidien, et des pistes que vous pouvez tester dès aujourd’hui.
La première chose à comprendre, c’est que votre cerveau n’est pas un bloc uniforme. Depuis les travaux du neuroscientifique Paul MacLean dans les années 1960, on distingue schématiquement trois grandes strates : le cerveau reptilien (instinctif, automatique), le cerveau limbique (émotionnel, mémoire) et le néocortex (rationnel, langage). Ce modèle a été affiné, mais il reste utile pour saisir ce qui se passe lors d’une phobie.
Quand vous voyez, entendez ou même imaginez l’objet de votre peur – une araignée, un ascenseur, un chien – une région spécifique de votre cerveau s’active en priorité : l’amygdale. C’est une petite structure en forme d’amande, située profondément dans le système limbique. Son rôle ? Détecter les menaces potentielles et déclencher une réponse de survie en un éclair, bien avant que votre cortex préfrontal (votre « tête ») ait eu le temps d’analyser la situation. L’amygdale fonctionne comme un détecteur de fumée ultra-sensible : elle peut se déclencher pour une simple vapeur de douche, alors que le danger réel est nul.
Imaginez un patient que j’ai reçu l’an dernier, appelons-le Marc. Marc avait une phobie des guêpes. Un jour, en terrasse, il a vu un point noir volant dans son champ de vision périphérique. En moins d’une seconde, il a plaqué sa tasse de café, s’est levé brusquement, et a failli renverser la table. Le point noir n’était qu’une mouche. Son corps avait déjà tout orchestré : accélération du rythme cardiaque, respiration courte, muscles tendus, sueur. Son cortex, lui, n’avait même pas encore identifié l’objet. La réponse était partie de l’amygdale, qui a court-circuité la raison.
Ce mécanisme est ancestral. Il nous a permis de survivre face aux prédateurs. Mais dans une phobie, le détecteur est devenu hyperactif. Il associe un stimulus banal (un ascenseur, un pigeon, une seringue) à une menace vitale, comme s’il avait enregistré une mémoire traumatique. Et cette mémoire n’est pas stockée comme un souvenir verbal, mais comme une empreinte corporelle : une sensation, une tension, une posture. C’est pourquoi vous pouvez vous répéter « c’est juste un ascenseur », mais votre corps n’entend pas ce message rationnel. Il obéit à une logique plus ancienne, plus rapide, plus viscérale.
Votre amygdale ne comprend pas les mots. Elle comprend les sensations, les images, les sons et les mouvements. C’est pour cela que se raisonner seul ne suffit pas à éteindre une phobie.
Si votre tête ne parvient pas à calmer votre corps, c’est parce que le langage verbal est trop lent et trop abstrait pour l’amygdale. L’hypnose ericksonienne, que j’utilise quotidiennement, propose une autre approche : elle s’adresse à cette partie non-verbale de votre cerveau, celle qui enregistre les sensations, les images, les rythmes. Elle ne cherche pas à convaincre votre cortex avec des arguments, mais à modifier l’empreinte corporelle de la peur.
Prenons un exemple concret. Une de mes patientes, Sophie, avait une phobie des piqûres depuis l’enfance. À chaque prise de sang, elle faisait un malaise vagal : chute de tension, sueurs, perte de connaissance imminente. Elle avait essayé la respiration, la distraction, les médicaments. Rien n’y faisait. Lors de notre première séance, je ne lui ai pas demandé de raconter sa peur. Je lui ai proposé de fermer les yeux et de laisser venir une image associée à cette sensation désagréable. Elle a vu une aiguille, mais surtout elle a ressenti une pression froide dans son bras gauche.
En hypnose, nous avons travaillé à changer la qualité de cette sensation. Je lui ai suggéré d’imaginer que la pression froide devenait progressivement une caresse tiède, puis une vibration colorée. Ce n’était pas une technique de « pensée positive » superficielle. C’était une reprogrammation sensorielle. L’amygdale enregistre les informations sous forme de patterns sensoriels. Si vous modifiez ces patterns (la température, la texture, la couleur, le rythme), vous modifiez la réponse émotionnelle qui y est attachée.
Sophie a fait trois séances. Au bout de la troisième, elle est allée faire une prise de sang sans malaise. Elle m’a dit : « Je sentais encore un peu de stress, mais mon corps n’a pas paniqué. C’était comme si l’alarme s’était éteinte. » Ce qui a changé, ce n’est pas son savoir rationnel (elle savait déjà que les piqûres sont nécessaires), c’est la mémoire corporelle. L’hypnose a permis de réécrire ce que son corps avait enregistré comme un danger vital.
Ce n’est pas magique. L’hypnose ne fait pas disparaître la peur du jour au lendemain. Mais elle offre un accès direct au langage du corps : les sensations, les images, les métaphores. Elle permet de désactiver le détecteur hyperactif sans passer par la porte étroite de la raison.
Il y a un autre niveau que l’hypnose seule ne couvre pas toujours : le sens de la phobie. Car une phobie n’est jamais juste un mauvais réflexe. Elle a souvent une histoire, une fonction, une logique interne. C’est là qu’intervient l’IFS (Internal Family Systems), un modèle que j’intègre régulièrement dans mes accompagnements.
L’IFS part d’une idée simple : votre esprit n’est pas un monolithe, mais une famille de « parties » ou de sous-personnalités. Chacune a ses croyances, ses émotions, son rôle. Dans le cas d’une phobie, il y a presque toujours une partie qui a pris le rôle de protecteur. Elle a décidé, à un moment de votre vie, que la seule façon de vous garder en sécurité était d’activer une peur intense face à un stimulus précis.
Prenons le cas de Julien, un footballeur amateur que j’accompagne aussi en préparation mentale. Julien avait développé une phobie des penalties après avoir raté un tir décisif en finale de championnat. À chaque entraînement où l’on simulait des penalties, son cœur s’emballait, ses jambes tremblaient, et il tirait à côté. En surface, c’était une phobie de l’échec. Mais en explorant avec l’IFS, nous avons découvert une partie plus jeune, un « Julien de 12 ans », qui avait été humilié par un entraîneur après un penalty raté. Cette partie avait pris pour mission de protéger Julien de toute situation qui pourrait reproduire cette humiliation. Sa stratégie ? Déclencher une panique telle que Julien évite complètement les penalties. C’était une protection, certes, mais devenue inadaptée.
L’IFS ne cherche pas à éliminer cette partie, mais à dialoguer avec elle. En séance, j’invite Julien à se tourner vers cette partie avec curiosité, pas avec jugement. Il lui demande : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si je tire ce penalty ? » La partie répond : « Tu vas être humilié, tout le monde va se moquer, tu vas t’effondrer. » Puis, progressivement, Julien peut rassurer cette partie : « Je suis un adulte maintenant. Je peux gérer une déception sans m’effondrer. Tu n’as plus besoin de me protéger avec cette peur. »
Ce dialogue change la relation interne. La partie protectrice n’est plus un ennemi à combattre, mais un allié fatigué qui peut lâcher prise. Et quand elle lâche prise, le réflexe phobique perd de son intensité. Julien n’a pas tiré un penalty parfait du jour au lendemain, mais il a pu retenter sans que son corps ne le trahisse. Il m’a dit : « Je sentais encore du stress, mais ce n’était plus cette panique qui me paralysait. C’était juste du stress normal. »
L’IFS et l’hypnose se complètent bien. L’hypnose adoucit la réponse corporelle immédiate ; l’IFS donne du sens à la protection et libère la partie qui porte le fardeau. Ensemble, ils agissent à la fois sur le symptôme et sur sa racine.
Il y a un troisième levier que j’utilise souvent, surtout quand la phobie est liée à des situations sociales ou à des figures d’autorité (comme le dentiste, l’examinateur, le chef). C’est l’Intelligence Relationnelle, une approche qui travaille sur la qualité de la présence et de la connexion à l’autre.
Revenons à la salle d’attente du dentiste. Votre corps réagit avant votre tête, mais aussi avant que vous ayez échangé un mot avec le praticien. Pourtant, la qualité de la relation avec ce soignant peut tout changer. L’Intelligence Relationnelle part du principe que notre système nerveux est en permanence influencé par le système nerveux de l’autre. C’est ce que Stephen Porges appelle la neuroception : notre capacité à détecter inconsciemment si l’autre est une menace ou une source de sécurité.
Quand vous entrez dans un cabinet, votre amygdale scanne l’environnement : le ton de voix du dentiste, sa posture, son regard, la façon dont il bouge. Si votre système détecte des signaux de sécurité (calme, regard doux, voix posée, gestes lents), votre propre système nerveux peut s’apaiser. En revanche, si vous percevez de la précipitation, de la froideur ou de l’impatience, l’alarme reste activée.
Je travaille parfois avec des dentistes ou des infirmières pour les aider à adopter une posture qui désamorce la peur chez leurs patients. Mais vous pouvez aussi agir de votre côté. L’Intelligence Relationnelle vous apprend à diriger votre attention vers des signaux de sécurité, même quand l’autre ne les offre pas spontanément. Par exemple, avant une séance qui vous stresse, vous pouvez prendre trois secondes pour regarder le visage de la personne, repérer un détail rassurant (un sourire timide, des yeux qui plissent, une cicatrice sympathique), et laisser votre respiration s’ajuster à la sienne.
Une patiente, âgée de 65 ans, avait une peur panique des soins dentaires depuis un traumatisme dans l’enfance. Elle évitait tout rendez-vous depuis des années, au point d’avoir des douleurs chroniques. Nous avons travaillé en hypnose sur la mémoire sensorielle, et en IFS sur la partie qui gardait la peur. Mais ce qui a fait la différence, c’est un exercice simple d’Intelligence Relationnelle : avant chaque rendez-vous, elle devait arriver cinq minutes en avance, s’asseoir dans la salle d’attente, et observer le va-et-vient du personnel en se concentrant sur un seul son agréable (le bruit d’une porte qui claque doucement, un rire lointain). Elle a appris à ancrer son attention sur un point de sécurité dans l’environnement. Peu à peu, son corps a cessé de déclencher l’alarme avant même que le soignant n’entre.
Votre système nerveux peut apprendre à distinguer une vraie menace d’un souvenir ancien. Mais cela demande de lui offrir des preuves sensorielles de sécurité, pas seulement des arguments logiques.
Je veux être clair avec vous : l’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne vous promettent pas de ne plus jamais ressentir de peur. La peur est une émotion utile, vitale même. Le but n’est pas de la supprimer, mais de la ramener à un niveau adapté, celui qui vous protège sans vous paralyser.
Ces approches ne fonctionnent pas non plus si vous attendez de votre thérapeute qu’il « fasse le travail à votre place ». Elles exigent votre participation, votre curiosité, votre patience. Certaines phobies très anciennes ou liées à des traumatismes complexes peuvent nécessiter plusieurs séances. Et parfois, le chemin n’est pas linéaire : une amélioration suivie d’une rechute fait partie du processus.
Ce que ces approches font vraiment, c’est vous redonner un accès à votre propre régulation. Elles vous apprennent à dialoguer avec votre corps, à comprendre la logique de vos parties protectrices, et à créer des conditions de sécurité intérieure. Elles ne suppriment pas le détecteur de fumée ; elles le recalibrent pour qu’il ne s’enclenche plus à la vapeur d’une douche.
Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer à désamorcer ce réflexe phobique. Voici trois pistes concrètes, issues de ce que nous avons vu, que vous pouvez tester aujourd’hui même.
1. Ralentissez le scénario sensoriel. La prochaine fois que vous sentez monter la panique face à votre objet phobique, ne cherchez pas à raisonner. Au lieu de cela, portez votre attention sur une seule sensation corporelle : la pression de vos pieds sur le sol, la température de l’air sur votre peau, le rythme de votre respiration. Restez sur cette sensation pendant trois respirations complètes. Cela force votre cerveau à passer du mode « détection de menace » au mode « perception sensorielle », et ça calme l’amygdale.
2. Identifiez la partie protectrice. Posez-vous cette question : « Quelle partie de moi essaie de me protéger en ce moment ? Que craint-elle qu’il arrive ? » Ne jugez pas cette partie. Remerciez-la simplement d’avoir essayé de vous garder en sécurité. Parfois, le simple fait de reconnaître sa présence diminue son intensité.
3. Cherchez un signe de sécurité. Avant d’entrer dans une situation qui vous stresse (dentiste, examen, ascenseur), prenez cinq secondes pour repérer un détail rassurant dans l’environnement : un objet de couleur chaude, un visage détendu, un son régulier. Ancrez votre regard et votre souffle sur ce détail. Cela envoie un signal à votre système nerveux : « Ici, il y a de la sécurité. »
Ces exercices ne remplacent pas un accompagnement, mais ils vous donnent un premier levier. Si vous sentez que le réflexe est trop
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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