HypnoseRelations Et Communication

Pourquoi vos conflits au travail ressemblent aux disputes de couple

Un même schéma inconscient se rejoue partout.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous arrive-t-il de rentrer du travail avec cette sensation désagréable que quelque chose s’est mal passé, sans vraiment savoir quoi ? Une réunion où vous vous êtes senti ignoré, un échange avec un collègue qui a dérapé, une décision prise sans vous consulter. Et puis, le soir, vous retrouvez votre conjoint ou votre conjointe, et là, sans prévenir, une dispute éclate pour un motif anodin : la vaisselle oubliée, un regard de travers, un ton qui monte. Vous vous surprenez à penser : « Pourquoi ça m’arrive tout le temps ? » C’est une question que j’entends souvent dans mon cabinet à Saintes, que ce soit chez des cadres stressés, des sportifs de haut niveau ou des parents épuisés. La réponse est surprenante : vos conflits au travail ressemblent aux disputes de couple parce que, dans les deux cas, vous rejouez le même scénario inconscient.

Je m’appelle Thierry Sudan, et depuis 2014, j’accompagne des adultes en souffrance avec des outils comme l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle. Ce que j’observe, c’est que nos relations – qu’elles soient professionnelles, amicales ou amoureuses – sont des miroirs. Elles reflètent des schémas que nous avons appris très tôt, souvent dans notre enfance, et que nous reproduisons sans nous en rendre compte. Un conflit avec un manager n’est pas juste un désaccord sur un projet : c’est un écho d’une vieille blessure. Une tension avec votre partenaire n’est pas qu’une question de répartition des tâches : c’est la même activation émotionnelle qui vous a déjà fait souffrir à l’école, en famille ou dans vos premières amitiés.

Dans cet article, je vais vous montrer comment ce mécanisme fonctionne, pourquoi il est si répandu, et surtout, comment vous pouvez commencer à en sortir. Pas avec des recettes miracles, mais avec une compréhension honnête de ce qui se joue en vous. Parce que la vraie libération ne vient pas de l’extérieur – changer de travail ou de partenaire ne suffit pas – mais d’un travail intérieur. Et c’est exactement ce que l’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle permettent de faire : accéder à ces parties de vous qui réagissent comme des enfants, les apaiser, et enfin choisir des réponses adultes.

Pourquoi le même conflit se répète-t-il au bureau et à la maison ?

Vous avez peut-être déjà eu cette impression déroutante : vous vivez la même dispute, mais avec des acteurs différents. Au travail, c’est avec un collègue qui vous coupe la parole. À la maison, c’est avec votre conjoint qui ne vous écoute pas. Dans les deux cas, vous ressentez la même boule au ventre, la même colère sourde, le même besoin de vous défendre ou de fuir. Ce n’est pas une coïncidence. C’est un schéma inconscient, un peu comme un programme informatique qui s’exécute automatiquement dès que certaines conditions sont réunies.

Prenons un exemple anonymisé. Je reçois il y a quelques mois un homme, appelons-le Marc. Marc est chef de projet dans une PME. Il vient me voir parce qu’il est épuisé : il a des tensions constantes avec son responsable hiérarchique, qu’il décrit comme « autoritaire et injuste ». En parallèle, il me confie que sa relation avec sa compagne est difficile, qu’ils se disputent souvent sur des détails, et qu’il se sent « incompris » dans les deux contextes. En creusant avec l’IFS, nous découvrons que, à 8 ans, Marc avait un père très exigeant qui le critiquait systématiquement. À l’époque, Marc avait développé une stratégie : se taire, faire de son mieux, et attendre que l’orage passe. Mais en silence, il nourrissait une colère rentrée. Aujourd’hui, quand son manager élève la voix, ou quand sa compagne fait une remarque sur son manque d’attention, cette partie « enfant silencieuse et en colère » se réactive. Marc ne répond pas à la situation présente ; il répond à son père de 1985.

Ce qui est fascinant, c’est que notre cerveau ne fait pas bien la différence entre une menace relationnelle au travail et une menace relationnelle à la maison. Pour le système limbique – cette partie ancienne de notre cerveau qui gère les émotions –, un regard froid d’un collègue ou un ton sec d’un conjoint active la même alarme : « Danger ! Tu vas être rejeté, humilié, abandonné. » Et vous réagissez avec des comportements que vous avez appris dans l’enfance : vous vous fermez, vous attaquez, vous faites l’hypocrite, ou vous cherchez à plaire à tout prix. Le problème, c’est que ces stratégies étaient adaptées à un enfant de 5 ou 10 ans, mais pas à un adulte de 35 ans. Elles créent des malentendus, des escalades, et une fatigue relationnelle immense.

« Ce qui vous blesse aujourd'hui n'est pas ce que l'autre fait, mais l'histoire que vous racontez à son sujet – une histoire écrite il y a longtemps, par un enfant qui ne savait pas qu'il grandirait. »

Comment l'enfant intérieur sabote vos relations professionnelles ?

L’idée d’un « enfant intérieur » peut sembler un peu new age ou simpliste. Pourtant, c’est un concept solide, validé par des approches comme l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise quotidiennement. L’IFS considère que notre psyché est composée de multiples « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur âge, leurs croyances. Parmi elles, il y a des parties blessées, souvent très jeunes, qui portent les souvenirs douloureux de moments où nous nous sommes sentis impuissants, rejetés ou humiliés. Et il y a des parties protectrices, qui ont développé des stratégies pour éviter que ces blessures ne se réactivent.

Au travail, ces parties protectrices sont en première ligne. Par exemple, vous avez peut-être une partie « perfectionniste » qui vous pousse à en faire toujours plus, à vérifier chaque détail, à ne jamais déléguer. Cette partie croit sincèrement que si vous êtes irréprochable, personne ne pourra vous critiquer, et donc vous ne serez pas blessé. Mais ce perfectionnisme vous épuise, et il peut irriter vos collègues qui vous perçoivent comme rigide ou méfiant. Ou alors vous avez une partie « sauveur » qui cherche à résoudre tous les problèmes des autres, à être indispensable, pour se sentir aimé et reconnu. Mais cette partie attire des personnes dépendantes et vous laisse vidé, sans jamais recevoir ce dont vous avez vraiment besoin.

Un exemple concret : une femme que j’ai suivie, appelons-la Sophie, était cadre dans une collectivité territoriale. Elle venait parce qu’elle avait des conflits répétés avec une collègue, qu’elle jugeait « passive-agressive ». En séance d’hypnose, nous avons exploré une scène où Sophie, à 6 ans, devait calmer sa mère dépressive en étant « la petite fille parfaite » – souriante, obéissante, jamais en colère. Au travail, cette partie « petite fille parfaite » était devenue une partie « professionnelle irréprochable » : Sophie ne disait jamais non, acceptait toutes les tâches, et souriait même quand elle était surchargée. Mais sa collègue, inconsciemment, sentait cette fausseté, cette absence de limites claires, et réagissait par de l’agressivité. Le conflit n’était pas entre deux adultes ; c’était une répétition de la relation mère-fille, où Sophie s’épuisait à être parfaite pour être aimée.

Pourquoi les déclencheurs émotionnels sont les mêmes dans les deux sphères ?

Vous êtes en réunion. Votre manager dit : « Tu n’as pas pensé à ça ? » sur un ton légèrement condescendant. À ce moment précis, votre cœur s’accélère, votre respiration se bloque, et vous sentez une vague de chaleur monter. Vous pourriez répondre calmement, mais ce n’est pas ce qui se passe. Vous vous fermez, vous attaquez, ou vous vous excusez de manière excessive. Le soir même, votre conjoint vous dit : « Tu as oublié de sortir les poubelles ? » avec une pointe d’agacement. Et là, c’est la même réaction : vous explosez ou vous vous renfermez.

Ce qui est frappant, c’est que les déclencheurs – ces petits événements qui mettent le feu aux poudres – se ressemblent étrangement. Ce sont souvent des situations qui évoquent un manque de reconnaissance, un sentiment d’injustice, une impression de ne pas être écouté, ou une critique sur notre compétence. Pourquoi ? Parce que ces thèmes sont universels et touchent à nos besoins fondamentaux : être vu, être valorisé, être en sécurité. Et si vous avez grandi dans un environnement où ces besoins n’étaient pas suffisamment satisfaits – un parent trop critique, un frère préféré, une enseignante injuste –, alors votre cerveau a créé des « hyperliens émotionnels » entre ces situations passées et des situations présentes qui y ressemblent.

Je travaille avec un sportif, un coureur d’ultra-trail, qui m’a raconté quelque chose de très révélateur. Quand il est en compétition et qu’un concurrent le dépasse, il ressent une rage intérieure qu’il a du mal à contrôler. Cela lui fait perdre son énergie et sa concentration. En explorant avec l’hypnose, nous avons découvert qu’à 10 ans, il avait été humilié par un professeur de sport qui l’avait traité de « lent » devant toute la classe. Aujourd’hui, chaque fois qu’il se fait dépasser, ce n’est pas juste un adversaire ; c’est ce professeur qui le ridiculise à nouveau. Sa réaction – accélérer de manière impulsive, puis s’épuiser – était une tentative désespérée de prouver sa valeur. Au travail, il vivait la même chose : quand un collègue obtenait une promotion ou un compliment, il se sentait dévalorisé et devenait compétitif, ce qui créait des tensions.

Ces déclencheurs sont comme des boutons rouges sur un tableau de bord. Ils sont câblés dans votre système nerveux. Et tant que vous ne les avez pas identifiés et apaisés, ils continueront à s’activer, que vous soyez en open space ou à la table du dîner. L’Intelligence Relationnelle, que j’enseigne souvent en complément de l’hypnose, consiste justement à repérer ces boutons, à comprendre leur histoire, et à apprendre à les désamorcer avant qu’ils ne provoquent une explosion.

Comment l'IFS peut vous aider à sortir de ce cercle vicieux ?

L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche thérapeutique qui a complètement changé ma pratique. Conçue par Richard Schwartz dans les années 1980, elle part du principe que nous avons tous des « parties » en nous, et que ces parties ne sont pas des problèmes à éliminer, mais des protecteurs ou des exilés à comprendre. L’objectif n’est pas de se débarrasser de la partie en colère ou de la partie anxieuse, mais de dialoguer avec elle, de découvrir ce qu’elle essaie de protéger, et de lui montrer qu’elle peut lâcher prise.

Prenons un cas fréquent. Vous avez une partie que j’appelle « le critique intérieur ». C’est cette voix qui vous dit : « Tu n’es pas assez bon », « Tu aurais dû mieux faire », « Les autres pensent que tu es un imposteur ». Au travail, cette partie vous pousse à vous surmener, à éviter les prises de parole, à ne jamais demander d’aide. Dans votre couple, elle vous rend hypersensible aux remarques, vous fait interpréter les silences comme des jugements, et vous empêche de vous montrer vulnérable. Avec l’IFS, nous ne combattons pas cette partie. Nous l’écoutons. Souvent, elle a émergé pour vous protéger d’une blessure plus ancienne – par exemple, un parent qui vous comparait à un frère ou une sœur. Elle croit sincèrement qu’en vous critiquant, elle vous pousse à être meilleur et à éviter le rejet. Mais à force, elle devient tyrannique.

L’IFS propose un chemin simple, mais exigeant : apprendre à être dans votre « Self » – cet espace intérieur de calme, de compassion et de clarté –, puis entrer en relation avec vos parties. Vous pouvez le faire seul, avec des exercices d’écriture ou de méditation, mais c’est souvent plus puissant avec un accompagnement, notamment avec l’hypnose qui permet d’accéder plus facilement à ces états modifiés de conscience. Par exemple, je guide une personne à fermer les yeux, à aller vers cette partie critique, à lui demander ce qu’elle ressent, ce qu’elle craint, ce qu’elle voudrait. Il n’est pas rare que la partie révèle une scène d’enfance : un regard déçu, une punition injuste, un sentiment d’abandon. Et là, en tant que Self, vous pouvez prendre cette partie dans vos bras, lui dire que vous êtes là maintenant, que vous êtes adulte, que vous pouvez la protéger. C’est un processus de réparation intérieure.

« Les parties de vous qui crient le plus fort sont souvent celles qui ont été réduites au silence le plus longtemps. Votre colère au travail, votre tristesse dans le couple, votre anxiété le dimanche soir – elles ne sont pas vos ennemies, elles sont vos gardiennes. »

Comment l'hypnose ericksonienne calme le système nerveux et désamorce les tensions ?

L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis mon installation en 2014, est un outil formidable pour accompagner ce travail. Elle n’est pas un spectacle ou un endormissement, mais un état de conscience modifié, naturel, où vous êtes plus ouvert à l’exploration intérieure et au changement. Milton Erickson, son fondateur, disait que chaque personne a en elle les ressources nécessaires pour guérir ; l’hypnose permet simplement de les mobiliser.

Dans le cadre des conflits répétés, l’hypnose agit sur deux niveaux. D’abord, elle calme le système nerveux. Quand vous êtes dans un conflit, votre corps est en mode « survie » : le cortex préfrontal – la partie rationnelle – se met en veille, et l’amygdale prend le contrôle. Vous n’êtes plus en capacité de réfléchir, de prendre du recul, d’écouter l’autre. L’hypnose, en induisant une relaxation profonde, permet de ramener votre système nerveux à un état de sécurité. C’est comme si vous disiez à votre cerveau : « Tu peux te détendre, le danger est passé. » À partir de là, vous pouvez accéder à des ressources que vous ne saviez pas avoir : la patience, l’humour, la clarté.

Ensuite, l’hypnose permet de retravailler les souvenirs et les croyances qui alimentent les schémas. Par exemple, si vous avez la croyance limitante « Je dois toujours être fort, sinon je serai rejeté », l’hypnose peut vous aider à revisiter la scène où cette croyance s’est formée, à la voir avec les yeux d’aujourd’hui, et à installer une nouvelle perspective. Je me souviens d’une patiente, infirmière libérale, qui vivait des conflits constants avec un confrère. En hypnose, nous avons revisité une scène de son adolescence où elle s’était sentie humiliée par une amie. La croyance était : « Si je montre mes faiblesses, on va se moquer de moi. » Nous avons travaillé à remplacer cette peur par une confiance : « Je peux montrer mes limites, et cela me rend plus authentique. » Les conflits avec son confrère ont diminué, non pas parce qu’il avait changé, mais parce qu’elle n’activait plus le même cycle de protection.

L’hypnose n’efface pas les émotions, elle vous apprend à les traverser sans vous laisser submerger. Elle vous redonne le choix. Au lieu de réagir automatiquement, vous pouvez répondre consciemment. Et ce choix, c’est la clé pour que vos relations – au travail et à la maison – cessent d’être des champs de bataille et deviennent des espaces de connexion.

Comment l'Intelligence Relationnelle transforme les conflits en opportunités ?

L’Intelligence Relationnelle est un cadre que j’intègre souvent dans mes accompagnements, car il donne des outils concrets pour le quotidien. Elle ne remplace pas le travail profond sur les blessures, mais elle offre des repères pour naviguer les interactions difficiles. Le principe de base est simple : chaque conflit est une information

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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