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3 exercices IFS pour apaiser l'anxiété du matin

Commencez votre journée en dialoguant avec vos peurs.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous connaissez cette sensation ? Le réveil sonne, et avant même d’avoir ouvert les yeux, votre estomac se serre. Votre esprit s’emballe déjà : « Et si j’oubliais cette réunion ? Et si mon patron était mécontent ? Et si je n’y arrivais pas aujourd’hui ? » L’anxiété du matin, cette vague qui déferle dès les premières secondes de conscience, je la vois presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Elle n’est pas un simple tracas passager ; elle peut conditionner toute votre journée, vous plonger dans un brouillard d’inquiétude avant même d’avoir bu votre café.

Pendant longtemps, on nous a dit qu’il fallait « gérer son stress », « respirer », « penser positif ». Mais si ces conseils ne fonctionnent pas toujours, ce n’est pas parce que vous êtes faible. C’est parce que l’anxiété n’est pas un ennemi à combattre, mais une partie de vous qui essaie de vous protéger. C’est là qu’intervient l’IFS – le Système Familial Intérieur – une approche que j’utilise quotidiennement avec les adultes que j’accompagne. L’idée est simple et puissante : au lieu de vous identifier à votre peur, vous apprenez à dialoguer avec elle, comme avec une partie de vous-même qui a besoin d’être entendue.

Dans cet article, je vais vous partager trois exercices concrets, issus de l’IFS, que vous pouvez pratiquer seul, au réveil. Ils ne sont pas magiques : ils demandent de la pratique et de la bienveillance envers vous-même. Mais ils peuvent transformer cette angoisse matinale en une occasion de vous comprendre et de vous apaiser. Allons-y.

Pourquoi l'anxiété du matin est-elle si spécifique ?

Avant de plonger dans les exercices, prenons une minute pour comprendre ce qui se joue. Le matin, vous passez d’un état de repos (le sommeil) à un état d’éveil. Votre cerveau, encore en phase de transition, n’a pas eu le temps de construire ses défenses habituelles. Les ruminations, les peurs et les inquiétudes qui sommeillaient en arrière-plan surgissent alors sans filtre. C’est comme si un gardien, fatigué après la nuit, ouvrait la porte à toutes les pensées anxieuses.

En IFS, nous appelons ces pensées des « parties ». Elles ne sont pas « vous » dans votre essence ; ce sont des sous-personnalités qui portent des croyances, des émotions et des rôles spécifiques. Par exemple, une partie anxieuse peut dire : « Si tu ne stresse pas, tu vas oublier quelque chose d’important. » Une autre partie plus critique peut ajouter : « Tu n’es pas assez préparé. » Ensemble, elles créent cette tempête intérieure.

L’objectif des exercices qui suivent n’est pas de les faire taire, mais de les accueillir. Car quand une partie se sent écoutée, elle peut se détendre. Et vous, depuis votre « Soi » – ce centre calme et conscient qui est en chacun de nous – vous pouvez reprendre les rênes.

Un point clé à retenir : Vous n’êtes pas votre anxiété. Vous êtes celui ou celle qui l’observe. Et cette simple distinction est le début de la liberté.

Exercice n°1 : Le scan corporel des parties anxieuses

Le premier exercice est un ancrage dans le corps. Souvent, l’anxiété du matin est vécue comme une pensée, une peur abstraite. Pourtant, elle a toujours une manifestation physique : une tension dans la poitrine, un nœud à l’estomac, des épaules remontées, une respiration courte. En IFS, nous savons que chaque partie émotionnelle s’exprime à travers le corps. La contacter par ce biais est plus direct et plus doux que de partir dans la tête.

Comment procéder, au réveil :

  1. Restez allongé une minute de plus. Ne sautez pas du lit pour courir après la journée. Acceptez ce moment. Fermez les yeux si vous le souhaitez.
  2. Portez votre attention sur votre respiration. Sans la modifier, observez-la. Est-elle saccadée ? Superficielle ? Profonde ? Restez simplement là, à la sentir entrer et sortir.
  3. Localisez la sensation de l’anxiété. Posez-vous la question : « Où est-ce que je ressens cette inquiétude dans mon corps ? » Peut-être est-ce une boule dans la gorge, une pression sur le sternum, un vide dans le ventre, une lourdeur dans les jambes. Ne cherchez pas à la faire disparaître. Donnez-lui un espace.
  4. Dialoguez avec cette sensation. Imaginez que cette tension a une voix. Vous pouvez lui demander, avec curiosité : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? Qu’est-ce que tu essaies de me protéger ? » Ne forcez pas une réponse. Laissez venir des mots, des images, des souvenirs. Parfois, la partie répondra par une phrase comme : « Je veux que tu sois prêt. » ou « J’ai peur que tu échoues. »
  5. Remerciez-la. Que la réponse soit claire ou non, dites-lui merci. « Merci d’être là. Merci d’essayer de m’aider. » Ce geste simple change la relation : vous n’êtes plus en lutte, vous êtes en alliance.

Pourquoi ça marche ? En localisant l’anxiété dans le corps, vous sortez de la spirale des pensées. La partie anxieuse est reconnue, non plus comme un ennemi, mais comme un messager. Et le simple fait de la remercier désamorce une partie de son urgence. Faites-le chaque matin pendant une semaine. Vous verrez, la sensation physique elle-même commencera à se transformer.

Exercice n°2 : L’entretien avec la partie protectrice

L’anxiété du matin est presque toujours portée par une « partie protectrice ». En IFS, on distingue les parties exilées (qui portent des blessures anciennes, de la vulnérabilité) et les parties protectrices (qui font tout pour que ces exilés ne soient pas exposés). L’anxiété est une protectrice. Elle vous pousse à anticiper, à vous préparer, à rester vigilant. Elle croit sincèrement que sans elle, vous seriez en danger.

Cet exercice est un peu plus approfondi. Il s’agit de mener un véritable entretien avec cette partie, comme si vous parliez à une personne qui serait assise en face de vous.

Le guide pas à pas :

  1. Identifiez la pensée anxieuse dominante. Exemple : « Je vais être en retard. » ou « Je vais dire une bêtise en réunion. » Choisissez la phrase qui revient le plus souvent le matin.
  2. Demandez-lui de se manifester. Dites intérieurement : « Je vois cette pensée. Est-ce que la partie qui la porte peut se montrer un peu ? » Vous pouvez la visualiser comme une forme, une couleur, un personnage. Ne jugez pas l’image. Elle peut être floue.
  3. Posez-lui des questions avec sincérité. Utilisez un ton de voix intérieur curieux et doux, comme si vous parliez à un enfant inquiet. Voici quelques questions qui fonctionnent bien :
    • Quel est ton rôle pour moi ?
    • Depuis quand es-tu là ?
    • Qu’essaies-tu de m’éviter exactement ?
    • Si tu n’étais pas là, de quoi aurais-je peur ?
    • Qu’arriverait-il de pire si je t’écoutais moins ?
  4. Écoutez sans argumenter. La partie protectrice a souvent une bonne raison d’agir. Elle a peut-être protégé un enfant intérieur qui a été humilié ou mis en danger. Ne la contredisez pas. Dites simplement : « Je comprends. Merci d’avoir fait ce travail. »
  5. Proposez-lui un nouveau rôle. Une fois que vous avez entendu sa peur, vous pouvez lui demander : « Est-ce que tu accepterais de prendre un peu de recul ? Je vais m’occuper de la situation. Tu peux rester à côté, mais tu n’as pas besoin de porter toute la charge. » Vous lui proposez de se reposer.

Un exemple concret : Un coureur que j’accompagne en préparation mentale avait une anxiété matinale liée à une compétition. Sa partie disait : « Tu n’es pas assez entraîné. » En dialoguant, il a découvert que cette partie le protégeait de la déception qu’il avait ressentie enfant, quand son père avait minimisé une de ses victoires. En remerciant cette partie pour sa loyauté, il a pu lui dire : « Je suis prêt maintenant. Je peux faire de mon mieux. » L’anxiété a baissé de 70%.

Un moment fort : La partie protectrice n’est pas votre ennemie. Elle est votre gardien. Quand vous l’écoutez vraiment, elle peut poser son bouclier.

Exercice n°3 : Le dialogue avec l’exilé (la vulnérabilité cachée)

Parfois, après avoir écouté la partie protectrice anxieuse, une couche plus profonde apparaît. L’anxiété n’est souvent que la surface. En dessous, il y a une partie plus jeune, plus vulnérable, qui porte une émotion ancienne : de la honte, de la tristesse, de la solitude, de la peur d’être abandonné. En IFS, on appelle cela un « exilé ».

Cet exercice est plus délicat. Ne le faites pas si vous vous sentez submergé ou si vous n’avez pas de soutien. Mais si vous vous sentez en sécurité, il peut être profondément libérateur. L’idée est de descendre d’un cran : derrière la peur de « rater ma journée » se cache peut-être la peur de « ne pas être aimable ».

Comment le pratiquer, une fois que l’anxiété est présente :

  1. Reprenez l’exercice n°2. Vous avez dialogué avec la partie protectrice. Maintenant, demandez-lui : « Est-ce que tu peux me montrer ce que tu protèges ? » ou « Qui est cette partie plus jeune que tu gardes ? »
  2. Accueillez ce qui vient. Vous pouvez ressentir une tristesse soudaine, une boule dans la gorge, un souvenir d’enfance (être seul dans la cour de récréation, avoir reçu une critique cinglante). Laissez cette émotion exister. Ne la jugez pas. Dites : « Je te vois. Tu es le bienvenu. »
  3. Connectez-vous avec la sensation. Demandez à cette partie vulnérable : « Qu’est-ce que tu ressens là, maintenant ? » Souvent, la réponse est simple : « J’ai peur. » ou « Je suis triste. » Ne cherchez pas à la réparer. Restez simplement présent avec elle.
  4. Apportez la qualité du Soi. Depuis votre centre calme (le Soi), vous pouvez envoyer à cette partie de la compassion. Visualisez une lumière douce, ou imaginez que vous la prenez dans vos bras. Dites-lui : « Tu n’es plus seul(e). Je suis là maintenant. Je suis adulte et je peux prendre soin de toi. »
  5. Demandez ce dont elle a besoin. « Qu’est-ce qui te soulagerait ? » Parfois, c’est une parole de réconfort : « Tu es aimé(e) quoi qu’il arrive. » Parfois, c’est une action symbolique : boire un verre d’eau, poser la main sur son cœur. Faites-le.

Pourquoi cet exercice est puissant ? L’anxiété du matin est souvent alimentée par des blessures anciennes qui n’ont pas été entendues. Quand vous entrez en contact avec cet exilé, vous lui donnez ce dont il a manqué : une présence aimante. La partie protectrice, voyant que l’exilé est pris en charge, peut se détendre. Et l’anxiété diminue durablement, non par répression, mais par guérison.

Précaution importante : Si cet exercice provoque une vague émotionnelle trop forte, arrêtez-vous. Revenez à la respiration. Marchez un peu. Vous pouvez aussi contacter un professionnel formé à l’IFS pour vous accompagner dans ce travail. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide.

Comment intégrer ces exercices dans votre routine matinale

La clé n’est pas la perfection, mais la régularité. Vous n’allez pas transformer votre relation à l’anxiété en un jour. Voici comment je conseille de procéder :

  • Semaine 1 : Concentrez-vous uniquement sur l’exercice n°1 (le scan corporel). Chaque matin, avant de sortir du lit, accordez-vous 2 à 5 minutes. Notez dans un carnet ce que vous avez ressenti.
  • Semaine 2 : Ajoutez l’exercice n°2 (l’entretien avec la protectrice). Vous pouvez le faire juste après le scan, ou plus tard dans la matinée si l’anxiété persiste.
  • Semaine 3 : Si vous vous sentez prêt, explorez l’exercice n°3 (le dialogue avec l’exilé). Ne le forcez pas. Il viendra naturellement quand la protectrice vous fera confiance.

Vous pouvez aussi les adapter. Par exemple, si vous êtes pressé le matin, faites l’exercice n°1 en 30 secondes : posez la main sur votre ventre et respirez en remerciant la tension. L’important est l’intention, pas la durée.

Un point à ne pas oublier : Vous n’avez pas à être parfait. Si un matin, vous oubliez les exercices et que l’anxiété vous submerge, ce n’est pas un échec. C’est une information. Demandez-vous : « Quelle partie a repris le contrôle ? » et recommencez le lendemain.

Ce que l’IFS ne fait pas (et pourquoi c’est important)

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Ces exercices ne vont pas faire disparaître l’anxiété pour toujours. L’anxiété est une réponse humaine normale face à l’incertitude. Ce qu’ils font, en revanche, c’est changer votre relation avec elle. Vous passez d’un état de lutte épuisant à un état de curiosité et de dialogue.

L’IFS ne remplace pas non plus un suivi médical si vous souffrez de troubles anxieux sévères ou de dépression. Si vos angoisses matinales sont paralysantes, si elles vous empêchent de vous lever ou de fonctionner, je vous encourage à consulter un médecin ou un psychiatre. L’hypnose ericksonienne et l’IFS sont des compléments puissants, mais ils ne sont pas une alternative à un traitement nécessaire.

Enfin, l’IFS ne vous demande pas de devenir « zen » en permanence. Il vous demande d’être humain. D’accueillir vos parties, même les plus désagréables, avec la même bienveillance que vous offririez à un ami en détresse.

Un dernier mot, en douceur

Je vous écris depuis Saintes, où je reçois des adultes qui, comme vous, se réveillent parfois avec ce poids sur la poitrine. Je les vois apprendre, pas à pas, à ne plus être victimes de leur anxiété, mais à devenir les hôtes accueillants de leurs émotions. C’est un chemin, pas une destination.

Alors, demain matin, quand votre réveil sonnera, avant de vous lever, souvenez-vous de ceci : cette voix anxieuse qui vous parle, c’est une partie de vous qui a besoin de votre attention. Pas de votre combat. Posez votre main sur votre cœur, respirez, et dites-lui simplement : « Je t’entends. Je suis là. »

Si vous sentez que cette approche résonne avec vous, mais que vous avez besoin d’un cadre plus structuré pour l’explorer, je suis là. Mon cabinet est ouvert, et je propose aussi des séances en visio. Un échange ne vous engage à rien, mais il peut être le début d’un dialogue intérieur plus apaisé.

Prenez soin de vous.

Thierry Sudan
Praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle
Saintes (17) – Consultations en cabinet et à distance

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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