PsychologieIfs Therapie

3 exercices IFS pour calmer votre enfant intérieur anxieux

Des pratiques douces pour retrouver la sérénité.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous les reconnaissez ? Ces moments où une réaction vous échappe, où une peur irrationnelle vous submerge, où vous vous entendez dire ou faire des choses que vous regrettez ensuite, sans vraiment comprendre pourquoi. Par exemple, ce manager de 45 ans qui, avant chaque réunion d’équipe, sent son cœur s’emballer, sa gorge se serrer, et qui se met à bégayer. Pourtant, il connaît son sujet, il est compétent. Mais à cet instant précis, ce n’est pas lui qui parle. C’est une partie de lui, bien plus jeune, qui revit une scène de son enfance : le regard sévère de son père, la peur de ne pas être à la hauteur, l’impression de devoir prouver sa valeur à chaque seconde. Cette partie, en IFS (Internal Family Systems – Système Familial Intérieur), on l’appelle une partie exilée, souvent un enfant intérieur anxieux. Elle porte des émotions et des croyances douloureuses que le reste du système a tenté de contenir, de cacher, de contrôler. Mais elle continue d’influencer vos comportements, vos choix, vos relations, parfois de façon discrète, parfois bruyante. Le but de l’IFS n’est pas de la faire taire, de la réprimer ou de la « guérir » comme on soignerait une maladie. Il s’agit de l’accueillir, de comprendre son rôle, de la libérer de son fardeau. Et cela passe par des pratiques concrètes, douces, que vous pouvez expérimenter seul, chez vous, sans précipitation. Voici trois exercices pour entrer en relation avec votre enfant intérieur anxieux, pour l’apaiser de l’intérieur, sans le renforcer.

Pourquoi votre enfant intérieur est-il anxieux ? (Le mécanisme en 3 minutes)

Avant de plonger dans les exercices, il est essentiel de saisir la logique du système. Imaginez votre psyché comme une famille intérieure. Il y a des parties qui gèrent, qui organisent, qui protègent : ce sont les manager et les pompiers. Le manager, c’est celui qui vous dit « Il faut être parfait, ne rien laisser au hasard, anticiper tous les scénarios ». Il essaie de contrôler l’environnement pour que l’enfant intérieur anxieux ne se réveille pas. Le pompier, lui, agit en urgence : quand l’anxiété devient trop forte, il vous pousse à grignoter, à scroller sur votre téléphone, à boire un verre, à vous isoler. Il éteint le feu émotionnel à tout prix, mais ses solutions sont rarement durables.

Et puis il y a l’exilé. Cet enfant intérieur porte la vulnérabilité originelle. Il s’est formé lors d’un événement passé – une humiliation, une séparation, un sentiment d’abandon, un choc – où vous n’aviez pas les ressources pour faire face. Il a été « exilé » dans un coin de votre psyché parce que ses émotions étaient trop intenses, trop dangereuses à ressentir pour le système. Mais il ne disparaît pas. Il continue d’envoyer des signaux : une boule au ventre, une sensation d’oppression, une voix intérieure qui répète « Je ne suis pas assez bien », « Je vais être rejeté », « Il va arriver quelque chose de grave ». L’anxiété chronique est souvent la voix de cet exilé qui crie pour être entendu, mais que les managers et pompiers tentent de réduire au silence.

L’IFS propose un changement de paradigme : au lieu de lutter contre l’anxiété (ce que font les managers et pompiers), vous allez apprendre à vous en approcher avec curiosité et compassion. Vous allez devenir le Self – cette partie de vous qui est calme, confiante, connectée, créative. Le Self n’a pas besoin de chasser l’anxiété. Il peut simplement être présent, accueillir l’enfant intérieur, et lui offrir ce dont il a manqué : une présence sécurisante, inconditionnelle. Les exercices qui suivent sont des passerelles vers ce Self, des gestes concrets pour que vous puissiez, pas à pas, vous relier à cette partie vulnérable sans vous y noyer.

Exercice n°1 : La respiration de la main secourable

Cet exercice est le plus simple à mettre en œuvre, même en pleine crise d’angoisse. Il ne demande pas de « comprendre » quoi que ce soit, juste de poser un geste physique et symbolique. Il s’inspire de la technique de grounding (ancrage) mais intègre une dimension relationnelle avec l’enfant intérieur.

Quand l’utiliser ? Dès que vous sentez l’anxiété monter : avant une réunion, dans les transports, au réveil, ou lors d’une rumination mentale.

Comment faire ?

  1. Posez une main sur votre cœur. La main droite ou gauche, peu importe. Sentez la chaleur de votre paume contre votre poitrine. C’est votre main « secourable ». Visualisez-la comme la main d’un adulte bienveillant – vous, votre Self – qui se pose doucement sur l’épaule d’un enfant.
  2. Respirez en direction de cette main. Inspirez profondément en imaginant que l’air entre par votre nez, descend dans votre poitrine, et remplit l’espace sous votre main. Expirez lentement, comme si vous relâchiez la pression, le poids, dans cette main. Faites cela 5 à 7 cycles respiratoires. Ne forcez pas, juste une respiration un peu plus ample que d’habitude.
  3. Ajoutez une phrase d’accueil. Tout en gardant la main sur le cœur, dites intérieurement (ou à voix basse si vous êtes seul) : « Je te vois, je sens que tu as peur. C’est normal d’avoir peur. Je suis là avec toi. » Cette phrase n’est pas un mantra magique. Elle est une déclaration de présence. Vous ne dites pas « tout va bien », vous dites « je suis là, je ne te fuis pas ». C’est la première chose dont l’enfant intérieur a besoin : être reconnu sans être rejeté.
  4. Observez la réponse. Après quelques respirations, notez ce qui se passe dans votre corps. La tension a-t-elle baissé d’un cran ? Une image est-elle apparue (un enfant seul dans une cour, un visage) ? Une sensation de chaleur ? Peut-être rien de spectaculaire, c’est normal. L’important est d’avoir créé un premier lien.

« Ce n’est pas la technique qui guérit, c’est la présence. Quand vous posez votre main sur votre cœur, vous dites à votre système nerveux : ‘Je ne suis plus seul dans cette peur.’ » – Thierry Sudan

Pourquoi ça marche ? La main sur le cœur active le nerf vague, le principal nerf parasympathique qui calme le système nerveux. Associée à la parole d’accueil, elle envoie un signal de sécurité à l’amygdale (le centre de la peur) : « Il y a un adulte ici, je peux baisser la garde. » L’enfant intérieur, qui ne peut pas être raisonné par la logique, comprend ce langage corporel et émotionnel. Il se sent porté. Ce n’est pas une solution miracle, mais une porte d’entrée. Avec la répétition, cette main devient un réflexe, un rappel immédiat que vous n’êtes pas seulement votre anxiété, mais aussi celui ou celle qui peut la contenir.

Exercice n°2 : Le dialogue avec l’enfant (la chaise vide intérieure)

Celui-ci demande un peu plus de temps et d’intention. Il est idéal en fin de journée, ou le week-end, quand vous êtes tranquille. L’idée est de donner une voix, un espace, à l’enfant intérieur anxieux, non pas pour le laisser déborder, mais pour l’écouter activement.

Préparation : Installez-vous confortablement, dans un endroit calme. Vous pouvez avoir un carnet et un stylo. Placez deux chaises en face à face, ou imaginez simplement deux espaces distincts : l’un pour vous (votre Self adulte), l’autre pour l’enfant intérieur. Si vous préférez, vous pouvez aussi personnifier l’enfant avec un objet (un coussin, une peluche).

Les étapes :

  1. Asseyez-vous dans la chaise du Self. Prenez quelques respirations pour vous centrer. Rappelez-vous que vous êtes l’adulte d’aujourd’hui, avec vos ressources, votre expérience, votre capacité à protéger. Vous n’êtes pas l’enfant. Vous êtes son parent intérieur.
  2. Invitez l’enfant. Tournez-vous vers la chaise vide (ou l’objet). Dites, de votre voix la plus douce possible : « Je voudrais rencontrer la partie de moi qui a peur, qui est anxieuse. Tu peux venir t’asseoir ici si tu le souhaites. Tu es le bienvenu. Prends ton temps. » Parfois, une image arrive immédiatement. Parfois, c’est juste une sensation. Ne forcez pas. Si rien ne vient, c’est OK. Vous pouvez simplement imaginer un enfant.
  3. Posez des questions ouvertes. Maintenant, parlez à cet enfant. Pas pour le réprimander ou le rassurer à tout prix. Pour le connaître. Posez des questions comme :
    • « Quel âge as-tu ? »
    • « Où es-tu ? (dans une maison, une école, un endroit sombre ?) »
    • « Qu’est-ce qui te fait le plus peur en ce moment ? »
    • « Qu’est-ce que tu aimerais que je sache ? »
    • « De quoi aurais-tu besoin pour te sentir un peu mieux ? »
  4. Écoutez sans jugement. Laissez les réponses venir sous forme de mots, d’images, de sensations corporelles. Peut-être que l’enfant dit « J’ai peur que tu m’abandonnes », ou « Je ne suis pas assez bien ». Peut-être qu’il ne dit rien, juste un sentiment de vide. Accueillez cela. Vous pouvez noter les réponses sur votre carnet. Ne cherchez pas à analyser ou à résoudre. Juste être présent.
  5. Changez de chaise (optionnel). Si vous vous sentez prêt, vous pouvez vous asseoir sur la chaise de l’enfant, et répondre à vos propres questions, comme si vous étiez lui. Laissez venir la parole de l’enfant. Puis revenez sur votre chaise d’adulte. Ce va-et-vient crée un dialogue vivant.
  6. Terminez par un geste d’engagement. Quel que soit le besoin exprimé par l’enfant (souvent : « J’ai besoin que tu me prennes dans tes bras », « J’ai besoin que tu me dises que je suis en sécurité », « J’ai besoin que tu restes avec moi »), engagez-vous à faire quelque chose de concret. Par exemple : « D’accord, ce soir avant de dormir, je vais imaginer te prendre dans mes bras pendant une minute. » Tenez votre promesse.

Pourquoi ça marche ? Cet exercice permet de sortir du schéma habituel : soit vous êtes identifié à l’anxiété (vous êtes l’enfant), soit vous la combattez (vous êtes le manager). Ici, vous créez une relation. L’enfant intérieur cesse d’être un symptôme à éliminer pour devenir une personne à connaître. Et quand il se sent connu, sa charge émotionnelle baisse. Il n’a plus besoin de crier aussi fort. C’est un processus, pas une performance. Certains dialogues durent 2 minutes, d’autres 20. L’important est la régularité. Un petit pas chaque jour ou chaque semaine est plus efficace qu’une longue session une fois par mois.

Exercice n°3 : La lettre de l’adulte à l’enfant

Cet exercice est plus introspectif, presque rituel. Il permet de donner une forme narrative à la relation que vous construisez avec votre enfant intérieur. L’écriture a ce pouvoir de fixer les choses, de les rendre réelles, et de créer une distance salutaire.

Quand l’utiliser ? Après avoir fait l’exercice de la chaise vide une ou deux fois, ou lorsque vous avez identifié une situation récurrente qui déclenche l’anxiété.

Comment faire ?

  1. Choisissez un moment où vous êtes calme. Munissez-vous d’un stylo et d’un papier. Pas d’écran. L’écriture manuscrite engage le cerveau différemment, elle est plus lente, plus incarnée.
  2. Adressez-vous à l’enfant. Commencez par : « Cher enfant de [votre âge à l’époque], aujourd’hui je t’écris pour te dire ce que j’aurais aimé qu’on te dise à ce moment-là. » Si vous ne savez pas quel âge, écrivez simplement « Cher enfant intérieur ».
  3. Reconnaissez sa peine. Écrivez ce qu’il a vécu, sans minimiser. Par exemple : « Je sais que tu as eu très peur quand papa et maman se disputaient. Je sais que tu te sentais tout petit et impuissant. C’était vraiment dur pour toi. » Ne cherchez pas à expliquer ou à excuser les autres. Validez son expérience subjective. C’est la clé.
  4. Dites-lui ce que vous savez aujourd’hui. En tant qu’adulte, vous avez des informations que l’enfant n’avait pas. Vous pouvez lui dire : « Aujourd’hui, je sais que ce n’était pas de ta faute. Tu n’étais pas responsable de leurs disputes. Tu étais juste un enfant qui avait besoin de sécurité. » Ou : « Aujourd’hui, je sais que tu es capable, que tu as des talents. Ce que ce professeur a dit n’était pas la vérité sur toi. » C’est une forme de reparentage.
  5. Faites une promesse réaliste. N’écrivez pas « Je vais faire en sorte que tu n’aies plus jamais peur ». Ce serait un mensonge. Écrivez plutôt : « Je te promets que je vais apprendre à t’écouter. Je te promets que je ne vais plus t’ignorer quand tu as peur. Je vais essayer de ralentir pour être avec toi. » La promesse doit être tenable.
  6. Terminez par une phrase d’amour inconditionnel. Par exemple : « Tu es important pour moi. Tu mérites d’être aimé, tout simplement parce que tu es toi. Je t’aime. » Oui, c’est étrange d’écrire cela à soi-même. Mais c’est puissant. Vous réécrivez un script interne.
  7. Conservez la lettre. Vous pouvez la relire dans les moments difficiles. Ou la brûler symboliquement, en disant adieu à l’ancienne douleur. Choisissez ce qui vous semble juste.

Pourquoi ça marche ? L’écriture active le cortex préfrontal, la partie rationnelle du cerveau. En écrivant, vous ne vous laissez pas submerger par l’émotion brute. Vous la mettez en forme, en mots. Vous devenez le narrateur de votre histoire, pas seulement son personnage. L’enfant intérieur, lui, reçoit un message tangible, une preuve que quelqu’un (vous) se souvient de lui, le prend au sérieux, et s’engage à ses côtés. C’est une réparation symbolique, mais profondément réelle pour le système nerveux.

Ce que ces exercices ne sont pas (et ce qu’ils sont)

Soyons honnêtes. Ces trois pratiques ne vont pas faire disparaître l’anxiété en une semaine. Elles ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique si votre souffrance est envahissante, si vous avez des antécédents de traumatismes complexes, ou si vous vous sentez régulièrement submergé au point de ne plus fonctionner. Dans ces cas, un professionnel formé à l’IFS ou à d’autres approches somatiques (EMDR, Somatic Experiencing) est indispensable. L’IFS en solo a ses limites : on peut parfois entrer en contact avec des parties très douloureuses sans avoir les ressources du Self pour les contenir. Si vous sentez que cela vous fragilise plus que ça ne vous aide, arrêtez-vous et cherchez un thérapeute.

Ces exercices sont des pratiques d’entraînement. Comme on va à la salle de sport pour renforcer un muscle, on fait ces gestes pour renforcer la connexion avec le Self. Au début, c’est bancal, on oublie, on doute. Puis, progressivement, un réflexe s’installe. Vous commencez à reconnaître la voix de l’enfant intérieur non plus comme une menace, mais comme un signal. Vous apprenez à dire, intérieurement : « Ah, tiens, la

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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