3 obstacles qui bloquent l’accès à votre Self bienveillant
Repérez ce qui vous empêche de ressentir votre présence intérieure.
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Tu ouvres les yeux au milieu de la nuit. Ton cœur cogne. Une pensée vient de surgir : « Je n’aurais pas dû dire ça tout à l’heure, il est fâché, c’est sûr. » Tu veux te rendormir, mais la boucle tourne. Alors tu attrapes ton téléphone, tu scrolles, tu manges un truc, ou tu te lèves pour vérifier trois fois que la porte est fermée. Tu connais ce moment. Cette urgence intérieure. Ce truc qui te pousse à agir, tout de suite, pour éteindre l’incendie.
En thérapie IFS (Internal Family Systems), on appelle ça un pompier. Ce n’est pas un défaut. C’est une partie de toi qui a appris, depuis longtemps, à éteindre les feux émotionnels par tous les moyens. Crises d’angoisse, compulsions, évitements, colères soudaines, hyperactivité : le pompier ne réfléchit pas, il agit. Il veut juste que la douleur s’arrête. Le problème ? Ses solutions sont rapides, mais coûteuses. Et toi, tu te retrouves à faire des choses que tu regrettes, ou à t’épuiser à contenir ce qui déborde.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes. Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui vivent avec ces pompiers intérieurs. Avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, on apprend à ne plus combattre ces parties, mais à les comprendre. Dans cet article, je vais te donner trois exercices concrets, que tu peux faire seul, en moins de cinq minutes, pour désamorcer un pompier en pleine crise. Pas de théorie abstraite. Du pratique. Testé par des dizaines de personnes.
Avant de commencer, un point important : ces exercices ne remplacent pas un suivi thérapeutique si tu es en grande détresse ou si tu as des comportements dangereux. Si tu sens que tu perds le contrôle, appelle un professionnel. Ici, on parle de gestion de crise légère à modérée, celle du quotidien.
Tu as sans doute déjà entendu parler des « parties » en IFS. L’idée, c’est que notre psyché est composée de différentes sous-personnalités. Il y a les managers, qui organisent ta vie pour éviter les blessures. Les exilés, qui portent les émotions douloureuses refoulées. Et les pompiers, qui débarquent quand un exilé est sur le point d’être exposé ou activé. Le pompier, c’est le cascadeur. Il saute dans le feu sans casque.
Prenons un exemple. Je reçois Claire, une quadra qui dirige une équipe. Elle est compétente, appréciée. Mais dès qu’elle sent une critique, même implicite, son cœur s’emballe. En une minute, elle peut se mettre à pleurer en réunion ou à envoyer un mail incendiaire. « Je ne me reconnais pas », me dit-elle. Son pompier, c’est la réaction de fuite-combat. Il veut la protéger d’une humiliation qu’elle a vécue enfant, quand son père la rabaissait. Mais aujourd’hui, ce pompier lui coûte sa crédibilité.
Quand tu es en crise, ton pompier n’est pas ton ennemi. Il est un allié maladroit. Si tu le combats, il s’intensifie. Si tu le juges, il se radicalise. La clé, c’est de l’accueillir sans obéir. Les trois exercices qui suivent sont conçus pour ça : ralentir le réflexe, créer un espace, et redonner le volant à la partie calme de toi qu’on appelle le Soi.
« Le pompier n’est pas un pyromane. C’est un pompier qui arrose tout, même ce qui n’est pas en feu. Ton travail n’est pas de lui enlever la lance, mais de lui montrer qu’il peut poser un seau. »
Quand le pompier prend le contrôle, ton corps est en alerte rouge. Le système nerveux sympathique est activé : cortisol, adrénaline, cœur qui s’emballe. Tu n’es plus en état de réfléchir. Le premier réflexe, c’est de vouloir raisonner la crise. « Calme-toi, c’est idiot. » Ça ne marche jamais, parce que la partie cognitive de ton cerveau est court-circuitée. Il faut d’abord redescendre physiologiquement.
L’exercice : Dès que tu sens l’urgence monter (bouffée de chaleur, envie de fuir, de crier, de manger, de boire), tu arrêtes tout. Tu ne luttes pas. Tu inspires par le nez pendant 4 secondes. Tu bloques 2 secondes. Tu expires par la bouche, lentement, pendant 6 secondes. Tu répètes trois fois. Puis tu passes à une expiration encore plus longue : inspire 4, bloque 2, expire 8. Encore trois fois.
Pourquoi ça marche ? Parce que l’expiration longue active le nerf vague, qui calme le système nerveux parasympathique. C’est un frein physiologique direct. Tu n’essaies pas de penser, tu changes le signal corporel. En 30 secondes, tu passes d’une urgence à une simple tension.
Je te conseille de le faire les yeux ouverts, en regardant un point fixe. Si tu fermes les yeux, ton pompier peut interpréter ça comme une faiblesse et s’emballer davantage. L’idée, c’est de rester ancré dans le présent.
Ce que ça fait au pompier : Cette partie ressent l’alarme. En ralentissant ta respiration, tu lui envoies un message : « Je te vois, mais on ne court pas. On respire. » Le pompier n’est pas désactivé, mais il est distrait. Et toi, tu gagnes 30 secondes pour passer à l’étape suivante.
Un patient, Marc, coureur de fond, utilisait cet exercice avant chaque compétition. Son pompier le poussait à partir trop vite, par peur de ne pas être assez bon. La respiration lui permettait de différer l’impulsion de 5 minutes. Assez pour se recentrer. Aujourd’hui, il l’utilise aussi dans les conflits familiaux.
Une fois que tu as ralenti la machine physiologique, tu passes à l’étape suivante : localiser. Le pompier n’est pas une abstraction. Il habite ton corps. Une boule dans le ventre, une pression dans la poitrine, une chaleur dans la gorge. Si tu restes dans ta tête, tu alimentes la rumination. Si tu descends dans le corps, tu sors du mental.
L’exercice : Après la respiration, tu fermes les yeux (cette fois, tu peux, parce que la phase d’urgence est passée). Tu portes ton attention sur les sensations physiques. Où est-ce que ça bouge ? Où est-ce que ça serre ? Tu ne juges pas, tu décris. « J’ai une lourdeur dans le bas-ventre. » « J’ai des picotements dans les mains. » Tu restes là, à observer, sans chercher à changer quoi que ce soit, pendant 1 à 2 minutes.
Ce qui se passe, c’est que tu passes d’une identification totale à la crise (« Je suis en panique ») à une observation distanciée (« Je sens une panique dans mon ventre »). C’est le début du décentrement. Le pompier, qui était confondu avec toi, devient une partie de toi. Tu crées un espace.
Piège à éviter : Ne cherche pas à « dissoudre » la sensation. Si tu essaies de la faire disparaître, le pompier va résister. Reste curieux. Demande-toi : « Si cette sensation avait une forme, une couleur, une texture, ce serait quoi ? » C’est un peu étrange, mais ça fonctionne. Parce que tu passes du mode combat au mode exploration.
Je me souviens de Sophie, qui venait pour des crises de boulimie. Son pompier la poussait à manger des quantités énormes en pleine nuit. On a fait ce scan. Elle a décrit une boule noire et dure dans le plexus. En restant avec, sans la juger, elle a senti la boule se ramollir. Pas de magie. Juste le fait que l’attention sans intention apaise le système.
« Quand tu arrêtes de vouloir que la tempête passe, elle passe plus vite. Le pompier n’a plus à crier pour être entendu. »
C’est l’étape la plus avancée, mais tu peux la faire en deux minutes si tu es déjà un peu familier avec l’IFS. L’idée, c’est de ne plus subir le pompier, mais de le remercier. Oui, remercier. Parce que derrière chaque crise, il y a une intention positive. Le pompier veut te protéger d’une douleur plus grande.
L’exercice : Après le scan, tu restes en contact avec la sensation. Tu lui parles mentalement ou à voix basse. Tu dis : « Je te vois. Merci d’être là. Je sais que tu essaies de m’aider. » Puis tu lui poses une question simple : « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu ne fais pas ton job ? » ou « Qu’est-ce que tu protèges ? »
Ne force pas la réponse. Parfois, elle vient sous forme d’une image, d’un mot, d’une mémoire. Par exemple, un pompier qui pousse à la colère peut répondre : « Si je ne me fâche pas, on va me marcher dessus comme quand j’étais petit. » Là, tu as la clé. Tu découvres l’exilé (l’enfant humilié) que le pompier protège.
Ce que ça change : En reconnaissant la peur du pompier, tu deviens un allié, pas un ennemi. Tu peux lui dire : « Je comprends. Je vais m’occuper de cet endroit-là. Tu peux baisser la garde, juste un peu. » Le pompier n’a plus à se battre. Il peut se reposer.
Attention : si tu sens une résistance forte (le pompier dit « tais-toi » ou tu as envie d’arrêter l’exercice), ne force pas. Respecte la protection. Reviens à la respiration. Parfois, le pompier n’est pas prêt à parler. C’est normal. L’important, c’est d’avoir planté une graine de curiosité.
Un exemple concret : J’ai accompagné Lucas, un footballeur amateur. Avant les matchs, son pompier le poussait à des rituels obsessionnels (vérifier ses lacets 10 fois, toucher la pelouse). En dialoguant, on a compris qu’il protégeait une peur de décevoir son père, décédé depuis 5 ans. Le pompier croyait que sans ces rituels, la honte serait insupportable. En reconnaissant cette loyauté, Lucas a pu relâcher la pression. Les rituels ont diminué de 80 % en trois semaines.
Tu n’as pas besoin d’une heure de méditation. En situation de crise, le temps est compté. Voici une séquence que tu peux mémoriser :
Total : 4 minutes. Tu peux le faire aux toilettes, dans ta voiture garée, ou en te levant de table. L’important, c’est de le faire avant d’agir sous l’impulsion. Le pompier est un réflexe. Tu entraînes un nouveau réflexe.
Je conseille à mes patients de noter ces étapes sur un post-it, ou dans leur téléphone, pendant les premières semaines. Le cerveau a besoin de répétition pour créer un nouveau chemin neuronal. Au début, tu oublieras. Tu te rappelleras après avoir crié ou mangé le paquet de gâteaux. Ce n’est pas grave. La prochaine fois, tu te rappelleras un peu plus tôt.
Il faut être honnête. Parfois, le pompier est trop fort. Trop rapide. Trop enraciné dans une histoire traumatique. Si tu es dans une crise violente (attaque de panique massive, envie de te faire du mal, consommation compulsive incontrôlable), ces exercices peuvent être difficiles à appliquer. Ce n’est pas un échec. C’est une information.
Dans ces cas-là, le pompier a besoin d’un cadre plus solide. Un thérapeute IFS pourra t’aider à négocier avec lui, à le « décharger » progressivement. Parfois, l’hypnose ericksonienne est utile pour accéder à des ressources que le pompier bloque. Ou l’Intelligence Relationnelle pour comprendre comment ce pompier s’est construit dans tes relations précoces.
Mais même dans ces situations, les trois exercices ci-dessus restent un premier pas. Ils te sortent de la passivité. Ils te redonnent un micro-pouvoir : celui de dire « stop » pendant 30 secondes. Et parfois, c’est suffisant pour que la vague ne te submerge pas.
« Un pompier en crise, c’est un cheval qui a pris le mors aux dents. Le freiner d’un coup est dangereux. Lui parler, ralentir le pas, c’est le ramener à l’écurie sans le blesser. »
Le pompier ne prévient pas. Il surgit. Mais tu peux préparer le terrain. Plus tu pratiques ces gestes en dehors des crises, plus ils deviennent automatiques quand le feu prend.
Idée : Choisis un moment calme dans ta journée (le matin au réveil, ou le soir avant de dormir). Pendant 2 minutes, refais l’exercice n°2 (scan) ou n°3 (dialogue) sans urgence. Tu entraînes ton cerveau à créer un espace entre le stimulus et la réaction. C’est comme un entraînement musculaire. Tu ne soulèves pas 100 kg le premier jour.
Les sportifs que j’accompagne font ça systématiquement. Avant chaque séance, ils prennent 2 minutes pour « scanner » leur état. Ça n’a pas l’air spectaculaire, mais ça change tout. Le pompier devient moins réactif parce qu’il sait qu’il est écouté régulièrement, pas seulement dans l’urgence.
Si tu es un coureur, tu peux le faire avant un entraînement. Si tu es manager, avant une réunion difficile. Si tu es parent, avant d’entrer dans la chambre de ton ado. Le pompier n’est pas un problème à résoudre, c’est une relation à cultiver.
Au fil des semaines, tu vas remarquer quelque chose de subtil. Les crises arrivent moins souvent. Et quand elles arrivent, elles sont moins intenses. Ce n’est pas parce que le pompier a disparu. C’est parce que tu as appris à l’accueillir. La partie de toi qui paniquait est devenue une partie de toi à qui tu tends la main.
Ce changement est profond. Il ne s’agit pas de contrôler tes émotions, mais de les habiter différemment. Tu passes d’une identité de victime (« je suis submergé ») à une identité de témoin (« je vois une partie submergée en moi »). Et ce témoin, en IFS, on l’appelle le Soi. Il est calme, curieux, compatissant. Il est déjà là, en toi. Les exercices ne font que l’inviter à reprendre sa place.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des personnes qui arrivent en se sentant brisées par leurs compulsions, leurs colères, leurs angoisses. Et qui, en apprenant à dialoguer avec leur pompier, retrouvent une souveraineté intérieure. Pas une perfection. Une paix.
Tu es en train de lire cet article. Peut-être que tu sens déjà une petite activation. Une légère tension. Ou peut-être que tu es calme. Dans les deux cas, je t’invite à faire cet essai immédiatement :
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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