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Comment arrêter de se juger après une erreur (méthode IFS)

Un protocole rapide pour retrouver sérénité après une chute.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu as merdé. Lourdement. La phrase qui a dépassé ta pensée, le mail envoyé trop vite, l’absence à ce rendez-vous important, l’impulsion qui a tout fait basculer. Et maintenant, tu passes en revue la scène en boucle, comme un film en accéléré dont tu connais déjà la fin. Tu te répètes : « J’aurais dû… », « Si seulement j’avais… », « Quel idiot, vraiment. »

Cette voix intérieure, tu la connais bien. Elle n’est pas nouvelle. Elle a commencé bien avant cette erreur, peut-être même depuis l’enfance. Elle te juge, te rabaisse, te rappelle à chaque occasion que tu n’es pas à la hauteur. Et toi, tu l’écoutes. Parfois tu la crois. Parfois tu la nourris.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et je travaille chaque jour avec des adultes qui viennent me voir avec cette même plainte : « Je n’arrive pas à me pardonner. » Dans cet article, je vais te montrer pourquoi ta réaction après une erreur est plus importante que l’erreur elle-même. Et surtout, je vais te donner un protocole concret issu de la méthode IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) pour sortir de cette spirale en quelques minutes.

Pourquoi tu te juges aussi durement après une erreur : le coupable n’est pas celui que tu crois

Quand tu fais une erreur, tu as probablement l’impression d’être ton propre accusateur, ton propre juge et ton propre bourreau. Mais en réalité, ce n’est pas toi qui te juges. C’est une partie de toi.

L’IFS repose sur une idée simple mais radicale : ton esprit est constitué de multiples « parties » ou sous-personnalités. Chacune a un rôle, une histoire, une fonction. Certaines te protègent, d’autres te poussent à agir, d’autres encore te critiquent. Et ces parties ne sont pas « mauvaises ». Elles essaient simplement de t’aider, souvent avec des stratégies qui datent d’un autre temps.

La partie qui te juge après une erreur, on l’appelle souvent le Critique Intérieur. Dans l’IFS, on la nomme plus précisément : c’est une partie manager. Son job, c’est d’anticiper les dangers, d’éviter l’humiliation, de te maintenir dans les clous. Pour y arriver, elle utilise la honte, la culpabilité, la comparaison. Elle te dit : « Si tu te punis assez fort, tu ne referas pas cette erreur. » Mais en réalité, son discours est un piège : plus tu te juges, plus tu te paralyses.

Je reçois souvent des sportifs, des coureurs ou des footballeurs, qui viennent me voir après une compétition ratée. Ils me disent : « Je me suis effondré sur la ligne d’arrivée, je n’ai pas donné tout ce que j’avais. » Et immédiatement, la critique s’enclenche : « Tu es un loser. Tu n’as pas le mental. Tu n’aurais jamais dû t’inscrire. » Cette partie croit sincèrement que la sévérité va les faire progresser. Mais dans les faits, elle les fait juste souffrir, et la performance suivante est encore pire.

Le premier pas pour arrêter de se juger, c’est de comprendre que cette voix critique n’est pas toute ta personne. C’est juste une partie. Et comme toute partie, elle a besoin d’être entendue, pas combattue.

« Le critique intérieur n’est pas un ennemi à abattre, c’est un gardien fatigué qui croit que la sévérité est la seule façon de te protéger. »

Le piège de la fusion : quand tu confonds la partie et le tout

Le problème, ce n’est pas d’avoir un critique intérieur. Tout le monde en a un. Le problème, c’est que tu es fusionné avec lui. Tu crois que ce qu’il dit est la vérité, que tu ES cette voix. Quand elle dit « Tu es nul », tu ressens ça comme un fait objectif. Tu ne distingues plus la pensée de la réalité.

C’est ce qu’on appelle en IFS l’identification. Tu es tellement identifié à cette partie que tu perds contact avec ton Soi – cette essence calme, curieuse, compatissante qui est capable d’observer sans juger. Le Soi, c’est ce que tu es quand aucune partie ne prend le contrôle. C’est l’espace de présence et de clarté.

Imagine que tu es au cinéma. La partie critique est un personnage à l’écran qui hurle. Si tu es fusionné, tu oublies que tu es dans la salle. Tu te lèves, tu cours vers l’écran, tu veux faire taire le personnage. Tu es pris dans le film.

Quand tu commences à te désidentifier, tu restes assis dans ton fauteuil. Tu regardes le personnage hurler. Tu te dis : « Tiens, encore cette partie qui s’active. » Tu ne la crois plus, tu l’observes. C’est un changement fondamental.

Un exemple concret : un client, appelons-le Marc, cadre commercial, avait fait une erreur de chiffrage sur un devis important. Son supérieur lui avait fait une remarque en réunion. Marc a passé trois jours à ruminer, à se dire qu’il était incompétent, qu’il allait se faire virer. En séance, je lui ai demandé : « Quand tu te dis ça, est-ce que tu sens une partie en toi qui parle ? » Il a marqué un temps d’arrêt. « Oui… c’est comme une voix sévère, un peu comme mon père quand j’étais petit. » À ce moment-là, il a commencé à se désidentifier. Il n’était plus dans la critique, il observait la critique. Et il a même pu ressentir de la compassion pour cette partie qui essayait de le protéger de l’humiliation, exactement comme son père le faisait, maladroitement.

Protocole IFS en 5 étapes pour arrêter de te juger en moins de 10 minutes

Voici le protocole que j’enseigne à mes clients et que j’utilise moi-même. Il ne s’agit pas de suppression de la critique, mais de défusion et de dialogue. Tu peux le faire seul, dans un moment calme, ou même en marchant.

Étape 1 : Reconnaître la partie Dès que tu sens la critique arriver – cette voix intérieure qui te dit « tu es nul », « tu aurais dû », « regarde ce que tu as fait » –, tu t’arrêtes. Tu prends une respiration. Tu ne luttes pas contre elle. Tu la salues. Tu peux dire mentalement : « Bonjour, je vois que tu es là. » Ce simple geste crée un espace entre toi et la partie. Tu es déjà en train de te désidentifier.

Étape 2 : Localiser la sensation dans le corps La critique n’est pas qu’une pensée. Elle a une texture physique. Où la sens-tu dans ton corps ? Est-ce une pression dans la poitrine ? Un nœud dans l’estomac ? Une tension dans la mâchoire ? Reste avec cette sensation une minute, sans vouloir la changer. Tu observes. C’est une étape clé : le corps est le pont entre la partie et le Soi.

Étape 3 : Demander à la partie ce qu’elle veut vraiment Maintenant, tu dialogues. Tu poses une question à cette partie, avec curiosité, sans agressivité. « Qu’est-ce que tu essaies de faire pour moi en me jugeant comme ça ? » Attends la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de souvenirs. Souvent, la réponse est : « Je veux que tu sois parfait pour ne pas souffrir. » Ou : « Je veux que tu évites la honte. » Ou encore : « Je veux que tu sois aimé. » Écoute sans argumenter. Cette partie a une intention positive, même si sa méthode est destructrice.

Étape 4 : Remercier la partie Une fois que tu as compris son intention, tu la remercies. Vraiment. Tu peux dire : « Merci d’avoir essayé de me protéger. Je comprends que tu fais ça pour mon bien. » Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la reconnaissance. En IFS, on ne combat pas les parties, on les apprivoise. Quand une partie se sent entendue et reconnue, elle peut se détendre.

Étape 5 : Revenir au Soi Prends une respiration profonde. Demande-toi : « Maintenant, sans cette partie, comment est-ce que je me sens par rapport à l’erreur que j’ai faite ? » Tu vas peut-être ressentir de la tristesse, de la vulnérabilité, ou au contraire une clarté nouvelle. C’est le Soi qui prend le relais. Depuis cet espace, tu peux voir l’erreur comme un fait, pas comme une identité. Tu peux décider quoi faire ensuite : réparer, apprendre, ou simplement laisser passer.

« Le but n’est pas de faire taire le critique, mais de lui offrir une chaise à côté de la tienne, et de l’écouter comme on écoute un ami fatigué qui en fait trop. »

Pourquoi les parties protectrices ne lâchent jamais prise par la force

Un piège courant, c’est d’essayer de chasser la critique. Tu te dis : « Je ne devrais pas me juger, c’est toxique, je dois arrêter. » Et tu utilises une autre partie pour réprimer la première. C’est une guerre intérieure, et personne ne gagne.

J’ai vu des clients passer des années à essayer de « tuer » leur critique intérieur. Ils lisaient des livres de développement personnel, faisaient des affirmations positives, méditaient… Mais la critique revenait toujours, parfois plus forte. Pourquoi ? Parce que les parties protectrices ne sont pas des ennemies. Elles ont été formées pour une raison, souvent dans l’enfance. Si tu les attaques, elles se défendent. Elles deviennent plus rigides.

Prenons un exemple : une cliente, Sophie, infirmière. Elle avait une partie qui la jugeait très durement quand elle faisait une erreur médicale mineure. Elle se disait : « Je ne mérite pas d’être infirmière. » On a exploré l’origine de cette partie. Elle nous a ramenés à l’âge de 8 ans, quand son père lui disait : « Si tu n’es pas parfaite, personne ne t’aimera. » Cette partie avait 8 ans. Elle ne savait pas faire autrement. Quand Sophie a compris ça, elle a pleuré. Pas de tristesse, mais de soulagement. Elle a pu dire à cette partie : « Je vois que tu as essayé de me protéger du rejet. Merci. Maintenant, je suis adulte, je peux gérer l’erreur sans me détruire. »

La force ne marche pas. La curiosité, oui. La compassion, oui. Le dialogue, oui.

Et si l’erreur était en fait un message de ton système ?

Voici une perspective qui change tout : et si ton erreur n’était pas un échec, mais un symptôme ? En IFS, on considère que les comportements problématiques – y compris les erreurs répétées – sont souvent le résultat d’une partie qui essaie de gérer une émotion ou une situation. L’erreur n’est pas le problème. C’est la solution qu’une partie a trouvée, même si c’est une mauvaise solution.

Un exemple avec un sportif que j’accompagne, un coureur de fond. Il avait tendance à craquer mentalement dans le dernier kilomètre de ses courses. Il se jugeait sévèrement là-dessus : « Je n’ai pas de mental, je suis un lâche. » En explorant avec l’IFS, on a découvert une partie qui, dans le dernier kilomètre, se mettait à avoir peur de l’effort maximal. Cette partie était protectrice : elle voulait éviter la douleur intense. Mais elle le faisait en ralentissant, ce qui créait une erreur stratégique. Quand il a compris ça, il a pu dialoguer avec cette partie : « Je comprends que tu veux me protéger de la souffrance. Mais j’ai besoin de ton soutien pour finir. Peux-tu me faire confiance pour 500 mètres ? » La partie a accepté de reculer un peu. Sa performance s’est améliorée, et surtout, il a arrêté de se juger.

Alors, toi aussi, pose-toi cette question : « Quelle partie de moi a créé cette erreur ? Qu’essayait-elle de faire pour moi ? » Tu vas peut-être découvrir que ton erreur était une tentative maladroite de te protéger, de dire non, de prendre du repos, ou d’éviter un conflit. Ce n’est pas une excuse, c’est une compréhension.

Comment transformer la honte en apprentissage sans passer par la culpabilité

La honte te dit : « Tu es mauvais. » La culpabilité te dit : « Tu as fait quelque chose de mal. » La différence est immense. La honte attaque ton identité. La culpabilité attaque ton comportement. Et seule la culpabilité est utile pour apprendre.

Le problème, c’est que la critique intérieure utilise souvent la honte. Elle te fait croire que tu es foncièrement défectueux. Et plus tu te sens honteux, moins tu es capable de réfléchir calmement à ce que tu pourrais faire pour réparer ou améliorer.

L’IFS propose une autre voie. Une fois que tu as dialogué avec la partie critique, tu peux accéder à ton Soi. Depuis cet espace, tu peux regarder l’erreur avec honnêteté, sans te détruire. Tu peux te demander : « Qu’est-ce que je peux apprendre de cette situation ? Qu’est-ce que je ferais différemment la prochaine fois ? Comment est-ce que je peux réparer si nécessaire ? »

C’est ce que j’appelle la responsabilité lucide. Tu assumes ton erreur sans t’identifier à elle. Tu dis : « J’ai fait une erreur, je suis humain, je peux apprendre. » Pas de drame, pas de honte, pas de fuite. Juste de la clarté.

Un client, enseignant, avait crié sur un élève en classe. Il s’en voulait terriblement. La honte le consumait. En séance, on a travaillé sur la partie qui criait. C’était une partie épuisée, qui n’en pouvait plus du bruit, du manque de respect. Elle avait crié pour se faire entendre. En la comprenant, il a pu se pardonner. Puis, depuis son Soi, il a décidé d’aller parler à l’élève, de s’excuser, et de mettre en place un nouveau système de gestion de classe. L’erreur est devenue un tremplin.

Un exercice de 3 minutes à faire maintenant, même en lisant cet article

Tu n’as pas besoin d’attendre d’être en séance pour pratiquer. Voici un mini-protocole que tu peux faire en lisant ces lignes, tout de suite.

  1. Pense à une petite erreur récente – quelque chose qui te fait encore grincer des dents. Pas la plus grosse, juste une qui te chiffonne.
  2. Ressens la critique – où est-elle dans ton corps ? Estomac ? Poitrine ? Tête ? Reste là une respiration.
  3. Dis-lui bonjour – mentalement, sans jugement : « Bonjour, je vois que tu es là. »
  4. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » – écoute la première réponse qui vient, même si elle te semble bête.
  5. Remercie-la – sincèrement. « Merci d’avoir essayé. »
  6. Respire – et sens la différence. Peut-être que la pression a baissé d’un cran. Peut-être que tu te sens un peu plus léger.

Cet exercice ne va pas tout résoudre, mais il va créer une brèche. Un petit espace de liberté entre toi et la critique. Plus tu le pratiques, plus cet espace s’agrandit.

Quand le jugement devient une habitude : les signes qu’une partie est piégée dans le passé

Parfois, la critique n’est pas une réaction ponctuelle, c’est un mode de fonctionnement permanent. Tu passes ta vie à te juger. Pour tout. Ce que tu manges, comment tu parles, comment tu travailles, comment tu aimes. C’est épuisant.

En IFS, on appelle ça un système de protection chronique. La partie critique est devenue le chef d’orchestre de ta vie. Elle ne te lâche jamais. Et elle est souvent liée à des exilées

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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