3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Apprenez à dialoguer avec cette part exigeante qui vous juge.
Vous la connaissez sûrement cette voix intérieure. Celle qui commente tout ce que vous faites, rarement pour vous féliciter. “Tu aurais pu faire mieux.” “Encore une erreur, tu n’apprendras donc jamais.” “Les autres y arrivent, eux. Pourquoi pas toi ?”
Cette voix peut être tellement présente qu’on finit par croire qu’elle est nous. Qu’elle dit vrai. Qu’elle est notre conscience, notre raison, notre moteur.
Je la vois souvent dans mon cabinet à Saintes. Des gens brillants, compétents, qui pourtant passent leur temps à se dévaloriser. Qui n’osent pas postuler à un emploi, lancer un projet, ou simplement se détendre sans culpabilité, parce que cette voix les en empêche.
Avec l’IFS (Internal Family Systems), j’ai appris à regarder cette voix autrement. Pas comme un ennemi à faire taire. Mais comme une part de nous-même, fatiguée, qui fait un boulot ingrat depuis des années sans jamais recevoir un merci.
Dans cet article, je vais vous montrer comment dialoguer avec cette part exigeante, pas à pas, avec une méthode que vous pouvez commencer à appliquer aujourd’hui.
Quand un patient me dit “Je veux me débarrasser de mon critique intérieur”, je comprends parfaitement. C’est épuisant d’être jugé en permanence, surtout par soi-même.
Mais voici ce que j’ai appris avec l’IFS : cette part que vous appelez “critique intérieur” a probablement un rôle protecteur. Elle est peut-être apparue très tôt, quand vous étiez enfant, et elle a développé une stratégie pour vous protéger des reproches des autres, de l’échec, du rejet.
Prenons un exemple. Je reçois Julien, 38 ans, cadre commercial. Il vient pour une anxiété généralisée qui l’empêche de dormir. Très vite, on identifie une voix intérieure qui lui dit : “Tu n’es pas assez bon. Tu vas te planter. Tout le monde va voir que tu es un imposteur.”
Quand on explore l’origine de cette voix, Julien se souvient : à 10 ans, il revient avec un 12/20 en maths. Son père, sans crier, lui dit : “Avec ça, tu n’iras pas loin dans la vie.” Pas méchant, pas violent. Mais cette phrase, répétée plusieurs fois, a créé une part en Julien qui s’est dit : “Si je veux être accepté et aimé, je dois être irréprochable. Je dois anticiper toutes les critiques avant qu’on me les fasse.”
Son critique intérieur n’est pas un tyran gratuit. C’est un gardien qui, à l’époque, a eu une bonne intention : protéger Julien de la déception des autres. Le problème, c’est qu’il applique la même stratégie 28 ans plus tard, dans un contexte où elle n’est plus utile.
Le paradoxe du critique intérieur : il utilise la peur et la honte pour vous protéger, mais finit par vous enfermer dans une cage dont vous cherchez la clé.
Comprendre cela ne veut pas dire excuser ou subir. Cela veut dire arrêter de lutter contre. Parce que lutter contre une part de soi, c’est encore souffrir. Et ça ne marche pas. Vous avez déjà essayé de faire taire une pensée en vous disant “je ne dois pas penser à ça” ? Ça la renforce.
L’IFS propose autre chose : écouter, comprendre, puis négocier. Pas pour que cette part disparaisse, mais pour qu’elle prenne une place moins envahissante. Qu’elle devienne une conseillère, pas une dictatrice.
Avant de dialoguer avec cette part, il faut d’abord savoir quand elle se manifeste. Vous ne pouvez pas changer ce que vous ne voyez pas.
Voici les signaux les plus fréquents que je retrouve chez les personnes que j’accompagne :
Le jugement immédiat après une action. Vous terminez une tâche, et au lieu de ressentir de la satisfaction, vous entendez : “C’était moyen. Tu aurais pu faire mieux.” Ou pire, vous anticipez le jugement avant même d’agir, ce qui vous bloque.
La comparaison systématique. Vous regardez le travail d’un collègue, et votre voix intérieure dit : “Lui, il maîtrise. Toi, tu es un imposteur.” Ou vous lisez un post LinkedIn inspirant et vous vous sentez immédiatement en retard.
La peur de l’échec qui devient paralysie. Vous avez une idée, un projet, mais avant même de commencer, la voix énumère toutes les raisons pour lesquelles ça va échouer. Résultat : vous ne faites rien, et la voix vous reproche ensuite votre inaction.
La culpabilité après un moment de plaisir. Vous vous autorisez une pause, un loisir, et la voix dit : “Tu perds ton temps. Tu devrais être productif.” Même le repos devient une performance.
Le perfectionnisme douloureux. Vous passez des heures sur un détail que personne ne remarquera, parce que la voix exige que ce soit parfait. Mais parfait n’existe pas, donc vous n’êtes jamais satisfait.
Pour commencer, je vous propose un petit exercice simple, que je donne souvent en première séance :
Pendant les trois prochains jours, prenez un carnet ou une note sur votre téléphone. Chaque fois que vous sentez une autodévalorisation, notez :
Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Observez simplement, comme un scientifique qui étudie un phénomène. C’est la première étape pour arrêter de s’identifier à cette voix. Vous n’êtes pas la météo, vous êtes celui qui regarde le ciel.
Vous avez identifié un moment où votre critique intérieur s’active. Maintenant, on va apprendre à réagir différemment.
D’habitude, votre réflexe est probablement l’un de ceux-ci :
Aucune de ces réactions n’apaise. Elles entretiennent le conflit intérieur.
Avec l’IFS, on propose une autre voie : la curiosité.
Voici comment faire, pas à pas :
Quand vous entendez la voix critique, arrêtez-vous physiquement. Posez ce que vous êtes en train de faire. Même une seconde. Respirez une fois profondément.
Dites-vous intérieurement : “Je remarque qu’une part de moi est en train de me critiquer.” Pas “je suis critique”, mais “une part de moi critique”. Cette nuance est capitale. Vous n’êtes pas cette part, vous êtes celui qui l’observe. En IFS, on appelle ça être dans le “Self” : un état de présence calme, curieux, bienveillant.
Accueillez cette part avec curiosité, pas avec résistance. Vous pouvez lui dire mentalement : “Bonjour. Je vois que tu es là. Je ne vais pas te chasser. Je suis juste curieux de savoir ce que tu veux me dire.”
Essayez de ressentir où cette part est située dans votre corps. Est-ce une tension dans la poitrine ? Une boule dans la gorge ? Un poids sur les épaules ? Les parts critiques ont souvent une localisation physique. La contacter par le corps est plus direct que par la pensée.
Prenons un exemple concret. Sophie, 45 ans, enseignante, vient me voir parce qu’elle n’arrive pas à préparer ses cours sans stress. Elle se dit : “Tu n’es jamais assez préparée. Les parents vont se plaindre.”
Quand on fait l’exercice ensemble, elle identifie une pression dans la poitrine, juste derrière le sternum. Je lui demande de placer sa main sur cette zone, comme pour tenir compagnie à cette sensation. Elle me dit : “C’est étrange. Ça me fait moins mal.”
Accueillir ne veut pas dire approuver. Accueillir, c’est reconnaître qu’une part de vous existe, sans la juger. C’est le premier pas vers un dialogue, pas une reddition.
Cette étape peut sembler simple, voire simpliste. Mais c’est la plus difficile, parce qu’elle va à l’encontre de nos habitudes. Nous avons l’habitude de réagir, pas d’accueillir. Essayez-la plusieurs fois avant de passer à l’étape suivante.
Une fois que vous avez accueilli la part critique, vous pouvez entamer un dialogue. Attention : pas une dispute. Un vrai dialogue, où vous écoutez ce qu’elle a à dire.
Je vais vous donner des questions précises à poser à cette part. Vous pouvez les poser à voix haute (si vous êtes seul) ou mentalement. Laissez venir la réponse, même si elle vous paraît étrange ou inattendue.
Première question : “Qu’est-ce que tu essaies de me protéger ?”
Souvent, la part critique répond quelque chose comme : “Je veux que tu évites l’échec.” ou “Je veux que tu sois accepté par les autres.” ou “Je veux que tu ne souffres pas comme la dernière fois.”
Cette question révèle l’intention positive cachée derrière la critique. Toutes les parts, même les plus bruyantes, ont une bonne intention. Le problème, c’est qu’elles utilisent des méthodes qui datent d’une autre époque.
Deuxième question : “Depuis quand es-tu là ?”
La réponse peut vous surprendre. “Depuis que j’ai 7 ans.” ou “Depuis la première fois que mon père m’a dit que j’étais nulle en sport.” ou “Depuis que mon prof de CM2 s’est moqué de moi.”
Cette question permet de réaliser que cette part n’est pas vous aujourd’hui. C’est une stratégie que vous avez développée enfant, et que vous continuez d’appliquer adulte. Un enfant de 7 ans n’a pas les ressources d’un adulte de 40 ans. Mais la part ne le sait pas.
Troisième question : “Qu’est-ce qui se passerait si tu n’étais pas là ?”
C’est la question clé. Souvent, la part répond : “Si je ne suis pas là, tu vas te relâcher et tout foirer.” ou “Tu vas prendre des risques et te faire rejeter.”
Cette peur révèle la vraie fonction de la part : elle est terrifiée à l’idée que vous vous effondriez sans elle. Elle croit sincèrement qu’elle est indispensable à votre survie.
Quatrième question : “Est-ce que tu accepterais de prendre un peu de recul, juste pour voir ce qui se passe ?”
Parfois, la part accepte. Parfois non. Si elle refuse, ne forcez pas. Respectez son rythme. Vous pouvez lui dire : “Je comprends que tu aies peur. Je ne vais pas te forcer. On peut juste rester ensemble un moment.”
Un patient, Marc, 52 ans, dirigeant d’une PME, avait une part critique si puissante qu’elle l’empêchait de déléguer. Quand on a dialogué, la part a fini par lui dire : “Si tu délègues, tu vas perdre le contrôle et ton entreprise va couler. Je te protège de la ruine.” Marc avait fait une faillite à 30 ans. Cette part était née à ce moment-là, comme un gardien. Vingt-deux ans plus tard, son entreprise était saine, mais la part n’avait pas reçu l’information.
En découvrant cela, Marc a pu dire à sa part : “Merci d’avoir veillé sur moi tout ce temps. Aujourd’hui, je suis en sécurité. Je peux essayer de déléguer un petit truc, et si ça ne marche pas, je te rappelle. D’accord ?” La part a accepté, à condition que ce soit progressif.
Une fois que vous avez compris l’intention de votre part critique, vous pouvez négocier. L’objectif n’est pas de la licencier, mais de lui trouver un poste plus adapté à votre vie d’adulte.
Voici comment procéder :
1. Remerciez-la. Oui, sincèrement. “Merci d’avoir veillé sur moi pendant toutes ces années. Sans toi, je n’aurais peut-être pas survécu à certaines situations.” Cette reconnaissance est souvent un choc pour la part. Elle n’a jamais été remerciée. Elle a toujours été combattue.
2. Faites-lui savoir que vous êtes maintenant adulte. Vous pouvez lui dire : “J’ai grandi. Je suis plus fort maintenant. J’ai des ressources que je n’avais pas à l’époque. Je peux gérer les choses différemment.”
3. Proposez-lui un nouveau rôle. Par exemple :
4. Fixez des limites claires. Vous pouvez lui dire : “Tu peux parler, mais pas quand je dors. Pas quand je mange. Pas quand je suis avec mes enfants. Et si tu commences à être agressive, je te demande de faire une pause.”
5. Testez le nouvel accord. Essayez de faire une petite action que l’ancienne critique vous aurait interdite : envoyer un email sans le relire 10 fois, dire non à une demande, prendre une vraie pause. Observez ce qui se passe. La part va probablement réagir. Accueillez-la à nouveau, sans céder.
Isabelle, 35 ans, graphiste, avait une part critique qui l’empêchait de montrer ses travaux en cours à ses clients. Elle pensait qu’ils allaient juger son travail inachevé. Après avoir dialogué avec cette part, elle a négocié : “Je vais montrer mon travail à un client que je connais bien, et si ça se passe mal, tu pourras reprendre le contrôle.” La part a accepté. Le client a donné des retours constructifs, Isabelle a pu ajuster, et tout s’est bien passé. Chaque petite victoire a renforcé la confiance de sa part.
Négocier avec votre critique intérieur, c’est comme rééduquer un chien de garde qui aboie sur les passants. Il a fait son boulot, mais il faut lui apprendre à reconnaître les vrais dangers.
Soyez patient. Les parts ne changent pas du jour au lendemain. Elles ont passé des années (parfois des décennies) à croire qu’elles étaient indispensables. Il faut du temps pour qu’elles apprennent à faire confiance à votre Self adulte.
Je veux être clair avec vous, comme je le suis avec les personnes que je reçois. L’IFS est une approche puissante, mais elle n’est pas magique.
L’IFS ne fera pas disparaître votre critique intérieur. Il sera toujours là, quelque part. Mais il deviendra moins bruyant, moins oppressant. Vous apprendrez à l’écouter sans lui obéir.
L’IFS n’est pas une solution rapide. Les premières fois que vous dialoguerez avec une part, ce sera peut-être étrange, maladroit. Vous aurez des doutes. C’est normal. C’est un apprentissage, comme apprendre à jouer d’un instrument.
L’IFS ne vous rendra pas parfait. Vous continuerez à faire des erreurs, à avoir des moments de doute, à être humain. Mais vous serez plus doux avec vous-même. Vous passerez moins de temps à vous juger et plus de temps à vivre.
L’IFS ne remplace pas un accompagnement professionnel si vous êtes dans une souffrance intense. Si votre critique intérieur est associé à une dépression sévère, des pensées suicidaires, ou des traumatismes profonds, je vous invite à consulter un thérapeute formé. L’auto-pratique a ses limites
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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