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Comment l'IFS aide à gérer le stress au travail

Des outils concrets pour vos réunions et deadlines.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu arrives au bureau, il est 8h30. Ta tasse de café à la main, tu jettes un œil à ton agenda. Réunion client à 9h, point d’équipe à 11h, deadline du dossier à 14h, et ce collègue qui n’a toujours pas répondu à ton dernier mail. Déjà, tu sens tes épaules qui remontent, ta mâchoire qui se serre. Ce n’est pas encore la crise, mais c’est ce fond de tension, ce bruit de fond permanent qui t’accompagne depuis des mois. Tu te dis que c’est normal, que tout le monde vit ça, que c’est le prix à payer pour un job intéressant. Pourtant, le soir, tu rentres vidé, irritable, et tu as du mal à décrocher.

J’ai vu des dizaines de personnes dans ton cas dans mon cabinet à Saintes. Des cadres, des chefs d’entreprise, des infirmières, des développeurs. Des gens compétents, passionnés par leur métier, mais qui finissent par se noyer sous la pression. On leur a dit de « respirer », de « lâcher prise », de « faire du sport ». Des conseils pas faux, mais qui ne changent rien au fond du problème. Parce que le stress au travail, ce n’est pas juste une question de planning ou de charge mentale. C’est une histoire de parties de toi qui s’activent en urgence, et qui prennent le contrôle.

L’IFS (Internal Family Systems), que j’utilise depuis plusieurs années, propose une lecture radicalement différente de ce qui se passe en toi quand une deadline approche ou qu’un conflit éclate en réunion. Et surtout, elle donne des outils concrets pour ne plus subir. Pas pour supprimer le stress – ce serait illusoire – mais pour ne plus qu’il te dirige.

C’est quoi ce bruit dans ta tête ? Décoder les « parties » qui s’activent au travail

Imagine un instant que tu ne sois pas une seule personne, mais que tu sois composé de plusieurs « parties » en toi, comme une famille intérieure. Chacune a un rôle, une histoire, une façon de voir le monde. En IFS, on appelle ça le système des parties. Et au travail, c’est le grand cirque.

Tu as probablement une partie que je surnomme souvent « le Manager ». C’est celle qui arrive à 8h tapantes, qui vérifie trois fois ton planning, qui anticipe les objections du client avant même qu’il les formule. Elle est hyper efficace, hyper organisée. Elle te pousse à en faire toujours plus, à être irréprochable. Sans elle, tu te dis que tout s’effondrerait. Mais le problème, c’est qu’elle ne s’arrête jamais. Elle critique aussi : « T’aurais dû mieux préparer cette réunion », « Tu n’as pas été assez incisif », « Il fallait répondre plus vite à ce mail ». Elle croit te protéger en te mettant la pression. En réalité, elle t’épuise.

Ensuite, il y a « le Pompier ». Lui, il débarque quand la pression est trop forte. Quand le Manager a fait son boulot mais que ça déborde. Le Pompier, c’est la partie qui te fait cliquer sur les réseaux sociaux pendant que tu devrais préparer ton dossier. C’est celle qui te fait grignoter du chocolat devant ton écran, ou qui te pousse à dire « oui » à une nouvelle mission alors que tu es déjà noyé, juste pour calmer l’angoisse immédiate. Il éteint le feu, mais en général en mettant le feu ailleurs.

Et puis, il y a la partie qui souffre vraiment. Celle qui se sent submergée, impuissante, qui a peur de décevoir, peur d’être jugée, peur d’être dépassée. En IFS, on appelle ça une partie exile. C’est la partie vulnérable, souvent jeune, qui porte des souvenirs de moments où tu t’es senti rejeté, humilié ou insuffisant. Par exemple, cette fois où tu as bafouillé en exposé à l’école, ou ce stage où ton chef t’a humilié devant tout le monde. Ces moments-là, ils ne sont pas « passés ». Ils vivent dans cette partie exile, qui attend qu’on s’occupe d’elle.

Le stress au travail, c’est ce ballet infernal : le Manager te met la pression pour que l’exile ne se réveille pas, et quand ça craque, le Pompier débarque pour anesthésier la douleur. Toi, tu es ballotté entre les deux, sans savoir ce qui se joue vraiment.

Le stress n’est pas un ennemi. C’est le signal d’alarme d’une partie de toi qui croit devoir tout contrôler pour que tu ne sois pas blessé.

Pourquoi les solutions classiques (respiration, organisation) ne suffisent pas

Je ne vais pas cracher sur la cohérence cardiaque ou la méthode Pomodoro. J’ai formé des sportifs de haut niveau, je sais que la respiration est un outil puissant. Mais si tu es comme la majorité des personnes que je reçois, tu as déjà tout essayé. Tu as téléchargé l’appli de méditation, tu as acheté l’agenda optimisé, tu as tenté de dire non. Et pourtant, au bout de deux semaines, tu es revenu à la case départ. Pourquoi ?

Parce que ces techniques agissent sur le symptôme, pas sur la cause. Quand tu fais trois respirations profondes avant une réunion, tu calmes ton système nerveux quelques minutes. Mais la partie qui a peur du regard du chef, elle, est toujours là. Elle n’a pas été entendue. Elle n’a pas été rassurée. Alors, dès que la réunion commence, elle reprend le micro, et ton cœur s’emballe à nouveau.

Prenons un exemple concret. Je reçois un commercial, appelons-le Marc. Il est excellent, mais il vit chaque appel client comme un examen. Il prépare ses argumentaires des heures, anticipe toutes les objections. Le soir, il refait la conversation dans sa tête : « J’aurais dû dire ça », « Il a tiqué sur le prix, j’ai perdu ». Il a essayé la visualisation positive, les affirmations, les listes de tâches. Rien n’y fait. Parce que la partie qui le pousse à la perfection n’est pas une mauvaise habitude. C’est une partie qui croit sincèrement que s’il fait une erreur, il sera rejeté, licencié, fini. Elle a des années de conditionnement derrière elle. Une simple respiration ne va pas la convaincre du contraire.

L’organisation, c’est pareil. Tu peux avoir le meilleur tableau Trello du monde, si la partie qui panique à l’idée de ne pas finir à temps prend le dessus, tu vas travailler en mode survie, sans créativité, en faisant des erreurs. Tu vas multiplier les heures, pas l’efficacité. Le problème n’est pas ton planning. Le problème, c’est la relation que tu entretiens avec la partie en toi qui a peur de manquer de temps ou de ne pas être à la hauteur.

L’IFS propose un autre chemin : au lieu de lutter contre ces parties, tu vas apprendre à les connaître, à les comprendre, et à devenir leur leader, leur parent interne bienveillant. Pas leur chef tyrannique, leur parent. Et ça, ça change tout.

La réunion qui te noue l’estomac : accueillir la partie qui a peur du jugement

Tu es en réunion. Ton tour de parole approche. Tu sens ton cœur qui s’accélère, ta voix qui pourrait trembler. Tu as peut-être même des sueurs sous les bras. La partie qui a peur du jugement est en train de prendre le contrôle. D’habitude, tu fais quoi ? Tu luttes. Tu te dis « Calme-toi, c’est ridicule, tu connais ton sujet ». Tu essaies de la faire taire. Et plus tu la combats, plus elle s’agite. C’est comme dire à quelqu’un qui panique : « Arrête de paniquer ». Ça ne marche pas.

En IFS, on fait l’inverse. On va se tourner vers cette partie. Pas pour la chasser, mais pour l’écouter. Concrètement, dans l’instant, tu ne peux pas faire une séance complète. Mais tu peux faire un geste intérieur très simple. Au moment où tu sens la tension monter, tu peux poser une main sur ton ventre ou ta poitrine, et lui dire mentalement : « Je te sens, je sais que tu es là. Merci d’essayer de me protéger. Pour l’instant, je gère. »

Ce n’est pas magique. Ça ne va pas faire disparaître la peur instantanément. Mais ça change la dynamique. Tu n’es plus en guerre contre toi-même. Tu deviens le témoin bienveillant de ce qui se passe. La partie se sent vue, reconnue. Et souvent, elle se calme un peu. Pas parce qu’elle a été convaincue, mais parce qu’elle ne se sent plus menacée par toi.

Après la réunion, tu peux faire un pas de plus. Prends cinq minutes, seul. Ferme les yeux. Reviens à ce moment de tension. Demande à cette partie : « Qu’est-ce que tu as peur qu’il se passe si je parle ? » Écoute la réponse. Peut-être qu’elle a peur qu’on se moque de toi. Peut-être qu’elle a peur de dire une bêtise et d’être humiliée. Peut-être qu’elle se souvient d’une fois où ton père a critiqué ton bulletin scolaire devant tout le monde. Laisse-la raconter. Ne la juge pas, ne la raisonne pas. Accueille juste ce qu’elle a à dire.

Quand tu arrêtes de combattre ta peur, elle arrête de combattre ton attention. Elle peut juste être là, et toi, tu peux agir.

La deadline qui t’étouffe : négocier avec la partie perfectionniste

La deadline, c’est l’autre grand classique. Tu as un dossier à rendre. Tu commences, tu es concentré. Puis une petite voix dit : « Ce n’est pas assez bien. Il faut retravailler l’introduction. Et ce graphique, il est moche. Tu pourrais aussi ajouter une analyse comparative. » Tu passes une heure sur une phrase. Tu perds du temps sur des détails. Le soir, tu as l’impression d’avoir beaucoup travaillé, mais tu n’as presque rien avancé. La partie perfectionniste est aux commandes. Elle te fait croire que tu progresses, mais en réalité, elle te paralyse.

Cette partie-là, elle est souvent une alliée maladroite. Elle croit que si tu livres un travail parfait, tu seras aimé, reconnu, promu. Elle se souvient peut-être d’un professeur qui ne donnait que des 20/20, ou d’un parent qui disait « On peut toujours mieux faire ». Son intention est bonne : elle veut que tu sois en sécurité, que tu évites la critique. Mais sa méthode est toxique.

Comment faire avec elle ? L’IFS propose une négociation. Pas un combat. Tu peux lui dire : « Je vois que tu veux que ce soit parfait. Je te remercie pour ton implication. Mais là, on a une deadline dans 4 heures. On va faire un premier jet, et après, on pourra améliorer. Acceptes-tu de me laisser avancer ? » Parfois, elle dit oui. Parfois, elle dit non. Si elle dit non, tu peux creuser : « Qu’est-ce qui t’inquiète si on livre quelque chose d’imparfait ? » Laisse-la répondre. Souvent, elle a peur que tu sois jugé, rejeté. Tu peux alors la rassurer : « Je prends le risque. Je gère les conséquences. Toi, tu peux te reposer. »

Tu vois, tu ne lui demandes pas de disparaître. Tu lui demandes de te faire confiance, de prendre un peu de recul. Et progressivement, elle apprend à lâcher prise. Pas en un jour, mais séance après séance. Dans mon cabinet, j’ai vu des managers passer de 12 heures de travail par jour à 8 heures, avec une meilleure qualité de vie et une meilleure qualité de livrable. Parce qu’ils ont appris à négocier avec leur partie perfectionniste, au lieu de la subir.

Le conflit avec un collègue : reconnaître les parties qui s’affrontent en toi

Le conflit au travail, c’est souvent le plus dur à gérer. Parce que ce n’est pas juste un désaccord professionnel. Ça réveille des parties très anciennes. Un collègue te fait une remarque un peu sèche. Et là, en une seconde, tu es en mode combat ou fuite. Tu réponds du tac au tac, ou tu te tais en ruminant pendant trois jours.

Prenons le cas d’une cheffe d’équipe que j’ai accompagnée, Sophie. Son adjoint, Thomas, lui envoyait des mails très directs, presque agressifs. Sophie passait ses soirées à ressasser : « Il manque de respect », « Je dois le recadrer », « Je suis trop gentille ». La partie qui s’activait chez elle, c’était une partie « victime », qui se sentait injustement attaquée. Et en face, une partie « justicière » qui voulait remettre les choses en place. Ces deux parties se battaient à l’intérieur d’elle, et elle était épuisée.

En IFS, on ne va pas chercher à changer Thomas. On va s’occuper de ce qui se passe en Sophie. Quand elle a pris le temps de se tourner vers sa partie « victime », elle a découvert qu’elle se souvenait d’une prof de collège qui l’avait humiliée devant toute la classe. Cette partie avait 13 ans. Elle avait peur de revivre cette humiliation. Comprendre ça a changé la donne pour Sophie. Elle a pu dire à cette partie : « Je suis adulte maintenant. J’ai un poste à responsabilités. Je peux gérer une remarque sans m’effondrer. » Elle n’a pas effacé la mémoire, mais elle a changé la relation.

Résultat ? Sophie a pu répondre à Thomas calmement, sans agressivité ni soumission. Elle a posé un cadre clair, sans se sentir coupable. Le conflit ne s’est pas envolé, mais il a cessé de la dévorer de l’intérieur. Parce qu’elle a cessé de projeter sur Thomas l’image de son ancienne prof.

Comment intégrer l’IFS dans ton quotidien sans faire une séance à chaque pause

Tu te dis peut-être : « C’est bien joli, mais je n’ai pas le temps de faire une introspection à chaque fois que mon chef m’envoie un mail à 18h. » Tu as raison. L’IFS, ce n’est pas une technique de relaxation minute. C’est une pratique qui s’installe dans la durée. Mais il y a des micro-gestes que tu peux faire au fil de ta journée.

Le signal d’arrêt de 30 secondes. Avant d’ouvrir un mail stressant, avant d’entrer en réunion, avant de répondre à une sollicitation, prends 30 secondes. Inspire, expire. Pose-toi la question : « Quelle partie de moi est aux commandes en ce moment ? » Tu n’as pas besoin de nommer précisément. Juste de reconnaître qu’il y a quelque chose. Ce simple geste te sort de la réaction automatique.

Le check-in du midi. Quand tu poses ta fourchette, prends une minute. Demande-toi : « Comment je me sens là ? Est-ce que je suis en pilotage automatique ? Est-ce qu’une partie me pousse à manger vite pour retourner travailler ? » Parfois, la réponse est juste « oui ». Ça suffit. Tu deviens conscient.

Le rituel de fin de journée. Avant de quitter le bureau, ou avant de passer en mode famille le soir, fais un petit bilan. Pas des tâches accomplies, mais des parties qui se sont activées. « La partie perfectionniste a beaucoup travaillé aujourd’hui. La partie qui a peur de décevoir était présente en réunion. » Remercie-les. Dis-leur : « On a fini pour aujourd’hui. On verra demain. » Tu verras, ça aide à ne pas ramener le stress à la maison.

Ces micro-gestes ne remplacent pas un accompagnement plus profond, mais ils créent un terrain favorable. Ils t’apprennent à être en contact avec toi-même, au lieu d’être réactif à tout ce qui t’entoure.

Ce que l’IFS ne fait pas (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec toi. L’IFS n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas faire disparaître les contraintes de ton travail. Tu auras toujours des deadlines, des collègues difficiles, des clients exigeants. Elle ne va pas non plus

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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