3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Restaurer l'estime de soi grâce au travail sur les parties blessées.
Tu repenses à cette soirée. Ou à cette période. À ce geste, ce mot, cette main posée là où elle n’aurait jamais dû l’être. Et depuis, il y a cette sensation dans ta poitrine, au creux de ton ventre. Une impression tenace, comme une couche de crasse sous la peau. Tu t’es lavé, changé, parfois même plusieurs fois par jour, mais ça ne part pas. La sensation de saleté, elle, est toujours là. Parfois, tu te regardes dans le miroir et tu ne te reconnais pas. Tu te sens abîmé. Pas seulement triste ou en colère. Brisé. Comme si quelque chose en toi avait été cassé et ne pourrait jamais être réparé.
Je ne vais pas te dire que ces sensations ne sont pas réelles. Elles le sont, profondément. Mais ce que j’aimerais partager avec toi aujourd’hui, c’est une façon de comprendre ce qui se passe en toi quand ces vagues de honte, de dégoût ou de fragmentation arrivent. Une approche qui ne te demande pas de « passer à autre chose » ou de « pardonner », mais simplement d’écouter ce qui se passe à l’intérieur. Cette approche s’appelle l’IFS, l’Internal Family Systems. Et elle a changé la vie de beaucoup de personnes que j’accompagne ici, à Saintes, qui portaient ce même poids.
L’IFS part d’une idée simple mais radicale : ton esprit n’est pas monolithique. Tu n’es pas juste « quelqu’un qui a subi un abus ». Tu es une personne qui contient en elle tout un système de « parties » – des aspects de toi, des voix intérieures, des émotions, des croyances. Et parmi ces parties, il y en a une qui porte la blessure. Une qui se sent sale. Une qui se sent brisée. Et d’autres, tout autour, qui tentent désespérément de gérer cette souffrance. Le problème, c’est que ces parties de gestion (celle qui te pousse à te contrôler, à te cacher, à te critiquer ou à te dissocier) finissent souvent par t’éloigner de la partie blessée. Et la partie blessée reste seule, gelée dans le temps, convaincue qu’elle est ce qu’on lui a fait ressentir : de la saleté, un déchet, quelque chose de cassé.
L’objectif de l’IFS n’est pas de « tuer » ou de « supprimer » la partie qui se sent sale. C’est de créer un espace en toi où tu peux entrer en relation avec elle. Avec compassion. Avec curiosité. Et c’est là que la guérison commence.
Tu as peut-être déjà essayé de te raisonner. Tu te dis : « C’était il y a dix ans. Ce n’est pas ma faute. Je n’ai rien fait pour mériter ça. » Et tu as raison. Intellectuellement, tu le sais. Mais la sensation, elle, ne cède pas. Pourquoi ?
Parce que la partie de toi qui se sent sale ne fonctionne pas avec la logique. Elle fonctionne avec la mémoire émotionnelle et sensorielle. Lors d’un abus, le système nerveux est submergé. Le corps enregistre tout : l’odeur, la texture, la pression, la peur. Et pour protéger la conscience, le cerveau peut « geler » l’expérience. C’est un mécanisme de survie. Mais ce qui est gelé ne disparaît pas. Il reste là, sous la surface.
Cette partie blessée ne sait pas que l’abus est terminé. Pour elle, il est toujours en train d’arriver. Elle est coincée dans un instant où on lui a fait croire qu’elle méritait ce qui lui arrivait. Ou pire, qu’elle était la cause de ce qui lui arrivait. C’est une confusion terrible et injuste, mais c’est ainsi que le traumatisme opère. L’agresseur projette sa propre honte et son propre pouvoir sur toi. Et la partie blessée, dans sa vulnérabilité, a pu internaliser ce message : « Je suis sale. Je suis abîmé. Je suis mauvais. »
Pendant des années, cette partie reste dans l’ombre. Parce que d’autres parties – des parties « protectrices » – font tout pour que tu ne la rencontres pas. Elles te poussent à travailler sans t’arrêter, à boire, à manger, à scroller sur ton téléphone, à éviter les relations intimes, à être parfait. Ces protectrices sont épuisées, mais elles croient sincèrement qu’en te maintenant occupé ou engourdi, elles empêchent la partie blessée de se manifester. Sauf que la partie blessée, elle, continue de souffrir en silence. Et sa souffrance s’infiltre dans tout : dans ton sommeil, dans ton rapport à ton corps, dans ta capacité à recevoir de l’amour.
La bonne nouvelle, c’est que cette partie blessée n’est pas toute ton identité. C’est juste une partie. Et elle peut être libérée.
Avant d’approcher cette partie qui se sent sale ou brisée, il va falloir faire connaissance avec celles qui montent la garde. Dans l’IFS, on appelle souvent ces gardes les « managers ». Ce sont des parties très actives, souvent bien intentionnées, mais dont les stratégies peuvent être très dures.
Je pense à un homme que j’ai accompagné, appelons-le Antoine. Antoine était venu pour une anxiété généralisée. Il se réveillait chaque matin avec une boule au ventre, et il passait sa journée à vérifier, planifier, contrôler. Il ne supportait pas l’imprévu. Au fil des séances, on a découvert une partie chez lui qui était terrifiée à l’idée qu’il « perde le contrôle ». Cette partie le poussait à être irréprochable, à anticiper les critiques des autres, à ne jamais montrer ses faiblesses.
Cette partie était un manager. Elle était née après un abus qu’il avait subi adolescent. Pendant l’abus, il avait été totalement impuissant. Pour ne jamais revivre cette impuissance, son psychisme avait créé une partie dont la mission était : « Tout contrôler, tout le temps. » Le problème, c’est que cette partie le rendait malheureux. Elle le traitait comme un soldat en zone de guerre, pas comme un être humain qui a besoin de repos et de tendresse.
Dans l’IFS, on ne demande pas à cette partie de partir. On la remercie. On lui dit : « Je vois que tu travailles très dur pour me protéger. Merci. » C’est un geste contre-intuitif, mais il est crucial. Quand tu arrêtes de lutter contre tes protecteurs, ils s’adoucissent. Ils acceptent de faire un pas de côté pour que tu puisses descendre dans la cave, là où se trouve la partie blessée. Et c’est là que la vraie transformation opère.
Regarde en toi : y a-t-il une partie qui te critique ? Qui te dit que tu es trop sensible, trop faible, trop « abîmé » pour mériter une relation saine ? Ou une partie qui te pousse à être hyper-indépendant, à ne jamais demander d’aide ? Ce sont des protecteurs. Ils ne sont pas tes ennemis. Ils sont les gardiens d’une douleur que tu n’as pas encore eu la possibilité de rencontrer en sécurité.
Quand les protecteurs acceptent de se détendre un peu, tu peux enfin tourner ton attention vers cette partie qui porte la blessure originelle. Celle qui se sent collante, souillée, brisée. Dans l’IFS, on ne la force pas à parler. On l’invite. On lui pose des questions simples, comme si on s’adressait à un enfant qui a très peur.
Voici comment cela peut se passer en séance, et comment tu peux commencer à l’explorer chez toi, dans un moment calme.
Imagine-toi dans un endroit sûr. Tu fermes les yeux. Tu portes ton attention à l’intérieur de ton corps. Tu ne cherches rien. Tu attends. Et doucement, une sensation apparaît. Peut-être une lourdeur dans la poitrine, une boule dans la gorge, un vide dans le ventre. Tu ne juges pas. Tu accueilles cette sensation comme un messager.
Puis, mentalement, tu lui adresses la parole : « Je vois que tu es là. Je sens cette saleté, cette cassure. Est-ce que tu veux bien que je fasse connaissance avec toi ? » Peut-être que tu ressens une résistance. C’est normal. Peut-être que la partie te dit : « Va-t’en. Tu ne peux rien pour moi. Je suis trop abîmée. » Tu ne discutes pas. Tu réponds : « Je comprends que tu ne me fasses pas confiance. Je peux rester juste à côté de toi, sans rien te demander. »
Parfois, la partie montre une image. Un souvenir. Une scène. C’est toujours délicat. Et c’est ici que le rôle d’un thérapeute formé est précieux, pour ne pas retraumatiser. Mais si tu te sens stable, tu peux simplement lui demander : « Qu’est-ce que tu crois de toi ? » Et la partie va répondre. Elle va dire : « Je suis dégoûtante. Je mérite d’être rejetée. Je suis cassée et personne ne pourra me réparer. »
C’est déchirant à entendre. Mais c’est un moment clé. Parce que maintenant, tu ne crois plus cette croyance. Tu l’observes chez une partie de toi. Et il y a une différence immense. Tu n’es plus cette croyance. Tu es la personne qui écoute cette croyance. Et cette personne, c’est ce qu’on appelle dans l’IFS le Self.
Le Self n’est pas une partie. C’est ton essence. Il est calme, curieux, compatissant, confiant, courageux, créatif, connecté. Et il est toujours là, même quand les parties blessées ou protectrices semblent tout recouvrir. Le travail de l’IFS n’est pas d’éliminer les parties, mais de libérer le Self pour qu’il puisse les guérir.
Quand tu arrives à rester avec cette partie blessée depuis le Self – avec compassion, sans vouloir la réparer de force – quelque chose se passe. La partie se sent enfin vue. Entendue. Elle n’est plus seule dans le noir. Et souvent, elle commence à se décharger. Elle libère les émotions qu’elle portait depuis des années. Des larmes peuvent venir. Ou une colère profonde. Ou un grand soulagement. Ce n’est pas joli, ce n’est pas « propre ». C’est vivant.
Un des pièges, après un abus, c’est la pression sociale ou intérieure de « tourner la page ». On te dit : « Il faut pardonner pour avancer », « Il faut laisser le passé derrière toi ». Mais ces injonctions sont souvent des violences supplémentaires faites à ta partie blessée. Elle n’est pas prête. Et elle a le droit de ne pas l’être. L’IFS ne demande jamais à une partie de faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire. Surtout pas pardonner.
Une femme que j’ai suivie, Claire, avait une partie qui haïssait son agresseur. Cette partie était brûlante de rage. Claire avait honte de cette rage. Elle pensait qu’une « bonne victime » devait être douce et indulgente. Nous avons travaillé avec cette partie en colère. Au lieu de la juger, nous l’avons remerciée. « Tu as porté cette colère pour que Claire ne s’effondre pas. Tu as été un bouclier. » La partie a fondu en larmes. Personne ne l’avait jamais remerciée.
Ensuite, nous avons pu descendre jusqu’à une partie plus jeune, terrifiée, qui se sentait souillée. Cette partie n’avait pas besoin de pardon. Elle avait besoin qu’on la prenne dans nos bras. Qu’on lui dise : « Tu es propre. Tu es saine. Ce qui t’est arrivé n’est pas de ta faute. Tu n’es pas ce qu’on t’a fait. »
Dans l’IFS, on peut faire ce qu’on appelle la « décharge » (unburdening). C’est un rituel. On imagine que la partie blessée peut laisser partir la saleté, la honte, la cassure. Parfois on visualise un souffle qui emporte la charge, ou une eau qui nettoie. Parfois on écrit une lettre qu’on brûle. L’important n’est pas la forme, c’est l’intention : redonner à cette partie sa dignité et sa légèreté originelles.
Quand la charge est libérée, la partie se transforme. Elle n’est plus la « partie sale ». Elle redevient ce qu’elle était avant l’abus : une partie joyeuse, spontanée, confiante. C’est un moment bouleversant. Je l’ai vu arriver des dizaines de fois. Et à chaque fois, je suis émerveillé par la capacité de l’esprit humain à se régénérer.
Après avoir libéré la partie blessée, un nouveau défi apparaît : comment reconstruire une estime de soi qui n’a pas été construite sur la honte ? Beaucoup de personnes abusées ont développé une identité autour de la survie. « Je suis fort parce que j’ai survécu », « Je suis celui qui contrôle tout », « Je suis celle qui ne fait confiance à personne ». Ces identités sont des protecteurs. Mais elles ne sont pas l’identité profonde.
L’estime de soi, dans l’IFS, n’est pas une croyance qu’on s’injecte de force. C’est le résultat naturel du Self qui prend les rênes. Quand tu n’es plus identifié à la partie sale ou à la partie contrôleuse, tu commences à ressentir une valeur intrinsèque. Tu n’as pas à la mériter. Elle est là, en dessous.
Concrètement, cela se manifeste par des changements dans ta vie quotidienne. Tu arrêtes peut-être de t’excuser pour tout. Tu oses dire non à une relation qui te vide. Tu acceptes un compliment sans le détruire mentalement après. Tu regardes ton corps dans le miroir et tu ne ressens plus de dégoût, juste une neutralité, ou même une tendresse.
Ces changements ne sont pas immédiats. Il faut du temps pour que toutes les parties apprennent à faire confiance au Self. Mais le chemin est clair. Et il ne passe pas par l’extérieur – par une validation, un diplôme, un partenaire, une performance. Il passe par l’intérieur, par cette écoute profonde de ce qui vit en toi.
Je ne dis pas que c’est facile. C’est exigeant. Il faut oser se tourner vers l’intérieur alors que tout ton être a appris à fuir la douleur. Mais c’est possible. Et tu n’es pas seul pour le faire.
Je veux être clair avec toi. L’IFS n’efface pas les souvenirs. Il ne transforme pas un viol en une expérience anodine. Il ne te rend pas imperméable à la tristesse ou à la colère. Ce n’est pas une baguette magique.
Ce que l’IFS peut faire, c’est changer ta relation à ces souvenirs et à ces émotions. Au lieu d’être submergé par la honte, tu peux la ressentir comme une vague qui passe, portée par une partie, et tu sais que cette partie n’est pas toi tout entier. Au lieu de te sentir brisé en permanence, tu peux ressentir une intégrité, une complétude, même avec les cicatrices.
L’IFS ne te demande pas d’aimer tes bourreaux. Il te demande d’aimer les parties de toi qui ont souffert. Et cet amour, cette compassion, c’est la force la plus réparatrice que je connaisse.
Certaines personnes guérissent complètement de la sensation de saleté. D’autres voient les choses s’alléger considérablement, mais la sensation peut revenir lors de moments de stress intense. Et c’est ok. Parce qu’elles savent désormais quoi faire : s’asseoir, respirer, trouver la partie qui a besoin d’être écoutée, et lui offrir la présence du Self.
La guérison n’est pas un état final. C’est une capacité. La capacité de revenir à soi, encore et encore, même quand on se sent perdu.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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