3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Découvrez une approche douce pour apaiser les souvenirs sensibles.
Vous avez sans doute déjà vécu ça : une réflexion anodine de votre conjoint, un regard un peu appuyé de votre patron, une remarque d’un ami, et soudain, c’est comme si un bouton s’enclenchait en vous. Vous vous sentez submergé par une émotion forte, démesurée par rapport à la situation. Colère, tristesse, peur, honte… Et après, vous vous dites : « Pourquoi j’ai réagi comme ça ? C’est stupide. » Puis vous culpabilisez, vous vous jugez, et vous essayez de passer à autre chose en vous promettant que la prochaine fois, vous serez plus fort.
Mais la prochaine fois, ça recommence.
Si vous vivez ce genre de scénario, il y a de fortes chances que ce ne soit pas votre adulte d’aujourd’hui qui réagisse, mais une partie blessée de vous, un enfant intérieur qui porte encore une mémoire sensible d’il y a longtemps. Et si je vous disais qu’on peut apaiser ces mémoires sans douleur, sans avoir à revivre le traumatisme, sans vous forcer à « retourner dans le passé » pour souffrir à nouveau ?
C’est exactement ce que permet l’IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur), une approche que j’utilise quotidiennement dans mon cabinet à Saintes. Et aujourd’hui, je vais vous expliquer comment.
On a souvent l’image que guérir une blessure d’enfance, c’est comme aller chez le dentiste sans anesthésie : il faut creuser, souffrir, revivre les moments douloureux, et espérer qu’après, ça aille mieux. Beaucoup de personnes renoncent à consulter par peur de rouvrir des plaies. Et je les comprends.
Prenons un exemple. J’ai accompagné il y a quelques mois un homme d’une quarantaine d’années, que j’appellerai Vincent. Vincent était cadre commercial. Extrêmement performant, reconnu, mais dès qu’un client ou un collègue lui adressait une critique, même constructive, il se sentait anéanti. Il passait des heures à ruminer, à douter de lui-même. En séance, il m’a dit : « Je sais que ça vient de mon enfance. Mon père était très dur, jamais content. Mais je ne veux pas revivre tout ça. Je ne veux pas pleurer comme un gamin. »
Ce que Vincent ne savait pas encore, c’est que la guérison n’exige pas de revivre la douleur. C’est un mythe tenace. En réalité, ce qui fait souffrir, ce n’est pas le souvenir en lui-même, mais la façon dont certaines parties de nous le portent et le protègent. L’IFS propose un chemin différent : au lieu de vous confronter à la blessure, on va dialoguer avec les parties qui la portent, avec douceur et respect.
L’IFS part d’une idée simple mais révolutionnaire : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de multiples parties, comme une famille intérieure. Il y a des parties qui gèrent votre quotidien (celles qui vous poussent à être efficace, à faire plaisir, à vous protéger), et il y a des parties plus jeunes, souvent blessées, qu’on appelle les exilés. Ce sont elles qui portent les souvenirs douloureux, les émotions intenses, les croyances limitantes type « je ne suis pas assez bien », « je suis un fardeau », « personne ne m’aime vraiment ».
Jusqu’ici, rien de très nouveau. Beaucoup d’approches parlent d’enfant intérieur. Mais la spécificité de l’IFS, c’est qu’on ne cherche pas à « guérir » l’exilé en le forçant à se souvenir. On va plutôt s’occuper des parties protectrices qui empêchent l’exilé d’être vu et soulagé.
Ces protecteurs, ce sont par exemple :
Vincent, par exemple, avait un manager très actif : « Sois irréprochable, sinon tu es nul. » Et un pompier qui s’activait après une critique : rumination, auto-dévalorisation, isolement.
Quand j’ai proposé à Vincent de rencontrer son manager (cette partie qui le poussait à la perfection), il a d’abord été sceptique. « C’est mon moteur, sans elle je ne serais rien. » Je lui ai demandé : « Est-ce que tu serais d’accord pour simplement l’écouter ? Sans vouloir la changer ? » Il a accepté.
Et là, quelque chose de surprenant s’est produit. En portant son attention sur cette partie, sans jugement, Vincent a senti une tension dans sa poitrine. Puis il a entendu une voix intérieure dire : « Si tu te relâches, tu vas souffrir. Je te protège. » Cette partie n’était pas son ennemie. Elle était juste épuisée, et elle avait pris ce rôle depuis l’enfance pour éviter les reproches de son père.
« Ce n’est pas en combattant vos protections que vous guérirez, mais en les remerciant d’avoir fait leur job. »
En IFS, la guérison commence par la compassion envers vos parties protectrices. Une fois qu’elles se sentent vues et comprises, elles acceptent de se détendre. Et alors seulement, l’exilé (l’enfant blessé) peut émerger, non pas pour souffrir à nouveau, mais pour être consolé.
Concrètement, comment ça se passe ? Je vais vous décrire les trois grandes étapes que je propose à mes patients. Attention : ce n’est pas un guide d’auto-thérapie, mais une illustration pour comprendre le processus.
1. Identifier la partie réactive
La première étape est de repérer une situation qui déclenche une émotion forte, démesurée. Par exemple : vous recevez un message qui vous semble froid, et vous vous sentez immédiatement rejeté. Au lieu de vous engouffrer dans l’émotion, vous prenez un temps pour dire : « OK, il y a une partie de moi qui est très touchée. »
C’est déjà un énorme pas. Vous n’êtes plus complètement identifié à l’émotion. Vous devenez l’observateur de votre vie intérieure.
2. Dialoguer avec le protecteur
Ensuite, on va s’adresser à la partie qui réagit. Pas à l’exilé, pas à l’enfant blessé, mais au protecteur. Par exemple : « Bonjour, partie qui se sent rejetée. Est-ce que tu veux bien que je fasse connaissance avec toi ? »
Souvent, les gens me disent : « Mais c’est bizarre, parler à une partie de moi. » Et je réponds : « Vous le faites déjà, mais en négatif. Quand vous vous dites “Arrête d’être bête”, vous parlez bien à une partie de vous. Là, on le fait avec bienveillance. »
On va alors poser des questions simples, sans forcer :
3. Accéder à l’exilé avec douceur
Quand le protecteur se sent entendu, il se détend. Alors, parfois, il montre l’exilé. Par exemple, Vincent a ressenti une tristesse profonde, et une image est venue : lui, enfant, dans sa chambre, après une remarque de son père. Il s’est vu seul, croyant qu’il n’était pas aimable.
À ce moment-là, je ne lui ai pas demandé de revivre la scène en détail. Je lui ai simplement proposé : « Est-ce que tu peux envoyer de la compassion à ce petit garçon ? Sans rien vouloir changer ? » Il a pleuré, mais ce n’était pas une souffrance de reviviscence. C’était une libération. Il a dit : « Je vois qu’il n’a jamais été aimé comme il le méritait. » Et il a pu être, pour la première fois, le parent bienveillant que son père n’avait pas été.
Ce processus n’est pas une reviviscence traumatique. C’est une revisite sécurisée, où vous restez dans votre corps d’adulte, capable d’apporter une présence aimante à l’enfant que vous étiez.
J’ai vu des personnes arriver en séance avec des peurs énormes : peur de pleurer, peur de se sentir submergées, peur de « devenir folles ». Et à chaque fois, l’IFS a permis un travail profond sans les submerger. Pourquoi ?
Parce que l’IFS respecte votre rythme. On ne va jamais là où vous n’êtes pas prêt à aller. Si un protecteur est trop fort, trop craintif, on ne le force pas. On travaille avec lui. On peut passer plusieurs séances à juste apprivoiser un protecteur, avant même d’approcher l’exilé. Et ça, c’est extrêmement rassurant pour le système.
Prenons un autre exemple, celui d’Hélène, une femme de 52 ans, venue pour des attaques de panique. Elle avait vécu un événement traumatique dans son enfance qu’elle n’avait jamais raconté à personne. En séance, elle m’a dit : « Si je parle de ça, je vais m’effondrer, je ne pourrai plus me relever. »
Je lui ai proposé de rencontrer la partie qui avait si peur. Elle a pris le temps de l’écouter. Cette partie disait : « Si on ouvre cette boîte, tout va exploser. Je dois tout garder sous contrôle. » Hélène a pleuré, mais pas de douleur : de soulagement. Pour la première fois, quelqu’un (moi, mais surtout elle-même) écoutait cette partie sans la juger.
Au fil des séances, le protecteur a accepté de montrer l’exilé, mais par petites touches. Hélène n’a jamais eu à revivre la scène en détail. Elle a juste pu envoyer de la compassion à la petite fille terrifiée qu’elle avait été. Et les attaques de panique ont cessé, progressivement, sans qu’elle ait à se retraumatiser.
« La guérison ne vient pas de la confrontation avec la douleur, mais de la présence aimante que vous pouvez offrir à celle-ci. »
C’est pour ça que je parle souvent de « guérison sans douleur ». Ce n’est pas une promesse magique. Il peut y avoir des émotions, des larmes, des moments intenses. Mais la clé, c’est que vous restez aux commandes. Vous n’êtes pas une victime passive de votre passé. Vous devenez un guide bienveillant pour vos parties blessées.
Je suis aussi préparateur mental sportif, et je travaille avec des coureurs et des footballeurs. Vous seriez surpris de voir à quel point les blessures d’enfance impactent la performance.
Prenons Bastien, un jeune footballeur de 24 ans, très talentueux, mais qui craquait systématiquement en match. À l’entraînement, il était brillant. En compétition, il se paralysait. Il se jugeait, se comparait, et finissait par faire des erreurs grossières.
En travaillant avec lui, on a découvert qu’une partie de lui, un enfant intérieur, portait la croyance : « Si je rate, on ne m’aimera plus. » Cette croyance venait de son père, qui avait été un sportif de haut niveau, très exigeant. Chaque match était un test d’amour.
Avec l’IFS, on n’a pas travaillé la technique, ni la gestion du stress classique. On a rencontré cette partie blessée. Bastien a pu lui dire : « Je te vois. Tu as eu peur. Mais maintenant, je suis là, adulte, et je peux jouer sans que ton histoire ne décide à ma place. »
Les résultats ont été impressionnants. Sans même faire d’exercices de visualisation ou de relaxation, sa performance s’est stabilisée. Parce que la cause profonde (la blessure d’enfance) a été apaisée, pas seulement les symptômes (l’anxiété de performance).
Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne va pas effacer votre histoire. Vous ne deviendrez pas quelqu’un de « parfait », sans émotions négatives. Et ça ne marche pas si vous attendez que le thérapeute fasse tout le travail.
L’IFS demande de votre part une disposition à vous tourner vers l’intérieur, avec curiosité plutôt qu’avec jugement. Ce n’est pas toujours facile. Certaines personnes préfèrent des approches plus directives, plus cognitives. Et c’est très bien.
Mais ce que l’IFS permet, et que peu d’approches offrent, c’est une réconciliation profonde avec vous-même. Vous cessez de vous considérer comme un problème à résoudre, et vous commencez à voir votre psyché comme un système qui a fait de son mieux pour vous protéger. La honte et la culpabilité s’allègent. Vous devenez plus libre.
J’ai vu des patients arrêter des médicaments anxiolytiques (avec suivi médical), retrouver le sommeil, améliorer leurs relations, et surtout, se sentir enfin en paix avec leur passé. Pas parce qu’ils l’avaient oublié, mais parce qu’ils avaient appris à en prendre soin.
Si vous sentez que cet article résonne en vous, si vous reconnaissez cette partie qui voudrait guérir mais qui a peur, je vous propose un exercice tout simple, à faire chez vous, en toute sécurité. Ce n’est pas une thérapie, mais une porte d’entrée.
Installez-vous dans un endroit calme. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes. Puis posez-vous cette question : « Quelle est la partie de moi qui souffre le plus en ce moment ? »
Ne cherchez pas la réponse. Laissez venir. Peut-être une sensation dans le corps, une émotion, une image. Si rien ne vient, c’est parfait. Si quelque chose vient, dites simplement : « Je te vois. Je suis là. »
C’est tout. Pas besoin d’aller plus loin. Vous venez de faire un acte révolutionnaire : vous avez reconnu l’existence d’une partie de vous, sans la juger, sans vouloir la changer. C’est le début de tout.
Si vous sentez que ces parties ont besoin d’être accompagnées plus profondément, je suis là. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui veulent apaiser ces blessures anciennes, sans douleur inutile. On peut aussi travailler en visio si vous êtes loin.
Prendre rendez-vous, ce n’est pas s’engager dans un parcours interminable. C’est juste venir poser un regard neuf sur ce qui vous habite. Et parfois, ce regard suffit à tout changer.
Je vous accueille avec ce que vous êtes, sans attente. Parce que vous méritez d’être en paix avec votre histoire. Pas de la fuir, mais de l’habiter différemment.
À très bientôt, peut-être.
Thierry Sudan
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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