3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une approche qui dépasse les schémas de la TCC.
Vous êtes là, à lire cet article, et quelque chose en vous a résonné. Peut-être que, comme beaucoup de personnes que je reçois dans mon cabinet à Saintes, vous avez déjà essayé des choses. Des livres de développement personnel, des techniques de respiration, peut-être même une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour gérer une anxiété tenace ou des pensées qui tournent en boucle. Et ça a marché un temps. Vous avez appris à reconnaître une pensée irrationnelle, à la contrer par une plus rationnelle, à modifier un comportement. Mais au fond, vous sentez bien qu'il reste quelque chose. Un poids. Une voix intérieure qui, parfois, vous dit que vous n'êtes pas assez bien, que vous allez échouer, ou que vous ne méritez pas d'être heureux. Cette voix, elle n'est pas une simple "erreur de pensée" qu'on peut corriger avec un tableau. Elle a une histoire. Elle a un âge. Et l'approche que je vais vous présenter aujourd'hui, l'IFS (Internal Family Systems ou Système Familial Intérieur), ne cherche pas à la faire taire. Elle cherche à l'accueillir, à la comprendre, et surtout, à renouer le lien avec celui ou celle qu'elle protège : votre enfant intérieur.
Je ne vais pas cracher dans la soupe. La TCC est une approche formidable, validée scientifiquement, et elle a aidé des milliers de personnes à sortir de crises. En tant que praticien, je l'utilise d'ailleurs dans ma boîte à outils, notamment en préparation mentale sportive. Mais je vois souvent des patients arriver avec le même constat : "J'ai fait de la TCC, j'ai appris à gérer mes crises d'angoisse, mais je sens toujours ce vide en moi", ou "J'arrête de ruminer en journée, mais la nuit, je me réveille avec la même peur panique d'être abandonné".
Prenons un exemple. Je reçois Lucie, 42 ans, cadre commerciale. Brillante, reconnue, elle stresse à chaque réunion. La TCC lui a appris à identifier sa pensée automatique : "Je vais dire une bêtise et tout le monde va se moquer". Elle a appris à la déconstruire, à chercher des preuves du contraire, à se rassurer avec des faits. Et ça marche... jusqu'à la veille d'une grosse présentation. Là, son corps la lâche : nuits blanches, gorge serrée, nausées. Elle me dit : "Je sais que c'est irrationnel. Je sais que je suis compétente. Mais c'est plus fort que moi."
Ce "plus fort que moi", c'est la limite de la TCC quand on ne travaille que sur les pensées conscientes et les comportements. Parce que la peur de Lucie n'est pas une simple erreur logique. C'est un système de protection qui s'est mis en place très tôt dans sa vie. La TCC adresse le symptôme (la peur de parler en public) comme une mauvaise habitude mentale à corriger. L'IFS, elle, va considérer cette peur comme une partie d'elle, un "protecteur" qui a une bonne intention : la protéger du ridicule et du rejet. Et derrière ce protecteur, il y a souvent un enfant intérieur qui, un jour, a été humilié ou s'est senti rejeté. Tant qu'on ne va pas parler à cet enfant, le protecteur restera en alerte. C'est là que l'IFS change la donne.
L'idée de base de l'IFS est à la fois simple et révolutionnaire : votre esprit n'est pas une entité monolithique. C'est un système composé de différentes "parties" de vous-même, comme une famille intérieure. Et comme dans toute famille, il y a des rôles, des conflits, et des alliances. Le fondateur de l'IFS, Richard Schwartz, a identifié trois grandes catégories de parties :
Les Managers : Ce sont les parties les plus visibles. Elles sont proactives, organisées, et veulent à tout prix garder le contrôle. Ce sont elles qui vous disent : "Il faut être parfait", "Ne montre jamais tes faiblesses", "Travaille plus pour être en sécurité". Le manager de Lucie, c'est celui qui a préparé son PowerPoint 48 fois, qui a répété son discours devant son miroir, et qui refuse toute impro. Il gère.
Les Exilés : Ce sont les parties vulnérables, souvent très jeunes. Ce sont elles qui portent les émotions douloureuses que nous avons dû refouler pour survivre : la honte, la peur, la tristesse, le sentiment d'abandon. Elles sont "exilées" à l'intérieur de nous, dans une prison mentale, parce que leur douleur est trop intense. L'enfant intérieur de Lucie, c'est la petite fille de 7 ans qui a été ridiculisée devant toute la classe pour une réponse qu'elle a donnée. Cette petite fille est toujours là, silencieuse, mais son chagrin est bien réel.
Les Pompiers : Ce sont les parties réactives. Quand un exilé parvient à s'échapper de sa prison (par exemple, quand Lucie se rapproche trop de la sensation de honte), les pompiers débarquent pour éteindre le feu à tout prix. N'importe quel moyen est bon : se goinfrer de sucre, boire, scroller sur Instagram pendant des heures, ou même avoir une crise de panique qui "court-circuite" l'émotion. Le pompier de Lucie, c'est celui qui, la veille de la réunion, lui fait binge-watcher une série jusqu'à 3h du matin pour "ne pas penser" – ce qui la fatigue et aggrave son stress.
Le but de l'IFS n'est pas de se débarrasser de ces parties. C'est impossible, et ce serait une erreur. Chaque partie a un rôle, une intention positive. Le problème, c'est qu'elles sont figées dans leur rôle et qu'elles nous empêchent d'accéder à notre Self – notre essence profonde, calme, curieuse, confiante, créative, compatissante et courageuse. Le Self, c'est vous, sans les blessures et sans les stratégies de protection. L'IFS, c'est l'art de devenir le leader de sa propre famille intérieure, en aidant les managers et les pompiers à lâcher prise, pour aller libérer les exilés.
« En IFS, on ne cherche pas à tuer le dragon. On cherche à comprendre ce qu'il garde, et à libérer le trésor qu'il protège. »
Alors, concrètement, comment fait-on ? Je ne vais pas vous faire un cours théorique, mais vous donner la trame de ce à quoi ressemble une séance ou un travail personnel avec l'IFS. Ce n'est pas une formule magique, c'est un chemin. Voici les grandes étapes que je parcours avec mes patients, comme avec Thomas, un footballeur amateur que j'accompagne en préparation mentale.
Thomas avait un blocage : dès qu'il était en situation de tir au but, sa jambe se raidissait. La TCC sportive classique (visualisation positive, routines) ne marchait pas. En IFS, on a identifié un manager très exigeant : "Sois parfait, ne rate pas, sinon tu déçois l'équipe". Derrière, un pompier : "Si tu sens la pression, tire en force, n'importe comment, pour en finir vite". Et au fond, un exilé : un petit Thomas de 10 ans, qui avait raté le penalty décisif d'un match, et qui avait été consolé par son père avec un "Ce n'est pas grave", mais dont la honte était restée scellée en lui.
Voici comment on a procédé, et comment vous pouvez commencer à le faire pour vous-même, avec douceur et patience.
Étape 1 : Devenir curieux, pas juge. La première chose, c'est d'arrêter de lutter contre la partie qui vous pose problème. Au lieu de dire "Je suis nul(le) d'avoir peur", on dit "Ah, il y a une partie de moi qui a peur. Je la sens dans ma poitrine, dans ma gorge. Je suis curieux(se) de savoir ce qu'elle veut." Pour Thomas, au lieu de se fustiger d'être tendu, il a appris à dire : "Je remarque cette tension dans ma jambe. Bonjour, tension. Qu'as-tu à me dire ?"
Étape 2 : Se séparer de la partie (la "défusion"). On va créer un espace entre vous et cette partie. Vous n'êtes pas votre peur. Vous êtes celui ou celle qui observe la peur. On peut lui donner une forme, une couleur, un âge. "Cette anxiété dans mon ventre, c'est comme une boule rouge, chaude, de la taille d'un poing. Elle a l'air très sérieuse." Pour Thomas, la tension était "une armure de fer autour de son genou".
Étape 3 : Demander ce qu'elle fait pour vous. C'est le cœur de l'IFS. On ne juge pas la partie, on la remercie pour son travail. On lui demande : "Quel est ton rôle ? Que cherches-tu à protéger ?" La tension de Thomas a répondu : "Je te protège de l'humiliation. Si tu rates à cause de moi, ce n'est pas de ta faute, c'est parce que j'étais raide. Tu as une excuse."
Étape 4 : Rencontrer l'exilé (l'enfant intérieur). Une fois que le protecteur (manager ou pompier) se sent entendu et reconnu, il accepte souvent de se mettre de côté un instant. C'est alors qu'on peut accéder à l'exilé. Pour Thomas, on a suivi la sensation. L'armure s'est relâchée, et en dessous, il y avait une sensation de vide et de froid. C'était le petit garçon de 10 ans, tout seul, qui avait honte. On ne va pas "réparer" l'enfant avec des arguments. On va juste être avec lui. On va le regarder avec compassion. On va lui dire : "Je te vois. Je suis là maintenant. Tu n'es plus seul."
Étape 5 : Libérer la charge émotionnelle. Le simple fait d'être présent, de "témoigner" de la souffrance de cet enfant, permet à l'émotion de se libérer. Ce n'est pas une catharsis dramatique, c'est un relâchement profond. Souvent, des larmes coulent, mais ce sont des larmes de soulagement. La petite fille de Lucie, en étant enfin vue et entendue, a pu laisser sortir la honte qu'elle portait depuis 35 ans. Thomas, lui, a ressenti une vague de tristesse, puis un grand apaisement dans sa jambe.
Étape 6 : Récupérer les qualités de l'enfant. Une fois la charge émotionnelle libérée, l'exilé n'est plus un poids. Il retrouve ses qualités naturelles d'enfant : la spontanéité, la confiance, la joie, la créativité. L'enfant intérieur de Thomas n'était plus "celui qui rate les penaltys". C'était "celui qui adorait jouer au foot avec ses copains, sans peur, pour le plaisir". C'est cette énergie-là qu'on a réintégrée dans son jeu. Aujourd'hui, quand il tire un penalty, il ne pense plus à la pression. Il pense à l'enfant qui s'amuse.
Ce chemin est magnifique, mais il n'est pas sans embûches. Je vois souvent des personnes, après avoir lu un livre sur l'IFS, se jeter tête baissée dans l'exploration de leurs parties, et se retrouver submergées. Voici les trois écueils principaux à éviter.
1. Vouloir "forcer" la rencontre avec l'enfant intérieur. C'est le plus fréquent. On croit qu'il faut "libérer" l'enfant à tout prix. On le cherche, on l'appelle. Mais si vous forcez, c'est souvent un manager déguisé qui est aux commandes ! ("Allez, montre-toi, qu'on en finisse."). La règle d'or en IFS, c'est : on ne va jamais vers un exilé tout seul. On demande toujours la permission à ses protecteurs. Si vous sentez une résistance ("Je n'y arrive pas", "C'est flou"), c'est qu'un protecteur est en train de faire son boulot. Remerciez-le et travaillez avec lui d'abord. La confiance se gagne.
2. Confondre "accueillir" et "fusionner". Accueillir une partie, c'est être avec elle, dans la compassion. Fusionner, c'est devenir elle. Exemple : si vous entrez en contact avec votre enfant intérieur triste et que vous vous mettez à pleurer sans pouvoir vous arrêter, submergé(e) par la tristesse, vous avez fusionné. Vous êtes devenu l'exilé. Le but est de rester dans votre Self (l'observateur compatissant) pour tenir la main de l'enfant, pas de tomber dans le trou avec lui. Si vous sentez que vous vous noyez, c'est le signe qu'il faut revenir à la respiration, s'ancrer dans le présent, et peut-être demander à un pompier de vous aider à vous calmer.
3. Négliger les parties "positives". On a tendance à ne s'intéresser qu'aux parties qui souffrent. Mais les managers et les pompiers sont souvent épuisés. Ils travaillent 24h/24 depuis des années pour vous protéger. Prenez le temps de les remercier. Dites à votre "perfectionniste" : "Merci d'avoir fait de moi quelqu'un de fiable et de compétent. Je sais que tu as peur que je relâche la pression. Je te promets que je ne vais pas tout laisser tomber. On va juste essayer de faire un peu moins, ensemble." Quand les protecteurs se sentent appréciés, ils se détendent.
« En IFS, on ne demande pas à un pompier d'arrêter d'arroser la maison. On le remercie d'être si vigilant, et on lui montre que le feu est éteint. »
Le changement avec l'IFS n'est pas un "gimmick" ou une simple prise de conscience. C'est une transformation profonde de la relation à soi. Quand les protecteurs lâchent prise, ce n'est pas parce qu'on les a vaincus, mais parce qu'ils ont confiance. Ils ont vu que vous étiez capable d'être avec l'enfant intérieur sans vous effondrer. Ils n'ont plus besoin de garder la forteresse.
Je repense à Sarah, une autre patiente, venue pour une dépression chronique. Son manager principal était une voix intérieure très dure, quasi tyrannique : "Tu es nulle, paresseuse, tu ne fais jamais assez." La TCC lui avait appris à "contester" cette voix, mais ça créait une lutte intérieure épuisante. "Je passais mon temps à me battre contre moi-même", disait-elle.
En IFS, on n'a pas combattu la voix. On l'a invitée à s'asseoir. On a découvert que cette voix critique était en fait une partie d'elle, très âgée, très fatiguée. Elle avait pris ce rôle à la mort de sa mère, quand Sarah avait 8 ans. Cette partie s'était dit : "Si je la critique tout le temps, elle va devenir parfaite et plus jamais personne ne pourra la quitter ou la décevoir." C'était un protecteur farouche, animé par un amour maladroit et une peur panique de l'abandon. Quand Sarah a compris cela, elle n'a pas pu lui en vouloir. Elle l'a remerciée. Et petit à petit, cette voix a changé de ton. Elle est devenue plus douce, plus encourageante. Elle n'a pas disparu, elle s'est transformée en une alliée, une "voix de la sagesse".
C'est ça, le vrai changement. Ce n'est pas de ne plus jamais avoir peur. C'est d'avoir une peur qui vient vous chuchoter à l'oreille, et non plus vous hurler dessus, et d'avoir la capacité de lui répondre : "Je t'entends, merci de me prévenir. Je gère."
Vous n'avez pas besoin d'être en séance pour commencer. Le lien avec votre enfant intérieur se tisse dans les petites choses du quotidien. Voici une pratique simple, que je donne souvent à mes patients, et que je vous invite à essayer.
L'exercice des 3 minutes pour une partie.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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