3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
De la souffrance à la force intérieure.
Tu arrives dans mon cabinet un mardi matin. Il pleut doucement sur Saintes. Tu t’assois, tu poses tes clés sur la table basse, et tu dis : « Je n’en peux plus de cette voix qui me dit que je ne suis pas assez bien. » Je te regarde, je hoche la tête, et je sais que cette voix, tu la connais depuis longtemps. Peut-être depuis l’enfance, peut-être depuis une rupture, peut-être depuis cet échec professionnel qui a tout fait basculer. Tu l’appelles « mon critique intérieur », « mon anxiété », « ma peur de l’échec ». Mais si je te disais que cette voix – cette partie de toi qui te juge, qui te freine, qui te fait souffrir – n’est pas une ennemie à éliminer, mais une alliée blessée qui attend d’être comprise ? C’est exactement ce que propose l’IFS, l’Internal Family Systems, un modèle thérapeutique qui a transformé ma pratique et, surtout, la vie des personnes que j’accompagne.
L’IFS, ce n’est pas une baguette magique. Ce n’est pas non plus un nouveau truc de développement personnel qui promet la lune en trois séances. C’est un cadre précis, développé par Richard Schwartz dans les années 1980, qui repose sur une idée simple : ton esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses propres émotions, ses propres croyances. Et au centre de tout ça, il y a un « Soi » – une essence de calme, de confiance, de compassion – qui est toujours là, même quand tu l’as oublié. L’IFS ne vise pas à faire taire tes blessures. Il t’apprend à les écouter, à les comprendre, à les transformer en alliées. Pas pour que tu deviennes parfait, mais pour que tu deviennes plus libre.
Tu te demandes peut-être : « Comment est-ce que ça marche concrètement ? » Laisse-moi te raconter une histoire. Il y a quelques mois, un homme d’une cinquantaine d’années est venu me voir. Appelons-le Marc. Marc était cadre dans une entreprise de logistique. Il avait tout pour être heureux : un bon poste, une famille aimante, une maison à la campagne. Mais il y avait cette chose. Ce truc qui le rongeait de l’intérieur : une colère froide qui explosait sans prévenir, surtout avec ses collègues et ses enfants. Il se sentait coupable après chaque crise, mais il ne pouvait pas l’arrêter. Il avait essayé la méditation, la relaxation, même des séances de sophrologie. Rien n’y faisait. La colère revenait, comme une marée noire. Quand il m’a parlé de cette colère, je lui ai demandé : « Si cette colère pouvait parler, qu’est-ce qu’elle te dirait ? » Il a marqué un temps, puis il a dit : « Elle me dirait : “Je te protège. Si tu ne te fâches pas, les autres vont te marcher dessus.” » À ce moment-là, tout a basculé. La colère n’était plus un monstre, mais un gardien fatigué, qui veillait sur lui depuis des années. L’IFS, c’est ça : découvrir que chaque émotion qui te fait souffrir a une bonne intention, même si son comportement est devenu problématique.
Je vais être honnête avec toi : la première fois que j’ai entendu parler de l’IFS, j’étais sceptique. « Des parties dans la tête, comme des personnages ? Ça ressemble à de la psychologie pop », je me disais. Mais en creusant, j’ai compris que ce n’est pas une métaphore. C’est une description précise de ce qui se passe dans notre système nerveux. Tu as déjà vécu ça : tu es en pleine réunion, tu dois prendre la parole, et soudain une petite voix intérieure te dit : « Ne dis rien, tu vas te ridiculiser. » Cette voix, c’est une partie. Elle s’appelle souvent « le critique », « le perfectionniste », ou « le protecteur ». Son job ? T’éviter la honte, le rejet, la douleur. Le problème, c’est qu’elle fait son boulot trop bien. Elle te coupe de ta spontanéité, de ta créativité, de ta capacité à oser.
Dans l’IFS, on distingue trois grands types de parties. Les exilés : ce sont les parties blessées, souvent jeunes, qui portent les souvenirs douloureux – une humiliation à l’école, une séparation, un manque d’amour. Elles sont « exilées » parce que leur douleur est trop forte pour être vécue consciemment. Ensuite, il y a les protecteurs : ce sont les parties qui agissent pour que tu ne ressentes plus jamais la douleur des exilés. Le critique intérieur est un protecteur. L’anxiété aussi. La colère de Marc aussi. Enfin, il y a les gestionnaires : des protecteurs plus subtils, qui organisent ta vie pour éviter les situations à risque – comme le manager qui planifie tout, ou le « people pleaser » qui dit oui à tout.
Quand tu vis une situation difficile aujourd’hui – une remarque de ton chef, un regard de travers, un silence – ce n’est pas l’adulte rationnel qui réagit. C’est une partie protectrice qui active une vieille stratégie, mise en place quand tu avais 8 ans, 15 ans, ou 25 ans. Elle fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Elle est peut-être maladroite, excessive, épuisante, mais son intention est bonne. La clé de l’IFS, c’est de ne pas la combattre. C’est de lui dire : « Je te vois. Je te remercie. Maintenant, laisse-moi aller voir qui tu protèges. »
“Les parties ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des êtres intérieurs à rencontrer. Quand on les écoute vraiment, elles déposent leur fardeau et se transforment en alliées.” — Richard Schwartz
Si l’IFS ne parlait que de parties, ce serait juste une jolie théorie de plus. Mais il y a un élément central qui change tout : le Soi. Le Soi, ce n’est pas une partie. C’est ton essence. C’est ce qui reste quand toutes tes parties se calment. Tu as déjà vécu un moment de clarté totale, où tout était fluide, où tu te sentais en paix, confiant, créatif ? C’était le Soi. Schwartz a identifié huit qualités du Soi : la compassion, la curiosité, la confiance, le courage, le calme, la clarté, la créativité et la connexion. Ce sont des ressources naturelles, innées. Elles ne sont pas à construire, juste à retrouver.
Le problème, c’est que quand une partie protectrice est très activée – par exemple, une anxiété intense – elle prend le contrôle. On dit qu’elle « fusionne » avec toi. Tu deviens littéralement l’anxiété. Tu ne peux plus penser à autre chose. Tu es dans la réaction, pas dans la réponse. L’IFS t’apprend à « décroître » de cette fusion. Pas en supprimant l’anxiété, mais en prenant une position de « Soi » vis-à-vis d’elle. Concrètement, je t’invite à te tourner vers ta partie anxieuse avec curiosité : « Qu’est-ce que tu ressens ? Qu’est-ce que tu veux que je sache ? Depuis quand es-tu là ? » Quand tu fais ça, quelque chose de magique se produit : la partie se détend. Elle se sent entendue. Et toi, tu retrouves un espace intérieur de calme.
Je me souviens d’une jeune femme que j’ai accompagnée, Laura, 34 ans, graphiste. Elle venait pour des crises d’angoisse qui la paralysaient avant chaque présentation client. Elle avait tout essayé : la respiration, les fleurs de Bach, la thérapie cognitivo-comportementale. Rien ne tenait. En séance, je lui ai proposé de fermer les yeux et de se tourner vers sa peur. Au début, elle a dit : « C’est une boule noire dans ma poitrine. » Je lui ai demandé de lui parler avec curiosité. Après quelques minutes, elle a dit : « Elle me dit qu’elle a peur que je fasse une erreur et que tout le monde se moque de moi. » Puis, en allant plus loin : « Je crois qu’elle se souvient de la fois où ma mère m’a crié dessus devant toute la classe parce que j’avais oublié mon cahier. » Là, Laura a pleuré. Mais pas de tristesse. De soulagement. La partie s’est montrée. Elle a été vue. Et à partir de là, elle a commencé à se transformer.
L’IFS n’est pas une technique à appliquer mécaniquement. C’est un processus vivant. Mais pour te donner une idée concrète de ce qui se passe en séance, voici les grandes étapes que je suis avec les personnes que j’accompagne.
Étape 1 : Identifier et accueillir la partie. Tu arrives avec une plainte : « Je n’arrive pas à m’affirmer », « Je suis toujours fatigué », « Je me sens vide ». Je ne cherche pas à analyser pourquoi. Je t’invite à fermer les yeux et à porter ton attention sur la sensation ou l’émotion. Où est-ce que ça résonne dans ton corps ? Est-ce une tension, une chaleur, un poids ? Puis, je te demande : « Si cette sensation avait une voix, que dirait-elle ? » Souvent, la réponse est surprenante. Une personne qui dit « je suis déprimée » peut découvrir une partie qui dit « je suis triste parce que personne ne me comprend ». L’accueil, c’est ne pas juger. C’est dire : « Bonjour, je te vois. »
Étape 2 : Défusionner et dialoguer. Une fois que la partie est identifiée, on ne cherche pas à la changer. On l’écoute. Je pose des questions : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu ne fais pas ton travail ? » « Quel âge as-tu ? » « De quoi as-tu besoin ? » Parfois, la partie est très jeune. Une partie de toi qui a été blessée à 7 ans peut encore agir aujourd’hui. Elle ne sait pas que tu as grandi. Le dialogue permet de la rassurer : « Je suis là maintenant. Je peux m’occuper de toi. » C’est un peu comme si tu devenais le parent bienveillant de toi-même.
Étape 3 : Récupérer les qualités du Soi. Quand la partie protectrice se sent en sécurité, elle accepte de se retirer un peu. Et là, tu accèdes à l’exilé – la blessure originelle. C’est souvent émouvant, mais c’est là que la guérison a lieu. Tu n’as pas besoin de revivre la scène en détail. Tu as juste besoin d’être présent avec compassion. Ensuite, une fois que l’exilé a été entendu, une transformation se produit. La partie protectrice n’a plus besoin de faire son ancien job. Elle peut se reconvertir. Par exemple, le critique intérieur peut devenir un conseiller bienveillant. L’anxiété peut devenir une vigilance douce. La colère peut devenir une force d’affirmation.
“Quand tu libères une partie de son fardeau, elle ne disparaît pas. Elle se transforme en une ressource précieuse, au service de ta vie.”
Tu as peut-être déjà essayé des thérapies. Peut-être que tu as fait de la TCC, de la psychanalyse, ou des séances de développement personnel. Et peut-être que ça t’a aidé, un peu, mais que la blessure profonde est restée. Pourquoi ? Parce que beaucoup d’approches essaient de changer ou supprimer les symptômes. Elles disent : « Arrête de penser comme ça », « Remplace cette croyance par une autre », « Respire et ça passera ». Mais une partie protectrice ne se laisse pas convaincre par la logique. Elle est là pour te protéger d’une douleur qu’elle croit insurmontable. Tant qu’elle n’a pas été entendue, elle continuera son travail, quitte à le faire dans l’ombre.
L’IFS, lui, ne force rien. Il ne juge pas. Il ne dit pas que ta colère est « mauvaise » ou que ton anxiété est « irrationnelle ». Il dit : « Tu as tes raisons. Raconte-moi. » Et cette simple posture de respect désarme les protections. C’est pour ça que l’IFS est particulièrement efficace avec les traumatismes complexes, les dépendances, les troubles alimentaires, et les schémas relationnels répétitifs. Il ne s’attaque pas au symptôme. Il s’attaque à la cause : la partie blessée qui a besoin d’être aimée.
Je pense à Philippe, un sportif de haut niveau que j’ai suivi en préparation mentale. Il courait le marathon, mais il était bloqué sur un temps. À chaque compétition, il craquait mentalement dans les 10 derniers kilomètres. On a travaillé avec l’IFS sur sa « partie performante », celle qui exigeait la perfection. En dialoguant avec elle, on a découvert qu’elle protégeait un exilé : un petit garçon qui s’était senti nul après une défaite au collège devant son père. Une fois que cette blessure a été accueillie, la partie performante s’est détendue. Philippe a couru son meilleur temps trois semaines plus tard. Pas parce qu’il s’est entraîné plus dur, mais parce qu’il a libéré une ressource intérieure.
Je ne veux pas te vendre une illusion. L’IFS n’est pas une solution miracle. Il demande un engagement. Tu ne vas pas guérir en une séance. Les blessures profondes – surtout celles liées à des traumatismes – ont besoin de temps et d’un cadre sécurisé. Parfois, une partie est tellement verrouillée qu’elle ne se montre pas tout de suite. Parfois, le Soi est tellement submergé qu’on a besoin d’abord de stabiliser le système. L’IFS n’est pas non plus adapté à tout le monde : si tu es en pleine crise psychotique, ou si tu as besoin d’une prise en charge médicale urgente, ce n’est pas l’outil prioritaire.
Mais pour la majorité des adultes qui souffrent de ce que j’appelle « la blessure ordinaire » – l’anxiété, la dévalorisation, les conflits relationnels, la fatigue émotionnelle – l’IFS offre une voie puissante. Il ne te promet pas de ne plus jamais souffrir. Il te promet de souffrir moins longtemps, et de comprendre pourquoi. Il te promet de transformer tes ennemis intérieurs en alliés. Et ça, c’est immense.
Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour expérimenter l’IFS. Voici un petit exercice que tu peux faire seul, chez toi, ce soir.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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