3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une solution concrète pour accueillir la colère.
Vous êtes assis dans mon bureau, les poings serrés. Vous me dites que cette colère, elle vous gâche la vie. Qu’elle surgit sans prévenir, dans la file d’attente du supermarché, au téléphone avec votre conjoint, ou devant un énième email professionnel mal tourné. Vous avez essayé de la contrôler, de la raisonner, de la faire taire. Parfois, vous avez explosé, et vous en avez honte. D’autres fois, vous l’avez avalée, et elle s’est transformée en une boule au creux du ventre, en insomnies, en une fatigue qui ne vous quitte pas.
Je comprends. Pendant longtemps, j’ai moi-même cru que certaines émotions étaient des ennemies à abattre. La colère, surtout. On nous apprend qu’elle est dangereuse, qu’elle est la marque d’un manque de contrôle, qu’il faut la dompter comme un fauve. Mais si je vous disais que votre colère n’est pas un fauve ? Qu’elle est plutôt un messager, épuisé d’avoir cogné à une porte qui refuse de s’ouvrir ? C’est là que l’IFS, l’Internal Family Systems, entre en jeu. Cette approche a changé ma pratique à Saintes, et elle a changé la vie de beaucoup des personnes qui viennent me voir.
L’IFS part d’une idée simple, presque révolutionnaire : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties », comme une famille intérieure. Vous avez une partie qui critique, une qui cherche à contrôler, une qui se renferme, une qui veut fuir, et oui, une partie qui se met en colère. Le problème, ce n’est pas d’avoir ces parties. Le problème, c’est qu’on les confond avec qui on est vraiment. On devient « quelqu’un de colérique », au lieu de voir qu’on a une partie en colère qui essaie de nous protéger.
Dans cet article, je vais vous montrer comment cesser de lutter contre vos émotions, et comment les transformer en alliées. Pas par une formule magique, mais par un changement de regard profond, concret, que vous pouvez commencer à expérimenter dès aujourd’hui. Nous allons explorer pourquoi la colère est si mal comprise, comment l’IFS vous permet de l’accueillir sans vous y perdre, et ce que vous pouvez faire, maintenant, pour entamer ce dialogue intérieur.
Prêt à rencontrer cette partie de vous qui crie ? Pas pour la faire taire, mais pour l’écouter, enfin.
Avant de parler de solution, il faut déconstruire un mythe. On entend souvent : « Il faut exprimer sa colère, sinon elle fait des dégâts. » Ou l’inverse : « Il faut la maîtriser, c’est une faiblesse. » Ces deux positions sont des impasses, et je les ai vécues en séance des centaines de fois.
Prenons l’exemple de Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Marc est un compétiteur. Sur la piste, il se bat pour chaque seconde. Mais dans sa vie personnelle, dès que quelqu’un le contredit, une chaleur monte dans sa poitrine. Il se sent attaqué. Sa réaction ? Soit il explose et dit des mots qu’il regrette, soit il serre les dents et rumine pendant des heures, ce qui ruine sa concentration et son sommeil. Il pensait que le problème, c’était son caractère. « Je suis trop nerveux », disait-il.
En réalité, sa colère était une alarme. Une alarme qui sonnait fort parce qu’elle avait été ignorée trop longtemps. Imaginez un détecteur de fumée qui se déclenche parce que vous avez brûlé une tartine. Vous ne jetteriez pas le détecteur, n’est-ce pas ? Vous ouvririez la fenêtre, vous éteindriez le feu, et vous remercieriez l’appareil de vous avoir prévenu. Avec la colère, c’est pareil. Elle signale qu’une limite a été franchie, qu’un besoin n’est pas respecté, qu’une vieille blessure a été touchée.
Le problème, c’est qu’on a appris à avoir peur de cette alarme. On l’associe à la violence, à la perte de contrôle. Alors on la coupe, on la réprime, on l’anesthésie avec du travail, de l’alcool, ou des distractions. Mais couper l’alarme ne répare pas l’incendie. Le feu continue de couver à l’intérieur. Et un jour, il ressort, plus fort, souvent sur la mauvaise personne (votre conjoint, vos enfants, vous-même).
L’IFS nous apprend que la colère est presque toujours portée par une partie de nous qui a un rôle protecteur. Elle n’est pas là pour nuire. Elle est là pour vous défendre. Elle est peut-être apparue dans l’enfance, parce que vous n’aviez pas les mots pour dire non, parce qu’on ne vous écoutait pas, parce que vous deviez vous faire respecter. Cette partie a pris le relais, et elle continue de le faire aujourd’hui, même si la situation a changé. Elle ne sait pas qu’elle peut lâcher prise. Elle croit qu’elle doit encore monter la garde.
« La colère n’est pas l’ennemi. Elle est le gardien d’une porte que vous n’avez jamais eu le courage d’ouvrir. » — Une de mes patientes, après une séance d’IFS.
Comprendre cela, c’est déjà désamorcer la moitié de la tension. Vous n’êtes plus un « colérique ». Vous êtes une personne qui a une partie colérique, qui fait de son mieux pour vous protéger. Et cette partie mérite votre curiosité, pas votre rejet.
Pour que ce soit concret, il faut que je vous parle du modèle IFS tel qu’il a été développé par Richard Schwartz. Votre psyché est composée de trois catégories d’entités : les Exilés, les Protecteurs (qui sont Managers ou Pompiers), et le Soi.
Les Exilés sont des parties jeunes, vulnérables. Elles portent les souvenirs douloureux : la honte, la peur, la solitude, le sentiment de ne pas être aimable. Ce sont les parties que vous avez appris à cacher, parfois depuis l’enfance. Un exilé, c’est ce petit vous qui a été humilié en classe, qui s’est senti abandonné par un parent, qui a cru qu’il fallait être parfait pour être aimé. Ces parties sont souvent « exilées » dans l’inconscient, parce que leur douleur est trop lourde à porter.
Les Protecteurs sont là pour empêcher ces exilés de refaire surface. Ils sont en première ligne. Il y a deux sortes de protecteurs :
Les Managers : Ce sont les parties qui anticipent, contrôlent, planifient. Ce sont elles qui vous disent : « Sois fort », « Ne montre pas tes faiblesses », « Travaille plus », « Sois irréprochable ». Leur but est de maintenir l’ordre et d’éviter que les exilés ne soient exposés. C’est le manager qui vous pousse à tout préparer à la perfection, qui vous empêche de dire non par peur du conflit, qui vous fait sourire alors que vous êtes triste.
Les Pompiers : Ce sont les parties qui agissent en urgence. Quand un exilé est activé (par une critique, un rejet, un souvenir), le pompier débarque pour éteindre l’incendie. N’importe comment. Ça peut être la crise de colère, l’envie irrépressible de manger du sucre, de scroller sur les réseaux pendant des heures, de boire un verre de trop, ou de se dissocier devant une série. Le pompier ne réfléchit pas. Il veut juste que la douleur cesse, immédiatement.
Et au centre de tout cela, il y a le Soi. Le Soi n’est pas une partie. C’est votre essence, votre moi profond et calme. Il possède des qualités naturelles : la compassion, la curiosité, la confiance, le courage, la créativité, la connexion, la clarté. Le problème, c’est que quand les protecteurs sont très actifs (manager qui contrôle, pompier qui explose), le Soi est recouvert, comme un ciel bleu caché par des nuages d’orage. L’objectif de l’IFS n’est pas de se débarrasser des parties, mais de libérer le Soi pour qu’il puisse les guider.
Alors, où se situe votre colère dans tout ça ? Elle est presque toujours un Pompier. Elle arrive comme un bulldozer pour faire taire une vulnérabilité. La prochaine fois que vous sentez la moutarde vous monter au nez, posez-vous cette question : « Qu’est-ce que ma colère essaie de me cacher ? » Juste en dessous, il y a souvent un exilé : la peur d’être rejeté, la tristesse de ne pas être entendu, la honte de ne pas être à la hauteur.
Je ne vais pas vous dire de « lâcher prise » ou de « respirer un grand coup ». Ces conseils sont souvent inefficaces parce qu’ils s’adressent à la partie raisonnable de votre cerveau, alors que la colère est une réaction bien plus ancienne et automatique. L’IFS propose une méthode plus fine, que j’utilise en séance avec mes patients et dans mon travail de préparateur mental avec des sportifs de haut niveau.
Voici un protocole que vous pouvez essayer chez vous, en toute sécurité. L’idée n’est pas de supprimer la colère, mais de l’accueillir comme une partie de vous, de la regarder avec curiosité.
Étape 1 : Reconnaître la présence de la partie
Au lieu de vous identifier à la colère (« Je suis en colère »), dites-vous : « Je remarque qu’une partie de moi est en colère. » Ce simple changement de langage crée une distance. Vous n’êtes plus la colère, vous êtes celui qui l’observe. C’est le début de la différenciation. Vous pouvez même lui donner une forme, une couleur, une texture. Est-ce une boule rouge dans votre poitrine ? Un poing serré ? Une chaleur dans votre nuque ? Notez-la.
Étape 2 : Ressentir l’émotion dans le corps sans la juger
Restez avec cette sensation physique. Ne cherchez pas à la chasser. Ne cherchez pas à l’amplifier non plus. Juste, respirez doucement et restez présent à cette zone de tension. C’est difficile, je sais. Votre pompier voudra agir : crier, taper du poing, ou au contraire se figer. Dites-lui : « Je te vois. On va y aller doucement. » L’idée est de ressentir l’émotion dans le corps, pas de la vivre dans l’histoire qui l’accompagne (« Il m’a manqué de respect », « C’est toujours pareil »). Laissez l’histoire de côté pour l’instant. Concentrez-vous sur la sensation.
Étape 3 : Contacter la curiosité du Soi
Maintenant, posez des questions à cette partie. Utilisez votre curiosité naturelle. Pas de jugement. Juste une envie sincère de comprendre. Vous pouvez lui parler intérieurement :
Soyez patient. La réponse peut ne pas venir en mots. Peut-être ressentirez-vous une image, un souvenir, une sensation qui s’intensifie ou se relâche. C’est la partie qui vous répond. Parfois, elle vous montrera un souvenir précis : une fois où on vous a humilié, où vous avez dû vous défendre. Remerciez-la de vous montrer cela.
Étape 4 : Accueillir ce qui se cache derrière
Souvent, quand la colère se calme un peu, quelque chose d’autre apparaît. Une tristesse. Une peur. Une fatigue immense. C’est l’exilé. C’est la vulnérabilité que le pompier protégeait. Par exemple, la colère de Marc, le coureur, cachait une peur panique de ne pas être respecté, qui remontait à son adolescence, où il se sentait invisible. Quand il a pu ressentir cette peur, sa colère a perdu de son intensité. Il n’avait plus besoin de se battre contre tout le monde. Il pouvait simplement dire : « Là, j’ai besoin qu’on m’écoute. »
Étape 5 : Rassurer la partie protectrice
Une fois que vous avez touché la vulnérabilité, il est crucial de revenir vers la partie colérique et de la remercier. Dites-lui : « Merci d’avoir pris soin de moi toutes ces années. Je comprends maintenant ce que tu protégeais. Je suis là, maintenant, pour m’occuper de cette peur. Tu peux te reposer. » Ce n’est pas un adieu. C’est une libération de son rôle. Vous lui dites que vous avez repris le volant, que le Soi est aux commandes.
Ce processus peut prendre 5 minutes comme 20 minutes. Il ne remplace pas un accompagnement thérapeutique si les émotions sont très fortes, mais c’est un outil puissant pour commencer à désamorcer les réactions automatiques.
Vous vous demandez peut-être pourquoi, en tant que préparateur mental, j’utilise cette approche pour des coureurs et des footballeurs. Parce que le sport de haut niveau est un révélateur impitoyable de nos parties. La pression, la compétition, l’échec public. Tout cela active les protecteurs en un clin d’œil.
Prenons un footballeur que j’accompagne. Appelons-le Antoine. Antoine est un milieu de terrain talentueux, mais il a un problème : quand il rate une passe ou qu’il est sifflé, il s’effondre mentalement pendant 10 minutes. Il devient irritable, il fait des fautes, il perd sa lucidité. On pourrait dire qu’il manque de « gestion des émotions ». Mais en IFS, on voit autre chose.
Son manager intérieur lui dit : « Tu dois être parfait, tu n’as pas le droit à l’erreur. » Quand il rate, son exilé (la honte, la peur d’être rejeté par l’équipe) est activé. Alors son pompier débarque : la colère contre l’arbitre, contre l’adversaire, contre lui-même. Il explose.
Si on se contente de lui apprendre à « respirer », on ne fait que calmer le pompier. Mais le pompier reviendra, parce que l’exilé est toujours en souffrance. Avec l’IFS, on va directement à la source. On va accueillir cette partie de lui qui a peur de décevoir, ce petit Antoine qui, enfant, avait besoin de la reconnaissance de son père.
Quand Antoine a pu, en séance, se connecter à cette partie vulnérable et lui apporter la sécurité qu’elle n’avait jamais eue, sa colère sur le terrain a radicalement diminué. Il ne s’agit plus de « contrôler » sa colère, mais de ne plus en avoir besoin. Il peut maintenant rater une passe, sentir une pointe de frustration, et se dire : « C’est bon, la partie qui veut être parfaite est un peu déçue, mais je suis là, je gère. » Il retrouve sa fluidité, sa créativité.
« Ce n’est pas en combattant vos démons que vous gagnez la partie. C’est en apprenant à les aimer, un par un. » — Richard Schwartz, créateur de l’IFS.
Ce mécanisme est exactement le même pour vous, dans votre vie professionnelle ou familiale. Que vous soyez dirigeant d’entreprise, parent, ou artiste. La colère est un indicateur. Elle vous montre où sont vos blessures non guéries. Et c’est une formidable opportunité de guérison, si on accepte de l’écouter.
L’enthousiasme est bon, mais il faut être lucide. L’IFS n’est pas une baguette magique. C’est un travail de fourmi. Voici les trois pièges les plus fréquents que je vois
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.