3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un protocole IFS pas à pas pour guérir les souvenirs.
Je vais vous raconter l’histoire de Maxime. La quarantaine, cadre commercial, il est venu me voir parce qu’il « pétait les plombs » au travail dès qu’un client le contredisait. Pas de colère explosive, non. Plutôt une espèce de repli glacial, un silence qui durait des heures, suivi d’une culpabilité écrasante. « Je sais que c’est disproportionné, Thierry, mais sur le moment, c’est comme si un enfant de cinq ans prenait le contrôle. »
Maxime n’avait pas tort. Et si je vous disais que cette partie de lui, ce « petit Maxime », n’était pas un problème à éliminer, mais une partie blessée qui avait besoin qu’on s’adresse à elle d’une manière spécifique ?
L’idée d’un « enfant intérieur » peut sembler un peu new age, voire simpliste. Pourtant, c’est l’une des clés les plus solides pour comprendre pourquoi nous répétons des schémas qui nous font souffrir, même quand notre cerveau adulte sait qu’ils ne sont plus adaptés. Dans cet article, je vais vous guider pas à pas à travers un protocole issu de l’IFS (Internal Family Systems), cette approche qui m’accompagne au quotidien avec les adultes que je reçois à Saintes. Vous allez apprendre à reconnaître, accueillir et décharger les souvenirs douloureux qui sont restés coincés dans votre système nerveux, sans vous submerger.
On ne va pas « tuer » cet enfant ni le faire taire. On va l’écouter, et lui rendre sa légèreté.
Avant de passer à l’action, il faut qu’on soit clairs sur un point : ce n’est pas de la poésie. Quand je parle d’« enfant intérieur », je ne fais pas référence à un petit personnage imaginaire qui vit dans votre poitrine. Je parle d’une partie de votre psyché qui s’est formée à un moment précis de votre développement, et qui est restée figée dans le temps.
Imaginez votre cerveau comme une maison. Dans cette maison, il y a des pièces du présent : votre bureau, votre salon, votre cuisine. Mais il y a aussi un sous-sol, avec des pièces qui datent de votre enfance. Les meubles y sont les mêmes, la lumière est tamisée, et l’horloge s’est arrêtée à 5, 8 ou 12 ans. Quand vous vivez une situation qui ressemble (même de loin) à une situation douloureuse de cette époque, votre système nerveux vous emmène directement dans cette pièce du sous-sol. Vous n’êtes plus un adulte de 35 ans face à son patron exigeant ; vous êtes un enfant de 7 ans face à un parent qui crie.
C’est ce qu’on appelle un souvenir activé. Ce n’est pas un simple « je me rappelle que ». C’est une réactivation somatique : votre cœur s’accélère, votre ventre se serre, votre gorge se noue, vous avez envie de disparaître. Votre corps réagit comme si le danger était réel, ici et maintenant.
La thérapie IFS (que j’utilise quasi quotidiennement) nomme ces parties figées des « exilés ». Ce sont les parts de nous qui portent les émotions trop douloureuses pour être digérées à l’époque : la honte, la peur, la solitude, l’humiliation, le sentiment d’abandon. Pour survivre, on a développé d’autres parties – des « managers » (ceux qui contrôlent, planifient, anticipent) et des « pompiers » (ceux qui agissent en urgence pour éteindre l’incendie émotionnel avec de la nourriture, de l’alcool, de l’écran, de la colère). Le problème, c’est que ces managers et pompiers sont souvent épuisants et qu’ils nous coupent de notre vraie vitalité.
Le but du protocole qui suit n’est pas de faire disparaître l’enfant intérieur. C’est de libérer la charge émotionnelle qui le maintient prisonnier de ce souvenir. Une fois libéré, l’enfant peut grandir, et vous pouvez retrouver votre énergie d’adulte.
On ne peut pas parler à un enfant qui a peur si on est nous-mêmes en panique. La première chose à faire, celle que je répète le plus souvent à mes patients, c’est : « Ne sautez pas dans la fosse aux lions. »
Quand une émotion vous submerge (une bouffée de colère, une vague de tristesse, une angoisse soudaine), votre premier réflexe est souvent de lutter contre, de la juger ou de vous distraire. C’est normal. Mais pour parler à l’enfant intérieur, il faut d’abord retrouver un état de calme relatif.
En IFS, on appelle cet état le « Self » . Ce n’est pas une partie de vous, c’est votre essence : une présence calme, curieuse, confiante, compatissante, créative, courageuse, connectée et claire. Vous avez déjà expérimenté cet état : ce moment où, après une bonne nuit de sommeil ou une promenade en forêt, vous regardez un problème avec lucidité et sans être submergé.
Exercice pratique immédiat :
Si vous sentez une résistance (« Oui mais ça me stresse »), dites simplement à cette résistance : « Je te vois. Merci. Je te demande juste de t’écarter un tout petit peu pour que je puisse regarder ce qui se passe. »
Vous venez de créer un espace. Un espace où vous êtes présent, pas en réaction. C’est à partir de cet espace que vous allez pouvoir tendre la main à l’enfant.
L’enfant intérieur n’est pas une idée, c’est une sensation. Pour communiquer avec lui, il faut d’abord le localiser physiquement. C’est contre-intuitif, mais les souvenirs traumatiques ne sont pas stockés dans la tête sous forme de récit ; ils sont stockés dans le corps sous forme de tensions, de nœuds, de chaleur, de froid, de picotements.
Pendant que vous êtes dans votre espace calme (l’étape 1), ramenez à votre esprit une situation récente qui vous a fait réagir de manière disproportionnée. Par exemple : « Quand mon collègue m’a coupé la parole en réunion, j’ai eu une bouffée de chaleur et j’ai eu envie de pleurer. »
Maintenant, ne pensez pas à la situation. Pensez à la sensation qu’elle a laissée dans votre corps.
Ne cherchez pas à analyser. Cherchez à percevoir. Vous localisez une partie de votre psyché qui est incarnée. C’est elle que vous allez inviter à parler.
Exemple concret : Un patient (appelons-le Julien) sentait toujours une boule dure, froide, grise, dans le bas du ventre quand il était en désaccord avec sa compagne. « C’est comme une pierre de glace », disait-il. Cette pierre, c’était son enfant intérieur qui s’était figé à 6 ans, quand il avait appris qu’exprimer un besoin entraînait le rejet.
Votre travail maintenant : trouvez votre pierre. Votre nœud. Votre vide. Et respirez doucement en direction de cet endroit, sans vouloir le dissoudre.
C’est le cœur du protocole. Vous allez maintenant dialoguer avec cette sensation, comme si c’était une personne. Pas une personne extérieure, mais une part de vous qui a besoin d’être entendue. Le piège serait de commencer à lui donner des leçons (« Tu n’as pas raison d’avoir peur »). Non. Vous allez juste poser des questions, avec une curiosité bienveillante.
Vous pouvez lui parler à voix haute, dans votre tête, ou écrire les réponses. Je préfère souvent le dialogue intérieur, car il est plus direct.
Voici les questions à poser à cette partie, dans l’ordre. Prenez votre temps entre chaque question.
1. « Est-ce que tu veux bien que je fasse connaissance avec toi ? » C’est une question de permission. Si vous sentez un « non » ou un « bof », dites : « D’accord, je te remercie de me l’avoir dit. Je suis là. Je ne vais nulle part. » Le simple fait de respecter son refus crée une sécurité.
2. « Quel âge as-tu ? » Laissez venir un âge, une image, une sensation. Ne forcez pas. Parfois, c’est un âge précis (7 ans). Parfois, c’est une période (entre 4 et 6 ans). Parfois, c’est juste « petit ».
3. « Que ressens-tu en ce moment, à l’intérieur ? » Pas un récit. Une émotion. « Peur », « tristesse », « colère », « solitude », « honte ». Accueillez cette émotion comme une mère accueille son enfant qui pleure : « Je vois que tu as peur. C’est très dur d’avoir peur comme ça. »
4. « Que crois-tu qu’il va se passer si tu arrêtes de faire ce que tu fais ? » C’est la question la plus puissante. La partie a un rôle protecteur. Par exemple, la partie qui vous pousse à vous isoler croit que si vous vous montrez vulnérable, vous serez rejeté. La partie qui vous pousse à travailler 12h par jour croit que si vous ralentissez, vous serez un échec. Demandez-lui : « Quel est ton travail ? Qu’est-ce que tu essaies de m’éviter ? »
5. « Depuis quand fais-tu ce travail pour moi ? » La réponse est souvent : « Depuis toujours », ou un souvenir d’enfance précis. Ce n’est pas grave si vous ne voyez pas le souvenir. Le simple fait de poser la question permet à la partie de se sentir reconnue.
Exemple de dialogue (tiré de mon cabinet) : Moi : « Et cette boule dans le ventre, quel âge a-t-elle ? » Patient : « 7 ans. » Moi : « Que ressent-elle ? » Patient : « De la peur. Une peur de ne pas être aimé si je dis non. » Moi : « Que croit-elle qu’il va se passer si tu dis non ? » Patient : « Que l’autre partira. Qu’il sera en colère. Qu’il ne m’aimera plus. » Moi : « Et depuis quand fait-elle ce travail pour toi ? » Patient : (Long silence) « Depuis que ma mère est partie en claquant la porte quand j’avais 7 ans, parce que je ne voulais pas finir mon assiette. »
Le souvenir n’est pas forcément « vrai » au sens factuel. Il est vrai émotionnellement. Et c’est ça qui compte.
Vous avez dialogué. La partie s’est sentie vue. Maintenant, il faut l’aider à décharger l’émotion qu’elle porte depuis si longtemps. C’est l’étape la plus délicate, car elle nécessite de ne pas se laisser submerger. Si vous sentez que l’émotion devient trop forte (vous pleurez de manière incontrôlable, vous paniquez), arrêtez-vous, respirez, revenez à votre espace calme (l’étape 1). Vous n’êtes pas en train de « rouvrir la plaie », vous êtes en train de la nettoyer, mais il faut le faire à votre rythme.
Technique simple : l’accueil somatique.
Le moment clé : Quand la partie commence à se détendre, vous pouvez lui demander : « De quoi as-tu besoin maintenant ? » La réponse est souvent simple : « Que tu me prennes dans tes bras. » « Que tu me dises que je suis en sécurité. » « Que tu me dises que ce n’était pas de ma faute. »
Faites-le. Littéralement. Mettez votre main sur votre cœur. Dites-vous ces mots à voix haute. C’est votre enfant intérieur qui les reçoit. Ne sous-estimez pas la puissance de ce geste. Votre cerveau ne fait pas la différence entre une caresse venant de quelqu’un d’autre et une caresse que vous vous donnez.
« Le véritable acte de guérison n’est pas de comprendre pourquoi on souffre, mais de tenir la main de celui qui souffre en nous. »
Une fois que la charge émotionnelle s’est dissipée (vous sentez un apaisement, un relâchement, une chaleur), il reste une étape cruciale : redonner à cette partie sa place et ses qualités.
L’enfant intérieur blessé n’est pas qu’un réservoir de douleur. Avant d’être blessée, cette partie était innocente, curieuse, spontanée, pleine de vie, créative, confiante. La blessure a recouvert ces qualités. La guérison, c’est gratter la couche de douleur pour retrouver le trésor en dessous.
Questions pour cette phase :
C’est une forme de délégation. Vous dites à cette partie : « Merci d’avoir fait ce boulot si dur pendant toutes ces années. Mais aujourd’hui, j’ai 35 ans. Je suis capable. Tu peux lâcher la garde. Je prends le relais. »
Vous récupérez ainsi votre énergie. La partie qui était bloquée dans la survie peut maintenant se transformer en ressource. Cette partie de vous qui se repliait peut devenir votre capacité à être calme et posé. Cette partie qui se mettait en colère peut devenir votre force de dire non quand c’est nécessaire, sans exploser.
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À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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