3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Apprenez à contacter cette essence sereine qui est en vous.
Vous arrive-t-il de vous sentir complètement débordé par vos émotions, comme si une vague de colère, d’anxiété ou de tristesse vous submergeait sans que vous puissiez faire quoi que ce soit pour l’arrêter ? Peut-être que vous vous reconnaissez dans ce moment où, après une journée de travail éprouvante, vous rentrez chez vous et vous surprenez à crier sur vos proches pour une broutille, ou à passer une heure à ruminer une remarque anodine d’un collègue. Ou alors, vous êtes plutôt du genre à vous sentir paralysé avant une réunion importante, le cœur qui bat, les mains moites, et une petite voix intérieure qui vous répète que vous n’êtes pas à la hauteur.
Ces expériences sont humaines, universelles même. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est qu’elles ne sont pas vous. Pas entièrement. Derrière ces tempêtes émotionnelles, il existe une présence calme, stable, confiante, qui observe tout cela sans être emportée. En thérapie IFS (Internal Family Systems), on appelle cela le Soi. Et la bonne nouvelle, c’est que ce Soi n’est pas un concept lointain ou un idéal inaccessible. Il est déjà là, en vous, même si vous ne l’avez jamais rencontré. Cet article va vous montrer comment le reconnaître, le contacter, et commencer à lui faire confiance.
Quand je reçois une personne pour la première fois dans mon cabinet à Saintes, elle arrive souvent avec un sentiment de fragmentation intérieure. « Je ne me comprends pas », « Je fais toujours les mêmes erreurs », « J’ai l’impression d’être plusieurs personnes en une ». Et elle a raison, d’une certaine manière. L’IFS postule que notre psyché est composée de différentes « parties », des sous-personnalités qui se sont formées pour nous protéger ou nous aider à survivre.
Prenons l’exemple de Julien, un cadre commercial que j’ai accompagné l’an dernier. Il venait pour une anxiété chronique qui l’empêchait de prendre la parole en public, alors que son métier l’exigeait. En explorant ses ressentis, on a découvert plusieurs parties : un Perfectionniste qui lui dictait qu’il devait être irréprochable, un Critique intérieur qui jugeait chaque mot qu’il prononçait, et un Protecteur qui se manifestait par une boule dans la gorge dès qu’il devait s’exprimer – comme pour l’empêcher de parler et donc d’échouer.
Ces parties sont bruyantes, insistantes, et souvent douloureuses. Elles occupent tout l’espace mental. Alors, quand on vous dit qu’il y a un « Soi » calme et confiant derrière tout ça, vous avez du mal à y croire. C’est normal. C’est comme si on vous disait que sous le brouillard d’une ville polluée, il y a un ciel bleu. Vous ne le voyez pas, vous ne le sentez pas, mais il est là. Le problème, c’est que les nuages (vos parties) vous cachent la vue.
Le Soi n’est pas quelque chose à construire ou à gagner. C’est quelque chose à découvrir, à déterrer sous les couches de protections que vous avez mises en place.
Le premier obstacle, c’est donc la confusion : vous êtes tellement identifié à vos parties que vous croyez qu’elles sont vous. Quand la partie anxieuse est activée, vous êtes anxieux. Quand la partie en colère prend le dessus, vous êtes en colère. Mais l’IFS nous apprend une distinction fondamentale : vous n’êtes pas vos parties. Vous êtes le Soi qui peut les observer, les écouter, et les guider. Et ce Soi possède des qualités naturelles : la curiosité, la calme, la confiance, la compassion, le courage, la clarté, la créativité et la connexion. Ce sont les « 8 C » de l’IFS.
C’est la question que tout le monde se pose. Et c’est une excellente question, car elle montre que vous êtes déjà en train de chercher à faire la différence. Voici une astuce simple que j’utilise avec mes patients : le Soi ne vous fait pas sentir petit, honteux ou en danger.
Imaginez que vous êtes sur le point de commettre une erreur. Si une voix intérieure vous dit : « Tu es nul, tu vas encore tout faire rater, tu n’aurais jamais dû essayer », ce n’est pas votre Soi. C’est une partie (souvent un critique ou un protecteur) qui essaie de vous contrôler par la peur ou la honte. Le Soi, lui, dirait quelque chose comme : « Je vois que tu as peur. C’est compréhensible. Qu’est-ce qui te ferait du bien maintenant ? » Ou simplement : « Observe ce qui se passe. Tu as le droit de faire une erreur. »
La différence est subtile mais fondamentale. Le Soi est une présence accueillante, pas jugeante. Il n’est pas en mode « solution » ou « réparation ». Il est en mode « présence » et « curiosité ». C’est un peu comme la différence entre un ami qui vous écoute vraiment, sans vous interrompre ni vous donner de conseils, et un ami qui vous dit « Arrête de pleurer, ce n’est pas grave, voilà ce que tu dois faire ».
Prenons un autre exemple concret. Sophie, une enseignante de 42 ans, venait me voir parce qu’elle se sentait constamment débordée par une fatigue émotionnelle. Elle avait une partie qu’on a appelée la Survivante : celle qui la poussait à en faire toujours plus, à ne jamais dire non, à sacrifier son sommeil pour préparer ses cours. Quand je lui ai demandé de se tourner vers cette partie, elle a ressenti une pression dans la poitrine et une voix qui disait : « Si tu t’arrêtes, tout va s’effondrer. Tu n’as pas le droit de te reposer. »
C’était une partie, pas son Soi. Le Soi, lui, s’est manifesté plus tard dans la séance, quand Sophie a pu prendre du recul. Elle a dit : « C’est étrange… De là où je suis maintenant, je vois cette fatigue, et je ressens de la compassion pour elle. Je n’ai plus envie de la combattre. Je veux juste l’écouter. » Ce changement de perspective – passer de l’identification à l’observation – c’est le signe que le Soi émerge.
Pour vous aider à faire la différence, voici un petit tableau mental que vous pouvez utiliser :
| Votre partie dit… | Votre Soi dit ou ressent… | | :--- | :--- | | « Tu es nul(le). » | « Je vois que tu as peur d’échouer. » | | « Il faut absolument que tu changes. » | « Je suis curieux(se) de savoir pourquoi tu agis ainsi. » | | « Je suis submergé(e). » | « Je suis là, je respire, je peux observer ce qui se passe. » | | « Je dois contrôler tout ça. » | « Je peux accueillir ça avec calme et confiance. » |
Vous vous demandez peut-être : « D’accord, mais comment je fais pour le contacter, ce fameux Soi ? » Il n’y a pas de formule magique, mais il existe des chemins fiables que j’enseigne à mes patients. En voici trois que vous pouvez expérimenter dès aujourd’hui.
1. La respiration comme point d’ancrage
C’est la porte la plus simple, mais pas la plus facile. Quand une émotion forte vous submerge, votre attention est capturée par la partie qui souffre. La respiration est un moyen de détourner doucement le projecteur. Essayez ceci : inspirez profondément pendant 4 secondes, retenez votre souffle 4 secondes, expirez lentement pendant 6 secondes. Pendant que vous expirez, imaginez que vous laissez tomber l’identification à l’émotion. Vous n’essayez pas de la faire disparaître. Vous créez juste un espace entre vous et elle.
Répétez-vous intérieurement : « Je ne suis pas cette colère. Je ne suis pas cette peur. Je suis celui/celle qui respire et qui observe. » Au bout de quelques cycles, vous sentirez peut-être une micro-pause, un petit espace de calme. C’est votre Soi qui commence à pointer le bout de son nez. Ne cherchez pas à le saisir. Contentez-vous de le remarquer.
2. La question qui change tout : « Qu’est-ce que je ressens envers cette partie ? »
L’IFS utilise une question clé pour vérifier si c’est le Soi qui parle. Quand vous identifiez une partie (par exemple, une partie anxieuse), demandez-vous : « Qu’est-ce que je ressens envers cette partie ? » Si la réponse est « Je la déteste », « Elle m’énerve », « Je veux qu’elle parte », c’est une autre partie qui répond. Vous êtes dans le jugement.
Maintenant, prenez une respiration et posez la question autrement : « Si je pouvais ressentir de la curiosité ou de la compassion pour cette partie anxieuse, qu’est-ce que je découvrirais ? » Laissez la réponse venir sans forcer. Souvent, vous sentirez un adoucissement. Vous réaliserez peut-être que cette partie anxieuse a peur pour vous, qu’elle essaie de vous protéger d’un danger passé. Cette simple reconnaissance – voir la peur derrière la peur – est un acte de Soi.
3. L’image du chef d’orchestre
J’aime proposer cette visualisation à mes patients sportifs, mais elle marche pour tout le monde. Imaginez votre esprit comme un orchestre. Chaque partie est un musicien : le violoniste perfectionniste, le batteur colérique, le flûtiste triste. Normalement, quand une partie est activée, elle joue tellement fort qu’elle couvre toutes les autres. L’orchestre est cacophonique.
Le Soi, lui, n’est pas un musicien. Il est le chef d’orchestre. Il n’a pas besoin de jouer. Il a juste besoin d’être présent, d’écouter chaque musicien avec attention, et de leur faire signe de jouer plus doucement ou de se taire un moment. Pour contacter votre chef d’orchestre intérieur, fermez les yeux et visualisez-vous debout face à votre orchestre intérieur. Ne cherchez pas à diriger. Contentez-vous d’observer les musiciens. Remarquez lequel joue le plus fort. Dites-lui mentalement : « Je te vois. Je t’entends. Merci de jouer pour moi. » Cet acte de reconnaissance calme souvent la cacophonie.
Il serait malhonnête de vous dire que contacter son Soi est toujours facile. Parfois, vous allez essayer les techniques ci-dessus et vous heurter à un mur. Vous allez ressentir une tension, un vide, ou une voix qui dit « Ça ne marche pas », « Je n’y arriverai jamais ». C’est normal. Ce n’est pas un échec, c’est une information précieuse.
En IFS, on appelle cela une partie bloquante. C’est une autre partie qui ne veut pas que vous contactiez votre Soi, parfois pour de très bonnes raisons. Par exemple, un patient nommé Marc avait une partie qu’on a appelée le Gardien. Chaque fois qu’il commençait à ressentir un peu de calme, le Gardien lui envoyait immédiatement une pensée anxiogène ou un souvenir désagréable. Pourquoi ? Parce que, dans son histoire, le calme était dangereux. Quand il était enfant, se calmer signifiait baisser la garde, et baisser la garde le rendait vulnérable aux abus. Le Gardien le protégeait donc en maintenant l’alerte permanente.
Si vous rencontrez un blocage, ne forcez pas. Au lieu de cela, tournez votre attention vers la partie qui bloque. Demandez-lui : « Qu’est-ce qui te fait peur si je me connecte à mon calme ? » ou « Que se passerait-il de terrible si je laissais le Soi prendre les rênes ? » Les réponses peuvent être surprenantes. Parfois, une partie a peur que le Soi soit trop mou, trop lent, ou qu’il vous fasse prendre des décisions irréfléchies. En l’écoutant, vous établissez une relation de confiance avec elle. Et c’est seulement quand elle se sent entendue et respectée qu’elle acceptera de lâcher un peu de terrain.
Le Soi n’est jamais absent. Il est juste parfois caché derrière des parties qui ont peur de lui laisser la place. Votre travail n’est pas de combattre ces parties, mais de les rassurer.
Un autre blocage courant est la fusion. Vous êtes tellement identifié à une partie que vous ne pouvez pas prendre de recul. Par exemple, si vous êtes en pleine crise de panique, il est presque impossible de dire « J’observe ma panique ». Vous êtes la panique. Dans ce cas, le seul travail possible est de survivre à la crise, puis, une fois l’orage passé, de revenir sur l’expérience avec curiosité. « Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui a déclenché ça ? » C’est là que le Soi peut intervenir, après coup, pour analyser et comprendre.
Assez de théorie. Voici un exercice que vous pouvez faire maintenant, ou ce soir quand vous serez au calme. Installez-vous confortablement, fermez les yeux, et suivez ces étapes.
Cet exercice est un entraînement. Plus vous le ferez, plus votre Soi deviendra fort et familier. Vous commencerez à reconnaître sa signature : un sentiment de calme, de légèreté, de bienveillance. Même si ce n’est que pendant quelques secondes, c’est une victoire.
Reconnaître votre Soi calme et confiant n’est pas un état permanent à atteindre. Ce n’est pas comme un interrupteur qu’on allume et qui reste allumé. C’est plutôt comme un muscle que vous entraînez. Certains jours, il sera fort et facile à solliciter. D’autres jours, il sera fatigué ou contracté. Et c’est parfaitement humain.
Ce que l’IFS vous offre, c’est une nouvelle relation avec vous-même. Au lieu de vous battre contre vos émotions ou de vous juger pour vos réactions, vous apprenez à devenir l’hôte accueillant de votre propre maison intérieure. Vous découvrez que sous le tumulte, il y a une présence qui n’a pas besoin de se prouver, qui n’a pas peur, et qui sait exactement ce dont vous avez besoin.
Si vous sentez que ce chemin résonne avec vous, si vous avez envie d’explorer plus profondément ces parties qui vous dirigent et d’apprendre à leur faire confiance, je suis là. Je ne propose pas de recettes miracles, mais un accompagnement sur mesure, avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS, pour vous aider à retrouver cette connexion à votre Soi. Comme je le dis souvent à mes patients : « Vous n’avez
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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Repérez ce qui vous empêche de ressentir votre présence intérieure.
Reconnaissez les signes d’un Self caché sous vos émotions.
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