3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Distinguer les parties protectrices de la vraie blessure.
Tu les entends presque tous les jours. Ces petites phrases qui te traversent l’esprit sans que tu les aies invitées : « Tu n’y arriveras jamais », « Là, tu t’es encore planté », « Les autres sont tellement meilleurs que toi », « Arrête de te faire remarquer, tu vas finir seul. »
Parfois, ce n’est même pas une phrase complète. Juste une sensation diffuse : un poids dans le ventre quand tu dois prendre la parole, une boule dans la gorge quand on te félicite, une tension dans les épaules quand tu envisages un nouveau projet.
Pendant des années, j’ai cru que ces voix étaient la vérité. Que c’était moi qui pensais ça, en toute lucidité. Que j’étais simplement lucide sur mes limites. Et toi, tu fais peut-être la même chose : tu les prends pour des diagnostics fiables. Sauf que ces voix critiques ne sont pas ta vérité. Ce sont des parties de toi qui essaient de te protéger.
Dans l’approche IFS (Internal Family Systems), on appelle ça des parties protectrices. Elles ne sont pas tes ennemies, même si elles ont la voix d’un tyran. Le souci, c’est qu’elles sont tellement bruyantes qu’elles t’empêchent d’accéder à ce qui se cache juste derrière : la vraie blessure de l’enfant que tu étais.
Je voudrais t’aider à faire la distinction. Parce que quand tu confonds la voix critique avec la blessure réelle, tu passes ton temps à négocier avec un gardien qui n’a pas les clés. Et tu n’arrives jamais à la source.
Je reçois beaucoup de personnes qui arrivent en séance en disant : « Je suis trop dur avec moi-même », « Je dois apprendre à être plus bienveillant ». Elles cherchent des techniques pour faire taire ce juge intérieur. Elles veulent le museler, le convaincre, le raisonner.
Mais voici ce que j’ai compris après des années de pratique : la voix critique n’est pas le problème, elle est la solution que ton système a trouvée pour survivre.
Prenons un exemple. J’ai accompagné un coureur amateur qui se préparait pour son premier marathon. Avant chaque séance d’entraînement, une voix lui répétait : « Tu vas craquer », « Tu n’as pas le niveau », « Les autres ont plus de talent ». Il pensait que cette voix était un obstacle à dépasser. Il essayait de la contrer par des affirmations positives. Ça marchait deux jours, puis la voix revenait, plus forte.
Quand on a exploré cette voix en IFS, on a découvert qu’elle était apparue à l’adolescence, après une humiliation publique en cours d’EPS. Son professeur avait crié devant toute la classe qu’il était « le plus lent qu’il ait jamais vu ». La voix critique s’était installée pour le protéger de revivre cette honte. Elle le poussait à s’entraîner plus dur, à ne jamais relâcher, pour que personne ne puisse plus jamais le ridiculiser.
Cette voix n’était pas un défaut. C’était un gardien fatigué qui montait la garde depuis vingt ans.
« La partie critique n’est pas une ennemie à combattre, mais un protecteur épuisé qui a besoin qu’on le comprenne. »
Quand tu confonds cette voix avec la blessure, tu passes à côté de l’essentiel. Tu négocies avec le vigile au lieu d’entrer dans la pièce où se trouve l’enfant blessé. La blessure, ce n’est pas la phrase « Tu es nul ». La blessure, c’est la honte, l’humiliation, l’abandon que cet enfant a ressentis à un moment précis de son histoire.
Comment savoir si la voix que tu entends est une partie protectrice et non une simple pensée négative passagère ? Il y a des indices concrets. En séance, j’apprends aux personnes à les repérer comme on apprend à lire une carte.
1. La répétition mécanique
Les parties protectrices ont un disque rayé. Elles disent la même chose, de la même façon, dans les mêmes situations. « Tu vas te planter » avant chaque réunion. « Tu n’es pas à la hauteur » chaque fois que quelqu’un te fait un compliment. « Ils vont te quitter » à chaque début de relation.
Ce n’est pas une réflexion nuancée qui s’adapte aux circonstances. C’est une cassette qui se déclenche automatiquement. Si tu remarques que la même phrase revient comme un refrain, tu as de fortes chances d’être face à un protecteur.
2. L’urgence et la pression
Quand une voix critique te parle, elle n’est pas calme. Elle est pressée, insistante, parfois paniquée. Elle te dit : « Il faut que tu changes maintenant, sinon il va t’arriver quelque chose de grave ». Cette urgence est un signal d’alarme. Le protecteur croit sincèrement que si tu ne l’écoutes pas, tu vas droit dans le mur.
Un client me disait : « Quand je ne suis pas parfait au travail, j’ai l’impression que je vais me faire virer immédiatement, que ma vie va s’effondrer. » Cette intensité dramatique, cette absence de gradation, c’est typique d’un protecteur qui panique.
3. La déconnexion de ton corps
Les parties protectrices vivent souvent dans la tête. Elles parlent, analysent, jugent, anticipent. Mais elles te coupent de ce que tu ressens physiquement. Quand elles sont actives, tu peux avoir l’impression d’être dans ta tête, déconnecté de ton ventre, de ta poitrine, de ta gorge.
À l’inverse, quand tu touches à la vraie blessure, tu ressens quelque chose dans le corps. Une oppression, un vide, une chaleur, une lourdeur. La blessure est ancrée dans le corps. Le protecteur, lui, est ancré dans les pensées.
Si tu te surprends à avoir un dialogue intérieur intense sans rien ressentir physiquement, tu es probablement en train de discuter avec un gardien. Le vrai enfant blessé, lui, ne parle pas avec des phrases complexes. Il ressent.
Quand tu parviens à t’approcher suffisamment du protecteur, à le remercier pour son travail, à lui demander ce qu’il craint qu’il arrive si tu ne l’écoutes pas, alors il finit par te révéler son secret. Derrière lui, il y a un enfant.
En IFS, on appelle ces parties blessées des exilés. Ce sont des parties de toi qui ont vécu des expériences douloureuses, souvent dans l’enfance, et qui ont été mises à l’écart parce que leur douleur était trop intense pour que le système puisse la gérer.
Imagine un enfant de 6 ans qui apprend que ses parents divorcent. Il ne comprend pas. Il se sent seul, coupable, perdu. Cette douleur est trop lourde pour lui. Alors son système met cette partie dans une pièce fermée, loin de la conscience. Et il installe un gardien devant la porte.
Le gardien, c’est la voix critique qui te dit : « Ne t’attache pas trop aux gens, tu vas souffrir. » Ou : « Sois parfait, sinon on t’abandonnera. » Ou encore : « Ne montre jamais tes faiblesses, ou on te rejettera. »
Quand tu travailles avec un protecteur, tu ne cherches pas à le faire taire. Tu l’écoutes vraiment. Tu reconnais son rôle. Et tu lui demandes : « Qu’est-ce qui se passerait si tu arrêtais de faire ce boulot ? » C’est là que la porte s’entrouvre.
J’ai travaillé avec une femme dont la voix critique était féroce. Elle se répétait : « Tu es une mauvaise mère, tu ne fais jamais assez pour tes enfants. » Cette voix la poussait à être parfaite, à anticiper tous les besoins, à ne jamais se reposer. Quand on a exploré le protecteur, il nous a menés à une petite fille de 7 ans qui avait été hospitalisée pendant une semaine. Ses parents venaient la voir une heure par jour, et elle se sentait abandonnée. Pour survivre à cette douleur, elle avait décidé qu’elle devait être « assez bien » pour mériter leur présence.
La voix critique d’aujourd’hui était la même stratégie : « Sois parfaite, sinon tu seras abandonnée. » La blessure, ce n’était pas la perfection. C’était l’abandon. Et tant qu’elle essayait de calmer la voix critique, elle ne touchait jamais à cette petite fille terrifiée à l’hôpital.
« La voix critique te dit ce que tu dois faire. L’enfant blessé te dit ce que tu as vécu. La différence est immense. »
Tu as sûrement essayé. Je l’ai essayé aussi. Quand la voix critique arrive, tu sors l’artillerie lourde : « Je suis capable », « Je mérite d’être aimé », « Je vais réussir ». Parfois, ça fonctionne une heure. Mais la voix revient, plus forte, et tu te sens encore plus impuissant.
Cette stratégie échoue pour une raison simple : elle traite le protecteur comme un adversaire à vaincre, alors que c’est un allié à comprendre.
Quand tu dis « Je suis capable » à une voix qui répète « Tu es nul », tu fais deux choses. D’abord, tu entres en conflit avec une partie de toi. Tu crées une guerre intérieure. Ensuite, tu ignores le message que cette voix essaie de te transmettre. Tu lui dis, en substance : « Tais-toi, tu n’as pas le droit d’exister. »
Les protecteurs sont comme des gardes du corps. Si tu arrives et que tu gifles le garde du corps, tu ne vas pas entrer dans la pièce. Il va se renforcer, appeler des renforts, et te barrer l’entrée plus fermement encore.
La seule façon de passer, c’est de reconnaître son travail. De lui dire : « Je vois que tu fais un boulot difficile. Tu montes la garde depuis longtemps. Merci. Je ne suis pas là pour te virer. Je suis là pour comprendre ce que tu protèges. »
Quand tu fais ça, le protecteur se détend. Il te fait confiance. Il accepte de s’écarter un peu pour que tu puisses voir l’enfant derrière lui.
Concrètement, comment faire quand cette voix se manifeste ? Voici une méthode en quatre étapes que j’enseigne à mes clients et que j’utilise moi-même. Elle ne demande pas de pratique particulière, juste un peu de curiosité.
Étape 1 : Accueillir, pas combattre
Quand la voix critique arrive, au lieu de la repousser, tu l’accueilles. Tu dis intérieurement : « Je remarque que cette voix est là. » Pas de jugement, pas d’analyse. Juste une observation. Tu peux même la remercier : « Merci de te manifester. Je sais que tu fais ça pour me protéger. »
Étape 2 : Localiser dans le corps
Ensuite, tu portes ton attention sur ton corps. Où est-ce que cette voix résonne ? Dans la tête, dans la gorge, dans la poitrine, dans le ventre ? Tu ne cherches pas à la faire bouger. Tu l’observes, avec bienveillance. Tu peux lui donner une forme, une couleur, une texture.
Étape 3 : Poser une question ouverte
Maintenant, tu t’adresses directement à cette partie. Pas en l’attaquant, mais en la questionnant : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu arrêtais de faire ce boulot ? » ou « Quel âge as-tu ? » ou encore « Que veux-tu que je sache ? »
La réponse n’est pas forcément immédiate. Parfois, c’est une image, une sensation, un souvenir. Laisse venir. Ne force pas.
Étape 4 : Remercier et tenir la porte
Quand le protecteur t’a répondu, tu le remercies à nouveau. Tu lui dis : « Je comprends mieux ton rôle maintenant. Je vais voir l’enfant que tu protèges, mais je ne te laisse pas tomber. Tu restes important. »
Cette dernière phrase est cruciale. Si tu donnes l’impression au protecteur que tu vas le virer après avoir vu l’enfant, il va se refermer. Il a besoin de savoir qu’il garde sa place, même si tu vas visiter la pièce qu’il garde.
Pour t’aider à faire la différence dans ta vie de tous les jours, voici un tableau mental simple que tu peux utiliser.
La voix critique (protecteur)
La vraie blessure (enfant exilé)
Prenons un exemple concret. Tu reçois un email de ton chef qui te demande de refaire un rapport. Immédiatement, une voix dit : « Tu es nul, tu n’aurais jamais dû envoyer ça, tu vas te faire virer. » C’est le protecteur. Il parle fort, il est pressé, il te pousse à agir.
Si tu parviens à t’arrêter et à respirer, tu peux sentir derrière cette voix une sensation dans le ventre : une boule, un poids, une espèce de froid. Cette sensation, c’est l’enfant. C’est peut-être la honte d’avoir déçu, la peur d’être rejeté, la tristesse de ne pas être à la hauteur.
Le protecteur te dit : « Corrige le rapport immédiatement, sois parfait, ne fais plus d’erreur. » L’enfant, lui, a juste besoin qu’on le prenne dans les bras et qu’on lui dise : « Tu as le droit de te tromper, tu n’es pas en danger. »
Si tu ne fais qu’écouter le protecteur, tu vas passer ta journée à stresser et à retravailler le rapport. Tu vas peut-être même réussir, mais la voix reviendra la prochaine fois. Si tu écoutes l’enfant, tu peux te poser une minute, poser ta main sur ton ventre, et lui dire : « Je te sens, je suis là avec toi. » Et là, quelque chose se détend vraiment.
« Le protecteur veut que tu changes. L’enfant veut que tu restes avec lui. Faire la différence, c’est arrêter de courir après la perfection pour commencer à guérir. »
Si tu as lu jusqu’ici, c’est probablement que cette voix critique, tu la connais bien. Tu as peut-être déjà essayé de la combattre, de la raisonner, de la faire taire. Et tu sais que ça ne marche pas sur la durée.
Alors voici une invitation concrète pour aujourd’hui ou demain. Pas un exercice compliqué, juste une expérience.
Prends un moment où tu es seul, au calme. Identifie une situation récente où une voix critique s’est manifestée fortement. Peut-être après une erreur au travail, avant une conversation difficile, ou en te regardant dans le miroir.
Assieds-toi confortablement. Ferme les yeux si ça te convient. Rappelle-toi cette situation, et laisse la voix critique émerger. Écoute-la vraiment. Ne la repousse pas. Puis, pose-lui cette question, à voix haute ou intérieurement : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu arrêtais de dire ça ? »
Attends la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations. Ne juge pas ce qui vient. Reste juste présent.
Ensuite, demande : « Quel âge as-tu ? » Laisse la réponse venir.
Enfin, demande : « Que veux-tu que je sache sur l’enfant que tu protèges ? »
Cette dernière question est la clé. Si tu sens
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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