3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un outil rapide quand tout semble trop lourd.
Vous êtes là, à relire pour la troisième fois le même paragraphe d’un mail ou d’un rapport. La phrase n’a pourtant rien de complexe, mais votre esprit s’évade, revient, se tend à nouveau. Vous avez l’impression que tout devient lourd, que chaque tâche pèse une tonne. Ce n’est pas de la fatigue ordinaire. C’est cette sensation d’être submergé, comme si vous portiez plusieurs couches de vêtements trop épais par une journée d’été.
Je vois régulièrement des personnes comme vous dans mon cabinet à Saintes. Des adultes compétents, responsables, qui tiennent debout pour les autres, mais qui, dans le silence d’un moment seul, sentent cette pression monter. Un manager qui ne parvient pas à éteindre son cerveau le soir. Une mère de famille qui s’énerve pour un verre renversé. Un sportif qui bloque sur une performance anodine.
Le piège, c’est de croire qu’il faut “gérer” cette lourdeur, la combattre, la chasser. Dans l’approche IFS (Internal Family Systems ou Système Familial Intérieur), on fait exactement le contraire. On s’arrête, on tourne l’attention vers l’intérieur, et on accueille ce qui est là. Parfois, deux minutes suffisent pour retrouver un espace de clarté.
Je vais vous donner un outil précis, un exercice que j’utilise moi-même entre deux consultations ou avant une séance de préparation mentale. Il ne remplace pas un travail plus profond, mais il est une bouée quand l’eau monte.
Avant de plonger dans l’exercice, prenons un instant pour comprendre ce qui se joue. Quand vous dites “c’est trop lourd”, vous ne décrivez pas un fait objectif. Vous décrivez l’effet d’une partie de vous qui est activée. En IFS, on appelle ces parties des “protecteurs”. Leur rôle ? Vous éviter une souffrance plus grande.
Imaginez un instant. Vous êtes en réunion, quelqu’un fait une remarque qui vous pique. Immédiatement, une partie de vous se tend. Elle serre les mâchoires, elle prépare une réponse cinglante ou, au contraire, elle vous fait rentrer dans votre coquille. Cette partie croit sincèrement qu’elle vous protège. Elle a appris, souvent très tôt, que c’était la meilleure façon de traverser la vie.
Mais parfois, ces protecteurs deviennent envahissants. Ils prennent le volant en permanence. Et c’est là que naît la lourdeur. Ce n’est pas “vous” qui êtes lourd. C’est le poids de ces parties qui s’activent les unes après les autres, comme des parents paniqués dans une cuisine en feu.
Le problème, c’est qu’on ne peut pas simplement leur dire “tais-toi, laisse-moi tranquille”. Ça ne marche pas. Elles sont souvent plus fortes que notre volonté consciente. En revanche, on peut leur offrir quelque chose qu’elles n’ont jamais eu : une présence calme et curieuse. C’est exactement ce que propose l’exercice des deux minutes.
Un moment clé à retenir : La lourdeur que vous ressentez n’est pas un défaut de caractère. C’est un signal. Une partie de vous essaie de vous dire quelque chose, à sa manière, parfois maladroite. L’exercice qui suit vous apprend à écouter ce signal sans vous laisser submerger.
Asseyez-vous confortablement ou restez debout, les pieds bien ancrés au sol. Vous pouvez fermer les yeux si vous êtes dans un endroit tranquille, ou simplement baisser le regard. L’idée est de réduire les stimuli visuels. Cet exercice dure entre une minute trente et deux minutes trente. Chronométrez-vous une fois pour voir, puis faites-le à l’instinct.
Étape 1 : Localisez la tension (20 secondes)
Portez votre attention sur votre corps. Ne cherchez pas à analyser, juste à sentir. Où se manifeste cette sensation de “trop lourd” ? Dans la poitrine ? Les épaules ? La gorge ? Le ventre ?
Un de mes clients, footballeur amateur, me disait : “Avant un match important, j’ai une boule dans le ventre, comme si on avait attaché un poids à l’intérieur.” Un autre, une cheffe d’entreprise, ressentait une barre dans le haut du dos, entre les omoplates.
Prenez quelques secondes pour nommer intérieurement l’endroit. Pas besoin de détail médical. Juste “poitrine”, “ventre”, “mâchoire”. Cette simple localisation commence déjà à créer une distance. Vous n’êtes plus la tension, vous êtes celui ou celle qui l’observe.
Étape 2 : Accueillez la partie (30 secondes)
Maintenant, adressez-vous directement à cette sensation. Pas avec des mots compliqués. Dites simplement, dans votre tête : “Je te sens. Je sais que tu es là. Je ne te demande pas de partir.”
C’est l’étape la plus contre-intuitive. Tout notre conditionnement nous pousse à vouloir nous débarrasser de l’inconfort. “Respire, ça va passer”, “Pense à autre chose”, “Prends un cachet”. Ici, on fait l’inverse. On dit oui à ce qui est présent.
Imaginez que cette tension est une personne. Une petite personne peut-être, fatiguée, qui a frappé à votre porte. Au lieu de la laisser dehors sous la pluie, vous ouvrez la porte et vous dites : “Entre, installe-toi une minute.”
Cette étape désamorce la lutte. La partie n’a plus besoin de crier pour se faire entendre. Elle commence à se détendre.
Étape 3 : Respirez dans la tension (40 secondes)
Gardez votre attention sur l’endroit que vous avez identifié. À chaque inspiration, imaginez que vous envoyez votre souffle directement dans cette zone. Comme si vous gonfliez un ballon à cet endroit précis. À chaque expiration, laissez la zone se relâcher un peu, sans forcer.
Vous n’essayez pas de faire disparaître la sensation. Vous l’accompagnez. C’est une nuance cruciale. La plupart des exercices de respiration vous disent “expirez pour évacuer le stress”. Ici, vous respirez dans la tension, pas pour la chasser.
Si vous sentez que la tension bouge, tant mieux. Si elle reste identique, tant mieux aussi. L’objectif n’est pas le changement, mais l’attention soutenue. Vous montrez à cette partie que vous êtes présent, que vous ne l’abandonnez pas.
Étape 4 : Posez une question ouverte (30 secondes)
Pour finir, demandez doucement : “Qu’est-ce que tu veux que je sache ?” ou “De quoi as-tu besoin en ce moment ?”
Ne cherchez pas une réponse logique. Laissez venir un mot, une image, une sensation, un souvenir. Parfois, rien ne vient. C’est normal. Le simple fait de poser la question ouvre une porte.
Un client a eu cette réponse : “J’ai besoin qu’on me prenne au sérieux.” Un autre : “Je suis fatigué de devoir tout contrôler.” Parfois, c’est juste un soupir, une larme qui monte, ou un bâillement.
Quand la réponse arrive, accueillez-la comme vous avez accueilli la tension. Remerciez la partie d’avoir parlé. Puis reprenez lentement conscience de la pièce autour de vous.
Vous avez peut-être fait l’exercice. Peut-être que rien de spectaculaire ne s’est produit. C’est normal. L’efficacité de ce protocole ne repose pas sur un effet “magique”, mais sur des mécanismes neurobiologiques et psychologiques précis.
Le premier mécanisme, c’est la différenciation. En identifiant une sensation corporelle et en lui parlant, vous créez une séparation entre vous et elle. Vous n’êtes plus identifié à la tension. Vous êtes celui qui l’observe. En IFS, on appelle ça “rester dans le Soi”. Le Soi n’est pas une partie, c’est votre essence : calme, curieuse, confiante. Quand une partie s’active, le Soi est souvent masqué. L’exercice permet au Soi de reprendre les commandes, même brièvement.
Le deuxième mécanisme, c’est la réduction de l’activation du système nerveux sympathique. La tension que vous ressentez est souvent liée à une réponse de stress : combat, fuite, ou figement. En portant une attention bienveillante à la sensation, vous activez le système parasympathique, celui de la détente et de la digestion. C’est comme si vous disiez à votre cerveau : “Il n’y a pas de danger immédiat, on peut se calmer.” La respiration dirigée dans la zone tendue amplifie ce signal.
Le troisième mécanisme, c’est l’accès aux informations de la partie. Une partie protectrice n’est pas juste un bloc de douleur. Elle porte souvent une croyance, une mémoire, une stratégie de survie. En posant la question “Qu’est-ce que tu veux que je sache ?”, vous permettez à cette information de remonter à la conscience. Sans ce geste, la partie reste une agitation sourde. Avec lui, elle peut livrer son message, et une fois entendue, elle peut se détendre.
Prenons un exemple concret. Imaginez que vous êtes en pleine journée de travail. Vous devez préparer une présentation importante. Une partie de vous s’active : épaules tendues, mâchoire serrée, pensées qui tournent en boucle. Vous faites l’exercice. Vous localisez la tension dans la mâchoire. Vous l’accueillez. Vous respirez dedans. Vous demandez ce qu’elle veut vous dire. La réponse qui vient : “J’ai peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur.”
Cette simple révélation change tout. Avant, vous était juste “stressé”. Maintenant, vous savez que c’est une peur d’échec. Vous pouvez alors choisir comment répondre à cette peur. Peut-être en disant à cette partie : “Je te vois. On va préparer cette présentation ensemble. On a déjà réussi des choses difficiles.” La partie se sent vue, rassurée. La tension diminue.
Un moment clé à retenir : Une partie qui se sent écoutée n’a plus besoin de crier. L’exercice des deux minutes n’est pas une technique de relaxation, c’est une technique de communication interne. Vous apprenez à parler la langue de vos parties.
Un outil ne sert à rien s’il reste dans un tiroir. L’enjeu est de créer un réflexe. Les deux minutes peuvent sembler trop courtes pour “vraiment” lâcher prise, et pourtant, c’est leur brièveté qui les rend utilisables. Vous n’avez pas besoin de vous isoler une demi-heure. Vous pouvez le faire dans les toilettes d’un bureau, dans votre voiture avant de rentrer chez vous, ou même dans une file d’attente.
Voici trois moments clés où cet exercice est particulièrement efficace :
Le seuil de porte. Avant de rentrer chez vous après une journée de travail, ou avant d’entrer dans une réunion. Vous êtes sur le pas de la porte. Vous prenez deux minutes dans votre voiture ou dans le couloir. Vous faites l’exercice. Vous laissez la tension de la situation précédente à l’extérieur. Cela évite de transporter la lourdeur d’un contexte à l’autre.
Le moment de saturation. Vous êtes en train de travailler, et vous sentez que vous n’avancez plus. Vous relisez la même phrase, vous ouvrez des onglets sans but. C’est le signal parfait. Au lieu de forcer, vous faites l’exercice. Deux minutes. Puis vous reprenez. Très souvent, vous retrouvez une clarté que vous aviez perdue.
Avant une conversation difficile. Vous devez dire quelque chose d’important à un collègue, un proche, un sportif que vous coachez. Les mots se bousculent, l’émotion monte. Vous faites l’exercice rapidement. Vous accueillez la partie qui a peur du conflit ou qui veut tout contrôler. Vous lui demandez ce dont elle a besoin. Puis vous parlez. La conversation sera plus fluide, moins réactive.
Un client m’a raconté qu’il utilisait cet exercice avant chaque appel téléphonique stressant. Il le faisait dans son bureau, les yeux fermés, vingt secondes. Il m’a dit : “Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais je suis plus présent, je réponds mieux, je ne m’énerve plus.”
Comme tout outil, celui-ci comporte des pièges. Je les vois souvent chez les personnes que j’accompagne. Les identifier vous permettra de ne pas vous décourager.
Piège n°1 : Vouloir que ça marche à tous les coups. Parfois, vous faites l’exercice et la tension ne bouge pas. Vous vous dites : “Ça ne marche pas pour moi.” C’est faux. L’exercice a fonctionné : vous avez été présent à une partie de vous. Le but n’est pas de faire disparaître la tension, mais de l’accueillir. Si elle reste, c’est que cette partie a besoin de plus de temps. Acceptez-le.
Piège n°2 : Le faire mécaniquement. Vous répétez les étapes sans présence, comme une liste de courses. L’exercice perd alors son essence. La clé, c’est la qualité de l’attention. Si vous sentez que vous êtes dans le pilotage automatique, ralentissez. Prenez une respiration supplémentaire. Reconnectez-vous à la sensation.
Piège n°3 : Juger ce qui émerge. Une réponse arrive : “Je suis en colère” ou “Je suis triste”. Et immédiatement, une autre partie juge : “Tu n’as pas le droit d’être en colère pour ça” ou “Arrête de pleurer, c’est ridicule”. Ce jugement est lui-même une partie. Accueillez-la aussi. Dites-lui : “Je te vois, toi aussi tu veux m’aider.” L’exercice devient alors une pratique de compassion envers toutes vos parties, sans exception.
Piège n°4 : L’utiliser pour éviter un travail plus profond. L’exercice des deux minutes est un outil de régulation, pas une thérapie. Si une partie est très chargée, si des souvenirs douloureux remontent souvent, si la lourdeur est constante, cet outil ne suffira pas. Il deviendra un pansement sur une plaie qui demande des points de suture. Dans ce cas, un accompagnement en IFS avec un praticien est nécessaire. L’exercice reste alors un complément précieux, mais pas un traitement principal.
Vous avez maintenant une méthode simple, précise, et rapide. Elle ne va pas résoudre tous vos problèmes, ni faire disparaître magiquement les sources de stress dans votre vie. Mais elle va vous offrir quelque chose de rare : une pause, un espace de choix.
La prochaine fois que vous sentez cette lourdeur monter, que vous êtes sur le point de vous énerver, de vous effondrer ou de vous figer, arrêtez-vous. Dites-vous : “Je peux prendre deux minutes.” Faites les quatre étapes. Observez ce qui se passe.
Si vous voulez aller plus loin, je vous propose un petit défi : essayez cet exercice une fois par jour pendant une semaine. Notez sur un carnet ou votre téléphone ce que vous ressentez avant et après. Vous serez peut-être surpris de constater des petits changements : une réaction moins vive, une pensée plus claire, un sommeil un peu meilleur.
Et si vous sentez que les parties qui s’activent en vous sont plus anciennes, plus lourdes, plus complexes, sachez que je suis là. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui, comme vous, ont décidé de ne plus subir. Nous travaillons ensemble, avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, pour libérer ces parties, leur redonner leur place, et vous permettre de vivre avec plus de légèreté.
Vous n’avez pas à traverser cela seul. Un simple appel, un mail, suffit. On se rencontrera, on parlera, et on verra ensemble ce qui est possible. Il n’y a aucun engagement. Juste la possibilité d’un espace pour vous.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.