PsychologieIfs Therapie

Exercice IFS pour arrêter de ruminer le soir

Un protocole doux pour calmer le mental avant de dormir.

TSThierry Sudan
25 avril 202614 min de lecture

Tu es allongé dans ton lit. La journée est finie. Tout est calme autour de toi. Pourtant, dans ta tête, c’est l’inverse : une phrase que tu as dite au travail tourne en boucle, un échange avec ton conjoint ou ta conjointe se rejoue pour la dixième fois, ou alors tu anticipes déjà ce que tu dois faire demain, la semaine prochaine, l’année prochaine. Tu aimerais que ça s’arrête, mais plus tu essaies de chasser ces pensées, plus elles reviennent. Tu n’es pas seul·e. C’est le scénario classique de la rumination nocturne, ce phénomène où le mental s’emballe au moment où tu voudrais justement te poser.

Je vois ça régulièrement dans mon cabinet à Saintes. Des adultes qui viennent me voir parce qu’ils n’en peuvent plus de ces nuits gâchées par un cerveau qui refuse de lâcher prise. Certains essaient la méditation, d’autres comptent les moutons ou écoutent des sons de pluie. Parfois ça aide un peu, mais souvent, le lendemain, le cycle recommence. La rumination n’est pas un défaut de volonté. C’est un mécanisme de protection qui s’active malgré toi.

Aujourd’hui, je vais te proposer quelque chose de différent : un exercice issu de l’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur. C’est une approche que j’utilise beaucoup, parce qu’elle est douce, concrète, et qu’elle ne te demande pas de lutter contre toi-même. Au contraire, elle t’invite à accueillir ce qui se passe dans ta tête avec curiosité, sans jugement. Et ça change tout.

Je vais te guider pas à pas. Mais d’abord, il faut comprendre ce qui se joue vraiment quand tu rumines le soir.

Pourquoi ton cerveau rumine-t-il justement quand tu veux dormir ?

La rumination nocturne n’est pas un hasard. Elle suit une logique que ton cerveau a apprise, souvent pour te protéger. Quand tu es dans ton lit, ton environnement est calme, tu n’as plus de distractions : pas de téléphone, pas de collègues, pas de tâches à faire. C’est à ce moment-là que des parties de toi, que j’appelle des « parties » en IFS, en profitent pour prendre la parole.

Imagine une partie de toi qui s’inquiète. Elle a été formée il y a des années, peut-être après une erreur que tu as regrettée, ou après une situation où tu t’es senti·e vulnérable. Cette partie a un rôle : elle veut t’éviter de revivre ça. Alors, le soir, elle te rappelle tout ce qui pourrait mal tourner. Elle te dit : « Et si demain tu oublies ce rendez-vous ? Et si cette personne t’en veut encore ? » Son but est louable : elle veut te préparer, te protéger. Mais le problème, c’est qu’elle le fait à un moment où tu as besoin de repos.

Il y a aussi une autre partie qui rumine sur le passé. Elle rejoue des scènes pour essayer de les comprendre, de les corriger mentalement, de trouver une solution. Elle a l’impression que si elle ressasse assez, elle finira par trouver la clé qui évitera que ça se reproduise. Sauf que le passé est figé. Tu ne peux pas le changer en y pensant 45 minutes sous ta couette.

Ces parties ne sont pas tes ennemies. En IFS, on ne cherche pas à les faire taire ou à les combattre. On essaie de comprendre ce qu’elles veulent, et de les rassurer. Parce que plus tu résistes à la rumination, plus ces parties s’activent. C’est comme si tu disais à un enfant qui a peur du noir : « Arrête d’avoir peur ! » Ça ne marche pas. Il a besoin qu’on l’écoute, qu’on valide sa peur, et qu’on lui montre qu’il est en sécurité.

« Ce que tu combats persiste. Ce que tu accueilles se transforme. » – Un principe clé de l’IFS qui s’applique parfaitement à la rumination.

Alors, comment faire concrètement ? Je vais te présenter un protocole en quatre étapes, que tu peux faire directement dans ton lit, sans matériel, sans préparation. C’est un exercice que j’ai adapté de l’IFS pour qu’il soit accessible et rapide, même quand tu es fatigué·e.

Étape 1 : Prendre une pause et identifier la partie qui rumine

La première chose à faire, c’est de ne pas essayer d’arrêter la rumination. Vraiment. Ne te dis pas : « Il faut que je stoppe cette pensée. » Au lieu de ça, prends une grande respiration. Pas une respiration forcée, juste une inspiration un peu plus longue, et une expiration douce. Tu peux poser une main sur ton ventre ou sur ton cœur, si ça te fait du bien. L’idée, c’est de créer un petit espace entre toi et ce qui se passe dans ta tête.

Maintenant, sans jugement, observe ce qui est là. Est-ce une pensée qui tourne en boucle ? Est-ce une inquiétude précise ? Est-ce une scène du passé qui se rejoue ? Ou est-ce une sensation physique, comme une boule dans le ventre ou une tension dans la mâchoire ? Ne cherche pas à analyser, juste à constater.

Puis, pose-toi cette question : « Quelle partie de moi est là en ce moment ? » Tu peux lui donner un nom, si ça t’aide. Par exemple : « La partie qui s’inquiète pour demain », « La partie qui ressasse cette dispute », ou simplement « La partie qui parle fort ». Ce n’est pas grave si le nom est flou. L’important, c’est que tu reconnaisses qu’il y a une partie de toi qui est active, et que toi, tu es là pour l’écouter.

Imagine que cette partie est comme une personne assise à côté de toi sur le bord du lit. Tu ne lui demandes pas de partir. Tu l’accueilles. Tu peux même lui dire mentalement : « Je te vois. Je sais que tu es là. » C’est déjà un geste énorme, parce que d’habitude, tu passes ton temps à l’ignorer ou à la repousser.

Je me souviens d’un patient, appelons-le Julien, qui venait me voir parce qu’il n’arrivait pas à dormir après une séparation. Chaque soir, il repensait à une conversation précise avec son ex. Il se disait : « J’aurais dû dire ça autrement. » Il essayait de se raisonner, mais ça ne faisait qu’empirer. Quand je lui ai proposé de simplement nommer cette partie – il l’a appelée « La partie qui regrette » – il m’a dit que ça lui avait donné un sentiment de contrôle. Pas le contrôle de la faire taire, mais le contrôle de ne plus être complètement identifié à elle. Il y avait lui, et il y avait cette partie. Une nuance qui change tout.

Étape 2 : Dialoguer avec la partie (sans la forcer)

Une fois que tu as identifié la partie, tu peux entrer en dialogue avec elle. Attention : ce n’est pas un dialogue verbal, hein. Tu n’es pas en train de parler tout haut dans ton lit (à moins que ça te convienne, mais dans ce cas, préviens ton ou ta partenaire). C’est un dialogue intérieur, une conversation douce.

Tu peux commencer par lui poser une question simple, avec curiosité : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Qu’est-ce qui te préoccupe ? » Écoute la réponse qui vient. Elle peut arriver sous forme de mots, d’images, de sensations. Ne la censure pas. Peut-être que la partie te répond : « J’ai peur que tu rates ton rendez-vous demain » ou « Je suis en colère parce que tu n’as pas dit ce que tu pensais ». Accepte cette réponse sans la juger.

Ensuite, tu peux lui demander : « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu arrêtes de ruminer ? » Cette question est importante, parce que la partie a souvent une bonne raison de faire ce qu’elle fait. Peut-être qu’elle craint que si elle lâche, tu vas oublier quelque chose d’important, ou que tu vas te retrouver vulnérable. En IFS, on dit que les parties ont des rôles protecteurs. Même la rumination la plus fatigante a une intention positive.

Par exemple, une patiente que j’ai suivie, Claire, avait une partie qui ressassait sans cesse les détails de sa journée de travail. Quand elle a dialogué avec cette partie, elle a découvert qu’elle avait peur de perdre le contrôle de sa vie si elle ne vérifiait pas tout mentalement. Cette partie avait pris ce rôle après un burn-out quelques années plus tôt. Une fois que Claire a compris ça, elle a pu remercier sa partie pour son travail, et lui dire : « Je suis là maintenant. Je peux gérer. »

Attention : parfois, la partie ne répond pas tout de suite, ou elle répond par un mur, un silence, ou une sensation de blocage. C’est normal. Ne force pas. Tu peux simplement lui dire : « Je respecte que tu ne veuilles pas parler maintenant. Je suis là si tu changes d’avis. » Parfois, le simple fait de reconnaître sa présence suffit à apaiser la rumination.

Étape 3 : Ressentir la sensation dans le corps

La rumination n’est pas que dans la tête. Elle a toujours une traduction physique : une tension dans les épaules, un nœud dans l’estomac, une oppression dans la poitrine, une chaleur dans le visage. Le corps est un messager. En IFS, on accorde beaucoup d’importance à ce qui se passe dans le corps, parce que c’est là que les émotions s’ancrent.

Après avoir dialogué avec la partie, ramène ton attention sur ton corps. Où est-ce que tu sens cette partie ? Peut-être que c’est une boule dans le ventre, ou une pression dans la tête. Ne cherche pas à la faire disparaître. Reste avec elle, comme si tu tenais compagnie à une sensation. Tu peux poser ta main à cet endroit, si c’est accessible, et envoyer de la chaleur, de la douceur.

Puis, respire doucement vers cette zone. Imagine que ton souffle peut l’entourer, l’envelopper. Tu n’essaies pas de la dissoudre. Tu l’accueilles. Parfois, la sensation va changer : elle peut s’intensifier, se déplacer, ou s’apaiser. Laisse faire. Tu n’as rien à contrôler.

C’est souvent à ce moment-là que quelque chose de précieux se produit. Quand tu restes avec la sensation sans vouloir la changer, la partie se sent entendue. Elle peut se détendre. La rumination perd de son intensité, parce que la partie n’a plus besoin de crier pour attirer ton attention. Elle est écoutée.

Un exemple : un patient, Marc, avait une rumination liée à une peur de l’échec professionnel. Quand il a posé sa main sur sa poitrine, il a senti une lourdeur. Il est resté avec ça pendant deux minutes, sans rien faire. Au bout d’un moment, il a senti une vague de chaleur qui traversait sa poitrine, et la lourdeur s’est transformée en une sensation de vide, puis en calme. Il m’a dit : « C’est comme si la partie avait lâché prise. » Ce n’est pas magique ; c’est juste que le système nerveux a reçu le message qu’il était en sécurité.

« Quand une partie se sent vraiment écoutée, elle n’a plus besoin de se faire entendre par la force. »

Étape 4 : Proposer une alternative rassurante à la partie

Après avoir accueilli la partie et ressenti la sensation, tu peux lui proposer quelque chose. Pas un ordre, une proposition. Par exemple, si la partie a peur d’oublier quelque chose pour demain, tu peux lui dire : « Je note tout ça demain matin, dès que je me lève. Tu peux me le rappeler à ce moment-là, si tu veux. Pour ce soir, on peut faire confiance à ma mémoire ou à une liste. » Si la partie ressasse une conversation, tu peux lui dire : « Je prendrai le temps d’y réfléchir demain, si c’est encore important. Pour l’instant, on peut laisser ça de côté. »

L’idée, c’est de négocier avec la partie, pas de la dominer. Tu reconnais son besoin, et tu lui offres une solution qui la rassure. Parfois, la partie accepte. Parfois, elle dit non, et c’est ok. Dans ce cas, tu peux revenir à l’étape 2 ou 3, et continuer à l’écouter.

Il m’est arrivé de voir des personnes qui, après cette étape, sentent une détente immédiate. Le corps se relâche, la respiration devient plus profonde, et le sommeil vient. Mais ce n’est pas toujours le cas. Si la rumination persiste, ce n’est pas un échec. C’est juste que la partie a besoin de plus de temps, ou que d’autres parties sont là aussi. Tu peux répéter l’exercice le lendemain soir, ou même en pleine nuit si tu te réveilles.

Un conseil pratique : si tu as du mal à te souvenir de l’exercice quand tu es dans le vif de la rumination, prépare un petit rituel. Par exemple, avant d’éteindre la lumière, tu peux dire à voix haute ou dans ta tête : « Si une partie veut parler ce soir, je l’écouterai. » Ça crée une intention, et ça prépare ton mental à accueillir plutôt qu’à résister.

Ce que cet exercice change sur le long terme

Faire cet exercice une fois, c’est bien. Le répéter, c’est mieux. Parce que ce n’est pas juste une technique pour s’endormir : c’est une nouvelle façon de te relationner à toi-même. Avec la pratique, tu vas développer une capacité à reconnaître les parties qui ruminent, et à les apaiser avant qu’elles ne prennent le contrôle.

Au fil des semaines, tu remarqueras peut-être que la rumination arrive moins souvent, ou qu’elle dure moins longtemps. Certaines parties vont apprendre à te faire confiance, et à se détendre plus vite. D’autres vont révéler des blessures plus profondes – une vieille honte, une peur d’abandon – qui méritent d’être explorées dans un cadre plus structuré, comme une séance d’IFS avec un praticien. C’est normal. L’exercice du soir est un premier pas, pas une solution miracle.

Ce que j’aime dans l’IFS, c’est qu’il ne te demande pas de devenir quelqu’un d’autre. Tu n’as pas à te forcer à être zen ou à positiver. Tu es juste invité·e à être curieux·se et bienveillant·e avec toi-même. Et ça, c’est à la portée de tout le monde, même à 23h, fatigué·e, sous la couette.

Je pense à une patiente, Sophie, qui a fait cet exercice pendant trois semaines. Au début, elle me disait : « Je n’y arrive pas, ma tête est trop bruyante. » Je lui ai proposé de commencer par juste une respiration, et de nommer la partie. Rien d’autre. Petit à petit, elle a pu aller plus loin. Aujourd’hui, elle m’a dit que la rumination est devenue une « visiteuse familière » plutôt qu’une « invasion ». Elle dort mieux, et elle se réveille moins fatiguée. Ce n’est pas parfait, mais c’est un vrai changement.

Et si ça ne marche pas ce soir ?

Si tu fais l’exercice et que rien ne change, que la rumination continue, ou que tu te sens encore plus agité·e, c’est ok. Ne te juge pas. La rumination est souvent le signe que des parties très protectrices sont là, et elles ne lâchent pas facilement. Parfois, il faut l’aide d’un tiers pour dénouer des nœuds plus anciens.

Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui viennent justement pour ça : comprendre pourquoi certaines parties sont si vigilantes, et comment les apaiser en profondeur. L’IFS, l’hypnose ericksonienne, et l’intelligence relationnelle sont des outils que j’adapte à chaque personne. Ce n’est pas une formule standard, c’est un accompagnement sur mesure.

Si tu sens que la rumination prend trop de place dans ta vie, que ça impacte ton sommeil, ton humeur, tes relations, n’hésite pas à me contacter. On peut en discuter sans engagement, juste pour voir si une

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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