PsychologieIfs Therapie

Exercice IFS pour renforcer votre estime de soi

Redonner confiance à votre enfant intérieur en 10 minutes.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous avez probablement déjà vécu ce moment. Vous êtes en pleine réunion, quelqu’un vous pose une question, et soudain, votre estomac se noue. Vous sentez ce vide intérieur, cette petite voix qui murmure : « Tu n’es pas à la hauteur. » Ou peut-être que cette voix est plus franche : « Les autres sont meilleurs que toi, tais-toi. » Et vous vous taisez. Vous souriez, vous faites oui de la tête, mais à l’intérieur, une partie de vous se rétracte, se fait toute petite. Ce n’est pas un défaut de personnalité. C’est une partie blessée en vous – votre enfant intérieur – qui essaie de vous protéger. Et si je vous disais qu’il est possible, en dix minutes, de lui redonner confiance ? Pas de magie, pas de recette miracle, mais un exercice concret issu de l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise avec mes patients à Saintes.

Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui, comme vous, portent cette fatigue d’être trop sévères avec eux-mêmes. L’IFS, ou thérapie des parties, nous apprend que notre psyché est composée de multiples « parties » – des sous-personnalités – qui ont chacune un rôle, souvent protecteur. L’estime de soi n’est pas une donnée fixe : c’est une relation. La relation entre votre « Soi » – votre essence calme et confiante – et ces parties qui doutent. L’exercice que je vais vous guider est un dialogue intérieur. Il ne remplace pas un suivi thérapeutique si votre souffrance est profonde, mais il peut devenir un outil quotidien pour apaiser ce que vous ressentez.

Pourquoi votre enfant intérieur a-t-il besoin de confiance et non de critique ?

Imaginez Lucas, un coureur amateur que j’ai accompagné. À chaque compétition, avant le départ, il ressentait une boule au ventre. Il se traitait de « faible », se forçait à être fort. Mais plus il se critiquait, plus la boule grossissait. Lors d’une séance, je lui ai demandé : « Si cette boule avait un âge, quel âge aurait-elle ? » Il a répondu, surpris : « Sept ans. C’est le petit garçon qui avait peur de décevoir son père. » Lucas n’était pas faible. Il portait un enfant de sept ans qui n’avait jamais reçu la permission d’avoir peur.

Votre enfant intérieur n’est pas une métaphore poétique. C’est la partie de vous qui a enregistré, souvent avant l’âge de dix ans, des messages tels que : « Tu n’es pas assez bien », « Il faut être parfait pour être aimé », « Tes besoins ne comptent pas ». Ces messages, vous les avez intériorisés. Aujourd’hui, ils prennent la forme d’une petite voix critique. Mais cette voix critique est paradoxalement une protectrice. Elle essaie de vous empêcher de revivre la honte ou le rejet de l’enfance. Le problème, c’est qu’elle utilise une méthode toxique : la pression, le jugement, la comparaison.

Quand vous attaquez cette partie critique, elle se renforce. C’est comme crier sur un enfant qui a peur : il se recroqueville encore plus. L’IFS propose une autre voie : reconnaître la partie critique, la remercier pour son protection, puis aller rencontrer l’enfant qu’elle protège. Celui qui a vraiment besoin de confiance. Pas celle qui vient de la performance, mais celle qui vient d’être vu, entendu, accepté tel qu’il est.

Le piège à éviter : croire que renforcer l’estime de soi, c’est « penser positif » ou se répéter « je suis formidable » devant le miroir. Cela peut fonctionner temporairement, mais si votre enfant intérieur ne se sent pas en sécurité, ces affirmations sonnent creux. L’exercice que je vais vous proposer part de l’intérieur : il ne s’agit pas de changer ce que vous pensez de vous, mais d’entrer en relation avec la partie qui ne se sent pas digne.

Comment reconnaître la partie qui doute (sans la juger)

Avant de pouvoir aider votre enfant intérieur, vous devez identifier la partie qui, en ce moment même, lit cet article et se dit : « Ça ne marchera pas pour moi. » Oui, cette voix sceptique. Elle est une partie. Ou peut-être ressentez-vous une lourdeur dans la poitrine, une tension dans les épaules, un vide dans le ventre. Prenez une seconde. Où est-ce que ça résonne en vous ? Ce n’est pas vous dans votre globalité, c’est une partie de vous.

Prenons un exemple concret. Sophie, une de mes patientes, se réveillait chaque matin avec une phrase qui tournait en boucle : « Je n’y arriverai jamais. » Elle pensait que c’était sa vérité. Je lui ai demandé : « Si cette phrase était une personne, à quoi ressemblerait-elle ? » Elle a fermé les yeux et a vu une silhouette grise, voûtée, qui se tenait près de son lit. Elle lui a dit : « J’ai peur que tu échoues. Je te protège en te rappelant que c’est dur. » Sophie a pleuré. Non pas de tristesse, mais de soulagement. Pour la première fois, elle ne combattait pas sa voix intérieure ; elle l’écoutait.

Voici comment faire chez vous, maintenant :

  1. Installez-vous confortablement : Asseyez-vous, pieds à plat sur le sol, mains sur les cuisses. Fermez les yeux si vous le pouvez. Sinon, fixez un point devant vous.
  2. Ramenez à la mémoire un moment récent où vous vous êtes senti(e) inférieur(e) ou en doute : Une conversation, une tâche, un regard. Ne cherchez pas l’événement parfait, juste une sensation.
  3. Observez la sensation physique : Où est-elle dans le corps ? Poitrine serrée ? Ventre noué ? Mâchoire crispée ? Donnez-lui une intensité de 1 à 10. Ne changez rien, juste observez.
  4. Donnez-lui une voix : Si cette sensation pouvait parler, que dirait-elle ? Écoutez sans filtre. Les mots peuvent être durs : « Tu es nul », « Arrête de rêver », « Les autres te jugent ». Notez-les mentalement.
  5. Remerciez-la : Dites intérieurement : « Merci d’essayer de me protéger. Je sais que tu veux mon bien. » Cela peut sembler étrange, mais c’est une étape cruciale. Vous ne dites pas qu’elle a raison. Vous reconnaissez son intention.

Ce que vous venez de faire, c’est prendre du recul. Vous n’êtes plus identifié(e) à la partie qui doute. Vous êtes la personne qui l’observe. En IFS, on appelle cela « être dans le Soi ». Le Soi est naturellement curieux, calme, confiant. C’est depuis cet espace que vous pouvez rencontrer l’enfant intérieur.

L’exercice en 10 minutes : accueillir et redonner confiance à l’enfant intérieur

Voici le cœur de l’article. Un protocole que j’adapte souvent pour mes patients, que ce soit pour un préparateur mental sportif ou pour une personne en burn-out. Il est simple, mais il demande de la douceur. Ne vous forcez pas si une émotion forte surgit. Vous pouvez toujours ouvrir les yeux et revenir plus tard.

Étape 1 : Créer un espace intérieur sécurisé (2 minutes)

Fermez les yeux. Respirez profondément trois fois. Imaginez un lieu où vous vous sentez totalement en sécurité. Cela peut être une plage, une forêt, votre salon, un nuage. L’important est que vous vous y sentiez calme et accueilli(e). Peu importe si l’image est floue. Ressentez la texture de l’air, la lumière, la température. Dites-vous : « Je suis en sécurité ici. Rien ne peut m’atteindre. »

Étape 2 : Inviter la partie enfant à se montrer (2 minutes)

Maintenant, portez votre attention sur la sensation de doute ou d’infériorité que vous avez identifiée tout à l’heure. Au lieu de la regarder comme une sensation, imaginez-la comme un enfant. Quel âge a-t-il ? Comment est-il habillé ? Que fait-il ? Est-il assis dans un coin, debout, en train de pleurer ou de regarder par terre ? Ne forcez pas l’image. Laissez-la émerger. Si rien ne vient, c’est OK. Vous pouvez simplement imaginer un enfant qui porte cette émotion.

Étape 3 : Entrer en contact avec douceur (3 minutes)

Approchez-vous de cet enfant dans votre espace sécurisé. Vous n’êtes pas un adulte qui vient le gronder ou le sauver. Vous êtes une présence calme et bienveillante. Asseyez-vous à côté de lui. Ne parlez pas tout de suite. Observez. Vous pouvez lui sourire doucement. Puis, dites-lui une phrase simple, comme : « Je te vois. Je suis là. » Ne lui demandez pas pourquoi il a peur. Ne le raisonnez pas. Restez juste présent.

Étape 4 : Demander ce dont il a besoin (2 minutes)

Quand vous sentez que l’enfant vous accepte – peut-être qu’il lève la tête ou se détend un peu – demandez-lui : « De quoi as-tu besoin maintenant ? » Écoutez la réponse. Elle peut être surprenante : « Un câlin », « Qu’on me dise que je suis gentil », « Jouer », « Être seul mais avec toi à côté ». Faites ce qu’il demande dans votre imagination. Prenez-le dans vos bras. Dites-lui les mots qu’il a besoin d’entendre. Par exemple : « Tu es aimable tel que tu es. Tu n’as rien à prouver. Je suis fier de toi. »

Étape 5 : Ramener l’enfant dans votre cœur (1 minute)

Remerciez l’enfant d’être venu. Dites-lui : « Tu peux rester ici avec moi. Je t’emmène partout où je vais. » Imaginez-le qui se fond dans votre poitrine, dans votre cœur. Respirez cette sensation de chaleur. Puis, lentement, ramenez votre attention dans la pièce. Bougez les doigts, les orteils. Ouvrez les yeux.

« Ce n’est pas l’enfant qui a besoin de changer ; c’est l’adulte qui a besoin de revenir. » – Richard Schwartz, créateur de l’IFS

Ce qui se passe vraiment dans votre cerveau (et pourquoi ça marche)

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi parler à un enfant imaginaire pouvait changer votre estime de soi ? Ce n’est pas de la spiritualité floue. C’est de la neurobiologie. Quand vous vous critiquez, vous activez votre cortex préfrontal dorsolatéral (la partie analytique) et votre amygdale (l’alarme). Vous êtes en mode « combat ou fuite » face à vous-même. Votre corps produit du cortisol, l’hormone du stress. À long terme, cela érode votre confiance.

Quand vous pratiquez l’IFS, vous activez d’autres circuits. Le fait de vous observer avec curiosité (étape 1) active le réseau du mode par défaut de manière saine, celui qui permet la réflexion. Mais surtout, quand vous entrez en relation avec votre enfant intérieur avec compassion, vous stimulez le système d’attachement. Votre cerveau libère de l’ocytocine, l’hormone du lien et de la sécurité. L’enfant intérieur n’est pas une mémoire morte ; c’est un réseau de neurones qui a été activé par des expériences passées. En lui offrant une nouvelle expérience – une présence aimante – vous créez de nouvelles connexions. Vous ne supprimez pas le souvenir, mais vous y ajoutez une couche de sécurité.

C’est exactement ce que j’ai vu chez Marc, un footballeur que j’ai suivi. Il avait une peur panique de rater un penalty. Son enfant intérieur était le garçon de huit ans qui avait été humilié devant toute l’équipe. Après plusieurs semaines à pratiquer cet exercice, il m’a dit : « Je sens encore la peur, mais maintenant je peux lui dire : ‘Je suis là, je te couvre’. » Son estime de soi n’est pas devenue « je suis le meilleur », mais « je peux compter sur moi-même ». C’est bien plus solide.

Les pièges à éviter pour ne pas aggraver votre relation avec vous-même

L’IFS est un outil puissant, mais mal utilisé, il peut renforcer la honte. Voici les erreurs que je vois souvent chez mes patients ou chez les lecteurs qui tentent l’exercice seuls.

Piège n°1 : Vouloir « guérir » l’enfant intérieur. Vous n’êtes pas un réparateur. L’enfant n’est pas cassé. Il est juste en attente d’être vu. Si vous arrivez avec l’intention de le changer, vous répétez le schéma parental : « Tu n’es pas OK comme tu es. » Restez dans l’accueil. La confiance naît de la présence, pas de la transformation.

Piège n°2 : Forcer l’image. Si vous ne « voyez » pas l’enfant, ne vous inquiétez pas. Certaines personnes ressentent l’enfant comme une sensation, une couleur, ou une voix. D’autres ne ressentent rien du tout. L’important est l’intention. Vous pouvez simplement dire : « Je m’adresse à la partie de moi qui se sent petite. » Le cerveau comprend.

Piège n°3 : Faire l’exercice en pleine crise. Si vous êtes submergé(e) par l’anxiété ou une émotion très forte (intensité 8/10 ou plus), ne plongez pas directement dans l’enfant intérieur. Vous risquez de vous sentir submergé(e). D’abord, apaisez-vous : respiration, ancrage, marcher. Puis, quand vous êtes à 5/10, faites l’exercice. La sécurité est la priorité.

Piège n°4 : Croire qu’une seule fois suffit. L’estime de soi est une pratique, pas un état. Votre enfant intérieur a besoin de visites régulières, comme un jardin. Une fois par jour, ou trois fois par semaine, même deux minutes suffisent. La répétition crée la confiance.

Piège n°5 : Confondre l’enfant intérieur avec vos enfants réels. Si vous êtes parent, ne projetez pas votre enfant intérieur sur votre enfant. Il est une personne distincte. Cet exercice est pour vous, avec vous.

Comment intégrer cette pratique dans votre quotidien (même quand vous êtes débordé)

Vous n’avez pas besoin d’un hourglass de méditation. Voici des micro-versions de l’exercice que vous pouvez glisser dans votre journée.

Le matin au réveil : Avant de sortir du lit, posez une main sur votre ventre. Dites : « Bonjour, petite partie. Je suis là. On va y aller doucement. » Vous venez de créer un contact.

Avant un moment stressant : Un entretien, une compétition, une conversation difficile. Prenez 30 secondes. Ressentez la tension. Dites intérieurement : « Je sais que tu as peur. Je suis avec toi. On va le faire ensemble. » Cela désamorce la panique.

Le soir, avant de dormir : Repensez à un moment de la journée où vous vous êtes senti(e) vulnérable. Imaginez votre enfant intérieur assis à côté de vous dans le lit. Dites-lui : « Merci d’avoir traversé cette journée avec moi. Demain, je serai là aussi. »

Quand la critique revient : Un collègue vous fait une remarque, vous lisez un commentaire négatif, vous ratez un objectif. Au lieu de vous flageller, arrêtez-vous. Demandez : « Quelle partie de moi réagit ? » Puis, dites-lui : « Je t’entends. Je gère. » Vous coupez le cycle de la rumination.

Un de mes patients, entrepreneur, collait un post-it sur son écran d’ordinateur : « Et ton enfant intérieur, il va comment ? » Cela lui prenait trois secondes, mais ça changeait tout son état d’esprit.

Ce que l’IFS ne peut pas faire (honnêteté thérapeutique)

Je veux être clair. Cet exercice est un outil puissant, mais il a des limites. Il ne remplace pas un traitement médical ou psychiatrique si vous souffrez de dépression sévère, de trouble bipolaire, de traumatisme complexe ou de trouble dissociatif. Dans ces cas, l’IFS est un complément, pas une solution unique. De plus, si votre estime de soi est li

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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