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IFS : 3 signes que vos "parts" vous protègent sans que vous le sachiez

Repérez les mécanismes de protection qui vous épuisent au quotidien.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Je ne sais pas si vous avez déjà vécu ça. Vous êtes dans votre salon, le soir. La journée a été longue. Vous devriez lire, vous devriez répondre à ce message, vous devriez faire cette séance de sport que vous avez repoussée depuis trois jours. Mais au lieu de ça, vous êtes là, le téléphone à la main, à faire défiler des vidéos sans intérêt. Votre cerveau est en mode « mouche ». Et vous vous dites : « Mais pourquoi je n’arrive pas à faire ce que j’ai décidé ? »

Ou alors, vous avez ce collègue. Celui qui vous prend la tête. Vous savez que vous devriez lui parler calmement, poser un cadre, ou simplement lui dire ce qui ne va pas. Mais à chaque fois, quelque chose se bloque. Vous serrez les dents, vous encaissez, et le soir, dans votre lit, vous repassez la scène en boucle en imaginant les répliques cinglantes que vous auriez pu sortir.

Si ces situations vous parlent, vous n’êtes pas « faible », « indiscipliné » ou « trop gentil ». C’est plus subtil que ça. C’est l’œuvre de ce que la thérapie IFS (Internal Family Systems) appelle des parts protectrices. Des parties de vous qui agissent dans l’ombre, sans que vous en ayez conscience, pour vous éviter une souffrance que votre système pense insupportable.

Le problème ? Ces parties sont souvent maladroites. Elles vous protègent, oui. Mais parfois, leur manière de vous protéger vous épuise, vous enferme, ou vous empêche de vivre la vie que vous voulez. Je vais vous montrer trois signes concrets qui indiquent que vos parts sont à l’œuvre. L’objectif n’est pas de vous faire peur, mais de vous aider à les reconnaître. Parce qu’on ne peut pas négocier avec ce qu’on ne voit pas.

Signe n°1 : La procrastination « inexpliquée » qui n’a rien d’inexpliquée

Commençons par un classique : remettre au lendemain ce que vous pourriez faire aujourd’hui. Sauf que ce n’est pas de la flemme. Pas vraiment.

Je reçois souvent des adultes qui viennent me voir en disant : « Je n’arrive pas à avancer sur mon projet. Je sais ce qu’il faut faire. J’ai les compétences. Mais dès que je m’y mets, mon cerveau se vide. Ou je vais faire le café. Ou je range mon bureau. Tout sauf le dossier important. »

Derrière cette procrastination, il y a presque toujours une part protectrice. Appelons-la « la part qui freine ». Son job, c’est de vous éviter quelque chose. Quoi ? De ressentir une émotion inconfortable. De l’anxiété de performance, par exemple. Ou la peur du jugement. Ou la peur d’échouer (et parfois même la peur de réussir, qui est une autre forme de pression).

Imaginez que vous devez préparer une présentation pour votre travail. Vous avez une semaine. Le lundi, vous vous dites : « J’ai le temps. » Le mardi, vous commencez, mais vous vous sentez tendu. Le mercredi, vous avez une boule au ventre rien qu’en ouvrant le fichier PowerPoint. Le jeudi, vous êtes en mode panique légère, et vous passez la soirée à regarder des séries pour vous « changer les idées ». Le vendredi, vous bâclez en deux heures ce qui aurait mérité deux jours.

Ce n’est pas vous qui êtes « nul en organisation ». C’est votre part protectrice qui a fait son boulot : elle vous a éloigné de la source de stress. Elle a dit : « Danger ! Si tu fais cette présentation trop tôt, tu vas passer des jours à stresser. On va attendre la dernière minute, comme ça, l’anxiété sera intense mais courte. » C’est une stratégie de survie. Pas une bonne stratégie, mais une stratégie quand même.

Sur le moment, ça marche. Vous évitez l’inconfort. Mais à long terme, cette part vous coûte cher : nuits blanches, qualité du travail médiocre, sentiment d’incompétence, et stress chronique. Vous vous retrouvez pris dans un cycle infernal : procrastination → stress → bâclage → honte → procrastination.

« Une part protectrice n’est pas votre ennemie. Elle est comme un pompier qui arrose votre maison avec un canon à eau pour éteindre un incendie… mais qui finit par tout inonder. Son intention est bonne. Son exécution, discutable. »

Alors, que faire quand vous sentez cette procrastination arriver ? Au lieu de vous forcer à « travailler plus dur », prenez une minute pour vous poser cette question : « Qu’est-ce que cette part essaie de m’éviter ? » Peut-être que la réponse est : « Elle essaie de m’éviter la peur de ne pas être à la hauteur. » Ou : « Elle essaie de m’éviter le souvenir d’un prof qui m’a humilié devant la classe quand j’avais 12 ans. » Vous n’avez pas besoin de résoudre ça tout de suite. Le simple fait de reconnaître qu’il y a une part qui agit pour vous protéger change votre rapport à la procrastination. Vous passez de « Je suis nul » à « Ah, une partie de moi est en train de s’activer. Je peux peut-être la remercier et lui demander de me laisser un peu d’espace. »

Signe n°2 : L’épuisement chronique après les interactions sociales

Vous êtes plutôt du genre à dire oui à tout ? À prendre la responsabilité de l’ambiance dans un groupe ? À vous sentir vidé après une soirée, même agréable ? Vous avez peut-être une part que j’appelle « le gestionnaire de relations ».

Cette part est hyperactive chez beaucoup de personnes. Son rôle : vous protéger du rejet et de l’abandon. Comment ? En s’assurant que tout le monde est content. Que personne ne vous en veut. Que vous êtes perçu comme quelqu’un de fiable, sympathique, voire indispensable.

Le problème, c’est que cette part travaille 24h/24. Elle analyse le visage de votre interlocuteur pour détecter le moindre signe de mécontentement. Elle adapte votre discours en temps réel pour éviter les sujets qui fâchent. Elle vous fait sourire alors que vous avez envie de pleurer. Elle vous fait dire « Oui, pas de souci » alors que vous êtes déjà surbooké.

Je pense à un patient que j’ai suivi, appelons-le Marc. Marc est commercial. Il est excellent dans son métier. Mais il rentrait chez lui le soir complètement lessivé. Pas fatigué physiquement. Vidé. Il me disait : « Je passe ma journée à sourire, à encaisser les refus, à relancer les clients qui ne répondent pas. Je suis gentil avec tout le monde. Mais je sens que je me force. Et le soir, je n’ai plus d’énergie pour ma femme ou mes enfants. »

En explorant ça avec l’IFS, on a rencontré une part de Marc qui portait une énorme responsabilité. Elle s’était mise en place à l’adolescence. Marc était un enfant sensible, et il avait appris très tôt que pour être accepté, il devait être « agréable ». Il devait faire oublier ses besoins pour ne pas déranger. Cette part s’était activée à ce moment-là pour le protéger de l’exclusion. Et elle n’avait jamais pris sa retraite.

Aujourd’hui, cette part est toujours aux commandes. Elle vous protège du rejet, oui. Mais elle vous épuise. Parce que maintenir une façade sociale demande une énergie colossale. C’est comme si vous jouiez un rôle dans une pièce de théâtre qui dure toute la journée, tous les jours. À la fin, vous n’avez plus de vous.

Comment reconnaître cette part ? Observez vos sensations après une interaction. Si vous vous sentez vidé, un peu irritable, ou si vous avez besoin de vous isoler pour « recharger », c’est probablement votre gestionnaire de relations qui a bossé dur. Vous n’êtes pas forcément introverti (même si ça peut jouer). Vous êtes peut-être simplement en train de vivre les conséquences d’une part qui vous a trop protégé.

Une piste simple pour commencer à lâcher prise : avant une interaction, prenez trois secondes pour respirer et vous dire intérieurement : « Je n’ai pas besoin que tout le monde m’aime. Je peux être présent sans me plier en quatre. » Et pendant l’interaction, autorisez-vous un petit moment de silence. Ne comblez pas tous les blancs. Laissez l’autre venir. Vous verrez, le monde ne s’effondre pas. Et votre part protectrice va peut-être râler un peu, mais elle apprendra progressivement que vous pouvez survivre à un moment de gêne.

Signe n°3 : L’autocritique féroce qui vous pousse… à vous écraser

Troisième signe : cette petite voix intérieure qui vous dit que vous n’êtes pas assez bien. Que vous auriez dû faire mieux. Que les autres sont plus compétents. Que vous êtes un imposteur.

On appelle souvent ça le « critique intérieur ». En IFS, on ne le voit pas comme un ennemi. On le voit comme une part protectrice, elle aussi. Une part qui a une mission : vous pousser à la perfection pour éviter une catastrophe.

Cette catastrophe, c’est souvent la honte ou le rejet. La part critique est née dans un contexte où « être imparfait » était dangereux. Peut-être que vous aviez un parent exigeant, un enseignant qui vous comparait, ou un environnement où l’erreur était mal vue. Pour survivre dans ce contexte, votre système a créé une part qui a pris les devants. Elle s’est dit : « Si je le critique avant que les autres ne le fassent, je le prépare. Je le rends plus fort. Je l’empêche de se faire humilier. »

Sauf qu’aujourd’hui, cette critique est devenue une politique interne de terreur. Elle vous empêche de prendre des risques. Elle vous paralyse. Vous avez une idée pour un projet ? « Trop risqué, tu n’as pas les compétences. » Vous voulez parler à quelqu’un qui vous attire ? « Il/elle ne s’intéressera jamais à toi. » Vous avez réussi quelque chose ? « C’était un coup de chance. La prochaine fois, tu vas te planter. »

Je travaille avec un sportif de bon niveau qui a ce profil. À l’entraînement, il est bon. En compétition, il se sabote. Pourquoi ? Parce qu’une part critique lui dit : « Ne prends pas trop de risques. Reste dans la zone de confort. Si tu échoues en compétition, tout le monde verra que tu n’es pas à la hauteur. » Cette part le protège de la honte de l’échec public. Mais elle le protège aussi de la gloire, de la réussite, de l’accomplissement. Elle le maintient dans une petite vie sécurisée, mais frustrante.

Le piège, c’est que vous croyez que cette critique est vous. Vous pensez que c’est votre « lucidité » ou votre « exigence ». Vous dites : « Je suis mon pire critique, mais c’est comme ça que j’avance. » Sauf que ce n’est pas vrai. On n’avance pas avec la peur. On avance avec la confiance. La critique constante n’est pas un moteur, c’est un frein à main. Elle vous donne l’illusion de la maîtrise, mais elle vous empêche de vivre.

Alors, comment faire la différence entre une critique constructive et une part protectrice qui vous bride ? Posez-vous cette question : « Est-ce que cette voix me dit quelque chose de neuf, ou est-ce qu’elle répète le même refrain depuis des années ? » Si c’est la même rengaine, c’est une part. Un vrai feedback interne, lui, est précis, contextuel, et tourné vers l’action. Il ne dit pas « T’es nul » mais « Tu pourrais améliorer ce point précis la prochaine fois. »

Quand vous entendez cette critique féroce, essayez de la remercier. Oui, vous avez bien lu. Dites-lui : « Merci d’essayer de me protéger. Je sais que tu veux m’éviter l’humiliation. Mais pour l’instant, j’ai besoin d’avancer. Tu peux peut-être t’asseoir à côté de moi et me laisser conduire ? » Ça peut sembler étrange, mais c’est une technique puissante. En reconnaissant la part, vous cessez de la combattre. Et quand vous arrêtez de la combattre, elle se détend un peu. Elle n’a plus besoin de crier pour se faire entendre.

Quand les parts se retournent contre vous : le paradoxe de la protection

Vous l’avez compris, ces parts protectrices sont des paradoxes vivants. Elles sont nées pour vous aider, mais elles finissent souvent par vous enfermer. C’est le cœur de l’IFS : chaque part a une intention positive, mais sa méthode peut être contre-productive.

Prenons un exemple concret. Votre part qui vous pousse à la perfection (signe n°3) veut vous éviter la honte. C’est une belle intention. Mais le résultat, c’est que vous ne terminez jamais rien, parce que rien n’est jamais « assez bien ». Ou alors, vous vous épuisez à peaufiner des détails que personne ne remarquera.

Votre part qui vous fait dire oui à tout (signe n°2) veut vous protéger du rejet. Résultat : vous êtes sursollicité, vous n’avez plus de temps pour vous, et vous finissez par ressentir du ressentiment envers les personnes que vous vouliez contenter.

Votre part qui procrastine (signe n°1) veut vous éviter l’anxiété. Résultat : vous créez encore plus d’anxiété en vous mettant dans l’urgence, sans compter la culpabilité qui s’installe.

Ces parts ne sont pas « mauvaises ». Elles sont juste coincées dans un rôle qu’elles ont appris il y a longtemps, parfois dans l’enfance. Elles ne savent pas que vous avez grandi, que vous avez des ressources, que vous pouvez gérer des émotions inconfortables sans vous effondrer. Elles continuent à appliquer la même stratégie, comme un logiciel qui n’a pas été mis à jour depuis vingt ans.

Le travail avec l’IFS, c’est de rencontrer ces parts, de les comprendre, de les remercier pour leur service, et de leur demander de prendre un peu de recul. On ne cherche pas à les éliminer. On cherche à libérer la place pour le Self : cette partie de vous qui est calme, curieuse, confiante, et qui peut prendre les rênes de votre vie.

« Le Self n’est pas une part. C’est l’espace intérieur qui existe quand les parts se calment. C’est votre essence, votre centre. Et c’est lui qui peut guérir. »

Comment faire un premier pas concret ce soir

Je ne vais pas vous promettre que vous allez résoudre tout ça en un soir. La transformation prend du temps, et elle demande souvent un accompagnement. Mais vous pouvez poser une première pierre dès maintenant.

Ce soir, prenez un carnet, ou même une note dans votre téléphone. Choisissez un des trois signes que nous avons vus : la procrastination, l’épuisement social, ou l’autocritique. Repensez à un moment de votre journée où ce signe s’est manifesté. Par exemple : « J’ai procrastiné sur ce rapport jusqu’à 23h. » Ou : « J’ai dit oui à un rendez-vous que je n’avais pas envie d’avoir. » Ou : « Je me suis traité d’incapable parce que j’ai oublié un détail. »

Ensuite, au lieu de vous juger, posez-vous ces trois questions :

  1. Quelle émotion cette part essayait-elle de m’éviter ? (Peur, honte, tristesse, anxiété ?)
  2. Quel âge a cette part ? (Est-ce qu’elle semble jeune, comme un enfant ou un adolescent ?)
  3. Si elle pouvait me parler, que me dirait-elle ? (Laissez venir une réponse, même si elle semble bizarre.)

Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Contentez-vous de noter. C’est un acte de reconnaissance. Et la reconnaissance est le début de tout changement.

Si vous sentez que vous avez besoin d’aller plus loin, que ces mécanismes de protection vous pèsent depuis des années, je suis là. Je reçois en cabinet à Saintes et en visio. On peut explorer ensemble ces parts, non pas pour les combattre, mais pour les libérer de leur f

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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