3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Suivez des étapes concrètes pour réduire votre stress intérieur.
Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Thierry, j’ai tout essayé pour calmer mon anxiété. La respiration, la méditation, les plantes, les médicaments… Rien ne marche durablement. » Et je les comprends. Parce que l’anxiété, ce n’est pas un simple interrupteur qu’on éteint. C’est une partie de vous qui s’active, qui veut vous protéger, mais qui le fait de manière envahissante. Avec l’IFS (Internal Family Systems), j’ai trouvé une clé qui change tout : au lieu de combattre cette anxiété, on apprend à dialoguer avec elle. Dans cet article, je vais vous guider pas à pas avec un protocole simple pour apaiser ces parts anxieuses qui prennent trop de place.
Quand l’anxiété monte, notre premier réflexe est de la rejeter. On se dit : « Je dois me calmer, arrêter de stresser, contrôler cette sensation. » Mais avez-vous déjà remarqué que plus vous luttez contre une vague, plus elle vous submerge ? C’est pareil avec l’anxiété. Elle n’est pas un défaut de fabrication, ni un signe que vous êtes faible. C’est une partie de vous qui s’est activée pour une bonne raison.
Prenons un exemple concret. Je reçois un jour un coureur amateur, appelons-le Julien. Il me dit : « Avant chaque compétition, je suis paralysé par l’angoisse. Mon cœur s’emballe, j’ai des sueurs froides, je n’arrive plus à me concentrer. Je voudrais que ça disparaisse. » Je lui demande : « Et si cette angoisse avait un message pour toi ? » Il me regarde, surpris. « Un message ? Mais c’est juste du stress, non ? » On explore ensemble. Après quelques minutes, il réalise que cette part anxieuse est en fait une sentinelle. Elle lui rappelle : « Attention, tu as déjà vécu une blessure en course. Cette fois, ne fonce pas tête baissée. » L’anxiété n’est pas là pour le détruire, mais pour le protéger d’un danger passé.
En IFS, on appelle cela un « manager » ou un « pompier ». Ce sont des parts qui prennent le contrôle quand elles estiment que vous êtes menacé. Elles ont souvent été créées dans l’enfance, lors d’un événement douloureux. Imaginez un petit garçon qui se fait gronder par son père parce qu’il a mal récité sa poésie. Pour ne plus revivre cette honte, une part de lui décide : « Je vais tout contrôler, tout préparer, tout anticiper, pour ne jamais échouer. » Aujourd’hui, trente ans plus tard, cette part est toujours aux commandes avant chaque réunion de travail ou chaque examen. Elle vous crie : « Prépare-toi ! Vérifie tout ! Sinon, tu vas te faire humilier ! »
Le problème, c’est que cette part est restée bloquée dans le passé. Elle ne voit pas que vous avez grandi, que vous êtes compétent, que le danger n’est plus le même. Elle utilise les mêmes stratégies qu’à 7 ans. Et vous, vous subissez son emprise. Le premier pas pour apaiser l’anxiété, c’est donc de changer de regard. Au lieu de dire « Je suis anxieux, c’est un problème », commencez à dire « Une part de moi est anxieuse. » Cette nuance est énorme. Car « Je suis anxieux », c’est une identité. C’est lourd, c’est collé à vous. Alors que « Une part de moi est anxieuse », c’est une relation. Vous n’êtes pas l’anxiété, vous êtes celui qui peut l’observer.
Point clé : L’anxiété n’est pas un défaut à éliminer, c’est une partie de vous qui s’est activée pour vous protéger. En la reconnaissant comme telle, vous passez de la lutte au dialogue.
Avant de pouvoir apaiser une part, il faut d’abord la repérer. Et ça, ce n’est pas toujours évident. Parce que l’anxiété se manifeste de mille façons : une boule dans le ventre, des pensées qui tournent en boucle, une sensation d’oppression thoracique, une envie de fuir, de se gratter la peau, de manger du sucre. Chaque manifestation est une voix de cette part.
Je vous propose un petit exercice, que je fais souvent avec mes patients en séance. Prenez une situation récente où vous avez ressenti de l’anxiété. Pas forcément la plus intense, une simple gêne suffit. Par exemple, avant un appel téléphonique important, ou en attendant un résultat médical. Fermez les yeux si vous êtes chez vous, ou bien visualisez la scène. Maintenant, posez-vous cette question : « Où est-ce que je ressens cette anxiété dans mon corps ? » Est-ce une tension dans les épaules ? Un nœud dans l’estomac ? Une chaleur soudaine dans la poitrine ?
Ensuite, donnez une forme à cette sensation. Est-ce une couleur ? Une texture ? Une température ? Une forme géométrique ? Un patient m’a dit un jour : « C’est comme une boule grise, froide, avec des picots, juste sous mes côtes. » Un autre : « C’est une spirale rouge qui tourne dans ma tête. » Ne cherchez pas à être logique. Laissez votre intuition parler. Ce que vous décrivez, c’est la part anxieuse qui se présente à vous.
Maintenant, adressez-vous à elle. Pas en la combattant, mais en l’accueillant. Vous pouvez lui dire intérieurement : « Bonjour, je vois que tu es là. Merci d’essayer de m’aider. » Oui, merci. Même si vous avez envie de lui hurler dessus. Cette part a besoin de se sentir reconnue, pas rejetée. Si vous la repoussez, elle va s’accrocher encore plus fort, comme un enfant qui fait une colère parce qu’on ne l’écoute pas.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui venait pour des crises d’angoisse récurrentes. Elle me disait : « Je sens une pression dans ma gorge, comme si quelqu’un m’étranglait. » Je lui ai proposé de dialoguer avec cette sensation. Elle a fermé les yeux, et après quelques secondes, elle a dit : « C’est une petite fille. Elle a 8 ans. Elle est assise dans un coin, elle pleure. » En explorant, Sophie a compris que cette petite fille était la part d’elle qui avait été terrorisée par les disputes violentes de ses parents. Aujourd’hui, à 35 ans, dès qu’elle sent une tension dans une relation, cette petite fille prend le contrôle et lui serre la gorge pour l’empêcher de parler, de peur que ça dégénère.
Identifier la part, c’est déjà la moitié du chemin. Parce qu’une fois que vous savez qui est là, vous pouvez entrer en relation. Vous n’êtes plus dans la confusion « Je suis anxieux, c’est horrible », mais dans la clarté « Ah, c’est toi, la petite fille qui a peur des disputes. » Et ça, ça change tout.
Une fois que vous avez repéré votre part anxieuse, le véritable travail commence. Mais rassurez-vous, il est simple. En IFS, on utilise un protocole en trois étapes, que j’appelle les trois questions. Je les ai adaptées pour qu’elles soient faciles à retenir et à pratiquer seul, entre deux séances.
Première question : « Qu’est-ce que tu ressens ? »
Vous avez déjà identifié une sensation physique. Maintenant, allez plus loin. Demandez à cette part : « Qu’est-ce que tu ressens exactement ? » Pas avec votre tête, mais avec votre cœur. Laissez la réponse venir sous forme de mots, d’images, d’émotions. Peut-être que la part vous répond : « J’ai peur. » Ou : « Je suis fatiguée. » Ou : « Je suis en colère. » Accueillez cette réponse sans la juger. Si la part dit « J’ai peur », vous pouvez répondre : « Je comprends que tu aies peur. Dis-m’en plus. » Vous êtes en train de créer un espace de sécurité pour elle.
Deuxième question : « Qu’est-ce que tu veux me dire ? »
Cette question est cruciale. La part anxieuse a un message. Souvent, elle veut vous protéger d’un danger qu’elle perçoit. Mais parfois, ce message est plus profond. Un patient, Antoine, avait une part qui le poussait à vérifier trois fois la porte d’entrée avant de dormir. Quand il lui a demandé « Qu’est-ce que tu veux me dire ? », la part a répondu : « Si tu ne vérifies pas, quelqu’un va entrer et faire du mal à ta famille. » Antoine a eu un frisson : cette peur venait d’un cambriolage qu’il avait vécu à 12 ans. La part n’avait jamais su que le danger était passé. En lui parlant, il a pu lui dire : « Je suis en sécurité maintenant. Il y a une alarme, des voisins, et je suis adulte. Tu peux te reposer. »
Troisième question : « Qu’est-ce que tu as besoin ? »
C’est la question la plus puissante. Une fois que vous avez entendu le message, demandez : « De quoi as-tu besoin pour te sentir mieux ? » Ne cherchez pas à lui donner une réponse intellectuelle. Laissez la part vous dire. Parfois, elle a besoin d’être rassurée : « J’ai besoin que tu me dises que je suis en sécurité. » Parfois, elle a besoin d’être remerciée : « J’ai besoin que tu reconnaisses que j’ai fait de mon mieux pendant toutes ces années. » Parfois, elle a besoin d’une action concrète : « J’ai besoin que tu écrives ce que tu dois faire demain, pour que je puisse lâcher prise. »
Un exemple marquant : une patiente, Claire, avait une part anxieuse qui s’activait chaque fois qu’elle devait prendre la parole en public. Après les trois questions, sa part lui a dit : « J’ai besoin qu’on me tienne la main. » Claire a souri, un peu gênée. Mais elle a visualisé prendre la main de cette part, comme on rassure un enfant. La fois suivante, avant une réunion, elle a posé sa main sur son cœur en pensant à cette part. L’anxiété a baissé de 70 %. Pourquoi ? Parce que la part s’est sentie écoutée, comprise, accompagnée. Elle n’avait plus besoin de hurler pour attirer l’attention.
Point clé : En posant ces trois questions – « Qu’est-ce que tu ressens ? », « Qu’est-ce que tu veux me dire ? », « Qu’est-ce que tu as besoin ? » – vous transformez l’anxiété en dialogue. La part cesse d’être un symptôme pour devenir un allié.
L’IFS, ce n’est pas que du mental. C’est aussi une pratique incarnée. Et c’est là que beaucoup de personnes se trompent : elles veulent comprendre leur anxiété avec leur tête, en analysant, en rationalisant. Mais l’anxiété est avant tout une expérience corporelle. Votre part anxieuse parle à travers vos sensations physiques. Si vous ignorez votre corps, vous ignorez la moitié du message.
Je vois souvent des patients qui me disent : « J’ai compris pourquoi je suis anxieux, mais ça n’a rien changé. » C’est normal. Comprendre, ce n’est pas guérir. Ce qui guérit, c’est l’expérience. C’est le fait de ressentir la part dans votre corps, de lui offrir un espace, de la laisser se détendre. Le corps a une mémoire. Quand vous respirez profondément en accueillant une sensation, vous envoyez un signal de sécurité à votre système nerveux. Vous dites à votre part : « Je suis là, je te vois, tu peux lâcher prise. »
Prenons un exercice simple que vous pouvez faire maintenant. Asseyez-vous confortablement. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Respirez doucement. Rappelez-vous une situation qui a récemment déclenché votre anxiété. Laissez la sensation monter. Ne la repoussez pas. Restez avec elle pendant trois respirations. Puis, mentalement, dites : « Je vois cette tension. Je l’accueille. Elle fait partie de moi pour l’instant. » Vous allez peut-être sentir la tension se modifier : s’adoucir, se déplacer, ou même s’intensifier avant de diminuer. C’est normal. Vous êtes en train de négocier avec la part.
Un jour, un footballeur que j’accompagne me confie : « Avant chaque penalty, j’ai une crampe dans la jambe gauche. Je sais que c’est psychosomatique, mais je n’arrive pas à la faire partir. » Je lui propose un petit protocole IFS corporel. Il ferme les yeux, visualise la crampe, et lui demande : « Qu’est-ce que tu veux me dire ? » La crampe lui répond : « Si tu rates, tu vas décevoir toute l’équipe. » C’est une part perfectionniste. Puis il lui demande : « Qu’est-ce que tu as besoin ? » La part répond : « J’ai besoin que tu saches que je suis là pour t’aider à te concentrer, pas pour te paralyser. » À partir de ce moment, la crampe s’est transformée en une sensation de vigilance, sans douleur. Le joueur a commencé à l’accueillir comme un signal utile, pas comme une menace.
Votre corps est un traducteur. Chaque tension, chaque nœud, chaque frisson est un mot que votre part anxieuse essaie de vous dire. Si vous apprenez à l’écouter, vous n’aurez plus besoin qu’elle crie.
Parfois, malgré ce dialogue, l’anxiété ne cède pas. C’est frustrant, je sais. Mais en IFS, on sait que certaines parts sont plus résistantes que d’autres. Elles ont un rôle crucial : ce sont les protecteurs. Ces parts sont comme des gardes du corps. Elles ont été formées pour vous éviter de ressentir une douleur plus profonde, ce qu’on appelle la part exilée.
Une part exilée, c’est une part qui porte une blessure ancienne. Par exemple, un sentiment d’abandon, de honte, d’humiliation, de peur intense. Ces parts sont souvent très jeunes, parfois même préverbales. Elles ont été enfermées pour que vous puissiez survivre. Le protecteur, lui, fait tout pour que vous ne les rencontriez jamais. L’anxiété est souvent un protecteur qui vous dit : « Ne va pas là-bas, c’est trop dangereux. Reste dans l’anticipation, le contrôle, la vigilance. »
Je me souviens d’une patiente, Émilie, qui souffrait d’anxiété sociale depuis l’adolescence. Elle évitait les soirées, les réunions, les présentations. Quand on a commencé à dialoguer avec sa part anxieuse, celle-ci lui disait : « Si tu sors, tu vas dire une bêtise, tout le monde va se moquer de toi, tu vas mourir de honte. » C’était un protecteur très fort. Mais en creusant, on a découvert une exilée : une petite fille de 6 ans qui avait été humiliée devant toute la classe par un instituteur. Cette petite fille portait une honte immense. Le protecteur anxieux était là pour qu’elle ne revive jamais ça.
Quand vous travaillez avec l’anxiété, il est possible que vous touchiez à ces exilées. Et c’est délicat. Parce que ces parts sont vulnérables. Elles ont besoin de beaucoup de sécurité, de douceur, et souvent d’un accompagnement professionnel. Si vous sentez que l’anxiété s’intensifie quand vous faites ce protocole, ou que des émotions très fortes remontent (tristesse, colère, désespoir), arrêtez-vous. Respirez. Revenez à votre corps. Et si besoin, prenez rendez-vous avec un praticien IFS. Ce n’est pas un échec. C’est une preuve de sagesse.
Point clé : Si l’anxiété persiste, c’est qu’elle protège une part plus vulnérable. Ne forcez pas le dialogue. Respectez le ryth
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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