3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Découvrez comment vos conflits intérieurs impactent votre relation.
Tu arrives de ton travail. Tu es fatigué. Ta journée a été longue, et tu as juste envie de souffler. À peine la porte franchie, tu vois ton conjoint affalé dans le canapé, les yeux rivés sur son téléphone. Le dîner n’est pas prêt, la table est vide, et un petit quelque chose monte en toi. Ce n’est pas encore de la colère. C’est une crispation. Un serrement au creux du ventre. Puis une phrase sort : « Encore sur ton téléphone ? Tu ne pouvais pas penser à préparer à manger ? »
Et là, c’est parti. Dix minutes plus tard, vous êtes en pleine dispute pour savoir qui en fait le plus, qui ne voit pas l’autre, qui ne mérite pas ce ton. Tu connais cette scène. Tu l’as vécue. Peut-être même ce soir.
Mais si je te disais que ce n’est pas vraiment toi qui parlais ? Et pas vraiment ton conjoint non plus.
En IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur – on appelle ça des « parts ». Ce sont des parties de toi, des sous-personnalités, qui prennent le micro quand tu es sous stress, fatigué, ou blessé. Et dans un couple, ces parts sont souvent les vraies actrices des disputes. Pas toi. Pas l’autre. Vos parts. Et comprendre ça, c’est déjà la moitié du chemin pour sortir du conflit.
Je vais te montrer comment tes parts influencent tes disputes de couple, et surtout, comment faire la paix avec elles pour que ta relation respire.
Quand tu te disputes avec ton partenaire, tu as l’impression que le conflit est clair : il a dit ça, tu as répondu ça, le ton monte, et c’est la guerre. Mais en réalité, la plupart des disputes de couple ne portent pas sur le sujet apparent. Elles portent sur des blessures anciennes, des besoins non exprimés, et des parts de toi qui se sentent menacées.
Prenons un exemple concret. Je reçois un couple, appelons-les Julie et Marc. Julie reproche à Marc de ne jamais l’écouter vraiment. Marc, lui, se sent attaqué et se ferme. En apparence, le problème c’est la communication. Mais en creusant avec l’IFS, on découvre que chez Julie, une part « protectrice » s’active dès qu’elle sent que son avis n’est pas pris en compte. Cette part s’est formée quand elle était enfant, quand ses parents la coupaient systématiquement. Elle a appris à hausser le ton pour être entendue. Chez Marc, une part « repli » s’active face à la colère de Julie : elle vient d’un père autoritaire qui criait. Marc s’est construit en se taisant pour survivre.
Leur dispute n’est pas sur le fait que Marc n’écoute pas. Elle est sur la rencontre de deux parts blessées qui jouent leur vieux scénario. Et tant que tu ne vois pas ça, tu restes coincé dans le même film, en boucle.
L’IFS nous apprend que chaque part a une intention positive, même celles qui semblent destructrices. La part qui crie veut être entendue. La part qui se tait veut éviter la douleur. Le problème, c’est qu’elles s’affrontent sans que ton « Self » – ton centre calme, confiant, curieux – ne soit aux commandes.
Alors la prochaine fois que tu sens monter l’orage, pose-toi cette question : « Qui parle en moi en ce moment ? » Pas « qu’est-ce qu’il a fait de travers ? », mais « quelle part de moi est déclenchée ? » C’est le premier pas pour sortir du piège.
Dans mon cabinet, je vois souvent les mêmes configurations de parts revenir dans les conflits de couple. Les reconnaître, c’est déjà les désamorcer. Voici les trois plus fréquentes.
1. La part « Manager » ou « Contrôleur »
Celle-ci veut que tout soit sous contrôle. Elle planifie, organise, anticipe. Dans le couple, elle est souvent celle qui rappelle les tâches ménagères, les rendez-vous, les oublis. Elle parle sur un ton un peu sec, un peu « adulte responsable ». Son problème ? Elle écrase la spontanéité et donne à l’autre l’impression d’être un enfant qu’on gronde.
Exemple : « Tu as encore oublié de sortir les poubelles. C’est le troisième fois cette semaine. » Ce n’est pas une remarque neutre. C’est la part Manager qui s’active parce qu’elle a peur du chaos. Elle croit que si elle ne contrôle pas, tout va s’effondrer.
2. La part « Victime » ou « Plaignante »
Celle-ci se sent incomprise, négligée, sacrifiée. Elle a tendance à accumuler des griefs silencieux avant d’exploser. Elle dit des choses comme : « Je fais tout ici, et toi tu ne vois rien. » Ou : « Tu penses toujours à toi d’abord. » Cette part est souvent la gardienne d’une vieille blessure d’abandon ou d’injustice. Elle veut de la reconnaissance, mais elle la demande d’une façon qui met l’autre sur la défensive.
3. La part « Fuite » ou « Évitante »
Celle-là, dès que le conflit pointe, elle veut sortir de la pièce, regarder son téléphone, ou changer de sujet. Elle dit : « Laisse tomber, c’est pas grave. » Ou : « Tu dramatises tout. » Son but est de protéger le système du couple de l’intensité émotionnelle. Mais en réalité, elle laisse l’autre part seul avec son feu intérieur. L’évitant n’est pas froid : il est juste terrifié par l’affrontement.
Ces trois parts ne sont pas « mauvaises ». Elles essaient de t’aider. Mais dans un couple, elles créent une danse toxique : le Manager critique, la Victime se plaint, l’Évitant fuit. Et personne ne se sent entendu.
Si tu te reconnais dans l’une d’elles, ne te juge pas. C’est juste une part. Et une part, ça se comprend, ça s’apaise. Pas besoin de la supprimer. Juste de l’écouter.
Le vrai problème, ce n’est pas d’avoir des parts. On en a tous. Le problème, c’est quand tu es « fusionné » avec une part, c’est-à-dire quand tu crois que cette part, c’est toi. Tu ne dis plus « une partie de moi est en colère », tu dis « je suis en colère ». Et tu agis comme si cette colère était toute ta réalité.
Quand tu es fusionné, tu n’as plus de recul. Tu réagis à 100 à l’heure. Tu perds ta capacité à être curieux, à prendre du champ. Et dans le couple, c’est catastrophique parce que l’autre devient automatiquement l’ennemi.
Exemple : tu es fusionné avec ta part « Victime ». Quand ton conjoint dit « Tu peux ranger tes affaires ? », tu entends « Tu es un bordélique égoïste ». La part Victime interprète tout comme une attaque. Tu réponds sur la défensive, et en trois secondes, c’est la guerre.
L’IFS propose une autre voie : apprendre à se « défusionner ». C’est-à-dire reconnaître que tu as une part qui se sent victime, mais que tu n’es pas cette part. Tu peux dire : « Je sens une partie de moi qui se sent attaquée en ce moment. » Cette simple phrase crée un espace. Un espace entre toi et ta réaction. Et dans cet espace, tu peux choisir une réponse, pas une réaction.
Comment faire concrètement ? Quand tu sens que tu t’emballes, prends une respiration. Et pose-toi la question : « Quelle part de moi est aux commandes maintenant ? » Pas pour la juger, juste pour la nommer. « Ah, c’est ma part Manager qui est là. » « Tiens, ma part Victime sort le grand jeu. » Rien que la nommer, ça te sort de la fusion. Tu redeviens l’observateur. Et de là, tu peux décider.
L’IFS ne change pas ton partenaire. Il change ton rapport à toi-même. Et ça, ça change tout dans le couple.
Quand tu commences à voir tes parts, tu arrêtes de projeter sur l’autre. Tu arrêtes de croire que ton conjoint est la cause de ta colère. Il est juste le déclencheur. La cause, elle est à l’intérieur. Et c’est une bonne nouvelle, parce que sur l’intérieur, tu as du pouvoir. Pas sur l’autre.
Voici comment se déroule une transformation typique. Disons que ton partenaire fait une remarque qui te blesse. D’habitude, tu t’emballes, tu réponds, et c’est le conflit. Avec l’IFS, tu fais une pause. Tu ressens la tension dans ton corps. Tu identifies la part : « Je sens une part de moi qui se sent rejetée. » Tu lui parles mentalement : « Je te vois. Je sais que tu as peur. Tu veux me protéger. Merci. » Puis tu demandes à cette part ce dont elle a vraiment besoin. Souvent, c’est juste d’être reconnue, écoutée, validée.
Une fois que tu as apaisé cette part en toi, tu peux répondre à ton partenaire depuis ton Self. Pas depuis la réactivité. Tu peux dire : « Cette remarque a touché quelque chose en moi. Peux-tu me dire ce que tu voulais dire exactement ? » Tu passes de l’attaque à la curiosité. Et l’autre, qui n’est plus en face d’un accusateur, peut baisser sa garde.
J’ai vu des couples passer de disputes hebdomadaires à des conversations authentiques en quelques semaines, simplement en apprenant à repérer et apaiser leurs parts avant de parler. Ce n’est pas magique. C’est un entraînement. Mais ça marche.
« Quand tu arrêtes de lutter contre tes parts, tu arrêtes de lutter contre ton partenaire. La paix intérieure est le seul chemin vers la paix à deux. »
En IFS, on parle du Self comme de la partie essentielle de toi, celle qui reste quand toutes tes parts se calment. Le Self a des qualités naturelles : calme, curiosité, compassion, confiance, courage, créativité, connexion, clarté. Tu les as déjà en toi. Juste, elles sont souvent recouvertes par le bruit des parts.
Dans le couple, le Self est le meilleur allié. Pourquoi ? Parce que quand tu es dans ton Self, tu peux écouter sans t’effondrer, parler sans accuser, rester présent sans fuir. Tu deviens un espace sécurisant pour toi et pour l’autre.
Imaginons que ton partenaire exprime une frustration. Si tu es dans une part, tu vas soit te défendre, soit culpabiliser, soit minimiser. Si tu es dans ton Self, tu peux entendre sa peine sans la prendre pour toi. Tu peux dire : « Je comprends que tu sois frustré. Raconte-moi. » Tu n’es pas menacé par son émotion. Tu peux l’accueillir.
Le Self ne cherche pas à avoir raison. Il cherche à comprendre. Et ça, c’est la clé des relations qui durent.
Comment accéder à ton Self ? La pratique est simple. Quand tu es en conflit ou en tension, ferme les yeux une minute. Respire. Demande à tes parts de s’écarter un peu. Dis-leur : « Je vous entends, je vous remercie, mais pour l’instant, laissez-moi être présent. » Puis ressens ce qui reste. Ce calme. Cette ouverture. C’est ton Self. Plus tu t’entraînes, plus tu y as accès vite.
Je te propose un exercice concret à faire seul, puis à deux si ton partenaire est partant. Il s’inspire directement de l’IFS et de l’Intelligence Relationnelle.
Étape 1 : Repère le déclencheur (30 secondes)
Quand tu sens que ça monte – une tension, une voix qui s’élève, un geste brusque – arrête-toi. Pose une main sur ton cœur ou ton ventre. Demande-toi : « Quelle émotion est là ? » Pas d’analyse, juste nommer : colère, tristesse, peur, frustration.
Étape 2 : Identifie la part (1 minute)
Dis-toi : « Il y a une part de moi qui se sent… » Complète. Par exemple : « Il y a une part de moi qui se sent ignorée. » Ou : « Il y a une part de moi qui veut fuir. » Ne juge pas. Observe.
Étape 3 : Respire avec la part (1 minute)
Envoie de la compassion à cette part. Dis-lui mentalement : « Je te vois. Je suis là. Tu n’es pas seule. » Respire en imaginant que ton souffle enveloppe cette part. Souvent, en 30 secondes, la tension diminue.
Étape 4 : Parle depuis le Self (30 secondes)
Maintenant, tu peux répondre à ton partenaire. Pas depuis la part, mais depuis ton centre. Dis quelque chose comme : « Je sens que je réagis fort. Peux-tu reformuler ce que tu viens de dire ? » Ou : « J’ai besoin d’une minute pour me calmer, après je t’écoute vraiment. » Tu n’es plus dans l’attaque ou la fuite. Tu es dans la régulation.
Cet exercice ne résout pas tout du premier coup. Mais il brise le cycle. Il crée un espace de choix. Et avec la répétition, il devient réflexe.
Je veux être honnête avec toi. L’IFS est un outil puissant, mais il n’est pas une baguette magique. Il ne remplace pas tout.
Si vous êtes dans une relation violente – physique, psychologique, ou verbale – l’IFS ne doit pas être utilisé pour « comprendre l’agresseur » ou excuser des comportements toxiques. La priorité, c’est ta sécurité. Il faut parfois s’éloigner, poser des limites claires, voire quitter la relation. L’IFS peut t’aider à comprendre tes schémas, mais pas à rester dans une situation dangereuse.
De même, si l’un de vous souffre de dépression sévère, de troubles de la personnalité non traités, ou d’addictions actives, l’IFS en solo ne suffira pas. Il faut un suivi médical et thérapeutique adapté.
L’IFS est merveilleux pour les conflits du quotidien, les blessures d’attachement, les schémas répétitifs. Mais il n’est pas une solution universelle. Et c’est correct. Savoir quand un outil ne suffit pas, c’est aussi être responsable.
Ce que je te propose, ce n’est pas de ne plus jamais te disputer. Les conflits font partie de toute relation intime. Ce que je te propose, c’est de ne plus te perdre dans tes disputes. De les traverser avec plus de conscience, moins de dégâts.
Quand tu commences à voir tes parts, tu vois aussi celles de ton partenaire avec d’autres yeux. Tu arrêtes de le prendre personnellement. Tu comprends que lui aussi est habité par des parties qui souffrent, qui ont peur, qui veulent juste être en sécurité. Et cette compréhension, elle adoucit tout.
Je ne te demande pas d’être parfait. Je te demande d’essayer. La prochaine fois que tu sens la dispute monter, fais juste une pause. Respire. Demande-toi : « Quelle part de moi est là ? » Et écoute-la. Juste l’écouter, sans agir. C’est déjà un pas de géant.
Si tu veux aller plus loin, je te propose un premier pas tout simple : prends un carnet, et note trois disputes récurrentes que tu as avec ton partenaire. Pour chacune, écris : « Quelle part de moi s’active ? » et « Qu’est-ce que cette part a peur qu’il se passe si elle ne prend pas le contrôle ? » Tu verras, des motifs vont apparaître. Et ces motifs, ce sont les portes d’entrée vers une relation plus apaisée.
Et si tu sens que tu as besoin d’un accompagnement pour ça, je suis là. Je reçois à Saintes et en visio. On peut travailler ensemble sur tes parts, sur les schémas qui se répèt
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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