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IFS pour les parents : calmer les crises de vos enfants

Utilisez vos propres parties pour rester serein face aux colères.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes dans la cuisine. Il est 18h30, vous préparez le dîner, le sac de sport de votre fils traîne encore dans l’entrée, votre fille a décidé que les pâtes étaient « dégoûtantes » sans même les avoir goûtées. Et là, la crise éclate. Pas une petite contrariété. Un vrai volcan. Votre enfant hurle, tape du pied, jette son verre d’eau sur la table. Vous sentez la vôtre monter aussi. Cette boule dans le ventre, la chaleur dans la poitrine, la phrase qui vous brûle les lèvres : « Arrête tout de suite ou je te prive d’écran pour un mois ! »

Vous avez déjà essayé la communication non violente. Vous avez lu les livres sur l’éducation positive. Vous savez qu’il faut accueillir les émotions. Mais sur le moment, avec le bruit, la fatigue et le regard de votre conjoint(e), tout s’effondre. Vous réagissez comme vous avez promis de ne plus le faire. Et ensuite, la culpabilité s’installe.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et je travaille chaque jour avec des parents qui vivent cette scène. Pas pour leur apprendre à mieux gérer leurs enfants. Mais pour les aider à comprendre ce qui se passe en eux quand leur enfant perd pied. Parce que c’est là que tout se joue. Et c’est là que l’IFS – le modèle des parties internes, ou Internal Family Systems – devient un outil puissant, concret, applicable tout de suite.

Ne cherchez pas une méthode pour « calmer la crise » de votre enfant. Cherchez comment rester vous-même au milieu de la tempête. C’est la seule chose qui changera vraiment la donne.


Pourquoi les crises de vos enfants déclenchent vos propres réactions en chaîne ?

Imaginez un tableau de bord. Le vôtre. Quand votre enfant entre en crise, ce n’est pas une simple contrariété extérieure qui arrive. C’est un signal d’alarme qui s’allume dans votre propre système interne. Votre cœur s’accélère, votre respiration se bloque, vos pensées s’emballent : « Il me fait exprès », « Je suis un mauvais parent », « Les gens vont me juger ».

Ce que vous vivez n’est pas un choix conscient. C’est une réaction automatique. Et elle a une origine précise : une ou plusieurs de vos parties internes qui se réveillent brutalement.

L’IFS part d’une idée simple mais puissante : vous n’êtes pas une seule personne. Vous êtes un système composé de nombreuses « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions, ses croyances et son rôle. Certaines parties sont protectrices. D’autres sont blessées, souvent depuis l’enfance. Le but n’est pas de les éliminer, mais de les comprendre et de les apaiser.

Quand votre enfant crie, une partie de vous peut s’activer en Pompière : elle veut éteindre le feu immédiatement. Elle crie plus fort, menace, punit. C’est la partie qui dit « Ça suffit maintenant ! » sur un ton qui vous surprend vous-même.

Une autre partie peut être Manager : elle anticipe, planifie, contrôle. Elle vous souffle « Si tu ne réagis pas fermement, il va devenir ingérable ». Elle veut éviter la honte sociale, le regard des autres parents.

Parfois, c’est une partie Exilée qui se réveille. Une partie de vous qui, enfant, n’a pas eu le droit de pleurer, de se fâcher, d’exister pleinement. Quand votre enfant exprime sa colère, cette vieille blessure se réactive : « Moi, je n’avais pas le droit. Lui, il ose ? »

Et là, vous n’êtes plus un parent face à son enfant. Vous êtes un adulte habité par des parties qui ont 5, 8 ou 12 ans. Vous réagissez avec la maturité émotionnelle de votre partie la plus jeune, pas avec votre sagesse d’adulte.

Un père que j’ai accompagné me disait : « Quand mon fils de 6 ans fait une crise dans le supermarché, je ne vois plus mon fils. Je vois mon père qui me regardait avec ce regard déçu. Et je deviens mon père. »

Voilà la clé. La crise de votre enfant n’est pas votre problème. C’est le déclencheur qui révèle vos propres parties non apaisées.

« La crise de votre enfant n’est pas un problème à résoudre. C’est une invitation à rencontrer vos propres parties qui souffrent en silence. »


Comment reconnaître vos parties qui s’activent pendant une crise ?

Vous ne pouvez pas changer ce que vous ne voyez pas. La première étape concrète, c’est d’apprendre à repérer quelle partie prend le volant dans ces moments de tension. Ce n’est pas de la psychologie abstraite. C’est une observation fine de votre propre expérience.

Voici trois profils typiques de parties parentales qui s’activent pendant une crise. Voyez si vous vous reconnaissez.

Le Contrôleur : Cette partie déteste le désordre émotionnel. Quand l’enfant crie, elle veut tout de suite rétablir l’ordre. Ses phrases types : « Calme-toi immédiatement », « On ne parle pas sur ce ton », « Tu vas dans ta chambre et tu en sors quand tu es calmé ». Physiquement, vous sentez votre mâchoire se serrer, vos épaules remonter. Votre voix devient plus froide, plus autoritaire. Cette partie croit sincèrement que la fermeté est la seule solution. Elle a souvent été formée par des parents eux-mêmes rigides.

L’Accusateur : Cette partie se tourne vers l’intérieur. Elle vous attaque vous, pas l’enfant. « Tu es nul(le) comme parent », « Tu n’arrives jamais à gérer ça », « Regarde, les autres y arrivent, eux ». Le discours intérieur est impitoyable. Cette partie vous pousse à vous justifier, à culpabiliser, parfois à abandonner la limite parce que vous vous sentez trop mal. Elle est souvent liée à une partie Exilée qui a vécu le rejet ou l’humiliation.

Le Sauveteur : Cette partie ne supporte pas la détresse de l’enfant. Elle veut tout faire pour que la crise cesse, mais par l’apaisement immédiat. « D’accord, prends le gâteau », « Ne pleure pas, je vais t’acheter ce jouet », « Laisse, je vais le faire à ta place ». Elle a peur que l’enfant souffre, qu’il se sente abandonné. Elle confond amour et absence de frustration. Elle est souvent mue par une peur profonde : celle de ne pas être aimé par son enfant.

Aucun de ces profils n’est « mauvais ». Ce sont des parties qui essaient de vous protéger, vous ou votre enfant, avec les moyens qu’elles ont. Le problème, c’est qu’elles agissent à votre place, sans que vous ayez le choix.

Pour les repérer en temps réel, posez-vous ces questions simples :

  • Quand mon enfant crie, où est-ce que je le sens dans mon corps ?
  • Quelle émotion domine ? Colère, peur, honte, impuissance ?
  • Quelle phrase intérieure revient en boucle ?
  • Quel âge a la partie qui répond ? Est-ce un adulte ou un enfant ?

Un parent avec qui j’ai travaillé m’a raconté : « J’ai réalisé que quand mon fils pleure, ce n’est pas moi qui réponds. C’est la petite fille que j’étais, qui n’avait pas le droit de pleurer. Et elle lui en veut de pouvoir le faire. » Cette prise de conscience a tout changé.


Pourquoi vos tentatives pour calmer la crise échouent souvent ?

Vous avez tout essayé. Les gestes barrières de la parentalité positive. Le temps calme. Les cartes des émotions. Le coin de la colère. Et pourtant, quand la crise arrive, rien ne marche. Et vous vous demandez : « Qu’est-ce que je fais de travers ? »

La réponse est contre-intuitive. Ce n’est pas ce que vous faites qui ne marche pas. C’est qui vous êtes au moment où vous le faites.

Une technique de communication, même parfaite, échoue si elle est portée par une partie en détresse. Imaginez que vous disiez à votre enfant : « Je vois que tu es en colère, je suis là pour toi. » Mais en réalité, à l’intérieur, vous êtes tendu, vous voulez que ça s’arrête vite, vous avez peur du regard des autres. Votre enfant, qui est une éponge émotionnelle, ne capte pas vos mots. Il capte votre énergie. Il sent que vous n’êtes pas vraiment là, que vous êtes en train de lutter contre vos propres tempêtes.

Il y a une différence énorme entre gérer une crise et accueillir une crise.

Gérer, c’est une partie protectrice qui essaie de contrôler. Elle veut que l’émotion disparaisse. Elle utilise des techniques comme des outils pour éteindre l’incendie. Mais l’incendie, c’est l’émotion de l’enfant. Et une émotion ne s’éteint pas. Elle se traverse.

Accueillir, c’est une autre posture. C’est être présent, calme, sans chercher à changer quoi que ce soit. C’est permettre à l’enfant d’exprimer sa colère, sa tristesse, sa frustration, sans que vous soyez emporté par elle. Cela ne veut pas dire laisser faire n’importe quoi. Vous pouvez poser des limites tout en restant connecté. Mais vous le faites depuis un espace de calme intérieur.

Le problème, c’est que pour accueillir la crise de votre enfant, il faut d’abord accueillir vos propres parties qui se réveillent. Et c’est là que le bât blesse. Si vous n’avez pas fait ce travail, vous êtes comme un pompier qui court dans un incendie avec un bidon d’essence.

Prenons un exemple concret. Votre enfant de 4 ans pique une colère parce que vous avez coupé la tablette. Il crie, il tape. Vous sentez la colère monter. Si vous êtes identifié à votre partie Contrôleur, vous allez dire : « Arrête tout de suite, tu vas être puni. » Résultat : l’enfant se sent incompris, la crise s’amplifie, vous vous disputez. Si vous êtes identifié à votre partie Sauveteur, vous allez dire : « Bon, d’accord, cinq minutes de plus. » Résultat : l’enfant apprend que la crise est un moyen efficace d’obtenir ce qu’il veut. Les deux issues sont insatisfaisantes.

Pourquoi ? Parce que dans les deux cas, vous n’êtes pas vous. Vous êtes une partie réactive. Vous n’avez pas accès à votre Self – cette partie centrale, calme, confiante, curieuse, compatissante, créative, courageuse, connectée – qui est pourtant présente en chacun de nous.

Le Self n’est pas un idéal lointain. C’est votre essence quand aucune partie ne prend le contrôle. Vous l’avez déjà expérimenté : ces moments rares où vous êtes pleinement présent, où vous écoutez sans jugement, où vos réponses sont justes et naturelles. C’est le Self.

« Quand une partie vous dirige, vous réagissez. Quand le Self vous guide, vous répondez. La différence fait toute la relation avec votre enfant. »


Comment le Self peut transformer votre présence parentale ?

Le Self n’est pas une méthode. C’est une présence. Et c’est ce qui fait toute la différence. Quand vous êtes dans le Self, vous n’avez pas besoin de techniques. Vous êtes la technique.

Imaginez la scène. Votre enfant hurle parce que son dessin a été déchiré par son frère. Vous pouvez être dans une partie qui veut punir le frère, une partie qui veut consoler trop vite, une partie qui minimise (« Ce n’est qu’un dessin »). Ou vous pouvez être dans le Self.

Dans le Self, vous êtes calme. Pas une fausse sérénité, un calme réel, profond. Vous savez que cette crise n’est pas une urgence. Vous êtes curieux : « Qu’est-ce qui se passe pour lui en ce moment ? » Vous êtes compatissant : vous voyez sa détresse sans la prendre pour vous. Vous êtes confiant : vous savez que vous allez traverser ça ensemble. Vous êtes créatif : une solution inattendue peut émerger.

Quand vous êtes dans le Self, votre simple présence a un effet régulateur sur votre enfant. Les neurosciences le confirment : le système nerveux de l’enfant se cale sur celui du parent. Si vous êtes en alerte, il l’est aussi. Si vous êtes apaisé, il peut s’apaiser. C’est ce qu’on appelle la co-régulation.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ?

  • Vous ne prenez pas la crise personnellement. Vous ne pensez plus « Il me fait ça à moi ». Vous voyez un enfant qui souffre, qui exprime une émotion débordante.
  • Vous posez des limites claires, sans violence. Vous pouvez dire : « Je vois que tu es très en colère. Tu as le droit de l’être. Mais je ne te laisse pas taper. Je suis là, près de toi, jusqu’à ce que ça aille mieux. » Pas de menace. Pas de retrait affectif. Juste une présence stable.
  • Vous restez connecté à vous-même. Vous n’êtes pas vidé après la crise. Vous avez accueilli, vous n’avez pas lutté. Vous êtes fatigué peut-être, mais pas épuisé.
  • Vous modélisez la régulation émotionnelle. Votre enfant apprend non pas parce que vous lui expliquez, mais parce qu’il vous voit faire. Il intègre que les émotions fortes peuvent être traversées sans détruire la relation.

Un exemple. Sarah, une maman que j’ai suivie, avait une fille de 7 ans qui faisait des crises terribles le matin avant l’école. Sarah était dans une partie Sauveteur : elle cédait pour éviter le conflit, puis culpabilisait, puis s’énervait. Le cercle vicieux. En travaillant avec l’IFS, elle a identifié une partie qui avait peur que sa fille soit malheureuse, comme elle l’avait été enfant. Une fois cette partie apaisée, Sarah a pu être dans le Self. Un matin, sa fille a refusé de s’habiller. Sarah s’est assise par terre à côté d’elle, sans rien dire. Juste présente. Sa fille a pleuré, crié. Sarah est restée. Au bout de vingt minutes, sa fille a dit : « Maman, tu es là. » Et elle s’est habillée. Pas de négociation. Pas de menace. Juste une présence qui disait : « Je ne te laisse pas seul avec ta tempête. »


Un exercice simple pour accueillir vos parties avant la prochaine crise

Vous ne pouvez pas attendre d’être en pleine crise pour faire ce travail. C’est comme vouloir apprendre à nager en tombant d’un bateau. L’entraînement se fait en amont, dans le calme. Voici un exercice que je propose à tous les parents que j’accompagne. Il prend 5 minutes par jour. Il change tout.

1. Choisissez un moment calme : Pas en pleine crise. Le soir, après le coucher des enfants, ou le matin avant qu’ils ne se réveillent. Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux, prenez trois respirations profondes.

2. Rappelez-vous une crise récente : Pas la plus violente. Une crise modérée où vous avez senti que vous aviez réagi de manière automatique. Revivez la scène mentalement pendant quelques secondes. Laissez la sensation monter.

3. Identifiez l’émotion qui domine : Colère ? Peur ? Honte ? Impuissance ? Ne la jugez pas. Dites simplement : « Il y a une partie de moi qui se sent en colère. » Ou peur. Ou autre chose.

4. Localisez-la dans le corps : Où est-ce que vous sentez cette émotion ? Dans la poitrine ? La gorge ? Le ventre ? Les mâchoires ? Restez avec cette sensation. Pas pour la faire partir. Juste pour l’accueillir.

5. Posez-lui des questions : Avec curiosité, pas pour la chasser. « Quelle est ta fonction ? Qu’essaies-tu de protéger ? De quoi as-tu peur ? Quel âge as-tu ? » Écoutez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations.

6. Remerciez-la : Cette partie a un rôle important. Elle essaie de vous protéger, même si sa méthode est contre-productive. Dites-lui : « Merci d’être là. Je comprends que tu veux m’aider.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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