3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un exemple de conversation intérieure pour vous guider.
« Je n’arrive pas à avancer. À chaque fois que je veux lancer ce projet, j’entends une voix qui me dit : « Tu n’es pas légitime. Tu vas te planter. Les autres vont voir que tu es nul. » »
C’est ce que m’a confié Laura, 42 ans, assise dans le fauteuil en face de moi. Elle venait de passer trois mois à peaufiner un dossier de création d’entreprise, sans jamais oser l’envoyer. Cette voix intérieure, elle la connaît bien. Elle l’appelle « la gare du Nord », parce qu’elle est toujours en train de commenter, critiquer, prévoir le pire. Elle l’épuise, la paralyse, et pourtant elle n’arrive pas à la faire taire.
Laura n’est pas seule. La plupart des personnes que je reçois connaissent cette voix. Certains l’appellent le juge, le critique, le perfectionniste, le censeur, ou même « la mère », « le père » ou « la boîte à idées noires ». En IFS – Internal Family Systems – nous l’appelons simplement une partie. Et l’approche que je propose consiste à arrêter de la combattre ou de la faire taire, pour plutôt apprendre à dialoguer avec elle.
Dans cet article, je vais vous montrer, étape par étape, comment se déroule un dialogue type avec votre juge intérieur. Pas de jargon, pas de promesses magiques. Juste une méthode concrète que vous pouvez essayer chez vous – à votre rythme – pour comprendre ce que cette voix cherche vraiment à faire, et pourquoi elle est souvent bien plus utile que vous ne le croyez.
Beaucoup de personnes arrivent en consultation avec une idée fixe : « Je veux que cette voix se taise. » Elles ont essayé la méditation, les affirmations positives, les listes de gratitude. Parfois ça marche un moment, mais la voix revient. Parfois ça ne marche pas du tout, et elles se sentent encore plus en échec.
En IFS, on part d’un postulat différent : cette voix n’est pas un défaut, un parasite ou un ennemi. C’est une partie de vous. Elle a été créée à un moment de votre vie, souvent dans l’enfance ou l’adolescence, pour vous protéger. Elle a un rôle, une intention positive – même si aujourd’hui elle vous gêne.
Le juge intérieur, par exemple, est souvent une partie qui a été formée pour vous éviter l’humiliation, le rejet ou l’échec. Elle vous critique pour que vous soyez parfait, pour que personne ne puisse vous reprocher quoi que ce soit. Elle anticipe tous les scénarios catastrophes pour que vous soyez prêt. C’est un gardien hyper-vigilant, pas un tyran gratuit.
Le juge intérieur n’est pas votre ennemi. C’est un gardien fatigué qui ne sait pas que vous avez grandi.
Quand vous comprenez cela, vous pouvez changer de stratégie. Au lieu de vouloir le faire taire, vous pouvez l’écouter, le remercier, et lui demander de prendre un peu de recul. C’est exactement ce que nous allons faire ensemble dans la conversation qui suit.
Avant de dialoguer, il faut savoir à qui l’on parle. Le juge intérieur est souvent reconnaissable à son ton : critique, sec, impatient, parfois méprisant. Il utilise des formules comme « Tu devrais… », « Tu n’as pas le droit… », « C’est nul ce que tu fais… », « Regarde les autres, eux ils y arrivent… ».
Pour commencer, installez-vous tranquillement. Vous pouvez fermer les yeux ou garder les yeux ouverts, comme vous préférez. Prenez une respiration douce, et portez votre attention sur cette voix. Ne cherchez pas à la faire taire. Observez-la simplement.
Puis, intérieurement, vous pouvez lui adresser une invitation. Par exemple :
« Bonjour. Je sais que tu es là, que tu parles fort. Je ne veux pas te chasser. Au contraire, je voudrais apprendre à te connaître. Est-ce que tu veux bien qu’on parle un peu ? »
Souvent, la réaction immédiate est une résistance : « Tu te fous de moi ? », « Ça ne sert à rien de parler », « Je suis là pour te protéger, alors arrête de perdre du temps. »
C’est normal. Le juge n’a pas l’habitude d’être entendu avec bienveillance. Il a l’habitude d’être ignoré, combattu, ou suivi aveuglément. Il faut parfois lui montrer que vous êtes sincère.
Laura, par exemple, a dû répéter trois fois son invitation avant d’obtenir une réponse. La première fois, elle a ressenti un blanc. La deuxième, une tension dans la mâchoire. La troisième, elle a entendu une phrase claire : « Je te préviens, je ne vais pas me laisser endormir par tes trucs de psy. »
C’était un bon début. La partie était en train de se présenter.
Une fois que la partie a accepté de parler – même avec méfiance – l’étape suivante consiste à l’accueillir avec curiosité. Pas de reproches, pas d’analyse. Juste une écoute empathique.
Vous pouvez poser des questions simples, comme à une personne que vous rencontrez pour la première fois et que vous voulez comprendre :
« Est-ce que tu peux me dire comment tu t’appelles ? Ou quel nom je peux te donner ? » « Depuis combien de temps es-tu là ? » « Que fais-tu exactement dans ma vie ? » « Qu’est-ce qui te motive à agir comme ça ? »
Attention : la partie ne répondra pas toujours en mots. Parfois ce sera une sensation corporelle (une boule dans le ventre, une tension dans les épaules), une image (un juge en robe noire, un parent sévère), ou une émotion (colère, peur, tristesse). C’est parfait. Acceptez tout ce qui vient.
Dans le cas de Laura, la partie s’est présentée comme une femme d’une soixantaine d’années, assise derrière un bureau, avec des lunettes demi-lune, qui tapait du doigt sur une pile de dossiers. Elle s’appelait « La Vérificatrice ». Sa mission : « Vérifier que tout est parfait pour que personne ne puisse te faire de reproches. »
Laura a d’abord eu envie de rire, puis une bouffée de tristesse l’a envahie. Elle s’est rendu compte que cette femme avait l’air épuisée. Pas méchante. Juste fatiguée de devoir tout contrôler.
C’est le cœur de l’IFS. Chaque partie, même la plus bruyante ou la plus dure, a une intention positive. Elle essaie de vous protéger, de vous aider, de vous garder en sécurité. Le problème, c’est qu’elle utilise une méthode qui n’est plus adaptée à votre vie d’adulte.
Pour découvrir cette intention, vous pouvez poser des questions comme :
« Qu’est-ce que tu crains qu’il m’arrive si tu arrêtais de faire ce que tu fais ? » « Que veux-tu vraiment pour moi ? » « Si tu pouvais obtenir ce que tu veux pour moi, à quoi ressemblerait ma vie ? »
Souvent, la réponse est émotionnellement forte. La partie peut révéler une peur ancienne, liée à un événement de l’enfance : « Si tu te plantes, personne ne t’aimera plus. », « Si tu n’es pas parfait, tu seras abandonné. », « Si tu montres ta faiblesse, on va se moquer de toi. »
Ces peurs ne sont pas fausses. Elles sont réelles. Mais elles datent d’un autre temps.
Laura a posé la question à sa Vérificatrice : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? »
Réponse : « Que tu te fasses humilier. Comme quand tu as présenté ton exposé en CM2 et que tout le monde a ri. Je ne veux plus jamais que ça arrive. »
Laura avait complètement oublié cet épisode. À 9 ans, elle avait mal préparé un exposé sur les volcans, et ses camarades avaient ricané. La maitresse avait haussé les sourcils. Elle s’était sentie rouge de honte. Sa Vérificatrice était née ce jour-là.
Chaque partie est un pompier qui éteint un incendie d’il y a trente ans.
Comprendre l’intention positive, ce n’est pas excuser le comportement de la partie. C’est cesser de la diaboliser. C’est voir qu’au fond, elle essaie de vous aider, même si sa méthode est devenue contre-productive.
Une fois que vous avez compris l’intention positive, vous pouvez remercier la partie. Sincèrement. « Merci d’avoir veillé sur moi pendant toutes ces années. Tu as fait du bon boulot. Sans toi, je me serais pris beaucoup de vents. »
Puis, vous pouvez lui demander si elle serait d’accord pour prendre un peu de recul, pour vous laisser expérimenter une autre manière de fonctionner. Pas pour la licencier, mais pour qu’elle devienne une conseillère plutôt qu’une directrice.
Voici comment formuler la demande :
« Maintenant que je sais que tu veux me protéger, est-ce que tu accepterais de me laisser essayer quelque chose de nouveau ? Je te promets que je t’écouterai encore, mais je voudrais que tu parles un peu moins fort. Peut-être que tu peux t’asseoir à côté de moi dans le public, plutôt que d’être sur scène avec moi ? »
Certaines parties acceptent tout de suite. D’autres sont méfiantes : « Si je me tais, tu vas tout gâcher. » Dans ce cas, vous pouvez négocier un test. « D’accord, je te propose un essai de 24 heures. Je vais faire telle action, et après on se reparle pour voir comment ça s’est passé. Si ça foire, tu reprends la main. »
Avec Laura, la Vérificatrice a accepté un test : Laura enverrait son dossier sans le relire une 25e fois, et la Vérificatrice aurait le droit de lui envoyer une alerte si elle voyait un danger réel. Pas un danger imaginaire. Un vrai.
Laura a pris un risque. Elle a envoyé le dossier. Et rien de grave ne s’est produit. La Vérificatrice a râlé un peu, mais elle a tenu sa promesse : elle n’a pas crié.
Souvent, derrière le juge, il y a d’autres parties plus vulnérables. Des parties qui portent la honte, la peur, la tristesse. En IFS, on les appelle les exilés. Ce sont elles que le juge essaie de protéger en vous critiquant.
Une fois que le juge a pris du recul, ces exilés peuvent se montrer. Vous pouvez ressentir une boule dans la gorge, une envie de pleurer, un vide dans le ventre. Ce sont des émotions qui n’ont pas été accueillies à l’époque.
Si cela arrive, vous pouvez dialoguer avec elles de la même manière : « Bonjour, je vois que tu es là. Tu es triste ? Tu as peur ? Je suis là pour t’écouter. »
Ce n’est pas toujours facile. Parfois ces parties sont très jeunes, très chargées émotionnellement. Dans ce cas, il est préférable d’être accompagné par un praticien formé à l’IFS. Vous n’êtes pas obligé de tout faire seul.
Laura, après avoir dialogué avec sa Vérificatrice, a senti une petite fille de 9 ans, recroquevillée sous un bureau, qui se répétait : « Je suis nulle, je suis nulle. » Elle a pu prendre cette partie dans ses bras (en imagination), lui dire qu’elle n’était plus en CM2, qu’elle était une adulte compétente, et que personne ne rirait d’elle aujourd’hui.
Cette étape n’est pas obligatoire pour commencer, mais elle est souvent la plus libératrice. Quand vous accueillez l’exilé, le juge n’a plus besoin de faire son travail. Il peut enfin se reposer.
Je veux être clair : l’IFS n’est pas une baguette magique. Dialoguer avec son juge intérieur ne va pas le faire disparaître en une séance. Certaines parties sont très attachées à leur rôle, surtout si elles protègent des blessures anciennes.
L’IFS ne consiste pas non plus à devenir passif, à tout accepter, ou à laisser les parties faire n’importe quoi. C’est l’inverse : c’est reprendre le gouvernail de votre vie, en apprenant à connaître l’équipage qui est à bord.
Ce que l’IFS fait vraiment, c’est :
Laura, par exemple, a mis deux mois avant de pouvoir envoyer son dossier. Pas parce que l’IFS était lent, mais parce qu’elle avait besoin de reprendre confiance dans sa capacité à dialoguer avec sa Vérificatrice. Aujourd’hui, elle m’écrit parfois pour me dire que la Vérificatrice est devenue une alliée : elle l’aide à relire ses mails importants, mais elle ne l’empêche plus d’agir.
Je vous propose un petit exercice, à faire chez vous, tranquillement. Pas besoin de deux heures. Cinq à dix minutes suffisent.
Identifiez une situation récente où vous avez entendu votre juge intérieur. Par exemple : « Je dois envoyer ce mail, mais j’entends une voix qui dit que je vais le regretter. »
Asseyez-vous, respirez une ou deux fois, et dites intérieurement : « Bonjour, je sais que tu es là. Je ne veux pas te chasser. Je voudrais simplement te connaître. »
Attendez une réponse – un mot, une image, une sensation. Ne forcez pas. Si rien ne vient, c’est OK. Essayez une autre fois.
Posez une question simple : « Qu’est-ce que tu essaies de m’éviter ? » ou « Qu’est-ce qui te fait peur si je fais cette action ? »
Écoutez la réponse sans la juger. Même si elle vous paraît absurde ou disproportionnée. Remerciez la partie.
Terminez en disant : « Merci de veiller sur moi. J’ai entendu ce que tu dis. Je vais y réfléchir. »
Vous n’êtes pas obligé d’obéir à la partie ou de la contredire. Vous l’écoutez, et vous gardez le dernier mot. C’est déjà un changement immense.
Si vous lisez cet article, c’est probablement parce que vous vivez avec un juge intérieur qui vous fatigue, vous ralentit, vous empêche de vivre pleinement. Je vous comprends. J’ai moi-même longtemps dialogué avec le mien.
Ce que je peux vous dire, c’est que le dialogue IFS a changé ma manière de travailler et de vivre. Il ne m’a pas rendu parfait – le juge est toujours là, un peu en retrait – mais il m’a rendu plus libre. Moins en guerre contre moi-même.
Si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement pour explorer ces parties, sachez que je reçois en consultation à Saintes et en visio. Nous pouvons prendre le temps qu’il faut, à votre rythme. Pas de pression, pas de méthode à la chaîne. Juste une écoute et un cadre pour que vous puissiez, à votre tour, dialoguer avec votre propre Vérificateur, votre Juge ou votre Pompier.
Prenez so
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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