PsychologieIfs Therapie

Le guide du débutant pour explorer ses empreintes du passé en IFS

Par où commencer pour aborder son trauma avec l'IFS en toute sécurité.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu les sens, ces moments où une réaction te dépasse. Un commentaire anodin de ton conjoint, et voilà que tu exploses pour une broutille. Un regard un peu insistant dans le métro, et ton cœur s’emballe comme si tu étais en danger. Un collègue qui prend le crédit de ton travail, et tu te retrouves paralysé, incapable de répondre, alors que la colère bouillonne à l’intérieur. Ce ne sont pas des « défauts de caractère » ou des « faiblesses ». Ce sont des signaux. Des messagers d’un passé qui continue de vivre en toi, souvent en secret.

Depuis 2014, dans mon cabinet à Saintes, j’accompagne des adultes qui, comme toi, se sentent parfois prisonniers de ces réactions. Ils viennent parce qu’ils en ont assez de se sentir débordés, honteux ou incompris. Beaucoup ont entendu parler de l’IFS (Internal Family Systems ou Système Familial Intérieur) et se demandent : « Par où commencer ? Comment aborder tout ça sans me faire du mal ? » C’est une question cruciale. Explorer ses blessures, ce n’est pas ouvrir une boîte de Pandore sans filet. C’est un voyage qui demande de la sécurité, de la douceur et une carte.

Cet article est ton guide de débutant. On va voir ensemble comment approcher tes « empreintes du passé » — ces traces laissées par des expériences difficiles ou traumatiques — avec l’IFS, sans te précipiter et en respectant ton rythme. Tu n’as pas besoin d’être un expert en psychologie. Tu as juste besoin d’être curieux et prêt à rencontrer ce qui vit en toi avec une tout autre attitude.

Pourquoi tes « réactions explosives » sont en fait des protecteurs ? Le premier pas vers la guérison

Avant de plonger dans les souvenirs, il faut comprendre un principe fondamental de l’IFS : tout ce qui est en toi a une intention positive. Oui, même cette voix critique qui te dit que tu es nul, même cette angoisse qui te tord l’estomac, même cette colère qui te fait dire des choses que tu regrettes.

Je reçois souvent des personnes comme Marc, un cadre commercial de 42 ans. Il vient me voir parce qu’il « pète les plombs » au volant. Le moindre automobiliste qui lui fait une queue de poisson, et c’est la colère noire. Il se traite de « con », se dit qu’il est « immature », et se sent honteux après. Il veut « se débarrasser » de cette colère.

La première chose qu’on fait en IFS, c’est arrêter de se battre contre cette colère. On ne la voit plus comme une ennemie, mais comme une partie de lui qui a un job très important. On l’appelle un Protecteur. Son boulot ? Empêcher Marc de ressentir quelque chose de bien plus douloureux. Quelque chose qui s’est passé bien avant l’incident de la route.

Quand on a commencé à dialoguer avec cette colère, elle a fini par dire : « Si je me mets en colère et que je deviens menaçant, personne ne pourra plus jamais me faire de mal. Personne ne me trahira plus. » Cette phrase a tout changé. La colère n’était pas un défaut, c’était un garde du corps, formé des années plus tôt, probablement après une trahison ou une humiliation que Marc avait vécue enfant. Elle le protégeait d’une vulnérabilité intolérable.

Le point clé : En IFS, la première règle est de ne pas prendre parti. Tu n’es pas ta colère, tu n’es pas ton anxiété. Tu es celui qui peut observer ces parties. Et la première étape pour guérir n’est pas de les chasser, mais de les remercier pour leur service. C’est un changement de posture radical. Tu passes de « J’ai un problème » à « J’ai une partie qui fait de son mieux pour m’aider ».

Ce que tu peux faire maintenant : La prochaine fois qu’une réaction te submerge (colère, tristesse, peur, paralysie), ne la juge pas. Prends une grande respiration et dis-toi simplement : « C’est une partie de moi qui essaie de me protéger. Je ne sais pas encore de quoi, mais je peux être curieux au lieu d’être en guerre. » C’est le premier et le plus puissant pas.

Comment identifier tes « parts » sans te perdre dans l’histoire ?

Tu te demandes peut-être : « D’accord, mais comment je fais pour parler à ces parties ? Je ne vais pas me mettre à dialoguer tout seul dans le supermarché ! » Rassure-toi, c’est plus simple et plus concret que ça.

La clé, c’est de passer de l’identification à l’observation. Quand tu es identifié à une partie, tu es complètement dedans. Par exemple, quand l’anxiété te saisit, tu es l’anxiété. Tu ne peux pas penser à autre chose. Tu es noyé dedans. L’IFS t’apprend à prendre une petite distance, à devenir ce qu’on appelle le Soi — cet espace calme, curieux et compatissant qui est en toi et qui peut accueillir toutes les parties.

Prenons l’exemple de Sophie, 35 ans, qui vient me voir pour une peur panique de l’échec. Chaque fois qu’elle doit prendre la parole en réunion, c’est la catastrophe intérieure. Son cœur bat la chamade, elle a la gorge serrée, et elle finit par balbutier ou se taire. Elle est identifiée à une partie que j’appelle « La Petite Fille Effrayée ».

Le travail avec elle n’a pas été de lui faire raconter en détail tous les échecs de sa vie. On a fait quelque chose de plus simple et de plus profond. Je lui ai demandé de fermer les yeux, de se rappeler une prochaine réunion et de sentir où cette peur se manifestait dans son corps. « Où est-ce que tu sens la peur, Sophie ? » « Dans la poitrine, comme une boule, et dans la gorge, comme si quelqu’un m’étranglait. »

Puis, je lui ai demandé : « Au lieu d’être cette boule dans la poitrine, peux-tu juste la regarder ? Comme si tu regardais un nuage dans le ciel. Tu n’es pas le nuage, tu es celui qui le regarde. » C’est ce qu’on appelle le dédoublement ou la Séparation. Ce n’est pas une dissociation froide, c’est une mise à distance bienveillante.

À ce moment-là, Sophie a pu ressentir une petite bulle de calme apparaître. Elle a pu dire : « Oui, il y a une partie de moi qui a très peur. Je la vois, elle est toute petite, serrée dans un coin. » Elle venait de rencontrer sa partie sans être submergée par elle. Elle avait créé un espace intérieur.

Comment faire concrètement :

  1. Ressens la sensation physique : Quand une émotion forte surgit, ne cherche pas à la comprendre. Sens-la. Où est-elle dans ton corps ? Dans le ventre ? La poitrine ? La tête ? Quelle est sa forme, sa texture, sa température ?
  2. Nomme-la partie : Dis-toi : « Il y a une partie de moi qui a peur/qui est en colère/qui est triste. » Pas « Je suis en colère ». Mais « Une partie de moi est en colère. »
  3. Observe-la avec curiosité : Regarde-la comme si tu regardais un personnage dans un film. Demande-lui doucement : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Qu’est-ce que tu essaies de me montrer ? » Ne cherche pas une réponse rationnelle. Laisse venir une image, une sensation, un mot.

Ce simple exercice est une porte d’entrée incroyablement sécurisée. Tu ne forces pas le souvenir. Tu crées juste une relation d’écoute avec ce qui est là. C’est le cœur de l’IFS : une écoute intérieure active, pas une excavation brutale.

Pourquoi ne pas plonger directement dans le souvenir traumatique ? La règle d’or avec les Exilés

C’est l’erreur la plus courante que je vois, et elle peut être contre-productive, voire retraumatisante. On pense que pour guérir un trauma, il faut le revivre, le « ventiler », le raconter dans les moindres détails. Avec l’IFS, on fait l’inverse. On ne va jamais directement voir la partie blessée sans une préparation minutieuse.

Revenons à nos moutons. Dans le modèle IFS, nous avons :

  • Les Protecteurs (Managers et Pompiers) : Ce sont les parties qui gèrent ta vie au quotidien. Les Managers essaient de tout contrôler pour que tu ne sois pas blessé (le perfectionniste, le critique interne, l’organisateur). Les Pompiers agissent en urgence quand une blessure est activée (la colère explosive, la crise de boulimie, la consommation compulsive, la dissociation).
  • Les Exilés : Ce sont les parties blessées, souvent très jeunes, qui portent les émotions du passé : la honte, la peur, l’abandon, l’humiliation, la tristesse immense. Elles sont « exilées » parce qu’elles sont trop douloureuses pour être vécues en pleine conscience. Les Protecteurs passent leur vie à faire en sorte qu’on ne les rencontre jamais.

Quand tu veux « explorer tes empreintes du passé », tu veux en réalité rencontrer tes Exilés. Mais si tu fonces tête baissée, sans avoir établi une relation de confiance avec tes Protecteurs, tu vas te faire submerger par une vague émotionnelle. C’est comme ouvrir une porte qui retient une inondation. Le Protecteur (le gardien de la porte) va paniquer et redoubler d’efforts pour te protéger : plus d’anxiété, plus de colère, plus d’addiction.

J’ai eu le cas de Lucas, un jeune homme qui voulait « guérir son trauma d’abandon » directement. Il s’asseyait et se forçait à visualiser la scène où sa mère était partie. Résultat ? Il passait ses soirées en pleurs, incapable de dormir, et son anxiété sociale empirait. Ses Protecteurs étaient en état d’alerte maximum.

La règle d’or de l’IFS pour les débutants : Tu ne vas jamais voir un Exilé sans la permission de ses Protecteurs.

La séquence sécurisée est :

  1. Identifier et reconnaître le Protecteur : « Je vois cette partie anxieuse qui me dit que c’est dangereux. Merci de me protéger. »
  2. Négocier avec le Protecteur : « Est-ce que tu serais d’accord que je m’approche un tout petit peu de ce qu’elle protège ? Juste pour voir. Tu restes là, tu peux intervenir à tout moment si ça devient trop. »
  3. Approcher l’Exilé avec douceur : Ce n’est pas pour revivre la scène, mais pour ressentir l’émotion qui est là, avec une présence compatissante. On ne plonge pas dans l’histoire, on reste avec la sensation.
  4. Ne pas rester seul : Pour les traumas un peu lourds, c’est le travail d’un thérapeute formé. Lui seul peut garantir un cadre assez solide pour que tes Protecteurs se sentent en sécurité de lâcher prise.

Le point clé : La guérison ne vient pas du fait de revivre la douleur, mais du fait de la tenir dans une présence aimante et sécurisée. C’est la différence entre être noyé dans la vague et regarder la vague depuis la plage. L’IFS t’apprend à être la plage.

L’art de la négociation intérieure : comment parler à tes Protecteurs ?

Si tu veux aborder tes blessures en toute sécurité, tu dois devenir un excellent négociateur avec tes propres Protecteurs. Ce sont eux qui ont le pouvoir de te laisser passer ou non. Et ils ont de très bonnes raisons de ne pas te faire confiance.

Imagine que tes Protecteurs sont comme des agents de sécurité devant une porte blindée. Derrière cette porte, il y a un Exilé (un enfant blessé). Tu arrives en disant : « Bonjour, je voudrais entrer pour guérir cet enfant. » L’agent de sécurité te regarde et te dit : « Hors de question. Tu vas lui faire du mal. Tu vas le laisser pleurer tout seul comme la dernière fois. Tu n’as aucune idée de ce que tu fais. »

La pire chose à faire est de l’ignorer ou de le combattre. « Laisse-moi passer, espèce de partie chiante ! » Ça ne marche pas. Il va se braquer encore plus.

La bonne approche, c’est la reconnaissance et la curiosité.

Voici comment tu peux dialoguer avec un Protecteur (en toi-même, dans un moment calme) :

  1. Remercie-le sincèrement : « Je te remercie d’être là. Je vois que tu fais un boulot très dur pour me protéger. Je ne veux pas te remplacer. Je veux juste comprendre. »
  2. Demande-lui ce qu’il craint : « Qu’est-ce qui se passerait, selon toi, si on ouvrait cette porte ? Quelle est ta pire peur ? » La réponse est souvent : « Il va être submergé de douleur et ne jamais s’en remettre » ou « Tu vas l’abandonner comme les autres ».
  3. Rassure-le sur ton intention : « Je ne vais pas le forcer à parler. Je veux juste être avec lui un moment, comme un ami. Tu peux rester juste à côté. Si tu vois que ça ne va pas, tu peux intervenir. »
  4. Demande la permission : « Est-ce que tu serais d’accord pour que je m’approche un tout petit peu, juste pour lui dire bonjour ? Juste pour lui montrer que je suis là. »

Parfois, le Protecteur dit non. Et c’est ok. Il faut respecter ça. Peut-être que tu n’es pas assez en sécurité (fatigué, stressé, dans un environnement bruyant). Peut-être que la confiance n’est pas encore là. Dans ce cas, remercie-le d’avoir été clair et dis-lui : « Pas de problème. On attendra un autre moment. »

Cette négociation, c’est un entraînement. Au début, tes Protecteurs ne te feront pas confiance. Normal. Tu as peut-être passé des décennies à ignorer ou à maltraiter ces parties. Il faut du temps pour bâtir une relation de confiance. Sois patient et persévérant.

Exercice pratique pour cette semaine : Choisis une partie de toi que tu juges négativement (ta paresse, ton perfectionnisme, ta dépendance aux écrans). Assis-toi 5 minutes par jour et remercie-la pour son service. Juste ça. « Merci d’être là. Je sais que tu essaies de m’aider. » Observe ce qui se passe. Parfois, la partie se détend un peu. C’est le début d’une nouvelle relation.

Quand l’émotion devient trop forte : les outils pour rester en sécurité

Même avec toute la bonne volonté du monde, il peut arriver qu’en explorant une partie, l’émotion devienne soudainement très intense. C’est le signe que tu es peut-être allé trop vite, ou que tu es identifié à l’Exilé sans t’en rendre compte. Là encore, pas de panique. L’IFS n’est pas une plongée en apnée sans oxygène. Tu as des outils pour remonter à la surface.

Quand tu sens que tu es submergé (pleurs incontrôlables, tremblements, sentiment de dissociation, pensée qui s’emballe), voici ce que tu fais immédiatement :

  1. Ouvre les yeux et ancre-toi dans le présent : Regarde autour de toi. Nomme 5 choses que tu vois (une chaise, une lumière, un livre, une fenêtre, une plante). 4 choses que tu touches (le tissu de ton canapé, la texture de ton jean, la fraîcheur d’une table). 3 sons que tu entends (le frigo, le vent, ta respiration). Reviens dans ton corps, dans la pièce, maintenant.
  2. Reprends le contrôle de ton Protecteur : Rappelle-toi que tu n’es pas seul. Tu peux dire à voix haute ou dans ta tête : « Bon, là, une partie de moi est vraiment submergée. J’appelle le Protecteur qui est le plus fort en moi (ta colère, ton contrôle, ton intellect) à l’aide

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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