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Le guide pratique pour parler à vos parts en pleine dispute conjugale

Un exercice IFS de 5 minutes pour désamorcer les conflits.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes en pleine dispute conjugale. Les mots dépassent votre pensée. Une phrase fuse, cinglante, que vous regrettez déjà. L’autre se ferme ou contre-attaque. Le cœur s’emballe, la respiration se bloque. Ce scénario, vous le connaissez par cœur. Et si je vous disais qu’il existe un levier invisible, une simple conversation intérieure de cinq minutes, capable de désamorcer cette mécanique infernale avant qu’elle ne vous emporte ?

Je m’appelle Thierry Sudan, praticien à Saintes depuis 2014, et j’accompagne chaque semaine des adultes prisonniers de ces spirales relationnelles. L’outil que je vais vous dévoiler aujourd’hui puise dans l’IFS (Internal Family Systems ou Système Familial Intérieur), une approche puissante qui ne vise pas à supprimer votre colère ou votre tristesse, mais à comprendre qui parle en vous quand le conflit éclate.

L’idée est simple, presque déconcertante : vous n’êtes pas un bloc monolithique. Vous êtes une famille intérieure. Et dans une dispute, ce n’est pas « vous » qui réagissez, mais une part blessée de vous qui prend le micro pour vous protéger. Apprendre à lui parler, c’est reprendre les commandes du dialogue avec votre conjoint. Pas de théorie abstraite ici : je vais vous guider pas à pas, avec des exemples concrets, pour que vous puissiez expérimenter cette pratique dès ce soir si le conflit se présente.


Pourquoi une dispute conjugale n’est jamais vraiment ce qu’elle semble être ?

Imaginez la scène : votre partenaire rentre du travail, silencieux, le regard ailleurs. Vous l’interrogez sur sa journée. Il répond par un vague « ça va ». Vous insistez. Il hausse les épaules. En une minute, vous montez en température : « Tu t’en fiches de nous, hein ? Tu préfères ton boulot à notre relation. » La dispute est lancée.

D’où vient cette réaction ? Pas de votre partenaire, mais de l’intérieur. Si vous pouviez ralentir le film, vous verriez qu’un déclic s’est produit en vous. Pas un choix conscient, mais une part de vous qui a perçu un danger : « Il s’éloigne, il va m’abandonner comme ma mère le faisait quand elle était absorbée par son travail. » Cette part, baptisée souvent le Manager ou le Protecteur, prend alors le contrôle. Sa mission ? Vous protéger de la souffrance de l’abandon en attaquant la première, en contrôlant la situation, en exigeant une réponse.

L’erreur classique, c’est de croire que le conflit est avec l’autre. En réalité, le conflit est d’abord en vous. Votre partenaire n’est que le déclencheur d’une tempête intérieure qui couvait déjà. Dans mon cabinet, je vois des couples intelligents, aimants, se déchirer pour des broutilles. Un oubli de dates, une remarque sur la vaisselle, un ton de voix. Ce n’est jamais la vaisselle le problème. C’est l’histoire que votre part intérieure raconte : « Je ne suis pas considéré », « On ne m’écoute jamais », « Je dois tout porter ».

L’IFS ne cherche pas à éliminer ces parts. Elles sont précieuses. Sans elles, vous seriez resté sans défense face aux blessures du passé. Mais elles agissent souvent comme des gardiens trop zélés, qui allument des alarmes incendie pour une simple fumée de cigarette. Le but est de les apaiser, de leur rendre confiance, pour qu’elles cessent de prendre le pouvoir à chaque dispute. Et la première étape, c’est de les reconnaître quand elles surgissent.

« Ce qui nous sépare de l’autre, c’est ce qui nous sépare de nous-mêmes. Une dispute est une invitation à rencontrer une part qui souffre, pas un adversaire à vaincre. »


Comment reconnaître la part qui parle en vous (les signes qui ne trompent pas) ?

La difficulté, c’est que ces parts ne se présentent pas avec un badge. Elles se confondent avec votre identité. Vous dites « je suis en colère » comme si c’était tout votre être. Pourtant, si vous observez finement, vous pouvez distinguer des signatures uniques. Voici comment les repérer en pleine dispute, en trois indices concrets.

1. Les sensations corporelles : votre boussole intérieure Chaque part active une zone précise du corps. La colère serre la mâchoire ou noue les poings. La tristesse pèse sur la poitrine. La peur glace le ventre ou accélère le cœur. Lors de votre prochaine dispute, au lieu de vous focaliser sur les mots de l’autre, portez votre attention sur votre corps. Demandez-vous : « Où est-ce que ça se passe ? » Une part protectrice aura souvent une tension dans le haut du corps, prête à l’action. Une part vulnérable (que l’IFS appelle une part exilée) se manifestera par une sensation d’écrasement, de vide ou d’oppression. Apprendre à lire ces signaux, c’est comme déchiffrer un code secret : vous savez immédiatement quelle part est aux commandes.

2. Le langage et le ton : le style de la part Les parts parlent un langage spécifique. Une part Manager (celle qui organise, contrôle, anticipe) utilisera des phrases comme : « Il faut que tu comprennes… », « Tu devrais… », « C’est toujours pareil ». Son ton est sec, rationnel, parfois condescendant. Une part Pompier (celle qui veut éteindre la souffrance immédiatement) criera, menacera de partir, ou au contraire se taira et s’isolera. Une part Exilée (la part blessée, souvent jeune) parlera avec une voix plus petite, des mots comme « je ne compte pas », « personne ne m’aime ». Si vous entendez un discours répétitif, presque stéréotypé (« tu es comme mon père », « tu ne m’écoutes jamais »), c’est le signe qu’une part du passé rejoue une vieille scène.

3. L’émotion dominante et son intensité démesurée La clé la plus fiable, c’est la disproportion. Votre partenaire a oublié de sortir les poubelles, et vous vous entendez hurler comme s’il avait trahi votre confiance la plus sacrée. Cette intensité est un indicateur parfait. Elle révèle que l’enjeu dépasse largement la poubelle. Une part ancienne est activée. Posez-vous la question : « À quel âge est-ce que je me sens quand je réagis comme ça ? » Si la réponse est 5, 10 ou 15 ans, vous tenez votre part. Ce n’est pas vous, adulte, qui parlez à votre conjoint. C’est l’enfant ou l’adolescent en vous qui crie pour être vu, entendu, rassuré.

Dans mon accompagnement, je vois souvent des hommes d’affaires solides, des mères de famille dévouées, fondre en larmes ou exploser de rage pour des détails. Quand on explore, on découvre une part enfant qui a été humiliée, ignorée ou abandonnée. Cette part n’a jamais eu la chance de s’exprimer. La dispute conjugale devient son unique tribune.


L’exercice IFS en 5 minutes à faire seul (même si l’autre est encore en train de parler)

Voici le cœur pratique de cet article. Un protocole que vous pouvez réaliser en pleine dispute, discrètement, sans que votre partenaire ne s’en rende compte. L’objectif n’est pas de résoudre le conflit tout de suite, mais de reprendre le contrôle de votre système intérieur pour ne pas aggraver la situation.

Étape 1 : Créer une micro-pause (30 secondes) Dès que vous sentez la montée d’adrénaline, la chaleur dans le ventre ou la tension dans la mâchoire, prenez une respiration volontaire. Inspirez lentement par le nez (4 secondes), expirez doucement par la bouche (6 secondes). Pendant cette pause, ne cherchez pas à répondre à votre conjoint. Dites-lui simplement, si vous le pouvez : « Attends, j’ai besoin d’un instant pour respirer. » Si ce n’est pas possible (il parle encore), faites-le en silence. Cette pause brise le réflexe de réaction automatique.

Étape 2 : Localiser la part active (30 secondes) Posez votre main sur la zone de votre corps où l’émotion est la plus forte : poitrine, gorge, ventre, poings. Ne cherchez pas à la changer. Accueillez-la comme une sensation physique, une pression, une chaleur, une vibration. Dites intérieurement : « Je sens une tension dans ma poitrine. Je sens une boule dans ma gorge. » En nommant la sensation, vous créez un espace entre vous et elle. Vous n’êtes plus dans la colère, vous êtes conscient de la colère.

Étape 3 : Adresser une question simple à la part (1 minute) Maintenant, adressez-vous directement à cette sensation comme à une présence. Utilisez un ton curieux et doux, comme si vous parliez à un enfant effrayé. Posez-lui une seule question : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Qu’est-ce que tu as peur qu’il se passe si je ne fais pas ce que tu dis ? » Ne cherchez pas une réponse logique. Laissez venir des mots, des images, des souvenirs. Peut-être entendrez-vous : « J’ai peur qu’il me quitte », « Je veux qu’elle me respecte », « Je suis seul ». Écoutez sans juger. Cette part a une bonne raison d’agir ainsi.

Étape 4 : Remercier la part et prendre du recul (1 minute) Dites intérieurement : « Merci d’être là. Je te vois. Je comprends que tu essaies de me protéger. Je vais m’occuper de toi. » Ce simple remerciement est une révolution. La part, jusqu’ici ignorée ou combattue, se sent entendue. Sa tension diminue souvent immédiatement. Vous pouvez alors respirer plus profondément. Vous venez de passer du statut de « part en fusion » à celui de « Self » (votre centre calme et présent).

Étape 5 : Revenir à la conversation (2 minutes) Maintenant, vous pouvez répondre à votre conjoint. Mais pas avec la même part. Vous répondez avec votre Self, votre moi adulte. Votre ton a changé. Vous dites peut-être : « Je réalise que je réagis fortement. Ce n’est pas vraiment lié à toi. J’ai besoin d’un peu de temps avant de continuer cette conversation. » ou « Je t’entends. J’ai besoin de comprendre ce qui se passe en moi avant de pouvoir t’écouter vraiment. » Vous venez de désamorcer l’escalade. L’autre, ne rencontrant plus votre part en guerre, se calme souvent aussi.

Je me souviens d’un patient, cadre supérieur, qui vivait des disputes violentes avec sa femme chaque soir. Il m’a dit avoir testé cet exercice en pleine crise. Il s’est excusé, est allé aux toilettes, a fait les quatre premières étapes. Quand il est revenu, il a simplement dit : « Je suis désolé, je viens de réaliser que j’ai peur que tu ne m’aimes plus si je ne suis pas parfait. » Sa femme, stupéfaite, a fondu en larmes. Ils ont pu parler pour la première fois depuis des mois sans s’attaquer.


Pourquoi cette approche fonctionne-t-elle vraiment (et ce qu’elle ne fait pas)

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne fera pas disparaître vos conflits du jour au lendemain. Mais il change radicalement la nature du conflit. Voici pourquoi il est si efficace, et ses limites.

Ce que l’IFS fait :

  • Il vous rend le pouvoir sur votre réactivité. Au lieu d’être une marionnette de vos émotions, vous devenez le spectateur qui peut choisir sa réponse.
  • Il révèle la véritable source du conflit : vos blessures passées, pas l’autre. Cela désamorce le blâme, qui est le carburant des disputes. Quand vous comprenez que votre colère vient d’une part de vous qui a été humiliée à 8 ans, vous cessez d’exiger que votre conjoint répare ce qui n’est pas de sa responsabilité.
  • Il crée une connexion authentique. Quand vous parlez depuis votre Self (calme, curieux, confiant), votre partenaire ne se sent plus attaqué. Il peut vous entendre. La communication devient possible.

Ce que l’IFS ne fait pas :

  • Il ne vous dispense pas de communiquer clairement vos besoins. Apaiser une part ne signifie pas accepter un comportement toxique. Vous pouvez être calme et poser une limite ferme : « Je n’accepte pas qu’on me parle comme ça. »
  • Il ne remplace pas un travail thérapeutique profond si vos parts sont très chargées. Certaines exilées (traumatismes, abandons précoces) ont besoin d’un accompagnement régulier pour se libérer complètement. L’exercice de 5 minutes est un premier secours, pas une guérison définitive.
  • Il ne garantit pas que votre conjoint changera. L’IFS est d’abord un travail sur vous. Mais c’est une loi relationnelle : quand une personne change sa danse intérieure, l’autre est obligée d’ajuster la sienne. J’ai vu des couples se transformer simplement parce que l’un des deux a cessé de nourrir le conflit avec ses parts.

« L’IFS ne promet pas une relation sans nuages, mais une relation où vous cessez d’être le nuage qui cache le soleil. »


Et si l’autre ne veut pas jouer le jeu ? (gérer les disputes asymétriques)

Une question revient souvent : « D’accord, mais si mon conjoint continue à crier, à m’accuser, à ne pas respecter ma pause ? » C’est une réalité. Tous les partenaires ne sont pas prêts à faire ce travail. Dans ce cas, l’IFS devient un bouclier, pas une épée.

Scénario 1 : L’autre est en pleine charge, il ne s’arrête pas. Vous pouvez faire l’exercice en entier à l’intérieur, sans bouger. Respirez, localisez la part en vous, remerciez-la. Puis, au lieu de répondre sur le même ton, dites avec une voix calme mais ferme : « Je comprends que tu sois en colère. Je t’entends. J’ai besoin de quelques minutes pour digérer ce que tu dis. Je te propose qu’on en reparle dans 20 minutes quand on sera plus calmes. » Si l’autre insiste, répétez la même phrase, comme un mantra. Vous n’êtes pas obligé de rester dans la pièce. Vous pouvez dire : « Je vais faire un tour pour me calmer. Je reviens. » Votre part protectrice voudra peut-être rester pour « gagner » ou « avoir le dernier mot ». Remerciez-la, mais choisissez votre Self.

Scénario 2 : L’autre utilise votre calme contre vous. Il peut dire : « Tu vois, tu t’en fiches, tu ne réagis même pas. » C’est une provocation classique. Votre part voudra alors prouver le contraire en explosant. Ne tombez pas dans ce piège. Vous pouvez répondre depuis votre Self : « Je ne suis pas indifférent. Je suis juste en train d’essayer de ne pas aggraver les choses. J’ai besoin de ce calme pour t’écouter vraiment. » Vous désamorcez la manipulation sans vous justifier excessivement.

Scénario 3 : La dispute est récurrente sur le même sujet. C’est le signe d’une part exilée qui n’a pas été entendue en profondeur. L’exercice de 5 minutes peut apaiser, mais il faudra un temps dédié, hors conflit, pour explorer cette part avec un professionnel ou en auto-pratique avancée. Un carnet peut vous aider : notez ce que la part vous dit, dessinez-la, écrivez-lui une lettre. Plus vous l’accueillez, moins elle aura besoin de prendre le pouvoir en pleine dispute.


Comment intégrer cette pratique dans votre quotidien (et éviter les rechutes)

Un exercice ponctuel ne suffit pas. Pour que l’IFS devienne un réflexe, il faut un entraînement régulier, comme un muscle. Voici trois habitudes simples à mettre en place.

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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