3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Explorez comment cette présence intérieure peut transformer vos douleurs.
Tu passes ta journée à jongler entre les urgences des autres, à répondre aux sollicitations, à faire face. Le soir venu, une fois le silence retombé, une fatigue étrange t’envahit. Pas celle du corps qui a couru, mais une lourdeur intérieure, comme un poids que tu traînes depuis toujours. Parfois, une scène d’enfance te revient sans prévenir : ce regard désapprobateur, cette phrase qui a claqué, ce moment où tu t’es senti seul au milieu de la foule. Tu te demandes alors si tout cela peut un jour se dissoudre vraiment. Si ces blessures anciennes peuvent cesser de dicter ta vie d’adulte.
Je reçois des personnes qui viennent avec cette question précise. Elles ont déjà fait des choses : lu des livres, suivi des stages, consulté d’autres praticiens. Mais elles sentent qu’il reste quelque chose d’inatteignable, une part d’elles-mêmes qui résiste, qui souffre en silence. C’est là que le concept de Self entre en jeu. Dans l’approche IFS (Internal Family Systems), le Self n’est pas une idée vague ou spirituelle. C’est une présence réelle, concrète, qui existe en chacun de nous, même quand on l’a oubliée. Et oui, cette présence peut transformer tes douleurs d’enfance, mais pas comme on l’imagine souvent.
« Le Self n’efface pas l’histoire, il change le rapport à l’histoire. Et ce changement, vécu de l’intérieur, est ce qui guérit. »
Quand je parle du Self avec mes clients, je vois souvent un mélange de curiosité et de méfiance. Certains pensent à une version idéale d’eux-mêmes, un genre de super-héros intérieur. D’autres imaginent un état de calme permanent, inaccessible dans le tumulte du quotidien. En réalité, le Self est plus proche que tu ne le crois. C’est cette qualité d’attention que tu ressens parfois, sans effort : quand tu écoutes un ami sans vouloir le conseiller, quand tu observes un coucher de soleil sans penser à demain, quand tu tiens la main de quelqu’un sans rien attendre en retour.
Dans l’IFS, on identifie le Self par huit caractéristiques que l’on appelle les « C » : Calme, Curiosité, Compassion, Confiance, Créativité, Clarté, Courage, Connexion. Ce ne sont pas des objectifs à atteindre, mais des qualités déjà présentes en toi, même par intermittence. Le problème, c’est que ces qualités sont souvent masquées par des parties de toi qui ont pris le contrôle pour te protéger.
Prenons un exemple. J’ai accompagné un coureur de fond, appelons-le Marc. À chaque compétition, une voix intérieure lui répétait : « Tu vas craquer, tu n’es pas assez fort, les autres sont meilleurs. » Cette voix le poussait à s’entraîner jusqu’à l’épuisement, puis à se dévaloriser après chaque course, même quand il performait. Marc pensait que cette voix était lui-même, son vrai jugement. Mais en explorant avec l’IFS, nous avons découvert que cette voix était une partie de lui, formée à l’âge de 9 ans, quand son père lui disait : « Tu peux mieux faire, ce n’est pas assez. » Cette partie avait pris le relais pour le pousser à se dépasser, mais elle était devenue tyrannique.
Le Self, dans cette situation, ce n’est pas de faire taire cette voix. C’est de pouvoir l’écouter, la remercier pour son travail, et lui montrer que l’adulte d’aujourd’hui n’a plus besoin d’être piloté par la peur de l’échec. Quand Marc a pu contacter son Self, il a ressenti une douceur envers cette partie, comme on en aurait pour un enfant qui crie parce qu’il a peur dans le noir. La voix ne disparaît pas complètement, mais elle perd son emprise.
Tu as peut-être déjà essayé de « travailler sur toi ». Tu as parlé, analysé, cherché des causes. Et pourtant, certaines réactions automatiques persistent : cette boule dans le ventre quand on te critique, cette tendance à t’isoler quand tu te sens vulnérable, cette colère qui monte sans prévenir. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est que ces blessures ne sont pas stockées dans la partie rationnelle de ton cerveau.
Les expériences précoces, surtout celles qui ont été vécues sans la présence sécurisante d’un adulte capable de les contenir, s’impriment dans ce qu’on appelle le système limbique. C’est le cerveau émotionnel, celui qui réagit avant même que tu aies le temps de penser. Quand une situation actuelle ressemble, même de loin, à une scène d’enfance douloureuse, ton corps réagit comme si le danger était réel, ici et maintenant. Tu n’es plus un adulte dans ton salon, tu es un enfant de 5 ans dans une pièce où personne ne vient.
J’ai reçu une femme, Sophie, qui vivait une angoisse diffuse chaque fois qu’elle devait prendre la parole en réunion. Elle avait tout essayé : la préparation mentale, la respiration, la visualisation positive. Rien ne tenait. En séance, nous avons exploré une mémoire corporelle : à 7 ans, elle avait été humiliée par une institutrice devant toute la classe. L’enseignante avait dit : « Tu es nulle, tu ne sais même pas lire une phrase. » Sophie s’était figée, le souffle coupé. Aujourd’hui, en réunion, son corps revivait cette même immobilité, cette même honte.
Les approches classiques essaient souvent de raisonner avec la partie adulte. « Mais voyons, tu es compétente, tu as des diplômes, les gens t’écoutent. » Le problème, c’est que la partie blessée à 7 ans n’entend pas ce raisonnement. Elle est coincée dans le temps, elle croit encore que l’humiliation est imminente. Pour qu’elle se libère, il faut lui offrir une expérience différente, vécue dans le corps et dans l’émotion, pas seulement dans la tête. C’est exactement ce que permet le Self.
Quand je parle d’accueillir, je ne parle pas de positivité toxique. Il ne s’agit pas de dire à une partie qui souffre : « Allez, souris, ça va aller. » Ce serait une violence supplémentaire. Accueillir, dans l’IFS, c’est d’abord reconnaître que cette partie existe, qu’elle a une bonne raison d’être là, et qu’elle a tenté de te protéger du mieux qu’elle pouvait.
Prenons un exemple concret. Imaginons une partie de toi qui se met en colère dès que quelqu’un te fait une remarque. Cette colère peut sembler excessive, disproportionnée. Pourtant, si tu l’écoutes sans jugement, elle te dira peut-être : « Je dois te défendre, sinon tu vas être écrasé, comme quand tu étais petit et que personne ne prenait ta défense. » Cette partie n’est pas ton ennemie. Elle est un gardien fatigué, qui monte la garde depuis des années.
Le Self, lui, ne cherche pas à désarmer ce gardien. Il s’assoit à côté de lui, lui offre un verre d’eau, et dit : « Je te vois. Je sais ce que tu fais pour moi. Merci. Maintenant, laisse-moi m’occuper de la situation. » Ce n’est pas un combat. C’est une passation de pouvoir, douce, progressive. Et c’est là que la guérison opère.
Un de mes clients, footballeur amateur, avait une partie qui le paralysait avant chaque penalty. Il tremblait, son esprit se vidait. En séance, nous avons rencontré cette partie. Elle s’est présentée comme un enfant de 8 ans, qui avait raté un tir décisif et s’était fait moquer par ses coéquipiers. Cet enfant avait promis de ne plus jamais prendre de risque. Le Self de mon client, en se connectant à lui, a pu dire : « Je suis là maintenant. Je peux rater un penalty, ce n’est pas grave. Tu n’as plus besoin de porter cette peur tout seul. » La partie a pleuré, puis s’est détendue. Les penaltys suivants n’étaient pas parfaits, mais ils n’étaient plus vécus comme une menace de mort.
Je veux être clair : le Self n’est pas une baguette magique. Il ne va pas faire disparaître tes blessures comme par enchantement. Il ne va pas non plus transformer ta personnalité ou effacer les conséquences concrètes de ton histoire. Si tu as grandi dans un environnement traumatique, ton système nerveux a appris à survivre. Le Self ne va pas réécrire cette histoire. Il va te permettre de la vivre différemment, de l’intérieur.
Certaines personnes s’attendent à ce que le Self soit un état permanent de béatitude. Ce n’est pas le cas. Le Self est une présence que tu peux contacter, mais les parties reviennent, surtout dans les moments de stress. La différence, c’est que tu sais maintenant qu’il y a un espace en toi qui n’est pas contaminé par la souffrance. Tu peux revenir à cet espace, encore et encore. Ce n’est pas une perfection, c’est une pratique.
J’ai aussi vu des clients qui, en rencontrant leur Self, ont vécu une vague de tristesse profonde. Pas une tristesse dépressive, mais une tristesse liée à la reconnaissance de tout ce qu’ils avaient porté seuls. C’est normal. Le Self ne protège pas de la douleur, il permet de la traverser sans se noyer. Il est comme une main tendue dans l’eau agitée : tu peux encore sentir les vagues, mais tu sais que quelqu’un te tient.
Prenons un autre cas : une femme qui avait subi des violences psychologiques dans son enfance. En approchant son Self, elle a ressenti une immense colère envers ses parents. Cette colère était légitime. Le Self ne lui a pas demandé de pardonner ou d’oublier. Il lui a permis de ressentir cette colère sans se détruire, et de décider, en adulte, quelle distance elle souhaitait mettre avec sa famille. Le Self ne répare pas les autres, il répare le lien que tu as avec toi-même.
Tu te demandes peut-être comment faire pour toucher ce Self, concrètement, sans passer des heures en méditation ou en séance. La bonne nouvelle, c’est que les micro-moments comptent autant que les grandes explorations. Voici quelques pistes que je donne à mes clients, et que j’utilise moi-même :
1. La pause de 30 secondes. Quand tu sens une réaction émotionnelle forte (colère, peur, honte), arrête-toi. Mets une main sur ton cœur ou ton ventre. Respire une fois profondément. Demande-toi : « Quelle partie de moi réagit là ? » Ne cherche pas à répondre. Juste pose la question, avec curiosité. Parfois, la simple reconnaissance crée un espace.
2. L’écriture non directive. Prends un carnet. Écris ce qui vient, sans jugement, sans chercher à être beau ou cohérent. Tu peux écrire : « Je ne sais pas quoi écrire, je me sens idiot. » Puis continue. Souvent, une partie émerge dans ces lignes. Le Self, lui, est celui qui lit sans s’identifier.
3. Le dialogue avec une partie. Choisis une réaction qui te gêne (par exemple, la tendance à t’excuser tout le temps). Imagine que cette partie est une personne assise en face de toi. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Écoute la réponse qui vient, sans la censurer. Remercie-la. Tu n’as pas à tout résoudre tout de suite.
4. La promenade sans but. Marche sans écouter de podcast, sans téléphone, sans destination. Regarde les arbres, les nuages, les façades. Laisse ton esprit vagabonder. Le Self émerge souvent dans ces moments de flottement, quand les parties sont moins actives.
Je ne te demande pas de faire tout cela en même temps. Choisis une seule pratique, pour une semaine. Observe ce qui se passe. Peut-être que rien de spectaculaire n’arrivera. Peut-être qu’un jour, en faisant la vaisselle, tu ressentiras une paix inattendue. Ce sera le Self, qui était là depuis toujours, juste en attente d’un peu de place.
J’aimerais te partager un cas qui illustre bien ce processus. Il y a quelques mois, j’ai reçu un homme d’une quarantaine d’années, que j’appellerai David. Il venait pour une anxiété sociale qui l’empêchait de vivre pleinement. Dans son travail, il évitait les réunions. En soirée, il se sentait en décalage, comme s’il portait un masque. Il avait consulté plusieurs fois, sans résultat durable.
En séance, nous avons identifié une partie de lui qu’il appelait « le Garde ». Cette partie se tenait toujours aux aguets, prête à détecter le moindre signe de rejet. Elle le poussait à se taire, à disparaître, à être irréprochable. En dialoguant avec elle, David a découvert qu’elle était née à l’âge de 6 ans, quand sa mère, débordée, lui avait dit : « Tu es trop sensible, arrête de pleurer, tu me fatigues. » Le Garde avait alors décidé qu’il valait mieux ne rien montrer pour ne pas déranger.
David a pu approcher cette partie avec son Self. Il a ressenti une immense compassion pour ce petit garçon qui avait dû se cacher. Il lui a dit : « Tu as fait un travail incroyable. Tu m’as protégé pendant toutes ces années. Mais aujourd’hui, je suis un adulte. Je peux être sensible et le montrer. Je peux pleurer si j’en ai besoin. Tu n’es plus seul à veiller. » La partie a fondu en larmes, puis s’est apaisée.
Les semaines suivantes, David a commencé à oser. Il a pris la parole en réunion, avec une voix qui tremblait un peu, mais il l’a fait. Il s’est autorisé à dire non à une invitation sans se justifier. Il n’est pas devenu un extraverti flamboyant, mais il a retrouvé une légèreté qu’il n’avait pas connue depuis l’enfance. Le Self n’a pas changé son passé, mais il a changé son présent.
Tu n’as pas besoin de tout comprendre pour commencer. La guérison des blessures d’enfance n’est pas un chemin linéaire, et le Self n’est pas une destination. C’est une présence qui se révèle dans l’attention que tu portes à tes parties, sans les juger, sans vouloir les réparer.
Voici une invitation simple, pour ce soir ou demain matin. Installe-toi dans un endroit calme, cinq minutes suffisent. Ferme les yeux. Porte ton attention à ta respiration, sans la modifier. Puis, pose une main sur ton cœur. Demande intérieurement : « Quelle partie de moi a besoin d’être vue aujourd’hui ? » Ne force pas la réponse. Laisse venir une image, une sensation, un mot. Si rien ne vient, c’est parfait. Reste avec la question. Si une émotion émerge, accueille-la comme on accueille un invité fatigué. Tu n’as pas à régler quoi que ce soit. Juste à être là.
Si cette expérience résonne en toi, si tu sens qu’il y a là un chemin à explorer, je t’invite à me contacter. Je reçois à Saintes depuis 2014, en face à face ou en visio pour ceux qui sont plus loin. Nous pouvons prendre le temps de rencontrer ces parties qui portent tes blessures, et de faire de la place pour ce Self que tu portes déjà, même si tu l’as oublié.
Tu n’es pas seul dans cette traversée. Et ce n’est pas une faiblesse que de demander un accompagnement. C’est un acte de courage, le premier pas vers une vie où tes douleurs anciennes cessent d’être des chaînes pour devenir des histoires que tu pe
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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Parlons-en — premier échange, sans engagement.