3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Utilisez votre présence intérieure pour apaiser l’insomnie.
Vous êtes allongé dans le noir. Le réveil indique 2 h 37. Vous avez une réunion importante demain matin, mais votre cerveau, lui, a décidé de passer en revue chaque échange de la journée, chaque mot un peu trop sec, chaque silence gênant. Vous vous retournez. Vous comptez les moutons. Vous essayez de respirer. Rien n’y fait. L’angoisse monte : « Si je ne dors pas maintenant, demain sera une catastrophe. » Et plus vous le pensez, plus votre cœur s’accélère, plus le sommeil s’éloigne.
Je reçois des personnes comme vous presque chaque semaine. Pas forcément pour l’insomnie au départ – souvent pour du stress, de l’anxiété, une impression de ne pas y arriver – mais la question du sommeil revient toujours. « Je suis épuisé, mais je n’arrive pas à lâcher prise. » « Mon mental ne s’arrête jamais. » « Je me réveille à 3 heures du matin et je repars sur mes soucis. »
On vous a probablement déjà donné des conseils : hygiène du sommeil, éviter les écrans, méditer. Mais si vous êtes comme la plupart des gens que je rencontre, ces solutions fonctionnent un temps, puis vous retombez. Parce que le problème n’est pas technique. Le problème, c’est qu’une partie de vous – une partie bien intentionnée – s’active dès que vous fermez les yeux.
L’IFS (Internal Family Systems), ou thérapie des systèmes familiaux internes, propose une lecture radicalement différente de l’insomnie. Au lieu de considérer vos pensées nocturnes comme un dysfonctionnement à éliminer, elle vous invite à les accueillir comme des messagers. Et au cœur de cette approche, il y a une ressource que vous possédez déjà, même si vous ne la connaissez pas : le Self.
Le Self, c’est votre présence intérieure calme, curieuse, confiante. C’est cette partie de vous qui peut observer vos pensées sans s’y noyer. Et c’est exactement ce dont vous avez besoin quand vous êtes allongé, à 3 heures du matin, en pleine tempête intérieure.
Imaginez un instant que votre esprit n’est pas une seule entité, mais une famille de parties. Chacune a un rôle, une histoire, une mission. Dans la journée, elles coopèrent plus ou moins bien. Mais la nuit, quand le silence tombe et que vous n’êtes plus occupé à faire des choses, certaines parties en profitent pour prendre la parole.
Prenons l’exemple de Claire, 42 ans, cadre dans une collectivité. Elle venait me voir pour des insomnies chroniques : « Dès que je pose la tête sur l’oreiller, mon cerveau se met à scroller tous mes dossiers en retard. Je n’arrive pas à décrocher. » En explorant ensemble, nous avons découvert une partie très active chez elle : une partie « gestionnaire de risques ». Son job, c’était d’anticiper tous les problèmes possibles pour les éviter. Très utile au travail. Mais la nuit, elle continuait sa mission, sans aucune considération pour le besoin de sommeil.
Cette partie n’est pas votre ennemie. Elle essaie de vous protéger. Peut-être qu’elle a appris, dans votre enfance ou dans une période difficile, que si vous ne restiez pas vigilant, les choses pouvaient mal tourner. Alors elle veille. Elle vous tient éveillé pour que vous n’oubliiez pas ce dossier, cette conversation, cette inquiétude.
Et puis il y a la partie qui s’inquiète de ne pas dormir. Celle qui regarde l’heure, qui calcule combien d’heures de sommeil il vous reste, qui panique. C’est une partie « pompier », comme on dit en IFS. Elle essaie d’éteindre le feu de l’insomnie… mais en mettant de l’essence. Plus elle s’active, plus la tension monte, et plus le sommeil devient inaccessible.
Ces parties forment un système. L’une pense, l’autre s’inquiète de la pensée, une troisième juge l’inquiétude. Et vous, vous êtes au milieu, épuisé, à essayer de dormir.
« Ce que vous appelez insomnie est souvent un système de protection qui fonctionne trop bien. Le problème n’est pas que vous ne dormez pas, mais que vous êtes en conflit avec les parties qui veillent. »
Vous êtes-vous déjà surpris, un jour, à observer vos pensées sans y croire complètement ? Comme si vous regardiez un film, assis dans la salle, et que vous pouviez dire : « Tiens, voilà une pensée anxieuse. » Sans la suivre, sans la combattre. Juste la regarder passer.
Ce n’est pas un concept abstrait. C’est le Self. En IFS, on dit que le Self est le siège des qualités naturelles de l’esprit humain : la curiosité, la compassion, la confiance, le calme, le courage, la clarté, la créativité, la connexion. Huit C, comme on les appelle.
Le Self n’est pas quelque chose que vous devez construire ou acquérir. Il est déjà là. Simplement, quand les parties sont très activées – comme la nuit – elles peuvent le recouvrir. Vous ne voyez plus le ciel à cause des nuages. Mais le ciel n’a pas disparu.
Quand vous êtes dans le Self, vous pouvez observer une partie anxieuse sans devenir anxieux vous-même. Vous pouvez entendre une partie qui vous dit « tu dois absolument dormir » sans vous laisser entraîner dans sa panique. Vous êtes simplement présent, accueillant, et surtout, vous n’êtes pas fusionné avec vos pensées.
C’est une expérience que beaucoup de gens ont faite, même brièvement, lors d’une méditation ou d’un moment de calme. Mais ce qui est spécifique à l’IFS, c’est que le Self ne se contente pas d’observer passivement. Il entre en relation avec les parties. Il peut les écouter, les comprendre, les rassurer. Et c’est là que la transformation se produit.
Quand vous êtes dans le Self, vous n’êtes plus en guerre contre vos insomnies. Vous devenez un leader intérieur, capable d’accueillir chaque partie qui s’agite sans vous laisser submerger. Et ce leadership, c’est la clé pour apaiser le système.
Prenons un scénario typique. Il est 3 heures du matin. Vous êtes réveillé. Une partie de vous commence à ruminer : « Je n’aurais pas dû dire ça à mon collègue. » Une autre partie s’active : « Pourquoi tu ressasses encore ? Laisse tomber, il faut dormir ! » Une troisième juge : « Tu es nul(le), tu n’arrives même pas à gérer ton sommeil. »
En IFS, on ne dirait pas : « Il faut arrêter de penser. » On dirait plutôt : « Accueillons celle qui pense. » Vous pouvez tourner doucement votre attention vers la partie qui rumine. Pas pour la faire taire, mais pour lui demander : « Qu’est-ce que tu essaies de me dire ? »
Je vous entends : « Mais Thierry, si je fais ça, je vais encore plus rester éveillé ! » Je comprends cette crainte. C’est une partie qui a peur que si vous vous arrêtez pour écouter, vous perdiez encore plus de sommeil. Mais ce qui se passe en réalité, c’est le contraire. Quand vous écoutez une partie avec curiosité, elle se sent entendue. Elle n’a plus besoin de crier. Et la tension diminue.
Voici un exemple concret. Marc, 35 ans, coureur amateur, venait pour améliorer sa récupération. Mais il se plaignait de nuits hachées : « Je me réveille systématiquement à 4 heures du matin, et je repense à ma course du week-end, à ma technique, à ce que j’aurais dû faire. » En explorant, nous avons trouvé une partie « perfectionniste » chez lui. Elle avait été formée très tôt, dans une famille où l’excellence était la seule manière d’obtenir de l’attention. La nuit, elle repassait les événements pour s’assurer qu’il n’avait rien raté.
Un soir, au lieu de lutter, Marc s’est tourné vers cette partie. Il lui a dit mentalement : « Je te vois. Tu veux que je sois bon. Merci de veiller. Mais là, j’ai besoin de dormir pour être bon demain. Tu peux me faire confiance ? » Il ne s’attendait à rien. Et pourtant, la partie s’est calmée. Il s’est rendormi en quelques minutes.
Ce qui a fonctionné, ce n’est pas une technique de relaxation. C’est une reconnaissance. La partie s’est sentie validée dans son rôle. Et elle a accepté de lâcher prise, parce que le Self de Marc – calme, confiant – était présent pour prendre le relais.
« Quand une partie se sent vue et comprise, elle n’a plus besoin de vous tenir éveillé. Elle peut enfin se reposer, parce qu’elle sait que quelqu’un de fiable est aux commandes. »
Parfois, l’insomnie ne se manifeste pas par des ruminations, mais par une montée d’angoisse pure. Vous vous réveillez avec le cœur qui bat, une sensation d’oppression, sans même savoir pourquoi. C’est une charge émotionnelle qui remonte, souvent liée à des souvenirs plus anciens, des « exilés » comme on dit en IFS.
Les exilés, ce sont des parties qui portent des émotions douloureuses du passé – honte, peur, tristesse, solitude. Elles ont été mises à l’écart pour que vous puissiez fonctionner. Mais la nuit, quand les défenses baissent, elles émergent. Et elles sont souvent accueillies par des parties « protectrices » qui paniquent : « Non, pas ça ! On ne va pas revivre ça ! » Et la charge s’amplifie.
Si vous vivez ce genre de réveil, la tentation est de vouloir à tout prix vous rendormir, ou de vous distraire avec votre téléphone. Mais l’IFS propose une autre voie : accueillir cette charge avec le Self.
Voici comment procéder, concrètement :
Reconnaissez la sensation physique. Où est-elle dans votre corps ? Poitrine serrée ? Ventre noué ? Gorge serrée ? Restez simplement avec cette sensation, sans chercher à la faire disparaître.
Tournez-vous vers elle avec curiosité. Vous pouvez lui dire mentalement : « Je sens que tu es là. Je suis avec toi. » Pas pour la combattre, mais pour lui offrir une présence.
Demandez-lui ce dont elle a besoin. Souvent, la réponse n’est pas verbale. C’est une sensation de détente, un soupir, un lâcher-prise. Parfois, une image surgit : un enfant qui a besoin d’être rassuré.
Offrez-lui ce dont elle a besoin. Si c’est un enfant intérieur, vous pouvez lui dire : « Je suis là maintenant. Tu n’es plus seul(e). Je veille sur toi. »
Ce n’est pas miraculeux. Parfois, la charge met du temps à se dissiper. Mais vous changez votre relation à elle. Au lieu d’être en lutte, vous êtes en présence. Et cette présence, c’est le Self. C’est lui qui peut contenir l’émotion sans être submergé.
Je me souviens de Sophie, 52 ans, qui se réveillait chaque nuit avec une angoisse viscérale. Elle avait perdu sa mère jeune, et cette partie d’elle, ce bébé abandonné, remontait chaque fois que le silence de la nuit la ramenait à cette absence. Pendant des années, elle avait pris des somnifères. Mais un soir, elle a simplement posé sa main sur son ventre, là où la sensation était la plus forte, et elle a dit : « Je te vois, ma petite. Je suis là. » La charge n’a pas disparu en une fois, mais elle a commencé à s’atténuer. Et surtout, Sophie a arrêté d’avoir peur de ses nuits. Elle savait qu’elle pouvait accueillir cette partie, même brièvement.
Vous vous demandez peut-être : « Comment je fais pour être dans le Self au milieu de la nuit, quand je suis épuisé et que mon mental est en ébullition ? » C’est une question légitime. Le Self n’est pas un interrupteur qu’on allume. C’est une présence qu’on cultive, surtout en dehors des crises.
Voici une pratique simple que je propose à ceux qui suivent mon accompagnement. Elle prend 5 minutes, en journée, quand vous êtes calme.
Asseyez-vous confortablement. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes. Puis, portez votre attention sur l’espace intérieur de votre poitrine. Imaginez que cet espace est comme un ciel dégagé. Des nuages (pensées, émotions) peuvent passer, mais vous êtes le ciel. Vous n’êtes pas les nuages.
Maintenant, repérez une partie de vous qui a un rapport au sommeil. Peut-être une partie qui s’inquiète de ne pas dormir, ou une partie qui rumine le soir. Ne cherchez pas à la changer. Observez-la simplement. Notez où elle est dans votre corps, quelle forme elle a, quelle émotion elle porte.
Puis, depuis votre Self (le ciel), adressez-lui une question silencieuse : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Écoutez la réponse, sans jugement. Elle peut être une phrase, une image, une sensation. Remerciez cette partie d’avoir répondu.
Cette pratique, répétée régulièrement, entraîne votre capacité à être dans le Self. Et la nuit, quand une partie s’active, vous pouvez faire le même geste : reconnaître la partie, l’observer depuis le Self, et lui offrir votre présence. Ce n’est pas une technique de relaxation, c’est un acte de leadership intérieur.
Les résultats que j’observe dans mon cabinet sont souvent progressifs. Les nuits ne deviennent pas parfaites du jour au lendemain. Mais les personnes rapportent moins d’angoisse au coucher, des réveils moins violents, et surtout, une relation plus apaisée avec le sommeil. Elles arrêtent de se battre. Et parfois, c’est en arrêtant de se battre que le sommeil revient.
Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique contre l’insomnie. Si vous souffrez d’apnée du sommeil, de douleurs chroniques, ou de troubles hormonaux, il faut d’abord consulter un médecin. L’IFS ne remplace pas un traitement médical.
Par ailleurs, certaines insomnies sont liées à des traumatismes profonds. Les accueillir avec le Self peut être très puissant, mais cela peut aussi remuer des choses douloureuses. Dans ce cas, un accompagnement professionnel est essentiel. Ne faites pas cela seul si vous sentez que les émotions sont trop fortes.
Ce que l’IFS peut faire, en revanche, c’est vous donner une nouvelle manière de vivre vos nuits. Au lieu d’être en guerre contre votre mental, vous pouvez devenir un allié de vos parties. Au lieu de chercher à éteindre vos pensées, vous pouvez les écouter. Et souvent, quand elles sont écoutées, elles se taisent.
« L’IFS ne promet pas de vous endormir. Il promet de vous réconcilier avec ce qui vous empêche de dormir. Et parfois, la réconciliation est plus efficace que tous les somnifères. »
Vous n’avez pas besoin d’attendre une consultation pour expérimenter le Self. Ce soir, si vous vous réveillez, essayez ceci :
Si vous vous sentez perdu, ce n’est pas grave. Le Self n
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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