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Les 3 pièges à éviter quand on veut calmer son critique

Ne tombez pas dans ces erreurs courantes en explorant l’IFS.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu viens de passer ta matinée à te répéter que tu aurais dû mieux parler à ton chef, mieux préparer cette réunion, mieux gérer ton stress. Le soir venu, alors que tu es allongé dans ton lit, cette petite voix intérieure continue son travail de sape : « Tu n’es pas à la hauteur », « Tu aurais pu faire mieux », « Les autres voient bien que tu doutes ». Tu la connais bien, cette voix. Certains l’appellent leur critique intérieur, d’autres leur juge personnel. Moi, dans mon cabinet à Saintes, je l’entends souvent décrite comme « ce putain de perroquet qui répète toujours les mêmes conneries ».

Quand on commence à explorer l’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur, on apprend rapidement que ce critique n’est pas un ennemi à abattre, mais une partie de nous qui essaie de nous protéger. Sauf que, dans l’enthousiasme de vouloir « calmer » cette voix, on tombe souvent dans des pièges qui, au lieu d’apaiser, renforcent son emprise. J’ai vu passer des dizaines de personnes dans mon cabinet qui, après avoir lu des livres ou suivi des vidéos, essayaient d’appliquer l’IFS toutes seules, et se retrouvaient plus frustrées qu’avant.

Alors avant que tu ne fasses les mêmes erreurs, je vais te partager les trois pièges les plus fréquents que je rencontre, avec des exemples concrets pour que tu puisses les reconnaître et, surtout, les éviter. Parce que oui, calmer son critique, c’est possible. Mais pas en lui donnant des ordres ou en le fuyant.

Piège n°1 : Vouloir faire taire le critique par la force

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « J’ai essayé de dialoguer avec mon critique intérieur, mais il est trop fort. J’ai tenté de lui dire d’arrêter, de le chasser, mais il revient toujours. » C’est compréhensible. Quand une voix te répète depuis des années que tu ne vaux rien, ta première réaction est de vouloir la faire taire. Tu te dis : « Si je lui ordonne de se taire, il va m’écouter, non ? »

Eh bien non. Et c’est là que le premier piège se referme.

Imagine que tu es dans une pièce avec quelqu’un qui te crie dessus. Si tu commences à crier encore plus fort pour le faire taire, qu’est-ce qui se passe ? La tension monte. Les deux voix s’amplifient. Personne n’écoute personne. Avec ton critique intérieur, c’est exactement pareil. Le critique n’est pas un tyran extérieur ; c’est une partie de toi. Une partie qui, à un moment de ta vie, a pris le rôle de te protéger en te rappelant les règles, les attentes, les dangers. Si tu essaies de l’écraser, elle se sent attaquée. Et quand une partie se sent attaquée, elle se raidit. Elle crie plus fort.

Je pense à Marc, un coureur que j’accompagnais en préparation mentale. À chaque compétition, son critique intérieur lui soufflait : « Tu vas craquer au 25e kilomètre. Tu n’as pas assez travaillé. Tu es un imposteur. » Marc avait lu des articles sur l’IFS et s’était dit : « Je vais lui ordonner de se taire. » Résultat : avant même le départ, il était épuisé par cette lutte intérieure. Son critique, loin de se calmer, redoublait d’intensité. Pourquoi ? Parce que Marc le traitait comme un ennemi. Et la partie critique, sentant le danger, activait tous ses mécanismes de défense.

Ce que tu peux faire à la place : cesser de vouloir contrôler le critique. L’IFS ne consiste pas à dominer ses parties, mais à entrer en relation avec elles. La première étape, c’est d’accueillir le critique. Pas de l’approuver, pas de lui donner raison, mais simplement de reconnaître sa présence. Tu peux te dire, intérieurement : « Je vois que tu es là, toi, ma partie critique. Je t’entends. Tu veux me protéger, c’est ça ? » Cette simple reconnaissance désamorce la résistance. Le critique, en se sentant écouté, baisse d’un ton. Pas toujours, mais souvent. Et c’est là que le dialogue devient possible.

« Le critique intérieur n’est pas un tyran à abattre, mais un gardien fatigué qui a besoin qu’on reconnaisse son travail avant d’envisager de le remplacer. »

Piège n°2 : Prendre le critique au pied de la lettre

Le deuxième piège est plus subtil, et il est incroyablement fréquent. Tu entends ton critique dire : « Tu es nul(le). Tu n’y arriveras jamais. » Et toi, tu réagis comme si c’était la vérité absolue. Tu te mets à argumenter, à chercher des preuves du contraire, à essayer de le convaincre qu’il a tort. Tu passes des heures à faire des listes de tes réussites, à te répéter des affirmations positives, à essayer de « reprogrammer » ton cerveau. Et ça ne marche pas. Pourquoi ?

Parce que tu prends le critique au pied de la lettre. Tu crois qu’il dit la vérité. Mais l’IFS nous apprend que les parties ne sont pas des entités objectives. Le critique ne dit pas « la réalité » ; il exprime une peur, une croyance, un rôle qu’il a adopté pour te protéger. Quand il te dit « Tu es nul », il ne fait pas un constat objectif ; il essaie de te pousser à te dépasser pour éviter l’échec, le rejet, la honte. C’est un peu comme un parent qui te dirait : « Si tu ne ranges pas ta chambre, tu vas devenir un bon à rien. » Le parent ne croit pas vraiment que tu vas devenir un bon à rien ; il utilise cette phrase pour te motiver. Ton critique intérieur fait pareil.

Je me souviens de Sophie, une femme qui venait me voir pour une anxiété sociale. Son critique lui répétait : « Tu es bizarre. Les gens te jugent. Tu ne sais pas parler. » Sophie passait ses soirées à analyser chaque interaction, à chercher des preuves que les gens l’avaient mal jugée, à se convaincre que son critique avait raison. Plus elle cherchait des preuves, plus elle en trouvait. C’est le biais de confirmation : si tu crois que tu es bizarre, tu vas remarquer chaque petit signe qui le confirme, et ignorer tout le reste.

Le piège, ici, c’est d’entrer dans le jeu du critique. De prendre ses paroles comme des faits, et de passer ton temps à les contredire ou à les confirmer. Dans les deux cas, tu restes dans son cadre. Tu lui donnes du pouvoir.

Ce que tu peux faire à la place : changer de niveau. Ne porte pas ton attention sur le contenu du message, mais sur la partie qui le prononce. Au lieu de te demander : « Est-ce que c’est vrai que je suis nul ? », demande-toi : « Quelle est cette partie de moi qui dit ça ? Qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? Quelle peur se cache derrière ? » Par exemple, derrière « Tu es nul », il y a souvent la peur de l’échec, du rejet, de la déception. La partie critique ne veut pas ton mal ; elle veut t’éviter une souffrance qu’elle a connue. En te déplaçant du niveau du contenu au niveau de la relation avec la partie, tu sors de l’argumentation stérile. Tu commences à dialoguer. Et c’est là que la transformation opère.

Tu veux un exercice simple pour aujourd’hui ? La prochaine fois que ton critique te balance une phrase, arrête-toi trois secondes. Ne réponds pas. Respire. Puis pose-toi la question : « Quelle est l’émotion cachée derrière cette phrase ? » Est-ce de la peur ? De la tristesse ? De la honte ? Tu n’as pas besoin de trouver une réponse parfaite. Juste de t’ouvrir à la possibilité que le critique ne dit pas la vérité, mais exprime une émotion.

Piège n°3 : Confondre accueil et approbation

Voici un piège dans lequel je suis moi-même tombé quand j’ai commencé à pratiquer l’IFS. On te dit : « Accueille ton critique. Sois bienveillant avec lui. » Alors tu l’accueilles, tu l’écoutes, tu le remercies presque. Mais au bout d’un moment, tu sens une gêne. Comme si quelque chose clochait. Parce qu’accueillir ne veut pas dire approuver. Et c’est une nuance cruciale.

Quand tu accueilles une partie, tu lui dis : « Je te vois, je t’entends, je reconnais ta présence. » Tu ne lui dis pas : « Tu as raison. » Tu ne lui dis pas : « Continue comme ça. » Tu ne lui donnes pas le contrôle. C’est comme si tu recevais un invité chez toi : tu l’accueilles à la porte, tu lui offres un verre d’eau, mais tu ne lui donnes pas les clés de ta maison. Avec le critique, beaucoup de gens font l’inverse : ils l’accueillent tellement bien qu’ils finissent par lui laisser la place du conducteur. Résultat : le critique prend toute la place, et la personne se sent encore plus envahie.

Je pense à Julien, un footballeur que j’accompagnais. Son critique était très actif : « Tu n’es pas assez rapide. Tu rates tes passes. Tu n’as pas le niveau. » Julien avait compris l’idée d’accueil. Alors à chaque match, il se disait : « J’accueille mon critique. Je l’écoute. » Mais au lieu de se sentir apaisé, il se sentait submergé. Son critique prenait le micro et ne le lâchait plus. Julien confondait accueil et soumission. Il laissait la partie critique diriger le jeu, parce qu’il pensait que « bien faire » avec l’IFS, c’était être totalement ouvert et passif. Non. L’accueil est actif. Tu accueilles la partie, mais tu restes aux commandes.

Le rôle du Self, dans l’IFS, c’est d’être le leader. Pas un dictateur, mais un leader bienveillant qui écoute toutes ses parties, mais qui prend les décisions finales. Si tu laisses ton critique décider de ce que tu fais, de ce que tu penses, de comment tu te sens, tu n’es plus dans l’accueil ; tu es dans la fusion. Et la fusion, c’est l’inverse de l’apaisement.

Ce que tu peux faire à la place : apprendre à dire « Je t’entends, mais je ne suis pas d’accord » ou « Je vois ta peur, mais je choisis autre chose. » L’accueil ne t’oblige pas à obéir. Tu peux écouter ton critique, le remercier pour son intention de protection, et ensuite faire le choix qui te semble juste, même s’il va à l’encontre de ce qu’il dit. C’est un mouvement intérieur très fin : tu gardes une main tendue vers la partie, tout en gardant l’autre main sur le volant.

Concrètement, la prochaine fois que ton critique te dit « Tu vas échouer », tu peux répondre : « Merci d’essayer de me protéger. Je sais que tu veux m’éviter la déception. Mais aujourd’hui, je choisis d’essayer quand même. » Tu vois la différence ? Tu ne combats pas le critique, tu ne le laisses pas gagner, tu ne l’approuves pas. Tu l’écoutes, tu le remercies, et tu passes outre. C’est ça, le leadership du Self.

Comment savoir si on est en train de tomber dans ces pièges ?

Maintenant que tu connais les trois pièges, tu te demandes peut-être : « Comment je fais pour les reconnaître en temps réel ? » C’est une excellente question. Voici quelques signaux d’alarme.

Si tu te sens épuisé(e) après avoir « travaillé » sur ton critique, c’est un signe. Le vrai travail avec l’IFS, même s’il peut être émotionnel, ne devrait pas te laisser vidé. Il devrait te laisser une sensation de clarté, de légèreté, même si les émotions sont fortes. Si tu es épuisé, c’est que tu es probablement en train de lutter contre le critique (piège n°1) ou de te perdre dans ses arguments (piège n°2).

Si tu passes des heures à analyser ce que ton critique dit, à chercher des preuves, à essayer de le contredire ou de le convaincre, tu es dans le piège n°2. Le dialogue avec une partie ne doit pas être un débat. C’est une écoute. Si tu argumentes, tu n’écoutes pas.

Si tu te sens submergé(e) par ton critique, comme s’il prenait toute la place, que tu n’arrives plus à penser à autre chose, que tu te sens impuissant(e) face à lui, tu es probablement dans le piège n°3. Tu as accueilli la partie, mais tu as oublié de rester aux commandes.

Le bon indicateur, c’est la sensation intérieure de calme et de présence. Quand tu dialogues avec ton critique depuis le Self, tu te sens centré, curieux, bienveillant, mais aussi ferme. Tu n’es ni en lutte, ni en fusion, ni en soumission. Tu es en relation.

« Le but n’est pas de faire taire le critique, mais de lui offrir une place à la table sans lui donner la présidence. »

Une séquence concrète pour sortir des pièges

Puisque je suis praticien, je ne vais pas te laisser sans outil. Voici une séquence simple que tu peux essayer, même seul(e), quand tu sens que le critique s’active. Prends trois minutes. Installe-toi confortablement, ferme les yeux si tu le souhaites.

  1. Identifie la phrase critique. Par exemple : « Je suis nul(le). » Ne juge pas la phrase. Note-la simplement.

  2. Déplace ton attention de la phrase à la partie. Demande-toi : « Où est-ce que je sens cette partie dans mon corps ? » Peut-être une tension dans la poitrine, une boule dans la gorge, une lourdeur dans le ventre. Pose ta main sur cet endroit, doucement.

  3. Accueille la partie sans l’approuver. Dis intérieurement : « Je te vois, toi, ma partie critique. Je sais que tu es là. Merci d’essayer de me protéger. » Tu n’as pas besoin de croire ce que tu dis. Juste de le dire.

  4. Demande-lui ce qu’elle craint. Pas pourquoi elle dit ça, mais : « Qu’est-ce que tu crains qu’il m’arrive si je ne t’écoute pas ? » Écoute la réponse. Peut-être que c’est la peur de l’échec, du rejet, de la honte. Accueille cette peur. Tu n’as pas à la résoudre.

  5. Reprends le leadership. Une fois que tu as écouté, dis : « Merci. Je t’ai entendue. Maintenant, je choisis de (faire ce que tu veux faire, même si c’est juste respirer). » Tu peux ajouter : « Je suis là. Je m’occupe de toi. »

Cette séquence n’est pas magique. Parfois, ça ne marchera pas du premier coup. Parfois, la partie critique sera trop forte, trop activée. Et c’est normal. L’IFS est une pratique, pas une solution instantanée. Mais si tu répètes cette séquence régulièrement, tu vas créer un nouveau réflexe. Au lieu de te laisser happer par le critique, tu vas apprendre à le rencontrer. Et c’est ça, le vrai chemin.

Et si tu veux aller plus loin ?

J’espère que ces trois pièges t’auront éclairé sur les erreurs courantes. Je les vois tous les jours dans mon cabinet, et je les ai moi-même traversés. L’IFS est une approche puissante, mais elle demande une certaine finesse. Ce n’est pas une technique de « contrôle mental » ; c’est un art relationnel avec soi-même.

Si tu sens que tu as besoin d’être accompagné(e) pour naviguer ces eaux, sache que je reçois à Saintes, en présentiel, mais aussi en visio pour ceux qui sont plus loin. On peut travailler ensemble sur ton critique intérieur, mais aussi sur d’autres parties qui te limitent. Je ne te promets pas que

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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