3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Un outil simple pour entamer la guérison.
Tu as déjà eu cette sensation étrange, presque déchirante, de ne pas te reconnaître toi-même ? Pas dans le miroir, mais dans tes réactions. Tu sais, ce moment où tu te surprends à être glacial avec quelqu’un qui t’est cher, alors qu’au fond tu voudrais juste être proche de lui. Ou cette fois où tu t’es entendu dire « je n’ai besoin de personne », alors que la solitude te rongeait les os.
Moi aussi, ça m’arrive. Pas en tant que thérapeute – en tant qu’humain. Et c’est précisément parce que je vis ces choses-là que j’ai été attiré par l’IFS, l’Internal Family Systems. Cette approche, développée par Richard Schwartz, m’a offert un cadre pour comprendre ces fragments de moi qui semblent agir en solo, parfois contre mes intérêts les plus évidents.
Aujourd’hui, je veux te parler d’un outil simple, presque trop simple pour être vrai, mais qui a changé la manière dont j’accompagne les personnes qui viennent me voir à Saintes. Il s’agit d’apprendre à dialoguer avec ce que l’IFS appelle une « partie exilée ». Ces parties de nous, souvent jeunes, qui portent des blessures que nous avons préféré mettre à distance pour survivre.
Alors, installe-toi confortablement. Prends une respiration. On va explorer ensemble comment poser les bonnes questions pour que ces parties exilées se sentent enfin entendues.
Avant de plonger dans les trois questions clés, il faut qu’on pose une base. Pourquoi est-ce si difficile de simplement « parler » à ces parties de nous qui souffrent ? Pourquoi est-ce qu’elles se cachent, parfois pendant des décennies ?
Imagine un enfant qui a été grondé très fort pour avoir pleuré. Pas une fois, mais cent fois. À force, cet enfant apprend une chose : pleurer, c’est dangereux. Ça attire l’attention, mais pas la bonne. Alors il développe une stratégie : il exile sa tristesse. Il la pousse dans un coin sombre de son psychisme, avec la promesse silencieuse : « Toi, tu restes là. Moi, je vais faire semblant d’aller bien. »
Mais cette tristesse ne disparaît pas. Elle attend. Elle patiente. Et parfois, des années plus tard, quand tu vis une rupture, un échec ou même une simple contrariété, cette partie exilée resurgit. Sauf qu’elle n’a pas grandi. Elle est toujours cet enfant de 4 ans qui a besoin d’être rassuré, mais qui ne sait plus comment demander.
Le problème, c’est que nous avons aussi développé ce que l’IFS appelle des « managers » et des « pompiers ». Les managers sont ces parties qui anticipent, qui contrôlent, qui organisent ta vie pour éviter que la douleur ne refasse surface. Les pompiers, eux, interviennent en urgence : ils te font boire, scroller sur ton téléphone pendant des heures, ou t’épuiser au travail pour ne pas sentir.
Ces systèmes de protection sont bien intentionnés. Mais ils empêchent le dialogue. Ils disent à la partie exilée : « Tais-toi, je gère. » Et ils te disent à toi : « N’y va pas, c’est dangereux. »
C’est pour ça que poser les bonnes questions, c’est un acte de courage. Ce n’est pas une technique de développement personnel à appliquer mécaniquement. C’est une invitation à ralentir, à écouter ce qui a été réduit au silence.
« Les parties exilées ne sont pas des ennemis à éliminer. Ce sont des enfants intérieurs qui frappent à la porte d’une maison où on leur a dit qu’ils n’étaient pas les bienvenus. »
La première question que j’apprends à poser à mes patients, c’est celle-ci. Mais attention, pas à voix haute devant un miroir. Non. Il s’agit d’une question intérieure, adressée à cette partie de toi qui semble coincée dans une émotion.
Tu as remarqué comme certaines émotions reviennent en boucle ? La honte, la culpabilité, la peur, la tristesse. Comme un disque rayé. Parfois, tu te dis : « Mais pourquoi je réagis toujours comme ça ? Pourquoi je me sens si nul(le) après une simple remarque ? »
C’est ta partie exilée qui porte une charge. Une charge, en IFS, c’est l’émotion brute, non digérée, qui s’est figée lors d’un événement passé. Quand tu poses la question « Quelle charge portes-tu ? », tu ne cherches pas une explication logique. Tu cherches à ressentir.
Prenons un exemple. Je reçois Marc, un quadragénaire qui dirige une petite entreprise. Il vient me voir parce qu’il s’épuise à vouloir plaire à tout le monde. Il dit oui à des clients impossibles, il accepte des projets qui le dépassent. Et chaque soir, il s’effondre avec une boule au ventre.
Quand je l’invite à se tourner vers cette boule au ventre, à lui demander doucement « Quelle charge portes-tu ? », Marc hésite. Puis il sent monter une vague de peur. Pas une peur adulte, rationnelle. Une peur d’enfant. La peur d’être rejeté, d’être vu comme « pas assez bien ».
Cette charge, il la porte depuis l’école primaire, où un instituteur lui a dit un jour qu’il n’arriverait à rien. Le gamin a encaissé. Il a mis cette peur de côté. Mais elle est restée là, à peser sur chaque décision.
Quand tu poses cette question à ta propre partie exilée, sois patient. Ne force pas. Respire. Parfois, la réponse n’est pas un mot, mais une sensation physique : une pression dans la poitrine, un nœud à l’estomac, une gorge serrée. Accueille ça. Dis-lui : « Je vois que tu portes ça. Je suis là. »
Cette simple reconnaissance est déjà un début de guérison. Parce que la partie exilée n’a jamais été vue pour ce qu’elle porte vraiment. On lui a dit « arrête de pleurer », « sois fort », « ce n’est pas grave ». Mais pour elle, c’était grave. Extrêmement grave.
Celle-ci, c’est souvent celle qui fait le plus de dégâts – dans le bon sens. Parce que tu vas découvrir que la partie qui souffre n’a pas l’âge que tu crois.
Je t’explique. Quand tu vis une situation stressante aujourd’hui, ton système nerveux peut activer une partie de toi qui s’est formée dans le passé. Mais toi, tu vis la situation avec ton âge adulte. Tu te dis : « Je suis un adulte, je devrais gérer ça. » Et tu te juges sévèrement de ne pas y arriver.
Mais si tu poses la question « Quel âge as-tu ? » à la partie qui réagit, la réponse peut te surprendre. Elle peut dire « 5 ans », « 8 ans », « 14 ans ». Parfois même « bébé ».
J’ai accompagné une femme, appelons-la Sophie, qui paniquait dès que son mari s’éloignait un peu trop dans un supermarché. Elle se mettait à chercher, le cœur battant, la respiration coupée. Elle se trouvait ridicule. « Je suis une femme de 40 ans, je ne vais pas perdre mon mari dans les rayons ! » me disait-elle.
Quand elle a posé la question à sa partie paniquée, celle-ci a répondu : « 3 ans. » Et là, Sophie a compris. À 3 ans, elle avait été oubliée une fois dans un grand magasin. Pendant ce qui lui avait semblé une éternité. Personne ne l’avait rassurée après. La petite fille de 3 ans était restée seule avec sa terreur.
Aujourd’hui, à 40 ans, quand son mari s’éloigne de 10 mètres, c’est cette petite fille qui prend les commandes. Pas l’adulte rationnelle.
Quand tu identifies l’âge d’une partie exilée, quelque chose de puissant se produit. Tu arrêtes de te juger. Tu te dis : « Ah, ce n’est pas moi l’adulte qui panique. C’est une petite fille dans mon système. » Et cette distinction change tout. Parce que tu peux alors t’adresser à elle avec la douceur que tu aurais pour un enfant perdu dans un supermarché aujourd’hui.
« Une partie exilée n’a pas besoin de solutions. Elle a besoin qu’on la trouve, qu’on la voie, qu’on la prenne par la main. »
C’est la question la plus subtile, la plus puissante, et la plus facile à rater. Parce qu’on a tendance à vouloir « réparer ». Dès qu’on identifie une souffrance, on veut la soigner, la dissoudre, la transformer en leçon de vie positive.
Mais les parties exilées n’ont pas besoin d’être réparées. Elles ont besoin d’être vues.
Quand tu demandes « De quoi as-tu besoin que je sois témoin ? », tu offres à cette partie la chose dont elle a été privée : une présence qui ne fuit pas. Un témoin qui ne dit pas « ce n’est pas si grave » ou « regarde le côté positif ». Un témoin qui reste, qui écoute, qui valide.
J’ai eu un patient, Antoine, qui avait vécu un harcèlement scolaire sévère. À 35 ans, il avait construit une carrière solide, une vie sociale, tout semblait en ordre. Mais il avait une phobie des regards. Dès que quelqu’un le fixait, il se figeait, rougissait, bafouillait.
Quand il est entré en contact avec son exilé, ce gamin de 12 ans humilié dans la cour de récré, il a voulu tout de suite lui dire des choses rassurantes. « Tu es fort maintenant. Tu as réussi. Ils avaient tort. » Mais la partie ne répondait pas.
Je lui ai proposé de changer de posture. Au lieu de vouloir rassurer, il a demandé : « De quoi as-tu besoin que je sois témoin ? » Et là, la réponse est venue, simple comme un couteau : « Que tu voies à quel point c’était humiliant. Que tu ne détournes pas le regard. »
Antoine a passé vingt minutes à juste rester avec cette humiliation. À laisser la sensation monter, sans la chasser. À dire à ce gamin : « Je vois. Je vois les rires. Je vois la solitude. Je ne pars pas. »
C’est à ce moment-là, pas avant, que la guérison a commencé. Pas par une réparation, mais par une reconnaissance.
Cette question est exigeante. Parce qu’elle te demande de rester présent à une douleur que tu as probablement passé des années à fuir. Mais c’est exactement ce dont la partie exilée a besoin. Pas d’un pompier qui éteint le feu, mais de quelqu’un qui s’assoit à côté d’elle dans les cendres et qui dit : « Je reste avec toi. »
Je ne vais pas te mentir. Dialoguer avec une partie exilée, ce n’est pas toujours un chemin de fleurs. Il y a des pièges. Et si tu les connais, tu les éviteras plus facilement.
Piège n°1 : Vouloir trop vite un résultat. Tu poses la question, tu attends une réponse claire, et si rien ne vient, tu te décourages. Les parties exilées n’ont pas l’habitude d’être écoutées. Elles sont méfiantes. Parfois, elles testent ta sincérité. Accepte le silence. Dis simplement : « Je suis là. Je t’attends. Je ne suis pas pressé. »
Piège n°2 : Confondre la partie et toi-même. Quand tu sens une émotion monter, tu peux être tenté de dire « je suis triste », « je suis en colère ». Mais en IFS, on fait une distinction : tu n’es pas ta tristesse. Tu as une partie qui porte de la tristesse. Cette nuance te permet de ne pas t’identifier complètement à l’émotion. Tu restes toi, le Self – cette présence calme et curieuse qui peut accueillir la partie.
Piège n°3 : Forcer le dialogue. Si une partie ne veut pas parler, ne l’oblige pas. Respecte sa résistance. Elle a ses raisons. Peut-être qu’elle a peur d’être submergée, ou qu’elle ne te fait pas confiance. Remercie-la de te protéger. Et dis-lui que tu reviendras plus tard. La confiance se construit, elle ne se décrète pas.
Piège n°4 : Oublier les protecteurs. Souviens-toi que les parties exilées sont gardées par des managers et des pompiers. Parfois, avant d’accéder à l’exilé, tu dois d’abord dialoguer avec le protecteur. Remercie-le pour son travail. Demande-lui la permission de parler à la partie qu’il protège. Souvent, il accepte, à condition que tu promettes d’être doux.
J’ai vu des personnes abandonner cet outil parce qu’elles s’attendaient à une transformation immédiate. La guérison n’est pas un interrupteur qu’on actionne. C’est un jardin qu’on cultive. Chaque question que tu poses est une graine. Certaines poussent vite, d’autres prennent du temps. Mais toutes, un jour, donnent des fruits.
Prenons une situation que tu connais peut-être. Tu es au travail, tu reçois un email un peu sec d’un collègue. Rien de méchant, juste un ton un peu froid. Mais toi, tu passes l’après-midi à ruminer. Tu te sens blessé, rejeté, tu te demandes ce que tu as fait de mal. Le soir, tu es épuisé.
Voici comment tu pourrais utiliser les trois questions avec une partie exilée qui vient de se réveiller.
D’abord, trouve un endroit calme. Ferme les yeux. Respire. Dirige ton attention vers cette sensation de blessure, dans ton ventre ou ta poitrine. Ne cherche pas à l’analyser. Contente-toi de la sentir.
Puis, pose la première question : « Quelle est la charge émotionnelle que tu portes ? » Peut-être que tu sens de la tristesse. Ou de la honte. Ou une peur d’être rejeté. Laisse la réponse venir, sans la juger. Si c’est flou, c’est normal. Reste curieux.
Ensuite, la deuxième question : « Quel âge as-tu ? » Peut-être que tu vois un enfant de 8 ans, ou un ado de 14 ans. Peut-être juste une sensation, sans image. Accueille ça. Si tu sens une résistance (« c’est idiot, je suis adulte »), remercie cette partie critique et demande-lui de s’écarter un instant.
Enfin, la troisième question : « De quoi as-tu besoin que je sois témoin ? » Laisse la réponse émerger. Ce n’est pas toujours une histoire. Parfois, c’est juste un mot : « solitude », « injustice », « fatigue ». Parfois, c’est un besoin : « que tu me prennes dans tes bras », « que tu me dises que je ne suis pas seul ».
Fais ce que la partie te demande. Si elle a besoin que tu restes avec une sensation, reste. Si elle a besoin que tu poses ta main sur ton cœur, pose-la. Si elle a besoin de pleurer, pleure.
« La guérison ne consiste pas à effacer le passé. Elle consiste à offrir une présence que le passé n’a pas eue. »
Je serai honnête avec toi. Parfois, en posant ces questions, tu peux rencontrer des douleurs très anciennes, très lourdes. Des traumatismes que ton système a protégés pendant des années. Et là, tout seul, ce n’est pas toujours facile.
Si tu sens que tu es submergé, que l’émotion est trop forte, ou que tu as des souvenirs que tu n’arrives pas à gérer seul, je t’invite à ne pas rester isolé. Ces outils sont puissants, mais ils ne remplacent pas un accompagnement humain, en face à face ou en visio.
À Saintes, je reçois des personnes qui
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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Parlons-en — premier échange, sans engagement.