3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Identifiez vos managers, pompiers et exilés pour mieux les comprendre.
Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé, mais moi, c’est arrivé lundi matin. Un coureur que j’accompagne depuis quelques mois me dit : « Thierry, je me suis réveillé à 4h du matin, le cœur qui cogne, à me demander si j’allais finir mon marathon dans deux semaines. Et là, une voix en moi m’a dit : “Tu vas abandonner, t’es pas prêt.” Mais une autre voix a répondu : “Tais-toi, on continue, on va prouver qu’on est le meilleur.” J’étais assis dans mon lit, à écouter ces deux voix se disputer. Et je me suis demandé : c’est qui, ces voix ? »
Ce coureur ne le savait pas encore, mais il venait de toucher du doigt le cœur de l’IFS (Internal Family Systems), un modèle thérapeutique que j’utilise presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. L’idée centrale ? Vous n’avez pas une seule personnalité, mais plusieurs « parties » ou « parts » en vous. Et ces parts ne sont pas des ennemis. Elles sont des protectrices, des pompiers, ou des exilées qui portent des blessures anciennes.
Dans cet article, je vais vous aider à reconnaître les trois grands types de parts qui dominent en vous : les managers, les pompiers et les exilés. Pas pour les juger, mais pour les comprendre. Parce que comprendre, c’est déjà commencer à les apaiser.
Imaginez que votre esprit est une grande maison. Vous croyez qu’il n’y a qu’un seul habitant : vous. Mais en réalité, il y a des dizaines de colocataires. Chacun a son rôle, sa voix, son histoire. Et parfois, ils prennent le contrôle sans vous demander votre avis.
En IFS, on considère que chaque part a une intention positive. Même celle qui vous pousse à vous isoler, à vous critiquer ou à fuir dans les écrans. Pourquoi ? Parce qu’elle essaie de vous protéger, souvent d’une douleur ancienne. Le problème, c’est que ces parts ne savent pas qu’elles sont en 2025. Elles agissent comme si la menace d’il y a vingt ans était encore là.
Prenons un exemple concret. Je reçois une femme, appelons-la Sophie. Elle est cadre dans une entreprise, compétente, respectée. Mais dès qu’elle doit prendre la parole en réunion, une part d’elle surgit : « Tu vas dire une bêtise, tout le monde va se moquer, t’es nulle. » Cette part est un manager. Elle veut la protéger de l’humiliation. Mais en faisant ça, elle la paralyse.
Sophie ne sait pas que cette part s’est formée à l’âge de 8 ans, quand son père lui a dit devant toute la famille : « T’es vraiment trop bête, t’arrives même pas à réciter ta poésie. » La part a enregistré la menace et continue de la protéger aujourd’hui. Le problème ? Elle ne voit pas que Sophie est devenue une adulte compétente, entourée de collègues bienveillants.
Les parts dominent parce qu’elles sont restées bloquées dans le passé. Et plus vous les combattez, plus elles s’accrochent. La clé, c’est de les reconnaître, de les écouter, et de leur montrer que vous êtes là, maintenant, en sécurité.
« Chaque part de vous est comme un enfant qui crie dans une pièce. Vous n’avez pas à le faire taire. Vous avez juste à ouvrir la porte et à lui demander ce dont il a besoin. »
Les managers sont les parts les plus visibles dans votre vie quotidienne. Ce sont elles qui organisent, planifient, critiquent, anticipent, contrôle. Leur mission : éviter que vous ne souffriez. Elles veulent que tout soit parfait, que vous soyez irréprochable, que personne ne vous rejette.
Un manager typique, c’est cette voix qui vous dit : « Il faut que tu travailles plus, sinon tu vas échouer. » Ou : « Ne dis pas ça, tu vas passer pour un idiot. » Ou encore : « Tiens-toi droit, souris, fais bonne figure. » Ces parts sont hyperactives, souvent perfectionnistes, et elles vous poussent à la performance.
Dans mon cabinet, je rencontre beaucoup de managers chez les sportifs. Un joueur de foot que j’accompagne, appelons-le Marc, avait un manager qui lui répétait avant chaque match : « Tu dois marquer un but, sinon tu sers à rien. » Résultat ? Il jouait crispé, il ratait des occasions, et il s’effondrait après le match. Son manager voulait qu’il soit bon pour ne pas être rejeté par l’entraîneur. Mais il le rendait juste anxieux.
Les managers ont un côté utile : ils vous aident à être organisé, à tenir vos délais, à bien paraître. Mais quand ils deviennent trop forts, ils vous épuisent. Vous n’avez jamais l’impression d’en faire assez. Vous êtes dans le contrôle permanent, et vous perdez le contact avec ce que vous ressentez vraiment.
Comment reconnaître si un manager domine en vous ? Posez-vous ces questions :
Si vous répondez oui à plusieurs de ces questions, un manager est probablement aux commandes. Mais ne le combattez pas. Remerciez-le. Dites-lui : « Je vois que tu essaies de me protéger. Merci. Mais je suis là, maintenant. Je peux gérer. » Ça paraît simple, mais ça désamorce déjà une partie de la tension.
Les managers sont souvent en conflit avec d’autres parts, notamment les pompiers, qui arrivent quand le contrôle a échoué.
Les pompiers, c’est l’équipe d’intervention d’urgence. Quand le manager n’a pas réussi à empêcher une souffrance, le pompier débarque pour éteindre le feu. Mais il le fait vite, fort, et souvent de manière impulsive.
Un pompier, c’est cette part qui vous pousse à :
Les pompiers sont des parts réactives. Elles ne réfléchissent pas, elles agissent. Leur seul but : faire disparaître la douleur immédiatement. Et elles y arrivent, sur le moment. Mais après, les conséquences arrivent : culpabilité, honte, fatigue, conflits.
Je pense à Thomas, un entrepreneur que j’ai suivi. Il avait un manager très fort qui le poussait à travailler 60 heures par semaine. Mais parfois, le manager lâchait prise, et là, le pompier prenait le relais : Thomas se mettait à boire seul chez lui, à regarder des séries jusqu’à 3h du matin, à dépenser de l’argent dans des gadgets inutiles. Le lendemain, le manager le culpabilisait : « T’es nul, tu perds ton temps, tu vas tout rater. » Et le cycle recommençait.
Les pompiers sont souvent jugés comme des « mauvaises habitudes » ou des « addictions ». Mais en IFS, on les voit comme des protectrices désespérées. Elles ne savent pas faire autrement. Elles ont appris, souvent dans l’enfance, que la seule façon de survivre à une émotion trop forte, c’est de l’éteindre rapidement.
Un pompier peut aussi être une part qui vous pousse à fuir une relation, à quitter un emploi du jour au lendemain, ou à dire des choses que vous regrettez. Elle ne calcule pas. Elle sauve.
Comment savoir si un pompier domine ? Regardez vos comportements automatiques quand vous êtes sous pression :
Si oui, un pompier est actif. Et ce n’est pas une faiblesse. C’est une stratégie de survie. La prochaine fois que vous sentez cette urgence monter, faites une pause de 30 secondes. Respirez. Dites à cette part : « Je vois que tu veux éteindre le feu. Merci. Reste avec moi une minute, on va trouver autre chose. » Parfois, juste ça suffit à ralentir le réflexe.
Mais derrière les managers et les pompiers, il y a toujours quelqu’un : l’exilé.
Les exilés sont les parts les plus vulnérables. Ce sont elles qui portent les blessures anciennes : la honte, la peur, la tristesse, le sentiment d’être nul(le), rejeté(e), abandonné(e). Elles ont été mises à l’écart par les managers et les pompiers, parce qu’elles sont trop douloureuses à regarder.
Un exilé, c’est cette petite voix qui dit : « Je ne suis pas aimable. » Ou : « Je suis un poids pour les autres. » Ou : « Je ne mérite pas d’être heureux(se). » C’est la part de vous qui a été blessée dans l’enfance et qui n’a jamais été consolée.
Les managers et les pompiers passent leur temps à protéger ces exilés. Le manager dit : « Sois parfait, comme ça personne ne verra que tu es nul. » Le pompier dit : « Bois un verre, comme ça tu ne sentiras pas ta tristesse. » Mais les exilés restent là, enfermés dans une pièce sombre, à souffrir.
Je me souviens de Claire, une enseignante que j’ai reçue. Elle avait un manager très strict : préparer ses cours pendant des heures, être irréprochable en classe. Mais un jour, un élève a fait une remarque un peu dure, et Claire s’est effondrée en larmes dans sa voiture. Ce qui est remonté, c’était un exilé : la petite fille qui avait été humiliée par son instituteur à l’âge de 7 ans, qui s’était sentie nulle et rejetée. Le manager avait réussi à cacher cette blessure pendant des années, mais elle était toujours là.
Les exilés sont souvent silencieux. Ils ne se manifestent que quand les protecteurs baissent la garde : la nuit, dans les moments de solitude, après un échec. Et ils peuvent provoquer des réactions disproportionnées. Une critique mineure devient une catastrophe. Un petit rejet devient la confirmation que vous ne valez rien.
Comment reconnaître un exilé ? Ce n’est pas toujours facile, parce qu’ils sont bien cachés. Mais vous pouvez les sentir à travers :
Si vous sentez un exilé, ne cherchez pas à le réparer tout de suite. Ce n’est pas le travail d’un article. Mais vous pouvez déjà l’écouter. Asseyez-vous tranquillement, fermez les yeux, et demandez : « Quelle est la partie de moi qui souffre en ce moment ? Qu’est-ce qu’elle ressent ? Qu’est-ce qu’elle a besoin que je sache ? » Et écoutez la réponse, sans jugement.
« Les exilés ne demandent pas à être sauvés. Ils demandent juste à être vus. À être entendus. À être pris dans les bras de leur propre cœur. »
Maintenant que vous connaissez les trois types, vous pouvez commencer à observer. Mais attention : il n’y a pas de « bon » ou de « mauvais » profil. Vous avez probablement des managers, des pompiers et des exilés qui cohabitent. La question, c’est : lesquels sont aux commandes en ce moment ?
Voici un petit exercice que je propose souvent à mes patients. Prenez une situation récente qui vous a mis(e) en difficulté : une dispute, un stress au travail, un moment de découragement. Et posez-vous ces trois questions :
Vous allez probablement reconnaître un mélange. Et c’est normal. L’important, c’est de ne pas juger. Chaque part a une intention positive. Même celle qui vous critique, même celle qui vous fait fuir, même celle qui souffre.
Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez aussi noter sur une semaine les moments où vous sentez une voix intérieure forte. Demandez-vous : « Cette voix, est-ce qu’elle contrôle, est-ce qu’elle éteint, ou est-ce qu’elle souffre ? » Vous allez vite repérer vos parts dominantes.
Et si vous avez l’impression qu’une part prend trop de place, ne cherchez pas à la chasser. Accueillez-la. Dites-lui : « Je te vois. Je sais que tu fais de ton mieux. Merci. » C’est le début de la guérison.
Je vais être honnête avec vous : j’ai passé des années à me battre contre mes propres parts. Mon manager me disait : « Tu dois être le meilleur thérapeute, publier des articles, avoir plein de clients. » Mon pompier me poussait à travailler tard, à zapper les pauses, à grignoter pour tenir le coup. Et mon exilé, lui, il pleurait en silence, à se sentir jamais assez bien.
J’ai cru que la solution, c’était de faire taire mon manager, de contrôler mon pompier, de guérir mon exilé. Mais ça ne marchait pas. Plus je les combattais, plus ils s’agitaient. C’est comme essayer de calmer un enfant qui pleure en lui criant dessus. Ça ne marche pas.
Ce qui a changé, c’est quand j’ai commencé à les écouter. Pas pour les approuver, mais pour les comprendre. J’ai demandé à mon manager : « Qu’est-ce que tu crains ? » Il m’a répondu : « Que tu sois rejeté, que tu finisses seul. » J’ai demandé à mon pompier : « Qu’est-ce que tu veux m’éviter ? » Il m’a dit : « La douleur de te sentir nul. » Et j’ai demandé à mon exilé : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? » Il a juste murmuré : « Que j’ai mal, et que j’ai besoin que tu restes avec moi. »
À partir de là, j’ai arrêté de vouloir changer mes parts. J’ai commencé à les accueillir. Et c’est là que la vraie transformation a commencé. Le manager s’est adouci. Le pompier s’est calmé. L’exilé s’est senti moins seul.
Alors, si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans ces parts, je vous invite à faire un petit geste maintenant. Mettez la main sur votre cœur. Prenez une respiration. Et dites à voix basse, ou dans votre tête : « Je vois toutes mes parts. Je les remercie de me protéger. Et je choisis d’être ici, maintenant, en paix. »
Avant de partir, je veux vous laisser avec quelque chose de concret. Pas une théorie de plus, mais un geste simple.
Prenez votre téléphone ou un carnet. Notez trois choses :
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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