3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Un guide pratique pour entamer une conversation intérieure sécurisée.
Vous les sentez, ces voix intérieures qui vous mettent en garde, vous freinent, ou vous poussent à agir d’une certaine façon ? Celle qui vous dit « Ne fais pas confiance trop vite, tu risques d’être déçu » ? Ou cette autre qui souffle « Il faut que tu sois parfait, sinon tu vas te faire rejeter » ? Peut-être même que vous entendez parfois un murmure plus pressant : « Dépêche-toi, tu n’as pas le droit de t’arrêter, sinon tout va s’effondrer ».
Si vous avez déjà tenté de dialoguer avec ces voix, vous avez peut-être buté sur un mur. Parce qu’elles ne se laissent pas facilement approcher. Elles ont leurs raisons, leurs craintes, et surtout : elles ne vous font pas confiance. Pourtant, apprendre à leur parler — sans les combattre, sans les chasser — est l’une des clés les plus puissantes pour apaiser les tourments intérieurs. C’est là qu’entre en jeu l’IFS, ou thérapie des systèmes familiaux intérieurs, une approche que j’utilise quotidiennement dans mon cabinet à Saintes.
Dans ce guide pratique, je vais vous donner les 4 questions essentielles pour ouvrir un dialogue sécurisé avec ces parties de vous que l’IFS appelle les protecteurs. Ces questions ne sont pas des formules magiques, mais des portes d’entrée. Elles vous permettront de passer d’un rapport de force intérieur à une écoute véritable. Et c’est là que tout commence.
Avant de poser la première question, il faut comprendre à qui vous vous adressez. Dans l’IFS, on distingue deux grandes catégories de parties : les exilés (des parties jeunes, souvent blessées, chargées d’émotions douloureuses comme la honte, la peur, la tristesse) et les protecteurs (des parties qui se sont développées pour empêcher ces émotions d’émerger, pour gérer la vie quotidienne, ou pour maintenir un certain équilibre).
Les protecteurs sont vos gardiens. Ils ne sont pas vos ennemis. Ils sont vos vigiles, vos managers, vos pompiers intérieurs. Leur boulot ? Vous protéger. Le problème ? Ils le font avec des stratégies qui datent d’une autre époque, souvent de votre enfance ou adolescence. Et ils ne se laissent pas approcher facilement, parce qu’ils sont convaincus que si vous entrez en contact avec eux, vous allez soit les juger, soit les licencier, soit pire : vous allez vouloir libérer l’exilé qu’ils protègent. Et ça, pour un protecteur, c’est la catastrophe absolue.
Alors, comment faire ? La clé, c’est de leur montrer que vous venez en paix, avec curiosité et respect. Pas pour les virer. Pas pour les rééduquer. Juste pour les connaître. Les 4 questions qui suivent sont conçues exactement dans cet esprit.
C’est la question d’ouverture, celle qui pose le cadre. Elle peut sembler anodine, mais elle est fondamentale. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, quand une partie protectrice se manifeste (par une émotion, une pensée, une impulsion), notre réflexe est de l’écraser, de la combattre, ou de s’y identifier complètement. On ne lui demande pas la permission. On l’attaque ou on la suit aveuglément.
Cette question inverse le rapport de force. Vous reconnaissez qu’il y a quelqu’un (une partie) en face de vous, et vous lui demandez si elle est d’accord pour dialoguer. C’est un acte de respect immense. Et souvent, la réponse peut être : « Non, pas maintenant. » Et c’est parfaitement acceptable. Si un protecteur vous dit non, c’est qu’il a une bonne raison. Peut-être qu’il ne vous fait pas confiance, peut-être qu’il est trop occupé à gérer une crise intérieure, peut-être qu’il a peur de ce qui va sortir si il lâche prise.
Si la réponse est non, ne forcez pas. Remerciez-le d’avoir répondu. Dites-lui : « Je comprends. Je ne vais pas insister. Mais je suis là, et je serai disponible quand tu voudras. » Parfois, cette simple acceptation suffit à détendre la partie, et elle revient d’elle-même un peu plus tard.
« La première étape pour dialoguer avec un protecteur n’est pas de lui parler, mais de lui montrer que vous êtes prêt à l’écouter sans condition. »
Exemple concret : Vous êtes en pleine réunion de travail, et soudain, une voix intérieure vous dit : « Tais-toi, tu vas dire une bêtise. » Au lieu de vous laisser envahir par l’anxiété ou de vous forcer à parler quand même, vous pouvez intérieurement dire : « Est-ce que tu veux bien que je fasse un peu de place pour te rencontrer ? » Si la partie répond non, vous pouvez ajouter : « D’accord, je comprends. Je te remercie de me protéger. On en reparle plus tard. » Cela crée déjà un espace de sécurité.
Une fois que le protecteur a accepté le dialogue, cette question est votre meilleur outil. Elle est ouverte, non directive, et elle met la partie en position de pouvoir vous raconter son histoire. Pas de « Pourquoi es-tu comme ça ? » (trop accusateur), pas de « Est-ce que tu es en train de me saboter ? » (trop interprétatif). Juste : « Qu’est-ce que tu veux que je sache sur toi ? »
Cette question permet à la partie de se présenter. Elle peut dire des choses comme : « Je suis là pour que tu ne souffres plus jamais comme quand tu avais 8 ans. » Ou : « Mon job, c’est de faire en sorte que tout le monde t’apprécie, parce que si on ne t’aime pas, c’est la mort sociale. » Ou encore : « Je te pousse à travailler sans arrêt, parce que si tu t’arrêtes, tu vas t’effondrer et on ne pourra pas te relever. »
Ce qui est crucial ici, c’est d’écouter sans jugement. Vous n’êtes pas en train de débattre avec cette partie. Vous êtes en train de la recevoir. Même si ce qu’elle dit vous semble absurde, excessif ou contre-productif, c’est sa vérité. Et cette vérité a une logique interne, souvent liée à un événement passé.
Piège à éviter : Ne passez pas trop vite à la question suivante. Laissez la partie s’exprimer. Parfois, elle a besoin de dire plusieurs choses avant d’arriver à l’essentiel. Vous pouvez utiliser des relances simples : « Tu peux m’en dire plus ? », « Et toi, comment tu vis cela ? », « Depuis combien de temps fais-tu ce travail ? »
Exemple concret : Un patient, appelons-le Marc, sentait une pression constante pour être irréprochable dans son travail. Quand il a posé cette question à la partie qui le poussait, elle a répondu : « Je veux que tu saches que si tu fais une erreur, tu vas être humilié. Je me souviens de la fois où tu as fait une faute d’orthographe dans un mail et que ton chef l’a lu à voix haute. Je ne veux plus jamais que ça t’arrive. » Cette simple révélation a changé le regard de Marc sur cette partie : ce n’était pas un tyran, c’était un gardien traumatisé.
Cette question affine la précédente. Elle vous permet de comprendre non seulement la mission de la partie, mais aussi ses méthodes. Car un protecteur a souvent un rôle précis, et il l’exerce avec des stratégies parfois très élaborées.
Vous pouvez poser la question en deux temps : d’abord sur le « quoi » (le travail), puis sur le « comment » (les méthodes).
Cette question est précieuse car elle vous aide à voir la partie comme un système cohérent. Vous n’êtes plus en train de subir son action, vous l’observez. Et souvent, en décrivant ses méthodes, la partie elle-même prend conscience de leur coût. Elle peut dire : « Je sais que c’est épuisant, mais je ne vois pas d’autre moyen. »
Exemple concret : Une jeune femme, Sophie, avait une partie qui la poussait à tout planifier. Elle lui a demandé : « Quel est ton travail ? » La partie a répondu : « Je dois t’empêcher de ressentir l’angoisse de l’imprévu. » Puis : « Comment fais-tu ça ? » — « Je te fais faire des listes, des plannings, des scénarios. Je te fais anticiper tous les risques. Si tu as tout prévu, tu ne peux pas être surprise. » Sophie a réalisé que cette partie était née après un divorce imprévu qui l’avait anéantie. Elle ne cherchait pas à la contrôler, elle cherchait à la protéger d’une répétition traumatique.
C’est la question la plus délicate, mais aussi la plus révélatrice. Elle touche au cœur de la peur du protecteur. Car si un protecteur fait son travail avec autant d’insistance, c’est parce qu’il est convaincu que sans lui, le pire arriverait. Cette question va lui permettre d’exprimer cette peur.
Attention : ne posez pas cette question comme une menace (« Si tu arrêtais, ce serait mieux, non ? »). Posez-la avec curiosité et compassion : « Je suis curieux : qu’est-ce que tu imagines qui arriverait si tu lâchais un peu la pression, ou si tu arrêtais complètement ? »
Les réponses sont souvent très imagées et très anciennes. La partie peut dire : « Si j’arrêtais de te faire douter, tu ferais des erreurs et tout le monde se moquerait de toi. » Ou : « Si je ne te poussais plus à être parfait, tu serais rejeté et tu finirais seul. » Ou : « Si je ne contrôlais plus tout, l’angoisse monterait et tu deviendrais complètement dysfonctionnel. »
Ce qui est fascinant, c’est que cette question révèle souvent un exilé en dessous. La peur du protecteur n’est pas une peur abstraite, c’est la peur qu’une émotion douloureuse (honte, peur, tristesse) émerge et submerge le système. Et c’est là que vous pouvez commencer à comprendre le lien entre le protecteur et la partie blessée qu’il protège.
« Un protecteur n’est jamais le problème. Il est la solution que votre système a trouvée à un moment donné. Le problème, c’est que cette solution a parfois un coût trop élevé. »
Exemple concret : Un sportif que j’accompagne avait une partie qui le poussait à s’entraîner sans relâche, au point de se blesser. Quand il lui a demandé : « Qu’est-ce qui se passerait si tu arrêtais ? », la partie a répondu : « Si tu t’arrêtes, tu vas te ramollir, et quand tu auras une compétition, tu perdras. Et si tu perds, tu seras nul, et tout le monde verra que tu es nul. » En dessous, on a découvert un exilé : un enfant qui avait été humilié par un entraîneur après une défaite. La partie protectrice était née pour éviter que cette honte ne refasse surface.
Ces 4 questions ne sont pas destinées à être utilisées une seule fois. Elles sont un cadre que vous pouvez réutiliser chaque fois qu’une partie se manifeste de façon intense. Voici comment les intégrer en pratique :
Créez un moment dédié : Ne faites pas ce dialogue en conduisant ou en pleine conversation. Asseyez-vous, fermez les yeux, respirez. Invitez la partie à venir s’asseoir en face de vous (même symboliquement).
Utilisez un carnet : Écrire les réponses peut aider à clarifier. Vous pouvez noter ce que la partie dit, sans censure. L’écriture est souvent plus lente que la pensée, ce qui permet de mieux écouter.
Soyez patient : Un protecteur qui a 30 ou 40 ans de stratégies ne va pas se dévoiler en 5 minutes. Parfois, il faut plusieurs séances (ou plusieurs moments d’auto-dialogue) pour qu’il se sente en sécurité.
Ne sautez pas d’étape : Respectez l’ordre. Commencez par demander la permission (question 1). Si c’est non, n’insistez pas. Si c’est oui, allez à la question 2. Ne brûlez pas les étapes, surtout la question 4, qui peut être très chargée émotionnellement.
Accueillez les émotions : Quand la partie parle, vous pouvez ressentir des émotions dans votre corps (tension, chaleur, larmes). C’est normal. Restez avec elles, respirez, et continuez à écouter.
Soyons honnêtes : ces questions ne vont pas faire disparaître vos protecteurs. Ce n’est pas le but. L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties, mais à transformer la relation que vous avez avec elles. Un protecteur qui se sent écouté et respecté va souvent baisser la garde, changer de rôle, ou réduire son intensité. Mais il ne va pas s’envoler.
Ces questions ne remplacent pas non plus un accompagnement thérapeutique si vous êtes dans une situation de détresse sévère. Si vous avez des parties très activées, des pensées suicidaires, ou des traumatismes lourds, il est plus sûr de faire ce travail avec un praticien formé.
Enfin, ces questions ne sont pas une technique de performance. Elles ne vont pas vous rendre plus productif, plus calme, ou plus heureux du jour au lendemain. Elles sont un outil de découverte et de compassion. Leurs effets sont souvent plus profonds que rapides.
Prenez un instant. Identifiez une situation récente où vous avez ressenti une réaction forte : une colère, une peur, une impulsion à vous isoler, un besoin de contrôle. Cette réaction est portée par une partie protectrice.
Asseyez-vous confortablement. Fermez les yeux. Prenez trois respirations. Puis, intérieurement, adressez-vous à cette partie avec la première question : « Est-ce que tu veux bien que je fasse un peu de place pour te rencontrer ? »
Si elle répond oui, continuez avec la deuxième : « Qu’est-ce que tu veux que je sache sur toi ? » Écoutez la réponse. Notez-la si vous voulez. Ne jugez pas.
Si elle répond non, remerciez-la. Dites-lui que vous êtes disponible quand elle voudra.
Et si vous sentez que ce dialogue est trop difficile à mener seul, ou que les réponses vous submergent, sachez que mon cabinet à Saintes est ouvert pour vous accompagner dans cette exploration. Je reçois des adultes en souffrance, et je vois chaque jour comment ce dialogue intérieur, mené avec douceur, peut transformer des vies entières.
Vous n’avez pas à faire ce voyage seul. Et vos protecteurs non plus.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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