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Les 7 questions IFS à vous poser pour guérir une relation blessée

Un auto-questionnement puissant pour restaurer la connexion.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous arrive-t-il de repenser à une dispute avec votre conjoint, un collègue ou un parent, et de sentir cette boule au ventre, ce nœud qui se resserre ? Cette sensation qui vous dit que quelque chose est cassé, que la relation est blessée, et que vous ne savez pas par où commencer pour réparer. Vous avez peut-être essayé de parler, de vous excuser, ou au contraire d’éviter le sujet, mais rien n’y fait. La tension est là, sourde, persistante.

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Thierry, j’ai tout essayé. J’ai fait des efforts, j’ai communiqué, mais dès que je suis en face d’elle, je redeviens ce gamin qui se sent incompris. » Ou encore : « Je sais que je devrais laisser tomber, mais cette rancune me ronge. » Ces phrases ne sont pas anodines. Elles cachent souvent des parties de nous-mêmes que nous ne savons pas écouter.

L’IFS – le modèle des Systèmes Familiaux Intérieurs – m’a appris une chose essentielle : une relation blessée n’est jamais le problème en soi. Elle est le symptôme de parties de vous qui sont en conflit, à l’intérieur, et qui projettent ce conflit sur l’autre. Guérir une relation, ce n’est pas changer l’autre. C’est d’abord remettre de l’ordre chez soi.

Dans cet article, je vais vous guider à travers 7 questions IFS précises, concrètes, que vous pouvez vous poser dès maintenant. Elles ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique, mais elles sont un premier pas puissant pour restaurer la connexion – avec l’autre, mais surtout avec vous-même.

Pourquoi les relations blessées ne guérissent pas avec la logique seule ?

Avant de plonger dans les questions, il faut comprendre un mécanisme fondamental. Quand une relation est blessée, notre cerveau logique veut tout de suite trouver une solution. On se dit : « Il faut qu’on parle », « Il faut qu’elle comprenne », « Il faut qu’il s’excuse ». On active notre stratège intérieur, celui qui planifie, analyse, et cherche à contrôler. Et c’est normal : c’est une partie protectrice qui veut nous éviter la douleur.

Mais le problème, c’est que la blessure relationnelle ne se situe pas dans le cortex préfrontal – le siège de la logique. Elle est logée dans des parties plus anciennes de notre cerveau, dans ce que j’appelle des « exilés » en IFS : des parties de nous qui portent des souvenirs douloureux, souvent de l’enfance, où nous avons été blessés, rejetés, humiliés ou ignorés.

Quand vous êtes en conflit avec votre partenaire, ce n’est pas l’adulte rationnel qui parle. C’est une partie de vous qui a été activée. Par exemple, une partie qui a peur d’être abandonnée, ou une partie qui a besoin de contrôle pour se sentir en sécurité. Et l’autre personne, elle aussi, réagit avec ses propres parties activées. Vous n’êtes plus deux adultes qui dialoguent. Vous êtes deux systèmes de protection qui s’affrontent.

« Tant que vous écoutez vos parties protectrices, vous croyez défendre la relation. En réalité, vous défendez une stratégie qui a fonctionné à 7 ans, mais qui vous isole aujourd’hui. »

C’est pour ça que les excuses, les explications ou les compromis logiques ne tiennent pas. La blessure reste. Les questions IFS que je vais vous proposer ne visent pas à faire taire ces parties, mais à les écouter, à les comprendre, et à libérer l’espace pour que votre Self – votre essence calme, curieuse, confiante – puisse reprendre le gouvernail.

Question n°1 : Quelle émotion est la plus présente quand je pense à cette relation ?

Posez-vous cette question maintenant. Prenez une respiration. Pensez à cette personne, à ce conflit, à cette tension. Quelle est l’émotion qui monte en premier ? Est-ce de la colère ? De la tristesse ? De la peur ? De la honte ? De la culpabilité ?

Ne cherchez pas à intellectualiser. Laissez venir la sensation corporelle. Peut-être que c’est une boule dans la gorge, une tension dans les épaules, ou un vide dans le ventre. Cette émotion est la porte d’entrée vers la partie qui est activée.

En IFS, on ne juge pas cette émotion. On l’accueille. On ne dit pas « je ne devrais pas être en colère », on dit « ah, voilà une partie qui est en colère ». Cette simple distinction change tout. Vous n’êtes pas votre colère. Vous êtes celui ou celle qui observe la colère.

Prenons un exemple anonyme. Un jour, un coureur que j’accompagne m’a dit : « Thierry, je suis furieux contre mon entraîneur. Il ne me comprend pas. » Je lui ai demandé : « Quelle émotion est la plus présente ? » Il a répondu : « La colère, évidemment. » Puis, après un silence, il a ajouté : « En fait, non. En dessous, il y a de la tristesse. Je me sens seul dans ma préparation. » La colère était la partie protectrice. La tristesse était la partie blessée.

Quand vous identifiez l’émotion primaire, vous commencez à dénouer le fil. Vous arrêtez de réagir en pilote automatique. Vous créez un espace pour une réponse plus ajustée.

Question n°2 : Qu’est-ce que cette relation me fait craindre de perdre ou de ne pas avoir ?

Les blessures relationnelles sont presque toujours liées à un besoin fondamental non satisfait. Le besoin d’être vu, entendu, respecté, aimé, en sécurité, valorisé. Quand une relation est blessée, c’est souvent parce qu’une partie de vous sent que ce besoin est menacé.

Demandez-vous : « Si la situation reste comme elle est, qu’est-ce que je risque de perdre ? » Peut-être est-ce la sécurité affective. Peut-être est-ce l’estime de soi. Peut-être est-ce la certitude que vous comptez pour l’autre.

Un footballeur que j’accompagne vivait un conflit récurrent avec son coéquipier. Ils ne se parlaient plus sur le terrain. Je lui ai posé cette question. Il m’a répondu : « Je crains de perdre ma place de titulaire. » Puis il a réfléchi et a dit : « Non, en fait, je crains de perdre l’idée que je suis un bon joueur. Que je suis compétent. » La blessure n’était pas sur le terrain. Elle était dans son estime de soi.

Identifier cette peur vous permet de ne plus projeter sur l’autre. Vous réalisez que le besoin est en vous. Et que vous pouvez commencer à le nourrir vous-même, au lieu d’attendre que l’autre le fasse.

Question n°3 : Quelle partie de moi réagit le plus fortement dans cette relation ?

En IFS, on distingue plusieurs types de parties. Il y a les managers, qui organisent et contrôlent pour éviter la douleur. Il y a les pompiers, qui réagissent de manière impulsive pour éteindre l’incendie émotionnel. Et il y a les exilés, les parties vulnérables qui portent les blessures.

Quand vous êtes en conflit, quelle partie prend le contrôle ? Est-ce le manager qui veut tout expliquer, tout justifier, tout maîtriser ? Est-ce le pompier qui claque la porte, qui crie, qui se retire ? Ou est-ce l’exilé qui se sent submergé par l’émotion ?

Ne cherchez pas à étiqueter parfaitement. Posez simplement la question : « Si cette réaction était une partie de moi, comment je la décrirais ? » Donnez-lui un nom, une image, un âge. Par exemple : « C’est une partie qui a 8 ans et qui se sent rejetée. » Ou : « C’est une partie qui est comme un gardien, toujours en alerte. »

Cette question a un effet immédiat : elle vous sort de l’identification. Vous n’êtes plus « quelqu’un de colérique » ou « quelqu’un d’évitant ». Vous êtes un système qui contient une partie colérique ou une partie évitante. Et cette partie, vous pouvez l’écouter sans en être esclave.

« Quand vous nommez une partie, vous cessez d’être cette partie. Vous devenez celui qui peut l’accompagner. »

Question n°4 : Si cette partie pouvait parler, que dirait-elle à l’autre personne ?

C’est une question puissante, mais qui demande un cadre de sécurité. Ne la posez pas si vous êtes en pleine crise émotionnelle. Prenez un moment calme, seul. Imaginez que la partie qui réagit le plus fortement a la parole. Que dirait-elle à l’autre ? Sans filtre, sans censure, sans peur du jugement.

Laissez venir les mots. Peut-être dira-t-elle : « Tu ne m’écoutes jamais. » Ou : « J’ai peur que tu partes. » Ou : « Je t’en veux de m’avoir fait ça. » Ou encore : « J’ai besoin que tu me voies. »

Cette question permet à la partie de s’exprimer. En IFS, on appelle ça le « décharge ». C’est essentiel. Tant que la partie n’a pas parlé, elle continue à agir en sourdine. En lui donnant la parole, vous libérez une pression. Vous permettez à l’émotion de circuler.

Attention : ce n’est pas une invitation à confronter l’autre. C’est un dialogue intérieur. Vous parlez à votre partie, pas à la personne réelle. Mais ce dialogue va souvent révéler des besoins profonds que vous ignoriez.

Un jour, un client m’a dit, après cette question : « Ma partie dit : “Je veux qu’elle sache que je ne suis pas un monstre. Je veux qu’elle comprenne que j’ai fait de mon mieux.” » Cette simple phrase a ouvert une brèche. Il a réalisé que ce qu’il cherchait, ce n’était pas une victoire, mais une reconnaissance.

Question n°5 : Qu’est-ce que cette partie a besoin que je sache sur elle ?

Maintenant, retournez l’attention vers l’intérieur. Au lieu d’écouter ce que la partie dit de l’autre, écoutez ce qu’elle dit d’elle-même. Qu’est-ce qu’elle a besoin que vous sachiez ?

Posez la question avec douceur : « Qu’est-ce que tu as besoin que je comprenne de toi ? » Laissez venir la réponse. Peut-être dira-t-elle : « J’ai besoin que tu saches que j’ai peur. » Ou : « J’ai besoin que tu saches que je suis fatidiguée de toujours me battre. » Ou : « J’ai besoin que tu saches que je t’aime, mais que je ne sais pas comment faire autrement. »

Cette question est un acte de compassion envers vous-même. Elle vous permet de sortir de l’auto-critique. Au lieu de vous dire « je suis nul en relation », vous entendez : « une partie de moi est en souffrance, et elle a besoin de reconnaissance ».

C’est souvent à ce moment-là que les larmes viennent. Pas des larmes de tristesse, mais des larmes de soulagement. Parce que vous arrêtez de lutter contre vous-même. Vous accueillez une partie que vous rejetiez depuis longtemps.

Question n°6 : Quelle est la chose la plus petite que je puisse faire aujourd’hui pour honorer cette partie ?

On arrive à l’action. L’IFS n’est pas une thérapie qui reste dans la tête. Elle invite à des gestes concrets, même infimes, qui montrent à la partie que vous l’écoutez vraiment.

Demandez à votre partie : « Quelle est la plus petite chose que je puisse faire aujourd’hui pour prendre soin de toi ? » Pas un grand geste, pas une réconciliation spectaculaire. Quelque chose de simple, de réalisable dans les prochaines heures.

Cela peut être : boire un verre d’eau en pleine conscience. Faire une pause de 5 minutes au travail. Écrire une phrase dans un carnet. Envoyer un message à un ami. Prendre une respiration avant de répondre à un mail. Ou simplement dire à voix haute : « Je te vois, je suis là. »

Un sportif que j’accompagne faisait des crises d’angoisse avant chaque compétition. Il se battait contre cette peur. Après cette question, sa partie lui a répondu : « J’ai juste besoin que tu poses ta main sur ton ventre et que tu respires avec moi. » Il l’a fait. La crise a diminué. Le geste était minuscule, mais l’effet a été immense.

Honorer une partie, ce n’est pas lui donner raison. C’est lui donner une place. C’est lui dire : « Tu as le droit d’exister. Je ne te rejette pas. »

Question n°7 : Si je me connecte à mon Self, que dirait-il à cette relation ?

La dernière question est une ouverture vers votre centre. Votre Self, en IFS, est cette partie de vous qui est calme, curieuse, confiante, créative, compatissante et courageuse. Elle est toujours là, même quand les parties protectrices font du bruit.

Prenez un moment. Respirez. Imaginez que vous pouvez accéder à cette qualité de présence. Puis demandez : « Si mon Self pouvait parler à cette relation, que dirait-il ? »

Ne forcez pas la réponse. Laissez-la venir. Elle sera souvent surprenante. Peut-être dira-t-elle : « Cette relation m’a appris la patience. » Ou : « Je choisis de lâcher prise sur ce que je ne peux pas contrôler. » Ou : « Je suis reconnaissant pour ce que j’ai reçu, même si c’est douloureux. » Ou simplement : « Je suis là, et c’est suffisant. »

Cette question ne résout pas tout. Elle ne fait pas disparaître la blessure. Mais elle change votre position intérieure. Vous n’êtes plus dans la lutte, la plainte ou l’attente. Vous êtes dans la présence. Et de cette présence, des actions justes peuvent émerger.

« Votre Self n’a pas besoin de réparer la relation. Il a besoin d’être présent à la relation. La réparation vient ensuite, naturellement. »

Comment intégrer ces questions dans votre quotidien ?

Ces 7 questions ne sont pas une recette miracle. Elles sont un outil. Un outil que vous pouvez utiliser chaque fois que vous sentez une tension relationnelle monter. Pas besoin d’attendre d’être en crise. Vous pouvez les poser après une conversation difficile, avant de vous coucher, ou pendant une promenade.

Je vous conseille de les écrire sur un carnet. Ou de les enregistrer sur votre téléphone. L’important, c’est de les poser avec sincérité, sans attente de résultat. L’IFS fonctionne quand on arrête de vouloir contrôler le processus.

Un dernier conseil : si une question est trop difficile, ne forcez pas. Revenez-y plus tard. Certaines parties ont besoin de temps pour se sentir en sécurité. Respectez ce rythme. La guérison n’est pas une course, c’est un chemin.

Conclusion : une invitation à faire le premier pas

Vous avez lu ces 7 questions. Peut-être que certaines ont résonné, d’autres non. Peut-être que vous sentez une petite ouverture, ou au contraire une résistance. C’est normal. Chaque chemin est unique.

Ce que je vous propose, c’est de choisir une seule question. La première qui vous a parlé. Et de vous l’accorder maintenant, dans les prochaines minutes. Pas pour tout résoudre, mais pour commencer à écouter. Pour commencer à être en relation avec vous-même.

Si vous sentez que ces questions réveillent des choses profondes, que vous avez besoin d’un cadre pour les explorer, sachez que je suis là. Je reçois à Saintes, en présentiel ou en visio. Parfois, un regard extérieur, une présence qui ne juge pas, permet de descendre là où on n’ose pas aller seul.

Vous pouvez prendre contact via mon site thierrysudan.com. Je vous répondrai personnellement. Pas de promesse de miracle, juste une écoute. Et si vous préférez commencer par vous-même, ces 7 questions sont déjà un cadeau que vous vous faites.

La relation blessée que vous voulez guérir commence par celle que vous avez avec vous-même. Et elle est déjà en train de se réparer, à l’instant où vous lisez ces mots.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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