3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
L'IFS vous aide à comprendre cette sensation de fragmentation.
Vous êtes là, à lire ces lignes, et peut-être qu’en ce moment même, vous sentez une petite voix en vous qui dit : « Ça ne marchera pas, encore une promesse de changement qui finira en désillusion ». Une autre pourrait ajouter : « Oui, mais si ça pouvait vraiment aider… ». Et une troisième, plus discrète, souffle : « Tu n’as pas le temps de t’arrêter sur ce genre de choses ».
Si vous reconnaissez ces dialogues intérieurs, rassurez-vous : vous n’êtes pas fou. Vous êtes simplement humain. Et cette sensation d’avoir plusieurs « personnalités » en vous, loin d’être un trouble, est le signe d’un fonctionnement psychique normal, voire sophistiqué. Depuis des années, dans mon cabinet à Saintes, je rencontre des adultes qui me disent : « J’ai l’impression d’être plusieurs personnes à la fois », « Une partie de moi veut changer, l’autre me sabote », ou encore « Je ne sais pas qui je suis vraiment ».
Ces phrases ne sont pas des aveux de faiblesse. Elles sont le point de départ d’une exploration passionnante. Et si cette fragmentation intérieure n’était pas un problème à résoudre, mais une ressource à comprendre ? C’est ce que propose l’IFS (Internal Family Systems), une approche que j’utilise quotidiennement pour accompagner les personnes en souffrance. Aujourd’hui, je vais vous emmener dans les coulisses de ce dialogue permanent, et vous montrer comment apaiser ces voix discordantes.
« Ce n’est pas parce que vous entendez des voix intérieures que vous êtes en train de perdre la tête. C’est peut-être la première fois que vous prenez le temps de les écouter. »
Je vais vous prendre un exemple concret. Il y a quelques semaines, un patient, appelons-le Marc, est venu me voir. Marc est cadre commercial, la quarantaine. Il réussit professionnellement, mais il vit dans une tension permanente. Il me décrit son quotidien ainsi : « Le matin, je me lève avec une énergie incroyable. Je suis le roi du monde, je vais tout déchirer. Puis, vers 10 heures, sans raison apparente, un nuage noir s’abat sur moi. Je me sens nul, imposteur, et j’ai envie de tout plaquer. Le soir, je rentre chez moi, et une autre voix me dit que je suis trop dur avec moi-même, que je devrais lâcher prise. Mais elle est vite couverte par celle qui me dit que si je lâche, je perds tout. »
Marc n’a pas de trouble dissociatif de l’identité. Il n’a pas plusieurs personnalités au sens clinique. Pourtant, il vit une expérience de fragmentation. Pourquoi ? Parce que son esprit est composé de différentes « parties », chacune avec sa propre perspective, ses émotions, ses croyances et ses stratégies de survie.
L’IFS, développé par Richard Schwartz dans les années 1980, propose une métaphore puissante : notre psyché est comme une famille intérieure. Il y a des parties « managers » qui tentent de contrôler notre vie pour éviter la souffrance (celle qui vous pousse à être parfait, à anticiper, à travailler dur). Il y a des parties « exilées » qui portent les blessures du passé (la honte, la peur, l’abandon). Et il y a des parties « pompier » qui interviennent en urgence pour éteindre l’incendie émotionnel (compulsions, addictions, crises de colère).
Quand Marc se lève plein d’énergie, c’est son manager « super-performant » qui prend les commandes. Quand le nuage noir arrive, c’est une partie exilée qui a été déclenchée par un souvenir inconscient (peut-être un rejet ancien). Et quand la voix critique surgit le soir, c’est un pompier qui tente de le protéger en l’empêchant de s’effondrer.
Vous voyez le tableau ? Vous n’avez pas plusieurs personnalités, mais vous avez plusieurs « parties » de vous-même qui coexistent, parfois en harmonie, souvent en conflit. Et c’est ce conflit qui génère la souffrance.
La première étape pour apaiser ce monologue intérieur est d’apprendre à reconnaître ces parties sans vous identifier totalement à elles. Beaucoup de personnes me disent : « Mais Thierry, si je suis plusieurs, qui suis-je vraiment ? » C’est une question légitime, et l’IFS y répond avec une idée clé : au-delà de toutes ces parties, il y a un « Soi » (Self) – une essence calme, curieuse, compatissante et confiante. Ce Soi n’est pas une partie, c’est votre centre. Quand vous êtes dans votre Soi, vous pouvez observer vos parties sans être submergé par elles.
Prenons un autre exemple. Une de mes patientes, Sophie, 34 ans, enseignante, souffrait d’anxiété sociale. Elle me disait : « Dès que je dois prendre la parole en réunion, une partie de moi panique. Mon cœur s’emballe, ma voix tremble, et j’ai envie de disparaître. Mais une autre partie me traite de faible et me dit de me ressaisir. »
Sophie était prisonnière d’un conflit entre une partie « peureuse » (qui la protège du jugement) et une partie « critique » (qui veut qu’elle soit forte). Pour l’aider, je lui ai proposé un exercice simple : au lieu de lutter contre ces voix, elle allait les accueillir comme des messagères.
Je lui ai demandé : « Si tu pouvais t’asseoir avec la partie qui panique, sans vouloir la changer, que ressentirais-tu ? » Au début, Sophie était sceptique. Mais en fermant les yeux, elle a pu « voir » cette partie comme une petite fille tremblante, assise dans un coin de sa tête. Elle a ressenti une vague de compassion pour elle. À ce moment-là, la partie paniquée s’est calmée. Pourquoi ? Parce qu’elle a été reconnue, écoutée, sans être jugée ou réprimée.
Voici comment vous pouvez commencer à reconnaître vos parties :
« Quand vous dites “une partie de moi”, vous cessez d’être la partie. Vous devenez celui qui observe, celui qui peut choisir. »
C’est sans doute la découverte la plus contre-intuitive de l’IFS. Les parties qui vous paraissent les plus toxiques – le critique intérieur, le perfectionniste, le saboteur – ne sont pas vos ennemies. Ce sont des protecteurs qui ont pris un rôle extrême pour vous éviter une souffrance encore plus grande.
Prenons le cas de Julien, 42 ans, entrepreneur. Il venait me voir parce qu’il n’arrivait pas à lancer son projet. Chaque fois qu’il s’approchait de l’action, une voix intérieure lui disait : « Tu n’es pas prêt. Tu vas te planter. Les autres sont meilleurs. » Julien en avait marre de ce « critique intérieur » qui le paralysait. Il voulait le faire taire.
Je lui ai proposé une approche différente : au lieu de combattre ce critique, nous allions le remercier. Julien a d’abord cru que je plaisantais. Mais en explorant cette partie, il a découvert qu’elle était apparue à l’âge de 8 ans, après un échec scolaire cuisant. À l’époque, personne ne l’avait consolé. Son critique était né pour le protéger de la honte, en l’empêchant de prendre des risques. « Si tu ne fais rien, tu ne peux pas échouer », disait cette partie.
Quand Julien a compris que ce critique était un allié maladroit, il a pu le remercier pour son service. Il a même pu lui demander de se détendre un peu, car il n’avait plus 8 ans. Le critique a accepté de prendre un rôle moins extrême. Julien a alors senti une légèreté inédite.
Voici comment approcher vos parties critiques :
Cette approche transforme la relation avec vous-même. Au lieu d’être en guerre intérieure, vous devenez un leader compatissant qui écoute toutes ses parties.
L’un des effets les plus puissants de l’IFS est le changement de rapport aux émotions. La plupart d’entre nous ont appris à gérer leurs émotions en les contrôlant, en les réprimant ou en les évitant. Mais l’IFS propose une autre voie : accueillir l’émotion comme la voix d’une partie.
Repensez à la dernière fois que vous avez ressenti une colère intense. Peut-être que quelqu’un vous a manqué de respect, et vous avez explosé. Dans l’IFS, cette colère n’est pas « vous », c’est une partie enflammée qui veut protéger une partie vulnérable (par exemple, une partie qui a été humiliée dans le passé). Si vous réprimez la colère, vous réprimez aussi la partie qui la porte. Si vous l’exprimez sans filtre, vous risquez de blesser.
L’IFS offre une troisième voie : dialoguer avec la colère. Posez-lui la question : « Qu’essaies-tu de me dire ? Qu’est-ce que tu veux protéger ? » La colère est souvent le gardien d’une blessure plus ancienne. Quand vous écoutez la colère, elle se calme, et vous pouvez accéder à l’émotion plus profonde : la tristesse, la peur, la honte.
Prenons l’exemple de Claire, 29 ans, infirmière. Elle venait me voir pour des crises d’angoisse récurrentes. Elle me disait : « Je suis submergée par une peur panique, sans raison. Je sais que c’est irrationnel, mais je ne peux pas l’arrêter. » En explorant avec l’IFS, nous avons découvert que cette peur était portée par une partie « alarme » qui avait été activée à l’âge de 6 ans, quand ses parents se disputaient violemment. À l’époque, cette partie avait pris le rôle de « sentinelle », toujours en alerte pour détecter le danger. Aujourd’hui, même en sécurité, elle continuait à sonner l’alarme.
Quand Claire a pu rassurer cette partie, lui dire « Tu n’es plus seule, je suis là, nous sommes en sécurité », la peur a diminué. Elle n’a pas disparu du jour au lendemain, mais Claire a appris à la reconnaître et à la calmer.
Les émotions ne sont donc pas des ennemies. Ce sont des messagères de parties qui ont besoin d’être entendues. Quand vous leur donnez de l’espace, elles se transforment.
Vous n’avez pas besoin d’attendre votre prochaine séance pour commencer. Voici un exercice pratique, que je donne souvent à mes patients, et qui peut être fait en 5 minutes, seul, chez vous.
Ce geste simple crée un pont entre vous et vos parties. Vous n’essayez pas de les faire taire, vous les reconnaissez. Et la reconnaissance est souvent le premier pas vers l’apaisement.
L’IFS n’est pas une technique de plus pour « gérer » votre stress ou « contrôler » vos émotions. C’est un changement de paradigme. Au lieu de vous considérer comme un être unique et cohérent qui devrait toujours être aligné, vous vous découvrez comme une symphonie de voix, de désirs et de peurs. Et vous apprenez à diriger cette symphonie non pas en étouffant les instruments, mais en les écoutant un par un.
Dans mon cabinet, je vois des personnes qui arrivent épuisées par leurs conflits intérieurs. Elles ont essayé la méditation, la thérapie cognitive, les coachings. Mais elles butent toujours sur ce mur intérieur : la résistance, le sabotage, la honte. L’IFS leur offre une clé : la compassion pour elles-mêmes.
Vous n’êtes pas brisé. Vous n’êtes pas un cas désespéré. Vous êtes simplement une famille intérieure qui a besoin d’un bon leader. Et ce leader, c’est vous.
« Les parties les plus bruyantes sont souvent les plus blessées. Les parties les plus silencieuses sont souvent les plus sages. Apprenez à écouter les deux. »
Je ne vais pas vous promettre que tout va changer en une nuit. Les parties qui vous protègent depuis des années ne vont pas disparaître d’un coup. Mais vous pouvez, dès ce soir, poser un acte de paix intérieure.
Allez-y doucement. Si vous sentez une résistance en lisant ces lignes – une voix qui dit « C’est trop compliqué » ou « Je n’ai pas le temps » – accueillez-la. C’est une partie qui a peur du changement. Remerciez-la aussi.
Si vous sentez que ces mots résonnent en vous, si vous avez envie d’explorer plus loin, je vous invite à prendre contact. Que ce soit pour une séance en présentiel à Saintes, ou en visio si vous êtes loin. Je ne suis pas là pour vous « guérir » – vous n’êtes pas malade. Je suis là pour vous aider à rencontrer vos parties, à les comprendre, et à retrouver ce calme intérieur que vous cherchez peut-être depuis longtemps.
Mon rôle n’est pas de vous donner des solutions toutes faites, mais de vous accompagner dans votre propre exploration. Comme je le dis souvent à mes patients : « Je ne suis pas le sage qui sait tout. Je suis juste un guide qui vous aide à écouter votre propre sagesse. »
Alors, si vous voulez faire un premier pas, vous pouvez commencer par l’exercice que je viens de décrire. Ou vous pouvez m’écrire un message, sans engagement, juste pour poser une question. Le plus important, c’est que vous sachiez que vous n’êtes pas seul dans ce dialogue intérieur. Et que la paix est possible.
Prenez soin de vous. Et de toutes vos parties.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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